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Full text of "Anatomie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l'homme et des animaux par la configuration de leurs têtes. Premier volume"

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ANATOMIE 

ET 

PHYSIOLOGIE 

DU SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL, 
ET DU CERVEAU EN PARTICULIER. 



DE L’IMPRIMERIE DE L. HAUSSMAM ET D’HAUTEL. 



ANATOMIE 

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ET 


PHYSIOLOGIE 

DU SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL, 

* ET DU CERVEAU EN PARTICULIER, 

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AVEC 


DES OBSERVATIONS 

SUR LA POSSIBILITÉ DE RECONNOITRE PLUSIEURS DISPOSITIONS INTELLECTUELLES ET MORALES 

DE L’HOMME ET DES ANIMAUX, 

PAR LA CONFIGURATION DE LEURS TÊTES, 


PAR F. J. GALL ET G. SPURZHEIM. 


PREMIER VOLUME. 

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL, 
ET ANATOMIE DU CERVEAU EN PARTICULIER. 


AVEC DIX-SEPT PLÀNC 


HE S. 




PARIS, 




CHEZ F. SCHOELL, RUE DES FOSSÉS S. GERMAIN -L’AUxà|ROIS, N°. 






PRÉFACE. 


A chaque découverte et surtout à chaque nouvelle doctrine, on a coutume 
de demander : comment l’auteur en a-t-il eu la première idée ? Quoique les 
mêmes objets ne conduisent pas les différens individus aux mêmes médita¬ 
tions ; cependant lorsque ces objets sont rapprochés et présentés avec ordre, 
ils font naître dans l’esprit du lecteur des idées si analogues à celles de l’au¬ 
teur , et souvent la découverte lui paroît une chose si naturelle, qu’il est 
disposé à s’écrier : comment ne l’ai-je pas faite depuis long-temps? 

C’est ce qui est arrivé à l’égard de ma doctrine dont l’origine repose sur 
des faits très-ordinaires et naturels. La plupart de ceux qui ont entendu mes 
leçons, se sont dit, et je suis persuadé que le plus grand nombre des lecteurs 
se diront, en finissant la lecture de cet ouvrage : comment se fait-il qu’on ait 
méconnu ces vérités? 

Dès ma plus tendre jeunesse, je vécus * au sein de ma famille, composée de 
plusieurs frères et sœurs, et avec un grand nombre de camarades et de condis¬ 
ciples. Chacun de ces individus avoit quelque chose de particulier, un talent, 
un penchant, une faculté, qui le distinguoit des autres. Cette diversité déter¬ 
mina notre indifférence ou nos affections et nos aversions réciproques, de 
même que nos liaisons, notre dédain, et notre émulation. Dans l’enfance, on 
prend ordinairement les choses comme elles sont, sans commettre des erreurs 
par trop de préoccupation. Voilà pourquoi nous jugeâmes bientôt qui parmi 
nous étoit vertueux, véridique, modeste ou fier, franc ou dissimulé, paisible 
ou querelleur, bon ou méchant, etc. Durant le cours de nos études, quelques- 
uns se distinguoient par la beauté de leur écriture, d’autres par la facilité du 
calcul, d’autres encore par leur aptitude à l’étude de l’histoire ou des langues. 
L’un brilloit dans ses compositions par l’élégance de ses périodes; l’autre avoit 
toujours un style sec et dur; un autre enfin serroit ses raisonnemens et les 
revêtoit d’expressions fortes. Un grand nombre manifestoient du talent pour 


C’est Gall qui parle. 



n préface. 

des choses qu’on ne leur enseignoit pas : iis découpoient et dessinoient très- 
bien ; quelques-uns consacroient leur loisir à la peinture ou à la culture d’un 
jardin,tandis que leurs camarades se livroient àdesjeux bruyans;on en voyoit 
enfin qui se plaisoient à parcourir les forêts pour chercher des nids d’oiseaux, 

ou pour rassembler des fleurs, dés insectes, des coquilles. De cette manière 

chacun de nous conservoit son caractère propre, et je n’observai jamais que 
celui qui, une année, avoit étéun camarade fourbe etdéloyal, devînt, l’année 
d’après, un ami sûr et fidèle. 

Les condisciples que j’avois le plus à redouter étoient ceux qui appre- 
noient par cœur avec une si grande facilité, que lorsqu’on faisoit des examens, 
ils m’enlevoient assez souvent la place que j’avois obtenue par mes composi¬ 
tions. Quelques années après, je changeai de séjour, et j’eus le bonheur de 
rencontrer encore des individus doués d’une aussi grande facilité à apprendre 
par cœur. Je remarquois alors que tous avoient de grands yeux saillans, et je 
me souvins qu’il en avoit été de même de mes rivaux dans ma première école. 
Enfin j’allaià une université ; mon attention s’y fixa d’abord sur ceux de mes 
condisciples qui avoient les yeux gros et saillans. On me vanta leur excellente 
mémoire, et quoiqu’ils ne fussent pas ordinairement les premiers, tousl’em- 
portoient cependant sur moi j lorsqu’il s’agissok d’apprendre promptement 
par cœur, et de réciter avec exactitude.!-» justesse de cette observation m’ayant 
été confirmée par les étudians des autres classes,je dus naturellement m’atten¬ 
dre à trouver une grande mémoire chez tous ceux en qui je remarquerois de 
grands yeux saillans. 

Quoique cette observation ne fût pas encore assez constatée, je ne pou vois 
pourtant croire que la réunion des deux circonstances qui m’avoient frappé, 
fût uniquement l’effet du hasard. Je soupçonnai donc qu’il devoit exister une 
connexion entre la mémoire et cette conformation des yeux. Après y avoir 
long-temps réfléchi, j’imaginai que, si la mémoire se reconnoissoit par des 
signes extérieurs, il en pourroit bien être de même des autres facultés intellec¬ 
tuelles. Dès-lors tous les individus qui se distinguoient par une faculté quel¬ 
conque furent l’objet de mon attention. Peu à peu je crus pouvoir me flatter 
d’avoir trouvé d’autres caractères extérieurs qui indiquoient une disposition 
bien prononcée pour la peinture, la musique, les arts mécaniques, etc. 


PRÉFACE. III 

J’avois, dans l’intervalle, commencé l’étude delà médecine. Onme parloit 
beaucoup des fonctions des muscles, des viscères, etc. ; mais on ne me disoit 
rien des fonctions du cerveau et de ses diverses parties. Pendant que je faisois 
des conjectures sur les signes de certains talens qui s’annonçoient par la con¬ 
formation de la tête, il ne me vint jamais en idée que la cause des facultés 
intellectuelles fût dans tel ou tel endroit du crâne; mais je supposai d’abord, 
ce que je ne tardai pas à porter jusqu’à la certitude, que la différence de la 
forme des crânes est occasionnée par la différence de la forme des cerveaux. 

N’étoit-il pas alors très-naturel d’espérer qu’en découvrant et constatant, 
dans des hommes doués de talens marquans, des signes extérieurs de leurs 
qualités, cette découverte me conduiroit à connoîtreles fonctions du cerveau 
et de ses parties ? L’espoir flatteur de me mettre en état de déterminer un jour 
le rapport des facultés intellectuelles avec l’organisme, étoit un encourage¬ 
ment trop puissant, pour que je ne formasse pas la résolution de continuer 
mes recherches, jusqu’à ce que j’eusse atteint mon but, ou que je me fusse 
convaincu de l’impossibilité d’y parvenir. 

Cette entreprise n’eût pas été très-difficile si, entièrement libre, je m’étois 
trouvé abandonné à moieeuf et à la nature. Mais il arrive trop souvent que, 
plus on devient savant, plus on s’écarte de la simple vérité. C’est ce que 
j’éprouvai. Ma conviction encore- trop foible s’ébranloit à mesure que j’ac- 
quérois des connoissances , ou plutôt que j’entassois des préjugés. 

Un grand nombre de philosophes et de physiologistes assurent , me 
disois-je, que tous les hommes naissent avec des facultés égales, et que les 
différences qu’on remarque entre eux sont dues soit à l’éducation, soit à 
des circonstances accidentelles. S’il en est ainsi, il ne peut y avoir des signes 
extérieurs des facultés dominantes, et par conséquent le projet d’apprendre 
à connoître de cette manière les fonctions des diverses parties du cerveau, 
est une vraie folie. 

Mais je savois que mes frères et mes soeurs, mes camarades et mes condis¬ 
ciples avoient reçu à peu près la même éducation, ou plutôt qu’en général 
ils n’en avoient reçu aucune. Tous s’étoient développés au milieu ^le mêmes 



préface. 

circonstances analogues. J’observai de plus qu’ordinairement ceux dont 
l’éducation avoit été le plus soignée, et à qui les instituteurs avoient 
prodigué l’instruction en particulier, étoient de beaucoup en arrière des 
autres pour la capacité. 

Souvent on nous accusoit de mauvaise volonté ou de manque de zèle ; 
mais plusieurs d’entre nous ne pouvoient, malgré la meilleure volonté et les 
efforts les plus opiniâtres , s’élever sur certains points jusqu’à la médio¬ 
crité ; tandis que dans d’autres parties ils surpassoient leurs condisciples 
sans aucun effort, et sans, pour ainsi dire, s’en apercevoir. Mais dans le 
fait nos maîtres ne sembloient pas ajouter beaucoup de foi au système 
de l'égalité des facultés , car ils croyoient pouvoir exiger davantage d’un 
écolier et moins d’un autre. Ils nous parloient souvent de dons naturels, 
de dons de Dieu, et nous consoloient dans le sens de l’évangile, en nous 
disant que chacun de nous n’auroit de compte à rendre qu’en proportion 
des talens qu’il avoit reçus. 

Ajoutez à ce que je viens de dire , que j’observois dans les animaux 
privés et sauvages dont j’avois toujours un certain nombre autour de moi, 
des différences de facultés et.de mœurs comme dans les hommes. Un 
chien étoit presque de lui-même habile à la chasse, tandis qu’un autre 
de la même race et de la même portée, ne pouvoit être clressé que très- 
difficilement ; l’un étoit très-hargneux et cherchoit querelle à tous les chiens, 
pendant qu’un autre étoit très-doux et très-paisible ; celui-ci ne retrouvoit 
plus son chemin quand il étoit à une petite distance ; celui-là au contraire, 
quoique fort jeune, revenoit seul des endroits les plus éloignés. Un oiseau 
écoutoit avec beaucoup d’attention l’air qu’on jouoit devant lui, et l’ap- 
prenoit avec une facilité singulière ; un autre de la même couvée, n’appre- 
noit rien que son chant naturel. Un pigeon étoit l’époux fidèle de sa fe¬ 
melle , pendant qu’un autre se glissoit dans tous les colombiers pour 
emmener des femelles étrangères, etc. On ne pouvoit alléguer dans ces 
cas là ni la mauvaise volonté ni l’éducation. 

Je dus, en conséquence, conclure que les facultés des hommes et des ani¬ 
maux sont innées. Mais alors il se présentoit cette question : sur quoi est 



PRÉFACE. 


fondé cet état de choses ? Est-ce un principe particulier dont les facultés 
elles-mêmes constituent l’essence, et qui soit en même temps doué du libre 
exercice de ces facultés ; ou bien ce principe, et l’exercice de ses facultés, 
sont-ils subordonnés à certaines conditions matérielles ? 

Si ce principe jouit de l’exercice de ses facultés indépendamment de l’orga¬ 
nisation, il est, ainsi que toutes ses fonctions, hors de la sphère du physiolo¬ 
giste; le métaphysicien et le théologien peuvent seuls prononcer sur sa natu¬ 
re. Mais je demanderai aux défenseurs de cette opinion si ce principe spirituel, 
prétendu indépendant et absolument libre, est autre dans le sexe mas¬ 
culin que dans le sexe féminin; s’il est différent dans l’enfant, dans l’ado¬ 
lescent , dans le jeune homme, dans l’homme fait, et enfin dans le vieillard 
décrépit ? Eprouve-t-il quelque modification selon la qualité et la quantité 
des alimens dont on s’est nourri, selon que la digestion a été facile ou labo¬ 
rieuse , que les organes du corps sont plus ou moins en mouvement où en 
repos? Que devient cette essence indépendante, dans le sommeil, dans 
l’ivresse, dans l’hydrocéphale, dans les inflammations, les ulcères, les épan- 
chemens, les excroissances du cerveau, dans le dérangement des fonctions 
des viscères? Chacun sait que ces diverses circonstances interrompent, sup¬ 
priment, exaltent, altèrent de mille manières les fonctions de l’ame. 

Ces expériences dont le résultat est constamment identique, ne doivent- 
elles pas nous conduire à cette conséquence, que l’exercice des facultés in¬ 
tellectuelles , quel que soit d’ailleurs le principe que l’on adopte, est gran¬ 
dement soumis à l’influence des conditions corporelles? Dès-lors ce principe, 
au moins tant qu’il est uni au corps, est du domaine du naturaliste; c’est à 
lui seul d’examiner ces conditions corporelles, ces organes de l’ame, et les 
altérations auxquelles ils_sont sujets. Ainsi lorsqu’en écrivant une physiologie 
du système nerveux et du cerveau, l’on ne se propose que d’apprendre à 
connoître l’organe de l’intelligence en général, et les organes de chaque 
faculté en particulier, le but que l’on a en vue rentre incontestablement dans 
l’ordre des choses possibles. 

Mes remarques ne furent pendant long-temps que les simples effets de 
mon penchant à l’observation et à la réflexion, et durant plusieurs apnées, 
i. . / 



préface. 

m’abandonnant au hasard, je recueillis tout ce qu’il m’offroit. Ce ne fut 
qu’après avoir acquis une masse d’observations analogues assez considérable 
pour me mettre en état de déterminer et de ranger par ordre les objets rela¬ 
tifs à mon but et d’en apercevoir successivement les résultats, qu’il me fut 
possible d’aller au-devant des observations même, et de multiplier à volonté 
mes expériences. 

Mais plus je croyois avoir fait de pas en avant, plus tout sembloit cons¬ 
pirer contre moi. Ici un phénomène supposoit une chose entièrement con¬ 
traire aux dogmes physiologiques; là il se présentoit une conséquence qui 
ne cadroit nullement avec les opinions philosophiques existantes; ce n’étoit 
que bien rarement que les rapports anatomiques du système nerveux, tels 
qu’on les connoissoit alors, parloienten ma faveur; et que n’imaginoit-on 
pas sur les conséquences funestes que mes recherches dévoient avoir pour là 
morale et pour la religion ! 

Dans ce choc continuel des faits avec les idées reçues, qui avoit raison ? 
étoit-ce la voix simple de la nature qui ne nous égare jamais, ou les 
conseils timides des doctrines régnantes? Je m’étois trompé si fré¬ 
quemment : qui pouvoit me répondre que je ne me trompois plus ? 
N’étoit-ce pas une prétention ridicule à un jeune homme, d’espérer que la 
nature lui révéleroit des choses qu’elle avoit durant tant de siècles tenues ca¬ 
chées aux plus grands observateurs ? Et supposé que mes efforts ne fussent 
pas totalement vains, n’étoit-ce point une entreprise téméraire de heurter 
l’opinion dans le domaine de tant de sciences diverses, de contredire l’anato¬ 
miste, le physiologiste, le métaphysicien, le moraliste, le législateur, etc.? 

Combien de fois n’ai-je pas scruté ma conscience pour savoir si un 
penchant vicieux ne me guidoit pas dans ces recherches ? Si c’eût été 
le désir immodéré de la renommée, pouvoit-il être satisfait par la fureur 
d’énoncer des choses extraordinaires, mais tout-à-fait dénuées de probabi¬ 
lité , et démenties en peu de temps ? Le vif sentiment de la pureté de mes 
vues, pouvoit seul m’inspirer à chaque pas la confiance et la hardiesse 
nécessaires. Quand on a découvert par l’expérience une série de vérités 
qui satisfont l’esprit, on cherche avec courage tous les doutes çt toutes les 



PRÉFACE. 


Vil 

objections possibles ; chaque doute que l’on résout, est un préjugé détruit ; 
chaque objection que l’on réfute est une erreur renversée. Je me familiarisai 
de cette manière avec la plupart des difficultés, et je sus en apprécier la 
valeur; ce qui me permit de m’occuper paisiblement à réunir des faits. 
J’entretiendrai par la suite le lecteur de tous ces objets. En attendant je me 
bornerai à lui présenter les considérations suivantes qui devroient être 
profondément gravées dans le cœur de tous les observateurs, et qui depuis 
long-temps me sont devenues habituelles. 

L’homme et les animaux, quelles que soient leurs facultés respectives , 
sont des anneaux de la chaîne des êtres ; aucun d’eux n’a été produit par des 
événemens accidentels et isolés; par conséquent la connexion et l’harmonie 
doivent exister partout. Dire que les êtres et que leurs qualités sont en con¬ 
tradiction réciproque, c’est prononcer que le Créateur de toutes choses n’a 
pas su ce qu’il faisoit, puisque, dans cette supposition, le désordre et la dis¬ 
convenance régneroient dans ses ouvrages. Ainsi quiconque énonce des vérités 
sur la nature des hommes et des animaux, n’a d’autre devoir à remplir que 
de présenter les motifs sur lesquels il appuie sa doctrine, afin de mettre cha¬ 
cun en état d’apprécier leur degré de vraisemblance. En outre, plus ses vues 
sont grandes, plus sa doctrine touche de près aux affections et aux intérêts 
des hommes, plus aussi il doit mettre de soin à éviter toute espèce d’assertion 
arbitraire et téméraire. 

Les vérités, dit-on, sont souvent dangereuses. Mais la fausseté et l’erreur 
ne le sont-elles pas davantage, par leur nature même ? Combien de fois l’his¬ 
toire des découvertes n’a-t-elle pas démontré l’ineptie de cette opinion fondée 
sur laconnoissance défectueuse de l’enchaînement deschoses? Les conceptions 
religieuses et politiques arment souvent les hommes les uns contre les autres; 
mais les opinions nouvelles en physique, en anatomie, en physiologie, etc., 
ou ne sont pas un objet d’occupation pour le peuple, ou n’excitent pas 
une sensation bien vive. Si elles sont parfois la cause d’un établissement ou 
d’une loi, elles n’y paroissent tout au plus que comme des motifs indirects. 
Au reste nous n’avons entendu parler du danger de la vérité qu’aux gens 
qui ont la vanité dé vouloir paroître éclairés, mais dont l’esprit est dans le 
fait offusqué par les préjugés. On n’a absolument rien à craindre lorsque 


l’inventeur, loin de chercher à surprendre la foible imagination du peuple 
par des fragmens paradoxaux, présente sa doctrine dans son ensemble, et 
dans ses rapports avec les autres branches de nos connoissances. 

Mais lorsque des écrivains et même des gouvernemens attachent des con- * 
séquences pernicieuses à des vérités nouvelles, et que par leurs clameurs et 
leurs appréhensions ils les font passer pour nuisibles aux yeux des ignorans, 
ils commettent une imprudence dangereuse ou du moins inquiétante. Or 
si la vérité reste , qui est-ce qui a fait le mal ? N’est-il pas à-la-fois impie 
et absurde de soutenir que Dieu et les lois doivent tromper les hommes, 
pour assurer leur bonheur et leur tranquillité ? Jusqu’à présent tous les 
efforts contre les découvertes réelles ont été vains, parce que rien ne résiste 
à la puissance de la vérité. 

Pénétré de ces idées et rassuré par ces motifs, mon objet le plus important 
fut de découvrir les moyens qui dans le moins de temps possible me met- 
troient en état d'accumuler des faits assez nombreux. Jusqu’alors j’avois pres¬ 
que toujours fixé mon attention sur les signes que me présentoient les têtes 
d’hommes distingués vivans ; mais afin de mieux saisir les différentes formes 
des têtes, et de me procurer des occasions plus multipliées de les com¬ 
parer entre elles, je fis mouler en plâtre les têtes d’un nombre considérable 
d’hommes qui avoient acquis de la célébrité par une qualité quelconque. 

Je sentis plus tard que j’obtiendrois des idées encore plus précises sur les 
signes des qualités dominantes des individus, si je les examinois sur le 
crâne même, où les cheveux, la peau et les muscles n’opposeroient plus 
aucun obstacle. Mouroit- il quelqu’un dont j’avois déjà fait mouler la tête 
en plâtre, je cherchois à me procurer son crâne, afin de connoître avec exac¬ 
titude comment les formes particulières du crâne se présentent dans l’état 
de vie. Dès que l’on a acquis une idée juste de la manière dont les formes 
et les proéminences particulières se prononcent sur la boîte osseuse ou 
la tête, les copies en plâtre, prises jusqu’à la moitié du cou sur les individus 
vivans ou morts, après que tous leurs cheveux ont été coupés, sont aussi 
utiles pour l’organologie que les crânes. Cela facilite beaucoup la formation 
d’une collection convenable; car il est très-souvent impossible de se pro- 



PRÉFACE. 


IX 


curer des têtes, tandis que l’on permet presque toujours de les mouler. 
Si S. E. M r . le comte de Saurau, alors ministre de la police de la monar¬ 
chie autrichienne, n’eût daigné seconder mon désir de rassembler un 
nombre suffisant de têtes remarquables, je n’eusse pu faire plusieurs obser¬ 
vations intéressantes que très-tard, ou avec peu d’exactitude; peut-être 
même m’eût-il été absolument impossible de les faire f et par conséquent 
d’en déduire un grand nombre de résultats très-intéressans. 

Je m’occupois en même temps d’une collection de crânes d’animaux, 
soit pour apprendre à connoître la différence des formes des diverses 
espèces , soit pour comparer entre eux les crânes des individus de la même 
espèce dont je connoissois bien positivement les qualités particulières. La 
profession de médecin me présenta une source abondante d’observations ; 
et je profitai de toutes les occasions d’en tirer parti. J’examinai des têtes 
d’aliénés, toujours en comparaison avec la nature de leur folie, celles de 
prisonniers , en comparaison avec leurs délits, leur vie entière et toutes 
leurs dispositions. En outre, l’attention que l’on eut de m’envoyer des 
crânes de criminels fameux, me donna la facilité de rendre ma collection 
plus complète. 

Je visitai les écoles les plus nombreuses;je me fis montrer les élèves qui 
avoient un talent éminent, ceux qui étoient bien décidément dépourvus 
d’un certain talent quelconque, ceux enfin qui se distinguoient par une 
qualité quelconque. Je comparai entre eux ceux qui avoient les mêmes 
qualités, puis avec ceux dont les qualités étoient opposées,etc. J’ai surtout, 
sous ce rapport, de grandes obligations à M. Venus, instituteur distingué, 
car il m’a fourni des remarques très-ingénieuses et très-utiles. En traitant 
de la physiologie du cerveau, je parlerai plus en détail des moyens qui 
m’ont conduit à mon but. 

Les preuves que mes collections me mettoient à même d’offrir, étoient si 
frappantes et si évidentes, qu’il n’étoit plus possible de les combattre par 
des arguties ; aussi les conférences que j’avois avec mes amis acquirent un 
intérêt si grand et si général, que je ne tardai pas à être obligé de donner 
des leçons en règle. Il est facile de s’imaginer l’utilité que je retirai de ces 



PRÉFACE. 


exercices faits au milieu d’hommes instruits, qui discutoient avec franchise 
et sans prévention. Beaucoup de mes auditeurs pressentirent les consé¬ 
quences importantes qui dévoient résulter de ces recherches , et plusieurs 
firent connoître mes leçons par l’impression, avec plus ou moins d exacti¬ 
tude. Je n’en fus pas fâché, parce que j’espérois pouvoir par ce moyen 
connoître et mettre à profit le jugement des sa vans étrangers. On exprimoit 
généralement le désir de me voir publier moi-même par l’impression ma 
physiologie du cerveau ; j’y étois disposé, mais de jour en jour un champ 
plus vaste s’ouvroit à mes regards, les questions et les problèmes se multi- 
plioient. C’est pourquoi malgré des sollicitations réitérées et des provoca¬ 
tions parfois violentes, je cherchois toujours à éloigner l’époque de sa 
publication. Si je me trouve en état de dédommager le lecteur de son 
attente par une moisson plus abondante d’observations, et par des résultats 
plus positifs, c’est à cette lenteur réfléchie et à mon respect pour la science 
qu’il faut l’attribuer. 

Quiconque voudra s’astreindre à faire sans cesse marcher ses pensées et 
ses inductions d’un pas égal avec les faits, trouvera dans chaque phénomène 
une preuve évidente que l’exercice des facultés intellectuelles et morales, 
ne peut avoir lieu chez l’homme ni chez les animaux que d’après la nature 
de leur organisation; et lorsqu’une fois on est parvenu à cette conviction, 
que peut-on désirer plus vivement que d’apprendre à connoître cette 
organisation, autant du moins que nos sens le permettent ? C’est pourquoi 
je ne tardai pas à éprouver le besoin de faire des recherches sur l’organe 
général des facultés intellectuelles, et je commençai par examiner anato¬ 
miquement le cerveau. J’aperçus bientôt que nos connoissances sur la 
structure de cette partie si noble sont extrêmement défectueuses. La mé¬ 
thode ordinaire de procéder à son examen, ne pouvoit me satisfaire. Pour 
mes nombreuses dissections de cerveaux, je choisissois de préférence ceux 
des aliénés, afin de rendre en même temps plus utiles mes recherches sur 
l’origine et la nature de la folie. Comme l’exercice de la médecine me don- 
noit beaucoup d’occupations, j’appris ma méthode de dissection à M. Niklas, 
jeune étudiant, qui, grâces à son application et à son adresse, fit de si 
grands progrès qu’il dirigea mon attention sur plusieurs rapports méca¬ 
niques jusqu’alors inconnus. 



PRÉFACE. XI 

Je voyois toujours plus distinctement la connexion des phénomènes avec 
l’organisation, et je sentois toujours plus vivement qu’une doctrine sur les 
fonctions du cerveau , ne pourroit qu’être très-imparfaite, si elle ne se 
rattachoit étroitement à la doctrine de la structure de cette partie. Je conti¬ 
nuai donc mes recherches avec la plus grande assiduité et une très-grande 
dépense, afin de pouvoir exécuter un ouvrage qui présentât à la fois l’en¬ 
semble de l’anatomie et de la physiologie du cerveau. 

Le premier jour de l’an i8o5 , mon père qui demeuroit à Tiefenbrunn , 
dans le grand-duché de Bade, m’écrivit ces mots : « Il est tard, et la nuit 
pourroit n’être pas loin ; te verrai-je encore ? 1 » Il n’y avoit qu’une pareille 
invitation jointe au désir ardent que je nourrissois dans mon cœur depuis 
long-temps de revoir des parens chéris, après une absence de vingt-cinq ans, 
pouvoit seule me faire prendre la résolution d’abandonner pour quelques 
mois mes amis et mes malades. Mais je voulus profiter de cette circonstance 
pour connoître l’opinion des savans du nord de l’Allemagne sur mes dé¬ 
couvertes. Cependant pour que mes entretiens avec eux ne se bornassent pas 
à des propositions et des discussions inintelligibles, je résolus de prendre 
avec moi une partie de ma collection, afin de les présenter comme des 
preuves sensibles à l’examen de mes auditeurs futurs. 

Le docteur Spurzheim qui, depuis long-temps, s’étoit familiarisé avec la 
partie physiologique de ma doctrine, et qui s’étoit particulièrement exercé 
aux recherches anatomiques et à la dissection du cerveau, forma le projet 
de m’accompagner et de suivre en commun avec moi les recherches qui 
avoient pour but l’anatomie et la physiologie de tout le système nerveux. 

Nous reçûmes partout un accueil très-flatteur ; les souverains , les mi¬ 
nistres , les savans, les administrateurs, les artistes en tous genres, secon¬ 
dèrent dans toutes les occasions notre dessein en augmentant notre collection 
et en nous fournissant de nouvelles observations, ainsi que les moyens de 
rectifier et de confirmer celles que nous avions déjà faites. Les circonstances 
étoient trop favorables pour qu’il nous fût possible de résister aux invitations 


Es ist Abend und kônnte bald Nacht werden. Werde ich dich noch sehen ? 



qui nous venoient de toutes parts. Il est vrai que par là notre voyage s est 
prolongé bien au-delà du terme que nous avions d’abord fixé, mais aussi 
il en est résulté tant de discussions privées et publiques sur notre doctrine, 
qu’elle est parvenue à un degré de maturité, que peu de fondateurs de 
doctrines nouvelles ont pu atteindre durant leur vie. 

Nous avons, en particulier, des obligations infinies à S. E. M r . le comte 
de Metternich-Winnebourg qui, animé d’un noble zèle pour les sciences, 
a soutenu et favorisé notre entreprise dans tous les temps. C’est surtout à 
l’intérêt généreux qu’il nous a témoigné, que nous devons la possibilité 
de prolonger notre séjour à Paris assez long-temps, pour soigner la publi¬ 
cation de cet ouvrage. 

Nous regrettons de ne pouvoir suivre ici l’impulsion de notre cœur en 
nommant tous les amis des sciences qui nous ont accordé leur bienveillance ; 
ils ne considéreront pas seulement cet ouvrage comme un tribut payé à 
notre propre honneur et à la science ; une partie des idées heureuses qui 
peuvent s’y rencontrer sont le fruit de l’obligation que nous nous sommes 
imposée de justifier aux yeux du public l’intérêt qu’ils ont pris à nos tra¬ 
vaux, et l’amitié dont ils nous ont honorés. 

On voit par la marche de ces recherches que le premier pas fut fait par 
la découverte de quelques organes ; que ce n’est que graduellement que nous 
avons fait parler les faits pour en déduire des principes généraux, et que 
c’est subséquemment et à la fin que nous avons appris à connoître la 
structure du cerveau. 

La plupart de nos lecteurs désireraient peut-être que nous eussions pro¬ 
cédé de la même manière avec eux. Qui ne souhaiterait pas de lire avant 
tout la doctrine si attrayante des organes ? Qu’avons-nous besoin de l’anato¬ 
mie? dit-on; elle regarde tout au plus les anatomistes. Les médecins eux- 
mêmes pensent que dans l’exercice de leur art, ainsi que dans la physiologie 
du cerveau, ils peuvent très-bien se passer de la connoissance de sa structure. 
Mais quoique la nature ait adopté une marche inverse pour nous, il faut 
pourtant réfléchir que l’organisation précède les phénomènes quelle renc. 


PRÉFACE. 


XIII 


possibles, et que, par conséquent, il est conforme à la nature des choses, 
de traiter des organes avant de parler de leurs fonctions. Voilà pourquoi 
nous avons toujours commencé nos leçons soit par la dissection du cerveau, 
soit par l’exposition des principes généraux. Les faits détachés et les décou¬ 
vertes isolées ont, il est vrai, leur valeur réelle, et peuvent, ainsi que les 
événemens présentés sans connexion avec l’ensemble de l’histoire, satisfaire 
beaucoup de lecteurs ; aussi en consignerons-nous une grande quantité dans 
notre ouvrage , afin de lui donner une utilité durable pour ceux qui 
n’attachent pas beaucoup de prix aux conséquences générales, ou qui ne 
sont pas disposés à les admettre. Mais si nous nous en tenions là , le lecteur 
philosophe trouverait notre marche chancelante et incertaine ; à chaque 
instant naîtraient des doutes qui ne seroient pas levés, et des difficultés 
auxquelles on n’auroit pas encore répondu. Ainsi celui qui voudra saisir 
l’enchaînement de toute la doctrine, ses rapports avec les autres branches 
de la science, son accord avec la morale, doit commencer par les élémens, 
c’est-à-dire, par l’examen anatomique des instrumens de toutes les facultés de 
l’esprit et de l’ame. 

Nous nous occuperons donc dans ce volume principalement de la struc¬ 
ture du cerveau. Mais afin de présenter un ensemble bien suivi, et de faire 
comprendre plus facilement les lois de cette partie du système nerveux, la 
plus noble de toutes, nous traiterons au préalable des systèmes les plus 
simples et les moins relevés , qui sont les ganglions et les plexus du bas-ventre 
et de la poitrine, les systèmes nerveux de la colonne vertébrale et des sens. 
Mais comme nous ne nous bornons pas à faire connoître la structure méca¬ 
nique du cerveau, et que nous y rattachons des aperçus plus élevés de 
physiologie, nous joindrons aussi à l’examen anatomique des systèmes ner¬ 
veux inférieurs, une exposition raisonnée de leurs fonctions. Nous espérons 
rendre par là plus agréable et plus utile l’étude anatomique de ces parties, si 
ingrate et si sèche en apparence, convaincre peu à peu nos lecteurs que le 
cerveau a des fonctions sublimes qui lui sont spécialement départies, et les 
préparer ainsi à la physiologie de ce viscère. Ce n’est que de cette manière 
que le naturaliste peut réussir à démontrer le rapport des organes de la 
conscience, de la sensation, du mouvement volontaire, des sens, des fa¬ 
cultés intellectuelles et morales avec leurs fonctions. 



XIV PRÉFACE. 

Jusqu’à présent les connoissances des anatomistes sur ces objets ont été 
si défectueuses, que plusieurs révoquent encore en doute la destination du 
cerveau. Il n’y a qu’un petit nombre d’anatomistes philosophes à qui cette 
lacune ait depuis peu commencé à faire sentir le besoin d une connoissance 
plus exacte de la structure du cerveau. « De toutes les parties du corps, 
dit Reil, le cerveau est certainement la plus importante ; c’est donc une 
raison de plus de regretter que ce soit précisément la structure de ce viscère si 
intéressant que nous commissions le moins. Nous n’avons que des notions 
très-imparfaites sur la figure extérieure de ses parties les plus grossières. 
L’organisation intérieure de ce viscère, ses parties intégrantes les plus fines, 
leur connexion, leur union nous sont cachées. En suivant la méthode de 
dissection en usage aujourd’hui, laquelle consiste à couper successivement 
cette partie en plusieurs tranches, il sera difficile de nous procurer une 
connoissance complète de sa structure ». 

Ce n’est qu’après nous être familiarisés avec la marche graduelle du 
perfectionnement insensible de l’organisme animal, ainsi qu’avec la mul¬ 
tiplication et l’ennoblissement; proportionnel des facultés qui en résultent; 
ce n’est enfin qu’après avoir recueilli un grand nombre de faits physiolo¬ 
giques et pathologiques, qu’il nous a été possible de saisir les principes 
d’après lesquels doivent se diriger les recherches qui ont pour objet le 
système nerveux et surtout le cerveau ; dès qu’une fois nous nous sommes 
trouvés dans la bonne route, il nous a suffi de poursuivre sans relâche nos 
recherches, en y joignant quelques procédés mécaniques, pour arriver au 
point où nous nous trouvons. C’est ainsi que nous avons au moins réussi, 
non sans peine, à trouver et à mettre au rang des connoissances stables 
quelque chose de ce que l’esprit humain peut découvrir sur la structure, 
l’arrangement, la connexion et les rapports des diverses parties du cerveau, 
sur l’usage de ses deux substances, de même que sur l’origine et la direction 
de ses filets nerveux. Nous croyons avoir ramené par là l’ordre, l’unité et la vie 
dans une étude où il y a eu jusqu’ici tant de désordre. Là où l’on ne voyoit 
que des formes et des fragmens mécaniques, nous montrerons des appareils 
matériels pour les fonctions de l’ame. Sans nous arroger d’approfondir le 
principe essentiel des facultés, nous démontrerons néanmoins les conditions 
corporelles auxquelles ces facultés se trouvent subordonnées dans cette vie. 



Ce n’est que lorsque les anatomistes pourront en faire autant à l’égard 
de chaque phénomène de la vie animale, et qu’ainsi l’anatomie et la physio¬ 
logie seront fondues l’une dans l’autre, que la connoissance du système 
nerveux aura atteint son plus haut degré de perfection. Voilà pourquoi 
Reil pense, « que l’anatomie n’est pas une science particulière, mais une 
partie de la physiologie ayant pour objet la forme et la structure des organes 
dont la connoissance est indispensable pour expliquer les divers phéno¬ 
mènes du corps des animaux V • 

• 

A la vérité l’on a prétendu que notre doctrine sur la structure du cer¬ 
veau, n’a point de liaison nécessaire et immédiate avec notre doctrine sur 
ses fonctions et l’influence de la grosseur proportionnelle de ses diverses 
parties ; que tout ce que nous avançons sur la structure de ce viscère pour¬ 
rait également être vrai ou faux sans que l’on en pût rien conclure pour 
ou contre notre physiologie. Mais par là l’on sépare de nouveau l’anatomie 
de la physiologie, et l’on détruit tous les rapports des organes avec leurs 
fonctions. Il paroît néanmoins que l’on n’entendoit faire l’application de 
cela qu’à notre anatomie et à notre physiologie, pour n’être pas forcé de 
reconnoître nos découvertes physiologiques dans le cas où l’on ne pourroit 
plus combattre celles que nous doit l’anatomie. En effet les auteurs de cette 
assertion, MM. Portai, Sabatier, Cuvier, ont, à l’exemple de Willis, Haller, 
Prochaska, Vicq-d’Azyr, Sœmmerring, disséminé dans leur anatomie du 
cerveau et des nerfs, un grand nombre d’observations physiologiques et 
pathologiques. Les mêmes hommes reconnoissent que le cerveau est l’insr 
trument immédiat de l’ame, qu’en conséquence son examen anatomique 
est très-important ; ils croient que l’on ne peut expliquer la perte de quel¬ 
ques facultés intellectuelles en certains cas, qu’en admettant que le cerveau 
est composé de plusieurs organes partiels ; ils conjecturent que les parties 
les plus petites du cerveau, tels que l’entonnoir, les corps mammillaires, 
laglandepinéale, etc., ontleurs fonctions particulières; ils fixent mêmel’atten- 
tion des physiologistes sur lerapport de certaines parties du cerveau avec cer¬ 
taines facultés dominantes, et ils espèrent que l’anatomie comparée pourra nous 
instruire des fonctions de chaque partie du cerveau : tout cela indique bien sans 
contredit que l’on admet une liaison nécessaire et immédiate entre la structure 
des organes et leurs fonctions, ou entre l’anatomie et la physiologie du cerveau. 


En effet, toute doctrine sur les fonctions du cerveau seroit fausse, si elle 
se trouvoit en contradiction avec sa structure. En supposant que le cerveau 
ne soit qu’un organe sécrétoire et excrétoire, ou qu’il soit uniquement 
destiné à sécréter le principe du mouvement volontaire, comment peut-on 
le regarder comme l’organe des facultés de l’ame ? En admettant un point 
central où aboutiroient tous les nerfs, et en regardant ce point central 
comme l’organe unique et exclusif de l’ame, comment expliquer le déve¬ 
loppement successif, l’action isolée et la diminution partielle des diverses 
facultés intellectuelles ? Si les autres animaux mammifères ont réellement 
toutes les parties du cerveau humain, comment est-il possible que l’homme 
soit doué de facultés plus nombreuses et plus sublimes ? Si chez tous les 
individus toutes les parties du cerveau se trouvent égales entre elles , et 
toujours dans le même rapport les unes avec les autres, comment conce¬ 
voir les différens degrés de chaque faculté et de chaque penchant dans les 
divers individus et même dans chacun d’eux ? MM. les professeurs Walter 
et Ackermann avoient donc raison de penser qu’en démontrant la fausseté 
de notre anatomie, ils anéantiroient notre physiologie du cerveau. S’ils 
peuvent jamais prouver qu’une hydrocéphale dans laquelle la plupart des 
facultés intellectuelles seroient restées intactes, a entièrement désorganisé le 
cerveau en opérant la dissolution de ses parties dans l’eau ; s’ils peuvent 
faire avec la nature un pacte en vertu duquel le cerveau ne sera désor¬ 
mais plus qu’une masse médullaire , etc., alors c’en est fait non-seule¬ 
ment de nos découvertes anatomiques , mais aussi de nos découvertes 
physiologiques. 

Nous avons démontré déjà en partie dans notre réponse au rapport des 
Commissaires de l’Institut, et nous prouverons encore plus en détail dans 
notre physiologie du cerveau, que nous ne voulons expliquer aucune faculté 
par la structure anatomique, ni de toute autre manière, et même que l’on 
ne peut deviner les fonctions des parties d’après leur structure. C’est par là 
et par la marche progressive de nos découvertes que nous espérons détromper 
ceux qui prétendent que nous avons donné un sens arbitraire à l’organisation 
du cerveau, d’après lequel nous aurions déterminé ses fonctions, et par 
conséquent que nous n’avons cherché en aucune autre manière à établir 
une liaison entre l’anatomie et la physiologie. 



PRÉFACE. 


XVlf 


Quiconque est convaincu que la structure des parties du cerveau a un 
rapport nécessaire et immédiat avec leurs fonctions, trouvera qu’il est 
naturel de réunir ces deux objets l’un à l’autre en les considérant et en les 
traitant comme un seul et même corps de doctrine. Puisque l’on attache 
déjà tant d’importance à la connoissance exacte des organes du mouvement, 
de la digestion, etc., combien n’en doit-on pas attacher davantage à celle 
des systèmes nerveux ? Peut-il y avoir dans tout le domaine de l’histoire 
naturelle une étude qui nous touche de plus près que celle de l’organisation 
du cerveau , de ce viscère qui fonde l’essence intime de l’homme et des 
animaux, qui établit leurs rapports avec les objets extérieurs, et qui nous 
laisse entrevoir comment la nature a rattaché les facultés morales et intel¬ 
lectuelles à l’organisme ? 

Afin de rendre plus intelligible la description du système nerveux, nous 
avons fait dessiner sous notre direction la moelle épinière, les nerfs céré¬ 
braux, ainsi que le cervelet et le cerveau, d’après des préparations naturelles 
et toujours fraîches, et nous en avons suivi l’exécution avec le plus grand 
soin. Nous n’avons pu nous résoudre à présenter isolément des parties 
coupées, parce qu’alors leur connexion ne peut plus se retrouver. Lorsqu’il a 
été possible, nous avons donné dans chaque planche deux préparations , 
une différente de chaque côté. Il n’y a pas de doute que nous n’eussions été 
encore plus facilement compris, si nous avions multiplié davantage les 
figures ; parce qu’alors nous n’aurions pas eu besoin de représenter sur les 
premières planches plusieurs parties dont il n’est question que plus tard 
dans la description, ni de placer dans les dernières figures d’autres parties 
dont la description se trouve au commencement de l’ouvrage. Mais nous 
avons cherché à diminuer , autant que possible, le nombre des planches, 
ayant été forcés à cette pénible économie par les bornes de notre propre 
fortune et de celle de la plupart de nos lecteurs. 

Il n’est cependant guères possible de donner par de simples dessins, une 
idée bien exacte de l’organisation extrêmement déliée et compliquée du 
système nerveux. Toutes les descriptions soignées qu’Harvey, Malpighi et 
Haller ont données sur l’œuf en incubation laissèrent dans les ténèbres 
Vicq-d’Azyr, anatomiste exercé. Ni le langage des auteurs ni l’imagination 



XVIII PRÉFACE. 

des lecteurs ne sont jamais assez féconds pour que les premiers puissent 
trouver une image tout-à-fait fidèle de la nature, et pour que les seconds 
puissent la saisir exactement. 

Quiconque voudra donc acquérir une idée exacte des nerfs et du cer¬ 
veau, doit faire par lui-même des recherches sur ces objets. Mais que l’on 
ne croie pas qu’un petit nombre de recherches puissent apprendre à voir 
juste et à porter un jugement certain. De même que le peintre et le musi¬ 
cien ne parviennent que lentement à distinguer les nuances délicates des 
couleurs et des tons, de même aussi l’anatomiste n’acquiert un coup-d’œil 
juste qu’après un long exercice. Voilà pourquoi il faut aussi, pour obtenir 
des dessins et des planches anatomiques exacts, enseigner au dessinateur et 
au graveur à voir les choses qui se trouvent dans les préparations qu’on leur 
met sous les yeux. 

Afin de faciliter le travail de ceux qui veulent faire une étude exacte 
de l’anatomie de ces objets, nous avons joint à notre ouvrage une table 
indicative des matières, et nous avons eu l’attention d’y employer toujours 
le même signe pour la même partie, quelle que soit la place où elle se 
trouve. Les chiffres romains qui ne se rencontrent pas dans la description 
anatomique , seront expliqués dans la physiologie. Comme les mêmes 
planches doivent servir pour des objets différens , et être confrontées sous 
divers aspects , on fera bien de les conserver dans un atlas séparé, pour 
lequel nous fournirons un titre particulier. 

Peut-être pense-t-on que nous avons imaginé toutes sortes de procédés 
et d’instrumens pour voir dans le cerveau des choses que nos prédécesseurs 
en anatomie n’ont pu apercevoir. Mais à l’exception de quelques expériences 
par lesquelles nous avons cherché à faire ressortir, pour ceux qui ne vou- 
loient pas voir, la structure fibreuse de la substance blanche du cerveau 
et les couches fibreuses des circonvolutions, nous n’avons qu’une trousse à dis¬ 
section ordinaire, laquellese compose deciseaux, de pinces, d’un tube, dequel- 
ques scalpels, d’un marteau, d’une scie pour le crâne, et de tenailles incisives. 

Tout notre savoir faire ou toute notre adresse consiste à suivre les filets 



nerveux en raclant sans endommager leur surface, au lieu de les couper. 
Nous avons même entièrement renoncé à l’usage des microscopes. Outre 
que ces verres deviennent trop souvent une lunette par laquelle chacun 
voit ce qu’il veut voir, la masse du cerveau semble ne pas s’accommoder 
de ce mode de recherches. Ce moyen n’a fait voir dans le cerveau à Willis 
que des tubes pour les esprits vitaux ; â Ruysch que des vaisseaux ; à 
Leuwenhoek que des fibres ; à Bidlow que des fibres compactes ; à Cowper 
que des fibres traversées çà et là par des cellules ; à Délia Torre que des 
globules nageant dans un liquide visqueux dont il composoit le cerveau 
et la moelle épinière, en admettant des globules plus fins et alignés pour 
les nerfs; et à Fontana que des filets nerveux roulés en gaines de forme 
spirale. Prochaska observe que l’objet paroît différent, suivant qu’on éloigne 
ou qu’on rapproche le microscope. Ainsi nous avons mieux aimé nous en 
rapporter à l’œil nu, d’autant plus que la structure fibreuse est sensible 
pour toute bonne vue, lorsque l’on procède d’après notre méthode. Mais 
que ces fibres soient au reste composées de globules ou de toute autre 
chose, cela ne donne aucun éclaircissement de plus pour déterminer leurs 
fonctions. 

Nous exposerons dans le second volume les principes généraux de la 
physiologie du cerveau, et dans le troisième, la doctrine des organes en 
particulier. 

Voici la marche que nous nous sommes prescrite aussi bien dans notre 
traité d’anatomie que dans celui de physiologie. 

Nous présentons nos idées dans l’ordre que nous avons jugé le plus 
convenable au besoin de la plupart de nos lecteurs. Étant forcés par-là 
de lier l’inconnu à ce qui est déjà connu , nous sommes dans l’impossibilité 
de ne dire que des choses neuves. C’est ainsi que nous espérons éviter bien 
des doutes et des méprises, produire lentement et même laisser deviner des . 
vérités et des conséquences qui, par un passage trop brusque, auroient 
surpris plus d’un lecteur. Pour faire saisir plus facilement l’ensemble de 
chaque traité, nous le terminerons presque toujours par un résumé précis 
de ses corollaires. Quant a'ux résultats plus importans et plus généraux 


xx PRÉFACE. 

dont la vérité ne peut être sentie qu’après l’exposition de toute la doctrine 
dans son enchaînement, nous devons les réserver pour la fin de l’ouvrage. 
Si dans un sujet aussi vaste le lecteur veut échapper aux jugemens faux et 
hasardés, nous lui conseillons une seconde lecture, pour bien approfondir 
l’ouvrage, lorsqu’une première l’aura mis au courant des choses et de l’objet 
qu’il renferme ; ce n’est qu’alors qu’il pourra dire avec assurance si les 
dilFérens corollaires sont bien déduits des dilférens traités , et si les consé¬ 
quences générales découlent logiquement des conséquences particulières. 
En s’y prenant de la sorte ce n’est plus d’après la lettre, mais d’après l’esprit 
que le lecteur nous jugera, si nos expressions et nos descriptions n’étoient 
pas aussi claires ni aussi heureuses que le sujet l’eût exigé. 

Nous espérons dans le cours de tout cet ouvrage ne jamais nous abaisser 
au point de dire quoi que ce soit dans un autre but que dans celui de la 
vérité. Trahir la nature pour répandre de l’encens, est une chose indigne 
du naturaliste. Les plus grands hommes voudront donc bien nous par¬ 
donner si nous cherchons à rectifier les erreurs que nous avons cru ren¬ 
contrer dans leurs ouvrages. Leurs erreurs et leurs préventions méritent 
d’autant plus d’attention, qu’elles sont plus sujettes à se propager de siècles 
en siècles. Malgré cela nous ne sommes pas moins pénétrés d’un sentiment 
d’estime et de reconnoissance pour les services qu’ils ont rendus à l’huma¬ 
nité; et qui pourroit en effet oublier les services signalés que Reil, Prochaska, 
Sœmmerring, Walter, Scarpa, Cuvier, etc., ont rendus à l’étude du système 
nerveux? Mais qui peut aussi, même avec l’esprit d’observation le plus péné¬ 
trant et le plus scrupuleux, ne pas errer quelquefois ou se trouver en défaut 
lorsqu’il s’agit de saisir l’ensemble le plus compliqué ? Qui peut prévoir les 
découvertes réservées par une autre voie à celui que des circonstances heu¬ 
reuses , une application ou le hasard auront secondé ? Qui d’entre nous ne 
voudroit recommencer ses travaux dès l’instant qu’il les a terminés ou qu’il 
s’en trouve détaché ? Les véritables scrutateurs de la nature, n’ayant pour 
but que la vérité, doivent tous faire des vœux pour que ceux qui leur 
succéderont ne s’en laissent imposer ni par le faux éclat dont brillent les 
individus, ni par celui dont brillent les académies. Les suffrages uniquement 
basés sur la considération des particuliers sont d’autant moins flatteurs qu’ils 
attestent toujours la foiblesse de ceux qui les donnent. 



PRÉFACE. 


XXI 


Assez souvent nous avons aussi prouvé en détail la fausseté des opinions 
d’hommes qui, au jugement de plusieurs de nos lecteurs, ne méritoient 
peut-être aucune attention de notre part. Il est certain que nous ne nous 
fussions pas exposés au reproche qu’on pourra nous faire à cet égard, si nous 
n’avions pris en considération l’histoire de la science, et s’il nous eût été pos¬ 
sible de taire les noms des auteurs et des partisans de certaines objections. 
Quiconque est une fois convaincu d’une vérité par l’évidence des faits, trouve 
toutes les objections également insignifiantes; mais il n’en est pas de même 
de ceux qui doutent ni de ceux qui lisent pour s’instruire ; comment feront 
ceux-ci pour discerner une objection fondée, de celle qui ne sera que futile ? 

Il n’est arrivé que trop souvent que des hommes du plus grand mérite 
nous ont proposé les scrupules les plus minutieux. Chacun a un enchaîne¬ 
ment d’idées à lui avec des points de contact et des habitudes qui lui sont 
propres. Tel qui, à certains égards, devance de beaucoup ses contemporains, 
se trouve sous d’autres rapports arriéré de plusieurs siècles ; voilà pourquoi 
les plus grands hommes tombent quelquefois dans les bévues les plus in¬ 
croyables. Si nous ne répondions qu’aux doutes et aux difficultés des hommes 
qui font autorité, combien de fois ne courrions-nous pas le risque d’être 
accusés d’erreur dans notre choix ? Tout dépend ici du degré des connois- 
sances acquises. Que l’on demande, par exemple, si ce sont les muscles qui 
produisent les protubérances des os du crâne ? MM. Ackermann, Walter, 
Hufeland, Portai, adoptent l’affirmative sans hésiter, quoique nous soyons 
convaincus avec Sœmmerring qu’elle est en contradiction avec les lois de 
l’organisation et avec tous les faits. Lequel du cerveau, qui est mou, ou du 
crâne, qui est dur, imprime sa forme à l’autre ? Si nous nous décidons pour 
la première opinion, nous aurons contre nous peut-être la plupart de nos 
lecteurs, presque tous les physiologistes et les pathologistes, quoique Galien 
ait déjà entrevu cette vérité. Dans le nord de l’Allemagne l’on trouve su¬ 
perflus les argumens par lesquels nous établissons que les dispositions sont 
innées dans l’homme, sans que pour cela sa liberté morale en soit moins 
réelle; et ailleurs l’on a au contraire bien de la peine de s’élever jusqu’à l’idée 
de la coexistence des dispositions innées avec la faculté de n’en être pas 
irrésistiblement maîtrisé. Tandis que, d’accord avec les pères de l’Eglise, 
avec les moralistes et avec les instituteurs, nous démontrons l’influence de 

* / 


l’organisation sur l’exercice des facultés intellectuelles, sans rendre pour cela 
l’ame matérielle, Walter, Ackermann, Steffens, et une foule d’autres crient 
à l’effroyable matérialisme. Où donc commencer, et où s’arrêter, pour ne 
parler que d’objections importantes ou insignifiantes aux yeux de chacun ? 
Chaque auteur et chaque professeur a son parti et sa sphère d activité. Tel 
paroît au loin avoir un mérite colossal, qui de près fait pitié. Ou est d ail¬ 
leurs le misérable écrivain qui, en prenant parti pour ou contre une opi¬ 
nion, ne trouve ses prôneurs dans les sectateurs ou adversaires de cette opi¬ 
nion ? D’après cela, comme nous présentons partout et indistinctement le 
pour et le contre, en cherchant à relever tous les doutes et toutes les objec¬ 
tions, nous devons espérer que nos lecteurs auront pour nos éclaircissemens 
la même indulgence que nous avons eue pour les objections et pour les 
doutes de toute espèce. 

Il est vrai que quand l’auteur d’une découverte est parvenu à rendre sa 
doctrine inattaquable, on dit que toutes les objections dirigées contre elle 
ont été futiles. Alors les plus rusés qui cherchent à miner sourdement la 
Vérité, plutôt que de lui faire yne guerre ouverte, ou du moins déclarée, se 
renferment dans le silence, et bien loin de rendre un hommage éclatant à 
la vérité, ils évitent soigneusement tout ce qui pourroit y ramener l’attention 
du public. Ceux qui ont crié le plus fort contre l’absurdité des nouvelles 
opinions et ont sonné partout le tocsin pour annoncer qu’elles étoient 
extrêmement dangereuses, ne manquent pas non plus alors de dire qu’ils 
ont pensé toujours comme l’auteur de la découverte, et que personne n’a 
jamais pu penser autrement ; ou bien ils vont fouiller dans la poussière des 
bibliothèques pour prouver, à la honte de l’inventeur, que ses prétendues 
découvertes étoient déjà connues d’Hippocrate, et même, s’il étoit possible, 
de Confucius. Mais ce triomphe qu’obtient une vérité nouvelle, ne lui est 
accordé que parce que ses défenseurs ont pris la peine de réfuter sans distinc¬ 
tion toutes les objections, même les plus absurdes. 

Lors même que l’inventeur a réussi à écarter de son chemin tous les obs¬ 
tacles relatifs à la science, ses adversaires savent encore recourir à mille petits 
subterfuges, et soutenir la partie par des lieux communs de cette espèce : 
L’inventeur est actuellement totalement oublié; ses partisans , s’il lui en reste , n osent plus 



PRÉFACE. 


XXIII 


rien dire; rien ne nous seroit plus aisé que de prouver la nullité de ses prétendues décou¬ 
vertes, sic’étoit ici le lieu , etc. On s’en rapporte d’ailleurs aux argumensdont 
on s’est servi autrefois pour réfuter la nouvelle doctrine, quoiqu’on n’en ait 
jamais rien présenté avec exactitude, et qu’on n’ait pas produit contr’elle 
un seul argument fondé. Si parfois ces vaillans antagonistes se trouvent 
forcés de reconnoître encore quelques signes de vie à celui qu’ils prétendent 
avoir enterré depuis long-temps, ils ont sagement recours à des généralités, 
en disant que son ouvrage est sans intérêt, quil ne contient que de froides hypothèses, 
que les objets y sont traités sans logique , etc.; et néanmoins ils se gardent bien 
d’en offrir un seul exemple à leurs confians lecteurs. Mais qu’un des leurs 
parvienne adroitement à s’approprier quelque découverte de l’inventeur 
qu’ils décrient, ou que par là il soit conduit à quelque nouvelle expérience, 
rien alors ne surpasse les travaux ingénieux de ces mêmes hommes qui, 
dans ce cas, ne rougissent pas de faire entendre aux lecteurs que leurs 
découvertes et leurs expériences confondent pleinement l’auteur à qui il les 
ont volées. Un des derniers efforts c’est d’avouer aussi que l’auteur, n’importe 
qu’il soit l’inventeur ou un de ses partisans, s’est donné la peine de ré¬ 
pondre à quelques objections, mais qu’il les a toutes prises parmi celles 
qu’un homme sensé rougiroit de faire, en évitant soigneusement toutes les 
autres qui auroientpu l’embarrasser *. Cependant on se tait absolument sur 
ces objections embarrassantes, ou bien l’on en tire une du livre même de 
l’auteur sans avouer ni même laisser soupçonner qu’il l’a réfutée. Toutes ces 
petites menées et d’autres semblables peuvent bien en faire accroire aux 
ignorans ; mais celui qui connoît l’esprit humain sait à quoi s’en tenir, 
et l’inventeur poursuit tranquillement sa carrière, comme un astre qui 
dissipe les ténèbres, bien que les yeux malades ne puissent supporter son 
éclat. 

Tels sont les motifs qui, dans les objets importans, nous ont déterminés 
à en donner toujours l’histoire littéraire. Il est vrai que celui qui se sent la 
force de découvrir, ne peut rien faire de mieux que de prémunir son esprit 

•C’est ainsi que dans le journal €e médecine de MM. Corvisart, Leroux, Boyer, tom. i 3 , pag. 22g, on a 
■dit» en parlant de M. Demangeon qui, dans sa Physiologie intellectuelle, avoit cru ne devoir répondre qu’aux 
objections les plus importantes : « Parfois même il combat quelques-unes des objections que l’on a faites au 
« système de son maître; mais il à soin de les bien choisir, et de ne pas aborder celles qui pourraient étr'e 
“ embarrassantes ». 


contre toute espèce de prévention, et d’interroger d’abord la nature en 
s'abandonnant entièrement à lui-même, jusqu à ce qu’il soit, pour ainsi 
dire, épuisé, et que son génie semble lui refuser des ressources pour aller 
plus loin. C’est alors qu’il est temps pour lui de rechercher aussi quels ont 
été les moyens employés et les avantages obtenus par ses devanciers. Ce tra¬ 
vail lui ouvre encore un vaste champ de doutes et de problèmes, et ce n’est 
que par là qu’il arrive à connoître avec exactitude l’état où se trouve l’objet 
de ses méditations. Se détermine-t-il enfin à écrire, il ne court plus le dan¬ 
ger de paroître s’approprier exclusivement des choses qui peuvent aussi 
appartenir à d’autres. S’il est obligé de céder à ses devanciers quelque chose 
de sa propriété, le bon emploi et la répartition toute particulière qu’il en 
aura faits, lui garantiront toujours ses droits. Il en est tout autrement de 
l’écrivain qui jette, pour ainsi dire, une idée au hasard, et de celui qui la 
développe et qui lui donne la vie en la rattachant aux autres branches de la 
science. L’inventeur trouvant toujours plus de choses à déblayer qu’à con¬ 
server, ne peut qu’y gagner en rendant justice à ses prédécesseurs et en fai¬ 
sant connoître la marche progressive de ses découvertes. Par exemple, pour¬ 
quoi les services rendus à l’humanité par un Abbé de l’Epée, perdroient-ils de 
leur prix, quand on saura que, vers la fin du 16. me siècle, Pedro de Ponce 
donnoit déjà, en Espagne, une instruction complète aux sourds-muets, et 
leur enseignoit même à parler 1 ? Aussi regrettons-nous que les circonstances 

* Don Emmanuel Nunez , Espagnol, demeurant à Paris, ayant eu occasion pendant l’impression de cet ou¬ 
vrage de voir le passage où nous disons que l’on s’est occupé depuis plus de deux cents ans de l’instruction 
des sourds-muets, nous a communiqué une notice intéressante que nous croyons devoir insérer ici toute 
entière. 

Notice sur Tinstruction des sourds-muets en Espagne. 

Dès la fin du dix-septième siècle, Wallis , philosophe et mathématicien anglois, et Jean Ammann , médecin 
suisse, établi en Hollande, se distinguèrent en enseignant à parler aux sourds-muets. Tous deux ont écrit sur 
cet art utile, mais sans développer suffisamment leur méthode. 

Vers l’an 1751 un Portugais, nommé Pereyra , apprenoit aussi à parler aux sourds-muets à Paris. Son pre¬ 
mier élève fut présenté à l’Académie des Sciences par M. de la Condamine. Cette société donna au Portugais 
des témoignages éclatans de satisfaction ; et Louis XV qui voulut voir le muet parlant, et qui lui fit différentes 
questions , accorda à Pereyra une pension de huit cçnts francs. Pereyra prétendoit que sa méthode étoit entièr 
rement différente de celle de Wallis et d’Ammann ; mais les Hollandois assuroient qu’elle étoit la même, et qu’il 
l’avoit empruntée d’Ammann ; les Anglois regardoient toujours leur compatriote Wallis comme l’inventeur 
de cet art. 



PRÉFACE. 


actuelles ne nous aient pas permis de nous acquitter entièrement du devoir 
de la reconnoissance envers les auteurs de toutes les nations, particulière¬ 
ment envers les Anglois. 

Tandis que l’on se disputoit à Paris, à Amsterdam et à Londres la gloire de cette invention si importante 
pour l’humanité, on oublioit son véritable auteur, le célèbre et modeste Pedro de Ponce , bénédictin espa¬ 
gnol. Je ne sais par quelle étrange fatalité on ne cesse, depuis trois siècles, de ravir aux Espagnols la gloire des 
services qu’ils ont rendus aux sciences,' pour en gratifier des étrangers. C’est ainsi qu’on veut aussi leur ravir 
l’art d’enseigner à parler aux sourds-muets dont l’invention leur appartient incontestablement. Malheureusement 
les Espagnols ont négligé la découverte de leur compatriote , tandis que les étrangers l’ont développée,et portée 
à un haut degré, de perfection! Une chose remarquable, c’est que les savans auteurs des Mémoires de Trévoux, 
qui auroient dû connoître et nommer l’auteur de cette invention, le bénédictin Pedro de Ponce, se servent 
des expressions à’une nouvelle méthode , en parlant de la méthode d’enseignement de Wallis et d’Ammann. 

Il me seroit facile de produire un grand nombre d’autorités en faveur de ce que j’avance ; je me contenterai 
d’en citer quelques-unes, qui sont si convainquantes qu’il me semble impossible de les combattre. 

Plusieurs historiens Espagnols contemporains de Pedro de Ponce , disent expressément que ce religieux du 
couvent de Sahagun a inventé et a porté à un haut degré de perfection l’art de rendre l’usage de la parole aux 
infortunés que la nature semble avoir condamnés à un silence éternel. 

Lepez dans sa savante chronique, Vallès dans sa Philosophia sacra et Ambrosio Morales dans son livre sur 
les antiquités d’Espagne, ne nous laissent aucun doute à cet égard. Vallès, contemporain et ami de Pedro de 
Ponce, s’exprime ainsi : P et rus Pondus, monachus sancti Benedicti, amicus meus, qui, res mirabilis ! natos 
surdos docebat loqui, etc. 

Ambrosio Morales, qui étoit aussi contemporain et ami de Pedro de Ponce, connoissoit plusieurs de ses élèves. 
Voici ce qu’il dit : « Pedro de Ponce enseigna aux sourds-müets à parler avec une perfection rare. Il est fin¬ 
it venteur de cet art. Il a déjà instruit de cette manière deux frères et une sœur du connétable, et s’occupe 
« actuellement de l’instruction du fils du gouverneur d’Aragon, sourd-muet de naissance comme les précédens. 
« Ce qu’il y a de plus surprenant dans son art, c’est que ses élèves, tout en restant sourds-muets, parlent, écrivent 
« et raisonnent très-bien. Je conserve de l’un d’eux, don Pedro de Velasco, frère du connétable, un écrit dans 
« lequel il me dit que c’est au Père Ponce qu’il a l’obligation de savoir parler ». 

D’après ce que ce même Morales dit ensuite, il paroît que Ponce a donné à son art toute la perfection dont 
il est susceptible. D’autres écrivains espagnols, contemporains de Ponce, en ont parlé avec de grands éloges; 
ils assurent qu’il enseignoit aux sourds-muets non-seulement à parler, mais aussi toutes les sciences qu’on peut 
montrer à un homme doué de l’usage de tous ses sens. 

La vérité de ces témoignages est encore confirmée par la note suivante que j’ai lue dans le registre des décès 
du couvent des Bénédictins de San Salvador de Ona où Pedro de Ponce passa la plus grande partie de sa vie. 

Obdormivit in domino ,frater Petrus de Ponce, hujus domus benefactor, qui inter cceteras virtutes, quœ in 
illo maximœ fuerunt, in hac prœcipue jloruit, ac celeberrimus toto orbe fuit habitus, scilicet, mutos loqui 
docendi. Obiit anno i584 mense Augusto. 


g 



Xjyj PRÉFACE. 

Afin de présenter les opinions de chaque auteur dans toute leur force, 
nous avons presque toujours cité ses propres expressions. De cette manière, 
personne ne pourra se plaindre que nous ayons tronqué ou défiguré ses 
idées ; et tous les lecteurs seront en état de comparer nos opinions à celles 
des autres, et d’en porter un jugement impartial. 

Nous croyons avoir fait tout ce qui- étoit nécessaire pour faciliter à nos 
lecteurs l’étude de l’objet extrêmement varié dont il s’agit ici. Dans ce qui 
tient uniquement à la science, notre diction a été simple, claire et dégagée 


Il existe' dans les archives de ce même couvent beaucoup d’autres documens, nommément un acte de fon¬ 
dation d’une chapelle, fait et signé par Pedro de Ponce, et revêtu de toutes les formalités juridiques; il 
résulte de cet acte que ce religieux possédoit l’art utile dont nous parlons, et que les sourds-muets, ses élèves, 
parloient, écrivoient, calculoient, prioient à haute voix, servoient la messe, se confessoient, parloient grec, 
latin et italien, et raisonnoient très-bien sur la physique et l’astronomie. Quelques - uns sont meme devenus 
d’habiles historiens ; « ils se sont, dit quelque part Pedro Ponce, tellement distingués dans les sciences, qu’ils 
eussent passé pour des gens de talent aux yeux d’Aristote. • 

Quelques auteurs ont attribué l’invention de l’art d’instruire les sourds-muets à un autre Espagnol. Il est 
vrai que Juan Paulo Bonnet a écrit sur ce sujet ; mais on ne peut douter qu’il ne tînt sa méthode de Pedro de 
Ponce. C’est ce dont nous allons trouver la preuve dans des rapprochemens chronologiques. 

Ambrosio Morales qui parle si souvent de Pedro de Ponce et de sa méthode, mourut en 1590. L’ouvrage 
de Bonnet parut en 1620., Morales avoit achevé son histoire sept ans avant sa mort. Il s’ensuit par conséquent, 
qu’il avoit eu connoissance ae la découverte et de la méthode de Pedro de Poûce, plus de trente-sept ans avant 
l’époque où Bonnet entra dans la même carrière. 

La Philosophia sacra de Vallès, où il est aussi question de Pedro de Ponce, ainsique nous l’avons dit plus 
haut, parut trente-deux ans avant la publication de l’ouvrage de Bonnet. 

Castaniza, auteur d’une vie de S. Benoît, qui parut à Salamanque en i588, par conséquent trente-deux ans 
avant la publication de l’ouvrage de Bonnet, parle en plusieurs endroits de la méthode de Ponce pour rendre 
aux sourds-muets l’usage de la parole. 

Ajoutons à cela que Bonnet étoit secrétaire du connétable à la même époque où Ponce instruisoit les deux 
frères et la sœur de ce dernier. Il est donc vraisemblable que Bonnet profita de cette occasion pour se familia¬ 
riser avec la méthode de Ponce. Il est d’ailleurs difficile de croire que le connétable eût cherché hors de sa 
maison un instituteur pour ses frères et sa sœur, si son secrétaire eût possédé l’art dont on prétend qu’il est 
l’inventeur. 

Tout ce que je viens d’alléguer, démontre d’une manière incontestable que le Père Pedro de Ponce a inventé 
l’art d’instruire les sourds-muets. 

Paris, i5 septembre 1809. 

Emmanuel Nünez de Taboada. 



de termes techniques inintelligibles; ce n’est que rarement et seulement 
lorsque la nature des choses s’y prêtait, que nous avons adopté un style un 
peu plus élevé. Il est certain que l’on peut regarder comme pauvre en véri¬ 
tables observations celui qui, dédaignant le langage de la conversation, 
affecte partout l’originalité par des expressions emphatiques et mystérieuses. 
De tels écrivains restent inintelligibles pour leurs lecteurs, et ne tardent 
pas à le devenir pour eux-mêmes. Quel sens peut-on attacher, par exemple, 
à des phrases comme celles-ci, employées par Walther et Gôres? « Le bruit 
est l’expression de l’effort d’un corps mu mécaniquement pour retourner à 
l’état de repos, et le son est la tendance de ce qui est le plus intimement 
mu,au repos 1 — « L’architecture est une musique gelée; les symboles de 

toutes les opérations sont contenus dans les sections coniques; celui qui 
veut construire la maladie, doit la construire sur le carré de l’hypoté¬ 
nuse 2 etc. * En lisant ce qu’ont écrit des savans de cette trempe, dont Je 
jargon guindé sur des échasses métaphoriques a été adopté dans la Philoso¬ 
phie der Medicin; von F. J. Scheker, et dans le fatras de tant d’ouvrages des 
universités allemandes, peut-on avoir un autre but que celui de s’amuser 
des bigarrures de l’esprit humain ? Aussi , lorsque nous avons rencontré 
certaines erreurs parfois trop extravagantes, n’avons-nous pu nous empêcher 
d’en faire justice par l’ironie, plutôt que d’y répondre sérieusement. 

Ne connoissant rien en général des forces primitives de l’organisme vivant, 
nous nous sommes bornés dans l’exposé des faits, à dire ce que nous avons 
observé, et dans quelles circonstances nous l’avons observé. En voulant 
mêler les explications aux observations, l’on est trop exposé à donner plutôt 
des preuves de sagacité qu’à peindre fidèlement la nature. Autrefois on 
rendoit raison de tout par le phlogiston, et aujourd’hui c’est par le calo¬ 
rique, l’azote, l’hydrogène et l’oxigène que tout s’explique. Chaque nou¬ 
velle découverte ôte leur clarté et leur valeur aux anciennes explications et 
aux observations qui s’y sont rattachées. Ira-t-on avec M. Oken faire con¬ 
sister la pensée dans un acte de tension entre la substance grise et la subs¬ 
tance blanche du cerveau ? Si Hippocrate avait écrit dans cet esprit, qui lirait 
encore aujourd’hui ses divines observations ? 

* Walther, phys. tom.Il, pag. 286. 

* Gores, Programm zur Phys, 


XXVHI PREFACE. » 

Un autre écueil encore plus dangereux c’est de' chercher à donner à ses 
expériences plus d’intérêt et de valeur qu’elles n’en méritent réellement. 
En agissant de la sorte l’on trouve ordinairement dans chaque expérience 
la confirmation de ses préventions et de ses idées favorables. Il en résulte 
pour le lecteur inexpérimenté une illusion d’autant plus facile, qu’il s’attend 
à n’obtenir d’un écrivain observateur que des phénomènes réellement puisés 
dans la nature. C’est ainsi que les observations de Cheselden sur les aveu¬ 
gles se sont trouvées dénaturées et transmises, dans leur travestissement, 
d’un écrivain à l’autre. Les écrivains postérieurs qui ne veulent pas avoir fait 
des observations moins bonnes, ni moins intéressantes, ne manquent jamais 
d’appuyer les inexactitudes. Il n’y a que l’observateur exercé qui devine à 
la physionomie de ces expériences l’esprit de celui qui les a faites. Le lecteur 
doit se tenir en garde pour ce qui vient avec précipitation et par surabon¬ 
dance seconder une opinion favorite ; pour ce qui se rattache avec trop de 
promptitude aux désirs d’un grand homme, et qui donne à beaucoup de 
gens d’esprit un moyen de se distinguer tout-à-coup, etc. Telle a été à-peu- 
près l’histoire de la cure de la surdité par le galvanisme, et par la perfo¬ 
ration du tympan; telle a été l’histoire des bains froids, de l’émétique, de 
la saignée, de l’électricité, etc. 

Les faits sur lesquels nous fondons nos principes sont la plupart de nature 
à pouvoir être répétés et multipliés à volonté par chacun de nos lecteurs. 
Nous n’avons pas voulu aller chercher dans un autre hémisphère ce que 
nous pouvions trouver dans nos propres foyers. Le cygne et le taureau sont 
organisés d’après les mêmes lois que le canard''et l’éléphant. Il n’y a pas d’in¬ 
convénient à décrire la structure du crâne des Caraïbes, des Pécherais, des 
Hottentots, desTongouses, etc.; mais si l’on examinoit avec la même atten¬ 
tion et la même sagacité les crânes des Allemands, des François, des Rus¬ 
ses , etc., l’on auroit moins de peine à multiplier les observations, et outre 
qu’elles acquerroient une valeur plus durable, elles conduiroient aussi 
à des résultats bien plus utiles. Toutes les observations ont leur utilité 
constante, n’importe qu’on les ait faites sur l’orang- outang ou sur le 
chien; mais en les faisant sur les objets qui se trouvent journellement 
autour de lui, l’observateur pourra plus facilement les multiplier et les 
vérifier. 



PRÉFACE. 


XXIX 


Nous avons aussi pris garde de tomber dans les erreurs de l’écrivain qui 
ne parle que de choses rares, inouïes et extraordinaires. Au lieu de le croire 
observateur, nous le regardons comme un jeune poëte à qui la nature ne 
se montre guère que sous des dehors empruntés. 

Les faits nombreux que nous citons à l’appui de nos assertions, prouvent 
combien nous sommes pénétrés de la nécessité de multiplier les expériences. 
Mais ces faits ne serviroient tout au plus qu’à satisfaire la curiosité, si nous 
nous bornions à les considérer chacun isolément, au lieu de les comparer 
entr’eux, en cherchant à séparer par l’abstraction ce qui n’est qu’accidentel 
et particulier, de ce qui est essentiel et général, afin d’en déduire des prin¬ 
cipes généraux et des lois. 

Ce n’est que pour atteindre à ce but que nous regardons la multiplicité 
des observations comïne indispensable. Celui qui se contente de faits isolés, 
peut en accroître le nombre jusqu’à l’infini, sans qu’il lui en revienne aucun 
fruit ; il n’en sait point tirer parti pour prévoir ou même produire des faits 
analogues. Ne sachant point distinguer ce qui est essentiel de ce qui n’est 
qu’accidentel, il reste aussi étranger à tout ce qu’il n’a pas encore vu, que 
celui qui entre pour la première fois sur la scène de la nature ; sa science 
n’est qu’un tâtonnement sans suite, il ne voit pas l’ensemble qui naît uni¬ 
quement de l’enchaînement des faits isolés; il ne parvient jamais à se faire 
une idée libre et philosophique d’un objet, et le caractère essentiel de sa 
méthode est de ne pouvoir arriver à de nouveaux aperçus, ni par consé¬ 
quente une découverte quelconque. 

Croire que les faits isolés, quelque nombreux qu’ils soient, ne peuvent 
conduire à des lois générales, parce qu’on ne peut observer tous les faits 
possibles, c’est supposer que la nature n’agit pas avec suite, et par des lois 
constamment les mêmes ; c’est assigner à chaque fait une cause à part. Il est 
vrai qu’il faut beaucoup de sagacité et une profonde connoissance de la 
nature, pour reconnoître si les phénomènes sont tels qu’on puisse en déduire 
les lois de leur existence ; il est rare que cela n’exige pas beaucoup de faits. 
C’est pourquoi lorsque nous n’aurons à alléguer en notre faveur que deux 
ou trois faits, nous nous garderons bien de dire : voilà ce que nous avons sou- 
i. h 


XXX 


PRÉFACE. 


vent vu; voilà ce que nous avons toujours vu; nous n avons jamais vu cela autrement , etc. 
Des expressions semblables surprennent au lecteur des jugemens qui, dans 
certains cas, pourroient être très-erronés. D’un autre côté, on est encore 
bien loin de sentir la différence qui existe entre ce qui est essentiel et ce 
qui n’est qu’accidentel, lorsqu’on prétend, comme on l’a fait à notre égard, 
que des expériences faites à Vienne d’après les principes les plus rigoureux 
de l’art d’observer, doivent être répétées à Paris et à Londres, avant de pou¬ 
voir devenir un objet de croyance pour celui qui s’occupe de l’étude de la 
nature. 

Si l’on vouloit révoquer en doute la justesse des principes, parce qu’ils 
n’ont été déduits que d’un grand nombre de faits isolés, que deviendraient 
toutes les connoissances humaines ? En général oh le physicien, le chimiste 
et le médecin, etc., ont-ils donc puisé leurs principes ? Un principe mérite 
toute notre confiance, lorsqu’il nous met en état de pronostiquer avec jus¬ 
tesse les phénomènes, ou même de les faire naître, et de prévoir avec exac¬ 
titude les résultats nécessaires par les circonstances, ainsi que de déterminer 
les circonstances par les résultats. Le jardinier qui sait que ses arbres seront 
gâtés par la gangrène et deviendront gommeux s’il les taille avec excès, et 
la paysanne qui sait quelle espèce de fourrage peut donner à sa vache un 
lait plus abondant et de meilleure qualité, ont tous deux le droit de se 
moquer gaiement d’un philosophe, qui, avec tous ses principes généraux, 
ne peut ni élever un arbre, ni produire du lait. 

L’utilité la plus importante qui puisse résulter de l’anatomie comparée 
pour la physiologie, c’est de conduire à la connoissance des généralités, 
des lois et des gradations de l’organisme animal. Si elle ne tend vers ce but, 
l’étude de l’anatomie comparée aura bientôt une telle étendue que plusieurs 
âges d’hommes n’y suffiront plus. Et que nous en reviendra-t-il de connoître 
tous les muscles de la chenille et du chameau, toutes les formes des os et 
des intestins des animaux depuis la musaraigne jusqu’à la baleine? Si nous 
avons fait entrer l’anatomie comparée dans nos recherches, ce n’est qu’au- 
tant qu’elle pouVoit nous servir pour arriver à la découverte des lois de 
l’organisme. Nous pouvons même dire en faveur de ceux qui viendront après 
nous, que dans cette étude il ne faut que rarement recourir à des animaux 



CE. 


étrangers. Les nerfs prennent aussi bien naissance dans la substance grise de 
nos chats et de nos chiens, que dans celle des tigres et des adives; et nos 
amphibies, nos poissons et nos oiseaux ne nous offrent pas moins d’occa¬ 
sions d’observer l’accroissement graduel des divers systèmes nerveux et leurs 
appareils plus ou moins multipliés, que les amphibies, les poissons et les 
oiseaux des pays étrangers. Nous savions depuis long-temps que les appareils 
de l’organe visuel sont plus simples dans les animaux des classes inférieures 
que dans les autres, avant d’avoir vu que le nerf optique de la seiche sort 
immédiatement de deux gros ganglions réniformes pour entrer dans le globe 
de l’œil sous l’aspect de larges cordons fibreux. 

Il est des gens qui rejettent absolument toute application de l’organisa¬ 
tion des animaux à l’organisation de l’homme. Selon eux, les animaux ont 
trop de parties qui manquent à l’homme, par exemple, les antennes, les 
cornes, les ailes, les pieds palmés, les nageoires, les queues, etc.; lespen- 
chans et les facultés de l’homme ne doivent avoir aucune analogie avec 
l’instinct et l’industrie naturelle des animaux; enfin, ajoutent-ils, l’on voit 
partout la nature exécuter la même fonction avec des organes entièrement 
différens. 

Quant à ce qui concerne l’application de l’anatomie comparée du cer¬ 
veau des animaux à la physiologie de cette partie, nous en traiterons en 
détail dans notre ouvrage. De ce que le bœuf a des cornes et la sauterelle 
des pieds à sauter, il ne s’ensuit pas , nous l’avouons, que l’homme doive 
aussi avoir ces parties; mais nous pensons que ces différens organes sont 
affectés à des opérations différentes, et que l’on a tort de donner le nom de 
vision à l’irritabilité du polype et des plantes pour la lumière ; celui de respi¬ 
ration à l’absorption et à la décomposition de l’air par les trachées des in¬ 
sectes ; et celui de marche au rampement des vers ; nous sommes même per¬ 
suadés que chaque différence dans la structure d’un organe analogue doit 
entraîner une différence dans ses fonctions, et que, pâr exemple, l’homme 
voit autrement que le chien, et le chien autrement que le chat. Cependant 
la nature suit constamment un type général dans toutes ces différences; et 
celui qui sait reconnoître ce type général en comparant les systèmes ana¬ 
logues chez les différens animaux, a découvert par l’anatomie comparée 



XXXII PRÉFACE. 

une loi qu’il retrouvera aussi bien dans l’homme que dans tous les autres 
animaux, peu importe qu’ils aient des écailles, des plumes, des cornes, des 
queues ou des antennes. 

Nous avons évité avec la plus soigneuse attention le défaut opposé, celui 
de présenter des principes généraux sans les appuyer d’un nombre suffisant 
de faits. Nous n’avons pu nous accommoder de la philosophie qui dédaigne 
de recueillir les faits isolés, sous le prétexte que c’est le point le plus bas 
où puisse descendre le naturaliste; que les expériences n’ont qu’une valeur 
subjective et que l’observateur mérite tout au plus le nom d’un curieux qui 
fait des recherches pour lui-même. N’est-on pas tenté de rire, lorsqu’on 
entend dire à des naturalistes philosophes que nous avons toujours raison 
sous le point de vue de l’expérience ; mais que sous le point de vue de la 
philosophie naturelle, nous avons tort 1 ? Cela ne signifie-t-il pas que leur 
philosophie naturelle est en opposition directe avec la nature ? Il est réelle¬ 
ment plaisant de voir comment ces Messieurs régentent la nature ; comment 
du haut de l’Empyrée ils mesurent le monde qu’ils ont arbitrairement com¬ 
posé de généralités et d’abstractions, en daignant à peine, avec l’orgueil¬ 
leuse satisfaction qu’ils éprouvent pour eux-mêmes, jeter un coup-d’œil 
sur le laborieux observateur. Mais s’agit-il de guérir un malade, de conduire 
une affaire contentieuse ou de payer de sa personne dans toute autre car¬ 
rière pratique, alors ces sages prématurés sentent le vide de leurs connois- 
sances universelles qui s’évanouissent comme une vaine fumée, et ne leur 
laissent que le regret d’avoir perdu les plus belles années de leur vie à 
courir après des fantômes chimériques. Lorsqu’on a vu tant de fois, comme 
l’observe Reil% les défenseurs de la philosophie transcendante se heurter 
les uns contre les autres dans les régions éthérées qu’ils parcourent, et leur 
édifice fragile s’écrouler sous les mains mêmes de ses architectes, comment 
ne cesse-t-on pas de construire avec delà poussière? 

Comme nous faisons toujours marcher d’un pas égal les expériences et la 
raison , il est juste que ceux qui veulent examiner nos assertions, adoptent 
la même manière de procéder. Il n’est pas possible de faire une observation 

4 Steffens, drey Vorlesungen iiber Gall’s Organenlehre, Halle i8o5, p. g. 

Archiv fur Phys. B. II, S. 3ao. 



PRÉFACE. 


XXXIII 


exacte sans le concours de la raison. Vicq-d’Azyr l’a bien senti en disant 
que pour bien voir , il faut souvent bien juger. C’est du défaut de jugement que 
naissent des opinions quelquefois si différentes sur des objets purement ana¬ 
tomiques. Quand nous traiterons de la moelle épinière, on aura de la peine 
à concevoir comment les écrivains les plus célèbres se sont expliqués d’une 
manière différente et souvent diamétralement opposée sur un objet qui est 
constamment le même, et où tout est plus simple et plus facile à vérifier 
que dans le cerveau. Si l’on ne fait des recherches très-nombreuses, on court 
le risque de regarder les modifications purement accidentelles, comme des 
phénomènes constans. Il s’en faut en outre de beaucoup que tous les objets 
soient également faciles à voir dans tous les individus ; les mêmes parties se 
trouvent plus ou moins développées chez l’un que chez l’autre ; souvent des 
circonstances accessoires, tels que l’âge, la nature de la maladie à laquelle un 
sujet a succombé, le temps qui s’est écoulé depuis la mort jusqu’à l’examen du 
cadavre, l’intensité du froid ou de la chaleur, etc., ont une grande influence 
sur la précision avec laquelle certains objets peuvent être décrits ; ce n’est, 
par exemple, que dans l’hydrocéphale que la structure fibreuse de la substance 
blanche du cerveau se montre presque partout, sans aucune préparation ; 
ce n’est que dans le spina bifida, et dans les enfans très-jeunes que l’on peut 
démontrer évidemment qu’il n’y a point d’adhérence entre les parois de 
l’intérieur des deux moitiés de la moelle épinière. C’est ainsi que dans beau¬ 
coup de cas il faut attendre des phénomènes physiologiques ou pathologi¬ 
ques, avant de pouvoir rectifier une erreur ou établir solidement une vérité. 

Que les médecins et le public se figurent d’après cela jusqu’à quel point 
l’on doit s’attendre de la part des anatomistes de profession à un jugement 
exact sur nos découvertes anatomiques. Dans le nombre de ceux qui sont 
dans une position convenable pour multiplier suffisamment les expériences, 
combien peu s’en trouve-t-il qui en sentent intérieurement la vocation ? 
Qu’ils sont peu nombreux les anatomistes doués tout à-la-fois de goût pour 
l’étude de la nature et d’un esprit physiologiqüe ! Qu’il est rare aussi que 
les vieux anatomistes de profession ne soient pas préoccupés ! Il n’y a que 
peu d’hommes, qui, comme Loder, Reil, Sœmmerring, ne voulant pas 
passer pour plus savans qu’ils ne le sont, mais voyant avec plaisir les progrès 
des sciences, et renonçant à tout amour-propre, ne rougissent pas de publier 



XXXIV PREF.ACE. 

hautement l’aveu de leur conviction. Une vérité que confirme l’histoire de 
tous les temps, c’est que la persécution contre l’auteur d’une découverte vient 
spécialement de la part de ceux qui se sont voués au même genre d’occupa¬ 
tion que lui. Aussi une vérité nouvelle n’est-elle jamais adoptée générale¬ 
ment que par la postérité chez qui les rivalités de l’amour-propre ne vien¬ 
nent plus à la traverse. 

Nous avons jusqu’ici tiré parti de toutes les objections faites contre nos 
assertions, lorsqu’elles sont parvenues à notre connoissance, et nous agirons 
toujours de même. La seule chose que nous regrettons, c’est que nos anta¬ 
gonistes ne prennent pas le temps de connoître notre doctrine avant d’en¬ 
treprendre de la réfuter. La plupart se débattent plutôt contre les inepties 
qu’ils y glissent que contre nos véritables opinions ; manière d’agir qui dé¬ 
cèle moins un véritable zèle pour la vérité que des motifs d’une autre source. 
Une découverte resteroit néanmoins très-imparfaite, si elle obtenoit trop 
promptement un assentiment sans .réserve. Pour que tout aille bien pouf 
son auteur, il lui suffît de vivre sous vn gouvernement où l’on ne croie plus 
que le salut de l’univers puisse être compromis par des vérités naturelles. 
Il n’y a que l’homme foible qui se laisse intimider par les difficultés et par 
les petites persécutions. Quant à celui qui se sent la force de soutenir une 
vérité nouvelle, il trouve dans chaque difficulté un nouvel aiguillon, et 
dans chaque obstacle un nouveau sujet de triomphe. Ce n’est même que 
par là qu’il peut porter son attention sur tout ce qui a rapport à l’objet de 
ses études ; ce n’est qu’à force de résoudre des doutes et des objections qu’il 
arrive à mettre ses principes hors de toute atteinte. D’ailleurs plus ses anta¬ 
gonistes mettent de passion dans leurs attaques, mieux ils font connoître 
l’état de la science à l’époque de la découverte, en sorte que chaque pièce 
de controverse devient un document d’après lequel la postérité appréciera 
le mérite de l’invention. 

Dans l’anatomie notre principal but est de faire connoître l’organisation 
du système nerveux, et particulièrement celle du cerveau, en dirigeant de 
préférence notre attention vers la découverte des lois organiques du sys¬ 
tème nerveux, et en nous attachant à les démontrer, à partir des systèmes les 
plus simples pour remonter aux systèmes les plus composés. Dans la physio- 


LÉFACE. 


XXXV 


logie, nous cherchons à la vérité quelles sont les facultés primitives de l’ame, 
le siège et les signes extérieurs de ses organes ; mais de quelqu’importance 
qu’en soit la connoissance pour le médecin et pour le philosophe, nous 
sommes loin de nous restreindre à ce seul objet, ne le regardant au contraire 
que comme un des meilleurs moyens de connoître avec exactitude les fonc¬ 
tions du cerveau et de ses diverses parties. Par conséquent nous nous appli¬ 
quons d’une manière spéciale à des recherches sur les facultés de l’irrita¬ 
bilité, de la sensibilité, du mouvement volontaire, de même que sur les 
fonctions des sens, les instincts, les penchans , la volonté et la pensée, en 
tant que toutes ces qualités se trouvent subordonnées à des conditions 
matérielles ; nous tâchons d’assigner à chaque système différent sa sphère 
d’activité particulière, et enfin de déterminer d’après des lois immuables , 
quelle est, dans l’ensemble de tous les systèmes nerveux, la sphère d’activité 
ou le règne de l’homme. Dans toutes les occasions, nous prenons en consi¬ 
dération l’éducation, la morale, la législation, l’art de guérir en général, 
ainsi que la connoissance et le traitement des affections mentales et morales 
en particulier. 

Mais ceux qui exercent la médecine, ont-ils le droit de faire valoir leurs 
expériences pour le perfectionnement de la législation, du code pénal, des 
maisons de corrections, des prisons, etc. 

On conviendra avec nous que tous les établissemens et toutes les lois qui 
n’ont pas pour base la nature de l’homme et les besoins de la société, doi¬ 
vent manquer leur but. Or, à qui la nature humaine se dévoile-t-elle avec 
le moins de contrainte ? Qui connoît le mieux les besoins de l’homme ? A 
la vérité l’homme se montre le même partout, et quelque indépendant que 
paroisse l’empire qu’il affecte sur tout ce qui l’entoure, il ne peut rien au- 
delà de la ligne que le Créateur lui a tracée. Courbé sur le manche de la 
charrue ou porté au timon de l’état, vaincu par l’amour ou vainqueur dans 
les combats, annobli par l’abnégation de lui-même ou abruti par la débau¬ 
che, l’homme offre partout à l’observateur des données pour la connois¬ 
sance de l’homme. Mais qui a plus d’occasion que le médecin, de voir les 
hommes dans leur état d’abandon absolu ? Qui est plus obligé d’étudier 
leur physique et leur moral#? Qui encore y est. mieux préparé par des con- 



XXXVI PRÉFACE. 

noissances accessoires et par l’étude de la nature ? Enfin qui remarque aussi 
souvent que le médecin, l’influence des alimens, des boissons, du tem¬ 
pérament, du climat, de la température, d’une période critique immi¬ 
nente ou déjà arrivée ? Le médecin seul est, nuit et jour, témoin des évé- 
nemens les plus secrets des familles, de leurs relations les plus intimes. 
Vertueux ou méchant, l’homme qui souffre ou qui lutte contre la mort, ne 
peut que difficilement cacher au médecin son véritable caractère. Qui ne 
voudrait avoir pour ami l’homme à qui l’on confie son épouse, ses enfans 
et soi-même; l’homme qui, à toute heure, doit être prêt à se donner tout 
entier à ses malades, et peut-être à gagner la mort auprès de leur lit ? 
C’est à un tel ami, auquel on sait que rien d’humain ne reste étranger, 
que l’on ouvre les replis les plus cachés de son cœur; on lui découvre ses 
foiblesses, ses écarts afin de le guider plus sûrement dans le jugement qu’il 
doit porter sur l’état physique où l’on se trouve. Des circonstances aussi 
nombreuses et aussi favorables ne doivent-elles pas donner au médecin 
observateur des connoissances certaines et profondes de la nature humaine ? 
Qui peut, comme lui, tracer la ligne de démarcation parfois extrêmement 
délicate qui distingue l’immoralité et le crime de l’imbécillité et de la folie ? 
Personne n’est aussi souvent ni aussi puissamment ramené par la nature à 
réformer ses jugemens, et à quitter le sentier dangereux des hypothèses, 
pour rentrer dans celui de l’expérience; personne ne parvient guère à se 
convaincre d’une manière aussi évidente et aussi intime que le médecin, 
que tout notre savoir se réduit à juger raisonnablement des expériences. 
Ainsi dès qu’il s’agit d’établissemens qui, sous quel point de vue que ce 
puisse être, supposent une connoissance exacte de l’homme et un jugement 
exercé, la science médicale peut, sans contredit, fournir des renseignemens 
précieux. N’est-ce point sur le physique de l’homme que Moïse, ce grand 
législateur, a déjà fixé partout sa principale attention ? N’est-ce pas aux mé¬ 
decins qu’on est redevable d’une infinité d’excellens établissemens de police, 
de bonnes lois, depuis que quelques grands hommes ont donné des traités 
plus complets de la police, de la statistique médicales et de la médecine 
légale ? Combien d’instituteurs et de moralistes n’empruntent pas à la mé¬ 
decine leurs moyens les plus heureux en résultats ? 

Si tout ce que nous venons de dire n’estfcpas encore accompli, c’est, 



PREFACE. 


XXXVII 


comme l’a également très-bien observé Bexon parce que négligeant l’utile 
exemple des anciens sages de la Grèce, on a, trop isolé l’une de l’autre, la 
physiologie,,la médecine, l’éducation, la morale, la législation, etc., au 
lieu d’apprécier tous leurs rapports mutuels ; c’est surtout parce qu’il est 
peu de médecins philosophes qui puissent mesurerdoute l’étendue de leur 
sphère d’activité, et s’élever à toute la dignité de leur état. 


Nota. Ecrivant dans une langue qui ne nous.est pas familière, nous avons cru devoir nous faire aider dans 
la rédaction de cette préface par M. Demangeon , et dans la rédaction.des autres parties de ce volume par 
M. Eyries , très-avantageusement ,connu par sa traduction des Tableaux de la nature par M. de Humboldt ; nous 
aimons à leur donner, à l’un et à l’autre un témoignage public de notre reconnoissance. 


* Scipion Bexon : Théorie de la législation pénale. Paris, 1802. Introduction, §. 8. 

« Il sembleroit : que l’organisation physique de l’homme ne doit appartenir qu’à la science de la médecine ou 
de la physiologie; la,considération de l’homme intellectuel à la philosophie, à la science métaphysique, et 
qu’il .'suffise à l’étude de la morale et à la science de la législation de l’examiner dans l’état social et de le suivre 
dans ses actions,sans.chercher à en connoître les causes. 

« C’est d’après cette grande erreur que beaucoup de moralistes et de législateurs ne s’attachant qu’à la superficie 
de l’homme sans,étudier les secrets et les,variétés de son organisation, les principes de ses facultés intellectuelles 
et la.génération.de ses idées, ont écrit leurs maximes et dicté leurj lois, tandis que la connoissance de l’homme 
dans toutes les parties, de son. organisation physique et morale, et des différences qui s’y rencontrent, appliquée 
à leurs,effets dans les diverses, actions de la vie , est une seule et même science en morale et en législation ». 




ANATOMIE 

ET 

PHYSIOLOGIE 

DU 

SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL, 


ANATOMIE DU CERVEAU EN PARTICULIER. 




INTRODUCTION. 


Pou r donner à nos lecteurs une idée juste du but et de l’importance de ces Essais, 
nous allons d’abord exposer succinctement par quelle voie la nature a conduit l’homme 
à connoître les causes premières des phénomènes de l’univers ; comment de conjectures 
en conjectures, d’erreurs en erreurs, de progrès en progrès, elle l’a approché du sanc¬ 
tuaire de la vérité; comment et jusqu’à quel degré l’homme a réussi à tirer peu à peu 
des conclusions sur les forces de la matière brute et des corps organisés, et même à 
entrevoir les mystères de son propre moi. 

Qu’on se représente l’homme dans l’enfance de ses connoissances , placé sur la scène 
des phénomènes les plus grands et les plus variés de la nature. Après une belle journée 
de printemps, durant laquelle il s’est rafraîchi à l’ombre des arbres en fleurs, qu’au 
milieu du fracas du tonnerre tombe le feu du ciel ; que la tempête bruyante précipitant 
sur lui les nuées, chasse de leurs lits les fleuves et les mers ; que la terre s’entr’ouvre 
sous ses pas ; ici des montagnes s’écroulent, là des îles s’élèvent du fond de l’océan; 
ailleurs des volcans vomissent de leurs entrailles des torrens enflammés. Qu’on le trans¬ 
porte au Nord et au Sud, où l’excès du froid et de la chaleur détruit également les prin¬ 
cipes de la vie. Qu’il remarque aussi la marche tranquille et majestueuse, le mouve¬ 
ment varié des astres au-dessus de sa tête, l’alternative du jour et de la nuit, la vicissi¬ 
tude des saisons et de la température. Cependant, que nonobstant ces changemens 
continuels, il découvre un ordre permanent, et la durée éternelle de tous les êtres ; 
qu’il apprenne qu’un phénomène ne disparoît dans un lieu, que pour reparoître dans 
un autre ; et qu’ainsi l’ensemble se présente toujours rajeuni par les débris mêmes de 
ses diverses parties. Doué de la faculté de réfléchir sur les causes et les effets, l’homme 
ne demandera-t-il pas avec étonnement : Qui est le créateur, qui est le moteur de tout 
cela ? 

Ne recourra-t-il pas à une cause éternelle et indépendante qui ne permette point de 
remonter plus haut ; à une intelligence suprême qui soit par elle-même ce cju’elle est ? 
Si, à des époques différentes, il a ravalé ce Dieu jusqu’à n’en faire tantôt que lame du 
mondé, tantôt qu’un simple élément agissant, tel que la lumière, le feu ou l’air; s’il 
a donné à ce Dieu qui devoit tout faire et tout gouverner, des ministres de différens 
ordres et de différens degrés, des esprits, des démons, des émanations innombrables 
de son pouvoir ; la foiblesse et la pauvreté de ses connoissances sont sa seule excuse. 

De la contemplation de l’univers, l’homme reporta ses regards sur lui-même. II re- 
! connut dans son intérieur un foyer d’activité : il transforme dans sa nature les alimens 
les plus variés, dont ses entrailles préparent différens sucs et séparent ce qui est inutile; 
il se développe, il tombe malade, il guérit sans secours extérieur; il a la conscience de 


INTRODUCTION. 

-son existence ; de puissans mouvemens se manifestent en lui; il-veut, il sent en lui un 
,é.re qui pense, et qui continue à agir lors même que le corps paroît être enchaîné par 
ile sommeil. 

'Les plus anciens des philosophes et des médecins grecs, Empédocle, Leucippe, Démo¬ 
de, l’école .d’Hippocrate et les Stoïciens, puis Héraclide, Epicure, Asclépiade, Archi- 
,gêne, Àrétée-etd’autres, lui enseignèrent, il est vrai, que la vie est un résultat de 
l’organisation, et que toutes les opérations des corps et tous les phénomènes de la nature 
s’expliquent par les rapports des dernières Molécules entre ellés, et .par le mélange des 
tëlémens. 

Mais, répliqiïa-t-il, voyez ce cadavrè ! ï/homme tout à l’heure étoit plein de force et 
d’activité, plein de volonté et de raison; le voici maintenant étendu sans vie : ses lèvres 
pâles ne savourent plus le baiser de l’amour; sa main roide et glacée ne sent plus la 
main amie qui la presse ; son oreille est sourde aux cris douloureux d’une époüse dont 
son œil obscurci ne voit plus couler les larmes ; lesang refroidi ne circule plus dans ses 
veines; dans ses entrailles, les alimens fermentent et se corrompent. Que le scalpel le 
plus exercé ouvre la tête, la poitrine, lê bas-ventre; vous n’y découvrirez rien qui 
marque la différence entre la vie et la mort. Ainsi les mêmes atomes, le même mélange, 
la même organisation qui naguères offroient une combinaison active de forces et d’effets, 
nè sont plus qu’une masse inerte d’os et de chair, qu’une machine ingénieuse, mais 
privée de mouvement. D’où naît ce contraste incompréhensible ? Gomment -s’opère le 
passage de la mort à la vie et de la vie à la mort ? 

Au milieu de ces difficultés, que ipouvoit-on imaginer de mieux qu’un être vivant, 
actif, existant par lui-même; dont la présence répande la vie et l’activité sur toutes les 
parties du corps, et dont la séparation les abandonne à la mort et à la dissolution ? 
L’homme, qui se croyoit l’image de la création, le microcosme, une partie de l’ame 
du monde, «ne portion de la divinité, «ne émanation de la lumière éternelle, ne de- 
voit-il pas recourir à l’existence d’une âme? En effet, avec Aristote, Galien et leurs 
successeurs, jusqu’au dix-septième siècle, il attribua toutes les opérations de la vie à 
l’ame, comme cause première ; avec Bofelii, Robinson, Cheyn, Mead, Portersfield, etc., 
il regarda l’amë comme Cause efficiente de l’organisation ; avec Swammerdam, Perrault, 
Stahl, il honora dans l’ame la gardienne de la.santé, la cause de tous les incidens de la 
maladie et de la guérison. Est-il surprenant que même , avec Thomas d’Aquin-, il ait 
•donné à l’ame un pouvoir illimité sur le corps, et lui ait fait produire par le moyen du 
cœur tous les mouvemens , et par le moyen du cerveau toutes les sensations ? N’étoit-il 
pas plus heureux qu’aUjourd’hui, alors qu’il pouvoit expliquer par des âmes toutes les 
jetions et tous les mouvemens réguliers du monde extérieur, des animaux, des plantes 
et des astres ? Eh ! pourquoi a-t-on ravi à son ignorance la multitude dames dé Thalès, 
de Pythagoreet les paradigmes ou démons de Platon ? 

€e système étoit si commode que l’on s’accorda assez unanimement à admettre, comme 




INTRODUCTION. 3 

principe général d’activité, une substance de ce genre. Mais on voulut aiissi éà pénétrer 
l’essence, et ici les opinions se partagèrent. Les sages de la Grèce l’appelèrent tantôt air, 
éther, esprit, pneuma, tantôt feu, ,démon, ame. Avant Anaxagore et Aristote, on la 
regardoit communément comme un élément, ou un être matériel. Démocri te lui donna 
une forme sphérique, une nature ignée 1 , aérienne et indivisible. Héfaclite lui attribua 
aussi une nature ignée, et dit qu’elle pfovenoit de l’évaporation du feu. Suivant l’école 
d’Hippocrate, le feu étoit le principe dé l’attie, de l’entendement, de là raison, de 
l’acoroissement, du mouvement, du décroissement, de la veille et du sommeil. Les 
Stoïciens confondirent l’ame avec lés forces organiques. Anaxagore enseigna bien que 
l’ame est immatérielle, mais il la rendit tellement dépendante deTorganisatioft, qu’il ne 
regardoit la raison de l’homme que comme un résultât de la forme de ses mains. Aris¬ 
tote établit.surtout fpie 1’ariie est un être simple et immatériel. Lè pneuma , l’éther, 
l’air , le feu, dont, suivant lès philosophes qui l’avoient précédé, émanoit toute action", 
ne servoient suivant lui que d’intermédiaires. Lorsqu’ënsuite l’immatérialité de l’ame fut 
'reconnue, toutes recherches sur sa nature durent cesser. 

Mâis les phénomènes étoiënt trop multipliés et trop Opposés entre eux, pour qu’un 
principe unique satisfît long-temps à leur explication. Il fallut bientôt recourir à diverses 
causes agissantes. Si , à la substance qüi produisoit l’activité, on laissoit une essence uni¬ 
forme , on expliquoit la diversité des effets par son ùnion avec différentes parties, ou au 
| moins par la différence des intermédiaires que lame eriiployoit pour agir. Nous avons dit 
plus" haut comment Anaxagore qui, le premier, adopta l’immatérialité de l’ame, eut 
recours à la différence de l’organisation. Les matérialistes, tels que l’école d’Hippocrate 
et les Stoïciens, trouvèrent un moyen d’explication dans là combinaison variée des élé- 
mens. Pythagore divisoit l’ame humaine en deux parties; l’une raisonnable, l’autre irrai¬ 
sonnable. Platon rie se contente pas de diviser l’ame de l’homme en deux parties, l’uné 
raisonnable et divine, l’àutre irraisonriable et corporelle; il donne aussi le nom d’airie à 
toute cause première. Erasistràte reconnoît un pneuma animal dans le cerveau, et un 
pneuma vital dans le cœur. Galien adopta une ame raisonnable et urie ame irraisonnable, 
et différens esprits ou causes pour expliquer les différentes fonctions de là vie. Gilbert* 
dans le treisième siècle, parle décidément d’une ame raisonnable et immortelle, et d’une 
ame végétale et sensitive ; celle-ci étoit mortelle, et l’ori ne pouvoit, selon lui, la consi¬ 
dérer que comme une forme de la matière. Les Stahliens, eux-mêmes furent obligés de 
diviser J’ame suivant ses différentes opérations ; d’admettre en elle une partie raisonnable, 
douée de conscience et de spontanéité , et pour les fonctions vitales une autre partie 
purement végétale , sensitive et dépourvue de conscience 

Ainsi dans tous les temps on a cherché à approfondir FesSènce du principe général 
ou celle des diverses causés agissantes. Fait-on aujourd’hui autre chose, lorsque l’on repré- 

■ Voyez Kurt Sprengel Versuch einerpra^tischenGeschichte der Arziieikuricle.Halle, 5 vol. in-8°. —- G.V. Teii- 
iiémann Geschichte der Philosophie. Leipz. 2 vol. in-8°. — J. Chr. Meiners Geschichte der Wissenschâften in 
Griechenland und Rom. Lemgo, 1781. 2 vol. in-8°. — Tiedemann Gïiechenlands erste PBilosopheh. Leipz. 
1781, in-8«. \ 



4 INT RO DD CTI O K. 

sente tantôt le phlogistique, tantôt l’oxigène, ici l’électricité, là le fluide magnétique, 
ou le fluide galvanique, comme la cause première de tous les phénomènes ? quand, fai¬ 
sant tous ses efforts pour expliquer la vie elle-même , on la nomme, avec Kant ', un 
principe intérieur d’action, de mouvement, de changement; avec Schmidt 2 , 1 activité de 
la matière dirigée d’après les lois de l’organisation ; avec Erhard 3 , la faculté du mou¬ 
vement destiné au service de ce qui est mu ? quand on place avec Treviranus *, le carac¬ 
tère essentiel de la vie, dans la constante uniformité des phénomènes, quoique les in¬ 
fluences du monde extérieur soient différentes ; avec Bichat 5 , dans l’ensemble des .fonc¬ 
tions qui résistent à la mort, etc. Toutes ces définitions ont-elles fait trouver ce que 1 on 
ose chercher ; c’est-à-dire, le principe qui donne et entretient la vie ? On ne nous pré¬ 
sentera jamais que des conditions isolées de la vie, ou quelques-uns de ses premiers et 
de ses plus importans effets; et presque toujours des choses que l’®n devroit considérer 
comme des propriétés essentielles et inhérentes aux corps, sont personnifiées et transfor¬ 
mées en substances réelles. 

Ces élans d’une imagination téméraire sont absolument hors de notre sphère; ils n’ont 
servi, après des milliers d’années, qu’à grossir l’histoire des erreurs de l’esprit humain; 
ils ont entravé le naturaliste dans l’étude du monde physique, autant que le bon et le mau¬ 
vais principe, et le combat éternel des génies, imaginés par les Brames et Zoroastre, 
ont éloigné les moralistes et les métaphysiciens de la connoissance des véritables mobiles 
des actions des hommes. 

Ce ne fut que par degrés, lorsque l’on commença à examiner les phénomènes et les 
faits en eux-mêmes, indépendamment de toute explication, et à rechercher les circons¬ 
tances qui les accompagnent, que l’on reconnut l’insuffisance de toutes ces opinions. Aussi 
Curt Sprengel dit-il 6 , avec beaucoup de vérité : « Toute théorie qui n’a pas été formée 
par voie d’induction, mais conçue seulement par l’imagination, doit s’attendre à être 
contredite par l’expérience, à ne pouvoir pas être mise en pratique, et à tomber tôt ou 
tard dans l’oubli. * 

Peu à peu l’on revint à cette question : Est-ce l’ame qui opère dans le corps tous les 
changemens dont la plupart ont lieu sans qu’elle en ait la conscience ? Whytt, Sauvages, 
Hartley, Unzer, Charles Bonnet, etc., reconnurent et soutinrent qu’au moins toutes les 
fonctions naturelles du corps se faisoient indépendamment de la conscience et de la spon¬ 
tanéité, par conséquent d’une manière nécessaire, et que l’ame, ainsi bornée dans son 
empire, avoit son siège dans tout le corps. On chercha comment plusieurs changemens 
s’effectuoient dans le corps à l’insu de l’ame. Le Cat et Johnston crurent en avoir trouvé 
la cause dans les ganglions. 

■ Metaphysische Anfangsgründe der Naturwissenchaft. S. 120. 

* Phys. B. 2, S. 3 a 4 . 

3 Roschlaub Magazin der Heilkunde. B. 1, St. 1 , S. 69. 

* Biologie der lebenden Natur. B. 1 , S. 44 - 

6 Sur la vie et la mort, p. 1. 

* L. c. T. Y, p. 58 o. 


INTRODUCTION. 5 

Mais déjà Glisson donna à la matière une activité propre; et en particulier à la fibre 
animale une irritabilité spéciale. Frédéric Hoffmann posa pour première base de son sys¬ 
tème , que le corps de l’homme, de même que tous les autres corps de la nature, étoit 
doué de forces matérielles , par le moyen desquelles il produisoit ses mouvemens. De 
Gorter 1 enseigna que les mouvemens des plantes dérivent du même principe qui 
préside aux fonctions du corps des animaux, et qu’on doit en conséquence reconnoître 
dans la vie végétale quelque chose de plus qu’un simple mécanisme; mais en même 
temps, il distingue ce principe, de lame et de l’irritabilité musculaire. Il le place dans 
tout le corps, ét non pas seulement dans les nerfs et dans les muscles. Winter et sur¬ 
tout Lups 3 démontrèrent que l’irritabilité est indépendante de l’influence des esprits 
vitaux, et appartient primitivement aux fibres. Lups prouva que les plantes manifestent, 
comme les polypes, des phénomènes qui ne peuvent être qu’un résultat de l’irritabilité ; 
telle est l’élasticité des anthères qui lancent le pollen, aussitôt qu’on les touche. Le 
comte del'Covolo vit les étamines se raccourcir lorsqu’elles sont irritées : il observa, 
avec Kolreuter, que dans beaucoup de fleurs l’irritabilité s’étend aussi aux pistils. Linné 
et Zinn ont décrit, sous le nom de sommeil des plantes, l’état où elles disposent, pen¬ 
dant la nuit, leurs feuilles dans une situation differente de celle qu’elles avoient durant 
le jour. Darwin 3 , Adanson, Duhamel *, Barthez, etc., parlent de l’irritabilité des fleurs 
et des feuilles de diverses espèces de plantes. Unzer 5 prétendit que l’irritation d’un nerf, 
soit qu’elle arrivât ou non jusqu’à l’ame, produisoit, par elle-même et indépendam¬ 
ment du cerveau et du pouvoir de l’âme, une impression sur le système nerveux et 
musculaire, et y occasionnoit des mouvemens. C’est par là qu’fl tenta d’expliquer les 
mouvemens et les habitudes qui paroissent spontanés dans certains animaux. Il montra 
aussi comment, dans les classes d’animaux auxquelles il supposoit une ame, et dans 
l’homme, il s’opère des mouvemens sans la participation de l’ame, qui peuvent consé¬ 
quemment continuer un certain temps après la mort. C’est dans ce même esprit qu’écri¬ 
virent Isenflamm, Cullen, Gregory, Musgrave, Delaroche, Thær, Schæffer, Gardirier 
et plusieurs auteurs modernes. 

C’est ainsi que le naturaliste approchoit par degrés de la connoissance de la véritable 
cause des phénomènes, et qu’il apprenoit à les considérer sous des points de vue géné¬ 
raux. On voyoit tous les corps tendre continuellement vers le centre de la terre; on 
remarquoit que tous les corps et toutes leurs parties s’attiroient et se repoussoient réci- 
proquement. On découvrit les lois de la pesanteur et du mouvement, les lois des affi¬ 
nités chimiques, de la fermentation, et de la putréfaction. On n’eut plus besoin, pour 
comprendre le cours des astres, la cristallisation dans le sein des montagnes, les mé- 
téorës, les phénomènes du magnétisrr/e et de l’électricité, de recourir au pouvoir 
magique d’êtres surnaturels ; et la croyance que la matière n’est pas sortie entièrement 

■* Exercitationes medicæ quatuor. Amstelod. 1734. in- 4 °. 

* De irritabilitate. Lugd. Batav. 1748. in- 4 °. 

1 Zoonomie. 

* Phys, des plantes. 

5 Erste Griinde einerPhys. der eigentlich thierischen Natur. Leipz. 1771. in-8°. 

I- 2 



6 INTRODUCTION. 

inactive et inerte des mains du créateur, cessa d’être la propriété mystérieuse d’un petit 
nombre de sages. 

Lorsque l’homme fut arrivé à ce degré d’instruction, les phénomènes du régné 
végétal ne lui parurent plus étranges. Une particularité et une condition de plus, doi¬ 
vent nécessairement produire un plus grand nombre d’effets. C’est ainsi que l’on voit le 
germe organique s’éveiller à la vie dans des circonstances extérieures favorables, se déve- 
loppper, et transformer dans sa nature les corps étrangers : on voit les plantes effectuer 
des sécrétions et des excrétions; on les voit croître, fructifier et se multiplier, profiter 
ou mourir à l’ombre, se tourner du côté de la lumière, se rouler autour des objets en- 
vironnans et s’y attacher. On observe que les radnes cherchent la nourriture qui leur 
convient; que les feuilles et les fleurs se ferment, s’ouvrent, se penchent et se redres¬ 
sent, suivant les variations de l’atmosphère et à différentes époques du jour et de la nuit; 
qu’elles réagissent d’une manière précise et toujours uniforme lorsqu’elles éprouvent une 
irritation extérieure, et que même les individus des différentes espèces ont des sympa¬ 
thies et des antipathies réciproques. On sait que dans le Yalisneria la tendance des par¬ 
ties sexuelles mâles vers les parties sexuelles femelles est si forte, que les fleurons mâles 
se séparent de la plante qui les porte, et vont, à la surface des eaux, chercher et féconder 
les fleurs de la plante femelle. On reconnoît dans les plantes la circulation de leur sève, 
et les vaisseaux absorbans et exhalans; on les voit devenir malades d’après les mêmes 
lois que les animaux, et guérir de même par lës lois de leur organisation, etc. On re¬ 
garde aujourd’hui sans crainte toutes ces preuves d’une action et d’une vie intérieure, 
comme des propriétés du règne végétal, et l’on devroit s’en servir pour se garder de 
faire dériver, dans le règne animal, des phénomènes semblables d’un principe différent. 

Nous savons que des propriétés d’un ordre élevé, unies à des propriétés d’un ordre 
inférieur, les maîtrisent, mais ne les excluent pas; que, par exemple, les propriétés 
chimiques des pierres et des métaux ne détruisent pas leurs propriétés physiques ; que les 
propriétés organiques des plantes n’anéantissent pas leurs propriétés physiques et chimi¬ 
ques ; nous devons donc retrouver les phénomènes de l’irritabilité dans les zoophytes. 
Mais à mesure que de nouveaux appareils se manifestent, il doit aussi exister de nouvelles 
• propriétés qui lient ou modifient les précédentes ; ce qui occasionne des phénomènes 
nouveaux. Par conséquent, si les zoophytes ont une vie propre, si leurs germes sont pres¬ 
que indestructibles, si leur faculté de régénération nous frappe d’étonnement ; s’ils pa- 
roissent admettre à volonté leur nourriture dans leur canal intestinal, etc., pourquoi vou¬ 
loir l’attribuer à d’autres principes que ceux que nous regardons comme des propriétés 
d’un organisme plus parfait ? 

Si nous remarquons dans les vers, dans les insectes, dans les mollusques, des fonc¬ 
tions qui annoncent une vie plus composée, et, suivant les apparences, plus libre, nous 
voyons aussi en eux des appareils nouveaux que nous n’avions pas trouvés dans les classes 
inférieures. Nous apercevons des nerfs, et des systèmes nerveux plus ou moins nombrëux. 
C’est par eux que 1 activité de toutes les parties est ennoblie, et qu’il en résulte entre 


INTRODUCTION. 7 

elles une influence réciproque. Déjà des organisations nombreuses et diverses concou¬ 
rent à l’existence entière d’un seul individu. Mais tojis les phénomènes étant des résultats 
d’une irritabilité plus variée et plus compliquée, il seroit encore superflu de chercher ici 
la cause de la vie et de ses opérations, dans un principe qui ne seroit pas essentiellement 
incorporé aux parties du corps, et produit par leur arrangement. 

Enfin , si dans les classes d’animaux plus élevées, se manifestent la perception des 
irritations (la conscience), la perception des rapports du monde extérieur (fonctions des 
sens), les instincts, les penchans, et, graduellement, la spontanéité, la faculté de vouloir, 
la faculté de raisonner, etc. ; tant d’appareils nouveaux et sans cesse plus perfectionnés, 
se présentent à nous, qu’il est impossible au naturaliste de douter plus long-temps que 
dans cette vie, l’esprit ou l’ame a besoin d’instrumens matériels, et que ceux-ci sont 
multipliés et diversifiés, suivant que les facultés de l’ame sont plus variées et plus nom¬ 
breuses. Nous voyons des instrumens pour les mouvemens volontaires, des systèmes 
nerveux pour les fonctions des sens ; nous voyons un cerveau dont les systèmes parti¬ 
culiers se compliquent toujours de plus en*plus, et qui offrent dans l’homme l’organi¬ 
sation la plus parfaite. 

Les propriétés marchent donc toujours d’un pas égal avec les appareils matériels ; 
et, comme le dit très-judicieusement Reil 1 , « il faut chercher le principe de tous les 
phénomènes des corps animés, qui ne sont pas des idées ou qui ne sont pas unis aux 
idées, comme cause et comme effet, dans la matière organisée, dans la différence primi¬ 
tive de ses élémens, dans leur mélange et dans leur forme. » 

De toutes ces considérations, il résulte qu’il y a autant de principes ou de propriétés, 
et qu’il doit y en avoir autant qu il y a de différence dans les élémens, dans leur mélange, 
dans leurs formes, et dans leurs rapports mutuels. Par conséquent ceux qui cherchent 
une cause première unique, un principe général unique, sont déçus par une idée abs¬ 
traite qui leur fait perdre de vue toutes les qualités spécifiques des individus. Ils perdent 
leur temps à se dédommager de la disette de faits, par d’agréables rêveries et d’orgueil- 
léuses explications. 

Comme nous'ne pouvons présumer la nature cjes élémens, les résultats de leurs mé¬ 
langes , de leurs formes et de leurs rapports ; comme nous ne pouvons, par exemple, 
deviner d’aucune manière dans l’or sa propriété de solubilité par le mercure, dans l’eau 
^celle de la cristallisation en neige, dans les végétaux ni la figure, ni le goût de leurs 
fruits, etc., il s’ensuit que la seule voie, pour parvenir à des connoissances positives, 
est la voie pénible de l’expérience. 

Il s’ensuit en outre que beaucoup de phénomènes ont lieu sans système nerveux , 
que beaucoup d’autres ne reçoivent de ce système que des modifications, que d’autres 

* Archiv für Phys.; tom. I, p. u. 



8 introduction. 

enfin le reconnoissent pour cause unique; et que par conséquent on ne peut considérer 
le système nerveux comme la cause première et unique de toutes les actions des corps 
organisés, de toute irritabilité, et de toute vitalité, à moins qu’un naturaliste ne fût 
assez heureux pour démontrer qu’il y a de véritables systèmes nerveux dans les zoophytes, 
et assez hardi pour élever les fibres des plantes au rang des fibres nerveuses. 

Il est de même évident que ce système n’est pas unique et uniforme, mais qu’il doit 
être divisé suivant ses fonctions principales, et que chaque division principale doit être 
subdivisée suivant les fonctions particulières. Ainsi nous avons les systèmes nerveux du 
bas-ventre et de la poitrine, les systèmes nerveux du bassin, des lombes, du dos et du 
col; le système nerveux des sens, et le système du cerveau. 

De même que les nerfs sympathiques se subdivisent en systèmes du bas-ventre et de 
la poitrine, le système de l’épine du.dos en systèmes de chaque partie individuelle, et 
le système des sens en systèmes de chacun des sens, de même on doit reconnoître des 
systèmes particuliers dans les différentes parties du cerveau. 

L’importance du système nerveux est trop connue pour que nous croyions qu’aucun 
de nos lecteurs en puisse douter. Cependant on jugera par la suite si nous avons tort 
de prétendre qu’il est presque impossible que l’on puisse embrasser d’un coup-d’œil 
l’immensité du sujet qui nous occupe, avant-que notre ouvrage soit terminé. Nous nous 
contenterons en attendant de présenter quelques observations générales. 

On sait que, dans les animaux d’une organisation plus compliquée, presque toutes 
les fonctions sont plus ou moins subordonnées aux nerfs. La digestion, la nutrition, les 
sécrétions et les excrétions, la circulation du sang, la respiration , etc., sont troublées 
ou anéanties lorsque les nerfs qui concourent à ces opérations sont comprimés, lésés , 
ou coupés. Si la moelle épinière , si les nerfs ou les conducteurs des mouvemens spon¬ 
tanés et des sensations, sont comprimés ou rompus, les mouvemens et toutes les sensa¬ 
tions cessent dans les parties situées au-dessous des endroits lésés. Un fluide épanché dans 
le cerveau, ou toute espèce de pression sur cette partie, paralyse plus ou moins le 
corps entier, ou le côté du corps opposé à celui qui éprouve le mal, et éteint à divers 
degrés la conscience et la faculté de penser. Plus les opérations des nerfs sont affoiblies, 
plus les changemens chimiques et physiques de toutes les parties s’opèrent avec facilité; 
c’est ce qui occasionne le dessèchement et la gangrène des plaies et des ulcères, l’écor- 
chement gangreneux dans les maladies graves , l’ossification des vaisseaux sanguins, le 
sphacèle des orteils et des pieds et la dégénérescence des glandes et des mammelles chez 
les hommes et chez les femmes en cancers incurables. 

On a observé la différence frappante entre les blessures de quelques animaux et celles 
de l’homme. On sait comment les limaçons, les écrevisses, les lézards , etc., non-seule¬ 
ment supportent les blessures les plus considérables, mais reproduisent, et même à plu¬ 
sieurs fois, les parties enlevées, tels que les pieds , les yeux, la tête, etc. On sait que 


INTRODUCTION. g 

la ténacité de la vie diminue à mesure que la cervelle augmente. Dans les animaux, les 
blessures ne sont accompagnées que des accidens inévitables ; dans les hommes au con¬ 
traire, combien de fois les blessures les plus légères ne produisent-elles pas le tétanos et 
le trisme, presque toujours mortels ? 

On peut avancer que cette irritabilité est plus forte dans les divers individus, suivant 
que leur cerveau est plus considérable, et leur système nerveux plus actif. Dans les 
hommes imbéciles, paralytiques, ou dans les malades dont les sensations sont émoussées 
par les fièvres nerveuses, cette irritabilité ne peut souvent être excitée par les plus puis- 
sans stimulans intérieurs et extérieurs. De là naît une différence étonnante dans la mar¬ 
che et les symptômes des mêmes maladies, suivant la différence de l’âge et du sexe. 

Qu’on réfléchisse au tumulte que les passions orageuses excitent dans l’homme tout 
entier; plus elles mettent le système sanguin en mouvement, plus elles rendent dange¬ 
reux tout ce qui affoiblit, comme la saignée, l’émétique, les purgatifs. La douleur au 
contraire, les inflammations apparentes, les spasmes, le dégoût, les tranchées, tout dis- 
paroît à l’instant par l’application bienfaisante des caïmans sur le système nerveux. Ne 
voit-on pas le chagrin, la jalousie, l’envie, la langueur, la nostalgie, l’amour malheu¬ 
reux, dévorer le principe delà vie ? Combien de fois une joie trop subite, et une frayeur 
violente n’ont-élles pas tué aussi promptement que la foudre? Qui ne connoît le .pouvoir 
de l’imagination pour produire et pour guérir des maladies, surtout des maladies ner¬ 
veuses, par exemple l’épilepsie dans plusieurs cas, les fièvres intermittentes, etc. ? Les plus 
tristes des maux, la mélancolie, le désespoir, le funeste penchant au suicide et en gé¬ 
néral toutes les maladies de l’esprit avec leurs symptômes , tels que l’engourdissement 
du sentiment, les ardeurs insupportables de la peau, l’atrophie des muscles, ont leur 
cause principale dans le dérangement immédiat ou au moins médiat du système nerveux. 

Les phénomènes qui sont occasionnés par l’union et la direction des nerfs, nous ser¬ 
vent quelquefois à bien juger des maladies; mais souvent aussi ils induisent en erreur 
le médecin lorsqu’il n’est pas familiarisé avec eux. La peau, le bas-ventre et le cerveau ; 
le ventre, le foie, le cerveau, les cinq sens, le col et les épaules; les parties de la géné¬ 
ration, le cervelet, le col et le sein; l’estomac et les poumons; le bas-ventre, la poitrine 
et les pieds ; les reins et les cuisses ; le cerveau et les organes de la voix, etc., agissent 
tellement les uns sur les autres , que Souvent le praticien le plus intelligent court risque 
de méconnoître la nature et le véritable siège du mal '. 

La doctrine sur les métastases et sur les dérivations, sur les suites des sécrétions et des 
évacuations supprimées, sur le dérangement du système général du corps par un simple 
mal local, est en grande partie fondée sur la çonnoissançe des rapports du système 
nerveux. 

“ Voy. Sœmmerring, Hirn und Nerven. — Barthez, Nouveaux éle'mens de la science de l’homme; deuxième 
édition, tome II. Paris, 1806. — Haller, Monro, Morgagni, Camper, van Swieten, sur la sympathie. 

1. . * • 3 



iQ INTRODUCTION. 

1 En général, il est impossible de juger avec précision de l’état de maladie, si l’on 
ne connoît pas les lois de l’opération dans l’état de santé. Par conséquent, si jamais l’art 
de guérir ne doit plus être un mélange confus de symptômes isolés, ramassés au ha¬ 
sard; si jamais il peut prétendre à des principes immuables, ce sera lorsqu’on aura 
donné l’attention la plus sérieuse au système nerveux qui joue le rôle le plus important 
dans toutes ces opérations. 

Si l’on considère que tous les degrés de fonctions des sens, des instincts, despenchans, 
des passions , des facultés intellectuelles, et même le caractère distinctif de l’humanité, 
sont rendus possibles uniquement par le système nerveux ; et que, comme le dit 
M. Alibert ', « sans système nerveux, la nature entière seroit en quelque sorte morte, et 
dépourvue de jouissance, parce que sans lui, on ne peut se figurer aucune perception, 
aucune idée ”; si par conséquent l’on doit reconnoître que sans physiologie du système 
nerveux, il ne peut exister ni psychologie, ni aucune espèce de philosophie ; enfin si 
l’on avoue que même les instituteurs, les moralistes, les législateurs et les juges, ne sau- 
roient impunément oublier l’influence de l’organisation sur nos penchans, nos passions, 
nos talens et nos actions , on aura de la peine à trouver un objet qui puisse être d’un 
intérêt plus général, plus grand et plus permanent pour toutes les classes instruites de 
la société. 

On doit d’autant plus regretter que cette partie de l’anatomie physiologique ait fait 
peu de progrès, qu’on avoit droit d’en attendre davantage des longs et nombreux efforts 
dont elle étoit l’objet. L’histoire nous apprend qu’il s’écoula un long temps avant que 
l’on sût seulement ce que sont les nerfs et quelle est leur destination. Hippocrate con¬ 
fondit les nerfs avec les tendons et les ligamens; il ne se douta pas qu’ils fussent les con¬ 
ducteurs des sensations ; il attribua aux nerfs et aux tendons la faculté motrice, et 
crut qu’ils se terminoient aux muscles et aux os, et produisoient ainsi les mouvemens 
spontanés. Platon, et même Asclépiade, ainsi que Celse, confondirent aussi les nerfs 
avec les ligamens et les tendons. En supposant même qu’Aristote ait connu les nerfs, 
il ne paroît pas qu’il ait été instruit de leur usage; car il nioit toute communication du 
cerveau avec les organes des sensations, et faisoit dériver celles-ci du cœur. C’est ainsi 
que pensoient les Péripatéticiens du seizième siècle, et particulièrement Cesalpin, parce 
qu’ils avoient établi le siège de l’ame dans le cœur. Environ trois cents ans avant la 
naissance de J. C., Herophyle regarda le premier les nerfs côirime les instrumens des 
sensations; mais de même qu’Aristote, il les appeloit des canaux. A peu près à la 
même époquè, Erasistrate fit naître les nerfs de la substance du cerveau, et les divisa en 
nerfs des sensations et nerfs des mouvemens. Il fàisoit dériver les premiers du cerveau, 
et les autres des membranes. Suivant Galien , les nerfs des sensations naissoient du 
cerveau, et ceux des mouvemens spontanés naissoient de la moelle épinière. Dans le 
seizième siècle , et depuis cette epoque , on a fait plusieurs recherches utiles sur le 

■ Nouveaux élémens de thérapeutique et de. matière médicale, Préface. Paris, 1808. Comparez Prochaska, Phys. 
— Scemmerring Hirn und Nervem ~ Reil, I. c. B. 7 , St.a.p. 211._ Richerand , Phys. tom. II. — Bichàt, sut 
la vie et la mort. 


INTRODUCTION. n 

cerveau et sur les nerfs; cependant la plupart des anatomistes et des physiologistes mo¬ 
dernes, conviennent qu’il reste encore beaucoup à découvrir, surtout dans le cerveau. 

C’est en effet la connoissance de cette partie, qui a marché le plus lentement. Hippo¬ 
crate regardoit le cerveau comme une éponge qui attiroit à elle l’humidité du corps. 
Quoiqu Aristote niât la nature médullaire du cerveau, et sa connexion avec la moelle 
épinière , il le regarda comme un corps dépourvu de sang, et humide, destiné à tem¬ 
pérer la chaleur du cœur. Il le considéroit, ainsi que la plupart des anatomistes de ce 
temps là , et en particulier Praxagoras, Plistonicus et Philotimus, comme une simple 
excroissance de la moelle épinière, qui ne contribuoit en rien aux sensations ; Mistichelli 
le nommoit une masse irrégulière et inorganique; Astruc une substance spongieuse. 
Encore aujourd’hui la plupart des anatomistes n’en parlent que comme d’une substance 
médullaire ; d’autres parmi les anciens et les modernes, comme d’une prolongation des 
vaisseaux sanguins. Cependant quelques-uns, tels que Willis, Leuwenhoék, Yieussens, 
Stenon, Santorini, etc., ont été beaucoup mieux instruits de sa structure. La plupart 
des modernes, rangent le cerveau dans le système nerveux ; il paroît au contraire pro¬ 
bable à quelques autres, tels que Sabatier et Boyer, que c’est un viscère sécrétoire, et ils 
en traitent dans la splanchnologie. On le considère assez généralement comme l’origine 
de tous les nerfs, quoique plusieurs anatomistes et physiologistes fassent naître des nerfs 
de la moelle épinière et des ganglions; mais il n’y a pas d’anatomiste qui n’ait fait dé¬ 
river quelques nerfs du cerveau. Tous les modernes décrivent la moelle allongée et la 
moelle épinière comme des prolongemens du cerveau et du cervelet, quoique Vieussens 
et Thomas Bartholin aient eu à cet égard quelques idées plus nettes et plus saines. 

Quant aux fonctions du cerveau, l’histoire des diverses opinions ne nous offre qu’une 
succession d’erreurs. Plusieurs idées que l’on se faisoit de sa nature, ne permettoient pas 
de lui attribuer les opérations de l’esprit. Quelle connexion pourroit-il exister entre une 
substance spongieuse ou une masse de viscères impurs, et les facultés spirituelles ? Jus- 
ques au seizième siècle, et même dans la plus grande partie du dix-septième, on resta 
fidèle à l’ancienne doctrine de Galien, sur les esprits vitaux sécrétés dans les cavités du 
cerveau, et distribués à ses diverses parties par les artères. Telle étoit l’opinion de Bé- 
rengar, de Spigel, de Yesling, de Willis, de Vieussens et de la plupart des physiolo¬ 
gistes. D’autres encore faisoient sécréter les parties impures dans les cavités du cerveau. 

Après les belles découvertes du système lymphatique et de la structure des glandes , 
on crut trouver une conformité d’organisation entre le cerveau et les glandes, et on 
en conclut que leurs fonctions étoient les mêmes. Au lieu des esprits vitaux, on s’occupa 
alors à chercher un fluide nerveux. Glisson se flatta même d’avoir vu ce fluide trans¬ 
suder distinctement des nerfs lésés. Malpighi crut la substance corticale du cerveau 
semblable à un amas de petites glandes ovales. Pacchioni, Baglivi, Lancisi, Fr. Hoff¬ 
mann , Boerhave, etc., défendirent le fluide nerveux. 

On disputa aussi sur l’organisation intérieure des nerfs, pour savoir s’ils étoient creux 
ou solides, et sur leur manière d’agir, pour connoître si elle avoit lieu par vibration ou 
par oscillation, etc. 



INTRODUCTION. 

0 „ n’étoit pas plus d’accord sur le siège de l’ame. Long-temps elle fut répandue par 
tout le corps, et résida principalement dans l’ensemble du système nerveux. Mais cette 
opinion étant contraire à celle des métaphysiciens , on restreignit le siège de l’ame au 
cerveau, et même à un seul de ses points. 

Lorsqu’enfin on osa penser que le cerveau étoit l’instrument matériel de l’ame, on 
ne le regarda généralement que comme un seul organe. Cependant quelques-uns y trou¬ 
vèrent des subdivisions, des cellules ou lieux particuliers , auxquels ils attachèrent di¬ 
verses fonctions de l’ame. C’est sous ce point de vue que l’on peut dire en général que 
les opinions ont marché d’un pas égal avec la philosophie dominante de chaque siècle. 

L’on auroit peine à concevoir la lenteur et le petit nombre; de ces progrès, si l’on ne 
connoissoit pas la multiplicité des obstacles qui s’opposent constamment aux recherches 
et aux découvertes scientifiques, et à celles de l’anatomie et de la physiologie en par¬ 
ticulier. 

Parmi ces obstacles généraux, on peut compter la considération dont jouissent les 
professeurs, et leur ton tranchant et décisif, qui plongent leurs disciples dans une sécu¬ 
rité pernicieuse; les prétentions plus despotiques encore des sociétés et des facultés 
savantes ; la commodité et l’obligation de s’en tenir aux livres prescrits ou usités aux 
écoles ; la crédulité des lecteurs et la foi qu’ils accordent aux critiques ; la confiance 
qu’ils ont dans les extraits publiés par les journaux; le respect religieux pour les an¬ 
ciennes opinions , et l’aversion pour les idées nouvelles et les innovations en général. 
Qu’on se rappelle, à ce sujet, l’histoire de la saignée, de l’émétique, du quinquina, de 
l’inoculation, etc. On peut encore ajouter à ces obstacles, l’envie et la jalousie ; la répu¬ 
gnance qu’on éprouve à sacrifier à la vérité son amour-propre blessé ; l’indifférence et 
la roideur de la vieillesse, et l’approbation précipitée de la jeunesse ; l’incapacité ou la 
tiédeur à examiner par soi-même, et le besoin qui en résulte de se copier mutuellement ; 
souvent l’obscurité des expressions, le vague et la confusion des définitions et des termes; 
le mépris pour les données de la simple expérience ; la négligence qui empêche de 
combiner les faits particuliers, et d’en tirer des conséquences générales ; la rareté des 
observations précises et fidèles ; la manie de mettre des aperçus isolés en système ; l’or¬ 
gueil national ; les mensonges et les injures des adversaires; leurs efforts pour dénaturer 
le véritable sens d’un auteur; le mépris et la haine qu’ils excitent dans le public ; la 
défiance des grands, éveillée par des craintes imaginaires ; le faux principe si souvent 
répété et aussi souvent réfuté que les sciences sont inutiles et même nuisibles • et enfin 
la malignité toujours si active et si empressée à tirer des conséquences alarmantes des 
choses les plus innocentes. Yoilà pourquoi, chez les Grecs, c’étoit une impiété de faire 
des recherches sur le tonnerre; plus tard ce fut une impiété de croire à la figure ronde 
de la terre , et à l’existence des antipodes ; ce fut une hérésie de faire la saignée du côté 
pleurétique. Guérir les maladies, inoculer la petite vérole étoit une rébellion contre les 
décrets du ciel ; employer des remèdes contre la siphylis, établir des asiles pour les ac- 
couchemens, c’étoit encourager le vice. C’est ainsi que professer la morale la plus pure 



INTRODUCTION. l3 

et la plus humaine avoit été un arrêt de mort pour Socrate. Ajoutons les persécutions 
qui sont d’autant plus vives et plus étendues que les découvertes ont plus d’impor¬ 
tance, et menacent les opinions dominantes d’une chute plus éclatante, tandis qu’on 
devroit commencer par examiner et par constater la vérité, récompenser le mérite et 
encourager les efforts du génie. N’y a-t-il pas en outre de l’injustice à ne pas garantir 
l’ouvrage du talent, de même que toute autre propriété, et de frustrer les enfans et 
les héritiers des avantages que le père n’a obtenus qu’après avoir prodigué ses efforts, 
son temps, et bien souvent des sommes considérables ? Dans de pareilles conjonctures , 
et dans l’attente d’un avenir aussi peu satisfaisant, ne faut-il pas être entraîné par une 
inspiration dominante, pour sacrifier à la science sa fortune et celle de sa famille, et 
pour se dévouer, en victime, à l’ingratitude et à la persécution ? 

En considérant les obstacles qui s’opposent en particulier aux travaux anatomiques , 
on seroit tenté d’être fier des progrès que l’anatomie a faits. De tous temps, on a eu une 
très-grande répugnance pour les dissections des cadavres. Si les anciens‘Egyptiens embau- 
moient les morts et les conservoient, les opinions religieuses des Grecs, 'des Romains , 
des Hébreux, des Arabes et des Chinois leur défendirent de faire des recherches sur les 
cadavres. Hippocrate trahit souvent son ignorance en anatomie. Aristote et les anato¬ 
mistes romains durent se borner à disséquer des animaux; de sorte que Galien s’esti- 
moit heureux d’avoir vu deux squelettes humains à Alexandrie, et conseilla le voyage 
de cette ville à tous ceux qui vouloient étudier l’ostéologie sur les squelettes. 

Dans l’antiquité, les Ptolémées furent les seuls qui encouragèrent l’anatomie humaine. 
Profitant de leur protection, Herophile , Erasistrate et Eudemus firent plusieurs décou¬ 
vertes importantes, bientôt négligées par leurs successeurs. Les empiriques qui vinrent 
après , rejetèrent entièrement l’anatomie. Aussi est-ce une particularité remarquable , 
dans l’histoire de cètte science, de voir que Mondini de Luzzi, professeur de Bologne 
disséquoit publiquement deux cadavres en 1 3 1 5. Ce qui prouve la lenteur des progrès 
de l’anatomie, lors de la renaissance des lettres aux quatorzième et quinzième siècles, 
c’est qu’à cette dernière période, Montagnana, professeur à Padoue, acquit une grande 
célébrité pour avoir disséqué quatorze cadavres. 

Encore aujourd’hui, il est très-difficile, en Angleterre et dans la plupart des petites 
villes, d’avoir d’autres cadavres que ceux des suppliciés. Peu de personnes peuvent sépa¬ 
rer en idée l’objet chéri et le cadavre. C’est pourquoi on ne permet que rarement l’ou¬ 
verture du corps d’un parent. Les médecins eux-mêmes négligent trop souvent cette 
source abondante de connoissances, quelque avantageuse qu’elle soit pour rectifier leur 
pratique. Soit paresse, soit ignorance, on a aussi donné trop d’étendue au principe que 
les conséquences tirées de l’état de mort ne peuvent s’appliquer à l’état de vie. Le plus 
souvent le défaut de temps, la nature de la maladie qui a précédé la mort, la saison, le 
dégoût, la crainte de l’infection et d’autres motifs, rendent l’autopsie.cadavérique beau¬ 
coup plus rare qu’il ne convient au devoir d’un médecin. 


4 



/ introduction. 

Dans la plupart des petites universités ce n’est qu’en hiver qu’il est possible d obtenir 
quelques cadavres, de sorte que les étudians ne peuvent pas même prendre les notions 
indispensables pour la médecine légale. Il n’y a donc guèrês qu’un professeur d’anatomie 
placé près d’un grand hôpital qui puisse se livrer avec quelque étendue à l’étude de 
cette science. Mais est-ce toujours le professeur public qui a le désir et le talent de faire 
plus que n’exigent ses leçons ? 

Celui qui sait combien il faut travailler pour faire une série de découvertes; combien 
de temps il faut voir pour apprendre à voir; combien de fois, surtout dans les parties 
délicates, tel que le cerveau, le même objet doit être reproduit sous tous les aspects, et 
combien, après des essais multipliés, on court le risque et on doit éprouver la crainte 
de n’avoir pas bien vu; celui qui sait combien chaque fois qu’on renouvelle les recher¬ 
ches, il s’élève de nouveaux doutes, de nouvelles difficultés, de nouvelles questions; 
celui-là, disons-nous, ne sera pas surpris de la lenteur des progrès de l’anatomie; et il 
nous pardonnera de ne pas accorder une confiance sans bornes aux découvertes anato¬ 
miques dans les parties délicates, lorsqu’elles ne sont que le résultat d’observations peu 
nombreuses. 

De toutes les recherches anatomiques, celles qui ont eu les parties fines, et particu¬ 
lièrement le cerveau pour objet, ont été les moins nombreuses. La plupart des méde¬ 
cins et des chirurgiens ont toujours regardé la connoissance du cerveau comme peu 
nécessaire. On n’avoit pas assez de lumières pour présumer seulement quelle pût con¬ 
duire aux découvertes les plus utiles et les plus importantes. Même les dissections de cer¬ 
veaux de fous que firent quelques médecins, n’ont pas détruit l’opinion erronée où l’on 
est, que les maladies de l’esprit sont indépendantes de l’organisation. On s’y attachoit 
au contraire d’autant plus fortement, que le plus souvent on ne trouvoit point d’altéra¬ 
tions apparentes dans ces cerveaux. 

Le procédé que l’on suivit jusqu’à nous dans la dissection du cerveau, rendoit impos¬ 
sible la connoissance exacte de sa structure. Déjà Stenon blâmoit les méthodes reçues : 
« Les recherches demandent qu’on ne coupe pas la moindre partie, sans l’avoir exa¬ 
minée auparavant. L’anatomie en général a été traitée avec peu de succès, et les recher¬ 
ches du cerveau en particulier ont encore moins réussi, n’ayant pas été entreprises avec 
toute la diligence nécessaire, à cause des difficultés attachées à la dissection de cette 
partie ». Le cerveau est en effet composé presque entièrement de fibres si délicates et 
si rapprochées les unes des autres, que lorsqu’on le coupe, il paroît ne former qu’une 
masse uniforme et pulpeuse; et cependant il n’y a eu jusqu’à présent qu’un petit nom¬ 
bre d’anatomistes, tels que Leuwenhoek, Vieussens, etc., qui aient essayé un autre 
procédé. On se servoit d’un couteau particulier très-affilé, très-fin, très-long, et à deux 
tranchans; et l’on éprouvoit d’autant plus de satisfaction, que l’on pouvoit faire dès 
coupes plus nettes et plus unies. Mais il étoit par là impossible de suivre, comme 
Stenon l’avoit également recommandé, la direction des fibres, et quelles que fussent les 
coupes, verticales, horizontales ou obliques, on songeoit si peu à ménager et à observer 



INTRODUCTION. l5 

la liaison des parties, qu’on espéroit, à l’exemple de Yicq-d’Azyr, pouvoir d’autant mieux 
les examiner qu’elles auroient été plus isolées par des coupes. 

Quelques-uns voulant remédier à la mollesse du cerveau par diverses préparations, 
le firent bouillir dans' de l’huile, ou macérer dans l’acide nitrique ou muriatique étendu 
par de l’eau ou par de l’esprit de vin, ou dans une dissolution de muriate de mercure 
suroxigéné, etc. ; on le fit même geler. Mais la plupart des anatomistes accordèrent peu 
de confiance aux résultats de ces essais. 

On employoit constamment la mauvaise méthode de faire les coupes par en haut, 
ou par en bas; et on avoit coutume de commencer par la destruction des appareils 
complets du cerveau : lors même que l’on commençoit par la base, ( on enlendoit par 
là toute la partie inférieure du cerveau ) on procédoit sans but, et sans égard pour l’ordre 
dans lequel les parties se suivoient naturellement. Nous avons traité cet objet en détail 
dans notre mémoire adressé à l’Institut de France, et dans nos observations sur lé rapport 
qui en a été fait à cette société. 

Quelques-uns pensoient qu’il ne restoit plus rien à découvrir dans le cerveau. D’au¬ 
tres , tel que Meckel, croyoient que toutes les découvertes qu’il restoit à y faire ne 
pouvoient avoir d’autre objet que l’origine des nerfs; aussi est-ce principalement 
sur ce point que Sœmmerring a, dirigé ses recherches. Après les travaux précieux de 
ce grand anatomiste, et ceux des frères Wenzel, de Reil, de Prochaska, et de Yicq- 
d’Azyr, n’étoit-ce point une présomption d’oser y chercher encore quelque chose de nou¬ 
veau, ou même une organisation toute différente de celle qu’on avoit cru y reconnoître 
jusqu’alors ? 

En "effet, si l’on avoit continué à se borner aux méthodes usitées ,'il eût été difficile 
d’obtenir quelque résultat nouveSu. On manquoit 'de principes physiologiques propres 
à conduire par degrés les anatomistes à la connoissance des lois de l’organisation du sys¬ 
tème nerveux en général, et de celle du cerveau en particulier. On ignoroit également 
que les fibres nerveuses dussent leur origine et leur renforcement à la substance grise; 
l’on ne savoit par conséquent d’où procédoit le commencement du système nerveux et 
du cerveau. On avoit aussi négligé le mode du perfectionnement graduel des animaux, 
et l’on ne pouvoit d’après cela se faire aucune idée de l’ordre dans lequel les conditions 
matérielles de leurs qualités avoient été progressivement surajoutées dans leurs cerveaux; 
ce qui empêchoit d’en faire la recherche anatomique dans un ordre conforme au pro¬ 
cédé de la nature. 

En général l’anatomie comparée n’a pas été suffisamment appréciée, surtout pour ce 
qui concerne le système nerveux et le cerveau, quoique Haller ait dit que la physiolo¬ 
gie avoit reçu plus de lumières de l’anatomie comparée que de la dissection des cadavres 
humains, etqueStenon en ait fait l’éloge qu’elle mérite, en s’exprimant ainsi 1 : « Chaque 


.* p. 657, 



introduction. 

différence, quelle qu’elle puisse être, donne toujours quelque lumière aux recherches : 
elle nous peut apprendre ce qu’il est absolument nécessaire de distinguer ; car on n auroit 
pas connu bien des parties dans le cerveau humain, si on ne les eût pas remarquées 
auparavant dans celui des animaux ». Néanmoins il y a encore des médecins * qui re¬ 
gardent l’anatomie comparée comme une source abondante d’erreurs pour l’anatomie 
humaine. 

En effet on applique avec trop de réserve à l’homme les découvertes qu’on fait dans 
les autres animaux, ou bien on n’en tient aucun compte. Dans ce dernier cas, les dé¬ 
couvertes ne sont que des faits isolés qu’on ne met pas à profit : et comme ils ne se 
retrouvent ni comparés, ni coordonnes les uns aux autres, on nen peut déduire les prin¬ 
cipes généraux. 

Quelques auteurs s’abandonnèrent à de pures spéculations, et imaginèrent un cer-' 
veau, suivant les idées dont ils étoient préoccupés, sans avoir consulté la nature. Comme 
on supposoit, par exemple, qu’il y avoit un point commun de réunion pour toutes les 
sensations et toutes les idées, les uns ont cherché ce point central, les autres l’ont arbi¬ 
trairement adopté comme réel. Comme tous les actes de la volonté partent du cerveau, 
il dut être la source de la moelle épinière et de tous les nerfs. Dans les deux cas , soit que 
l’on se décide d’après le seul scalpel ou d’après le seul raisonnement, nous dirons avec 
Bacon * : « Ni la main seule, ni même l’entendement livré à lui-même, ne peuvent faire 
beaucoup. Nous devons, en vrais naturalistes, déduire les causes et les principes de faits 
et d’expériences, et d’après les causes et les principes, établir de nouveaux faits, et tenter 
de nouvelles expériences ». 

Il étoit encore infiniment plus difficile de fonder la nouvelle doctrine des fonctions 
du cerveau et de chacune de ses parties. En partant même de l’époque où l’on regarda 
assez généralement le cerveau comme l’organe de l’ame, les idées qu’on avoit à cet égard 
étoient mal assurées et disparates. Les métaphysiciens s’en tenoient à la simplicité de la 
pensée, et conséquemment à un simple organe de l’ame. Il étoit donc impossible de 
s’occuper des fonctions de chaque partie du cerveau ou de la recherche des organes de 
chaque faculté de l’ame. Les métaphysiciens auroient dû demander aux anatomistes et 
aux physiologistes des preuves pour appuyer leurs principes; au lieu de cela, ce furent 
ces derniers qui se laissèrent dicter des lois par les métaphysiciens. L’on avoit même 
déjà des faits isolés en faveur de la pluralité des organes des fonctions de lame, que 
l’on manquoit encore de moyens pour les rectifier, et pour en démontrer l’existence dans 
l’organisation elle-même ; et toujours l’unité du moi repoussoit l’idée de leur pluralité. 
La multiplicité des organes de la vie automatique, la pluralité des appareils des sens 
qui ne déroge en rien à l’unité de la vie et de la conscience, ne suffisoient pas pour 

• Verdier, Cranomancie du docteur Gall. Paris, 1808, p. 3 o et suiv. 

* Nec manus nuda, nec intellectus sibi permissus multum valent. Ex operibus et experimentis causas et 
axiomata, atque ex causis et axiomatibus rursus nova opéra et expérimenta, ut legitimi naturæ interprètes 
extrahere debemus. Nov. org. scientiarum , aph. 2. 



INTRODUCTION. 


17 

apprendre que impossibilité d’expliquer un phénomène ne détruit ni le phénomène 
ni sa cause. 

La plupart trouvoient pénible de faire dépendre d’organes matériels les fonctions 
supérieures de l’ame, telles que la pensée, l’entendement, le jugement, la raison et 
l’imagination. Les exemples des idiots , des crétins, des imbéciles, des hydrocéphales, 
des aliénés en général, et des lésions du cerveau, étoient absolument nùls pour détrom¬ 
per ces philosophes. Dans les animaux on auroit volontiers traité de pures facultés mé¬ 
caniques plusieurs facultés intellectuelles, telle que la mémoire, qu’on ne pouvoit plus 
leur disputer. 

Quant aux facultés ou aux penchans de l’ame, aux passions, aux affections, au carac¬ 
tère moral en général, on en plaçoit assez volontiers le principe dans l’organisation , 
mais on les rapportait à l’état du sang et des autres liquides, aux plexus de la poitrine 
et du bas-ventre et à la différence des tempéramens. Puisqu’encore aujourd’hui, les con- 
noissances sont assez bornées pour que l’on attribue les qualités des hommes et des ani¬ 
maux , leurs penchans, leurs inclinations et leurs facultés à la seule éducation, com¬ 
ment pourroit-on avoir l’idée de chercher un principe quelconque de tout cela dans le 
cerveau ? 

Plusieurs physiologistes et philosophes 1 , convaincus par les phénomènes physiologi¬ 
ques et pathologiques qu’il doit y avoir des organes particuliers pour les différentes 
facultés de l’ame, se sont vus entravés par les erreurs de la philosophie reçue. On vou¬ 
lut trouver des organes pour l’instinct, pour les passions, pour l’attention, pour l’enten¬ 
dement, pour la mémoire, pour le jugement, pour la raison, pour l’imagination; et 
c’est ainsi que l’on regarda les propriétés communes à toutes les facultés de l’ame comme 
des qualités primitives ou spéciales. On chercha donc des conditions matérielles pour 
des choses qui n’ont pas d’organes particuliers. Mais il étoit impossible de faire aucune 
découverte sous ce rapport, avant d’avoir dirigé son attention sur les qualités primitives 
et fondamentales de l’ame, ce dont aucun auteur n’annonce avoir eu la moindre idée, 
quoique, dans le langage vulgaire, il soit souvent question, et d’une manière si positive, 
de talens et de penchans particuliers. On pouvoit bien reconnoître un organe général 
des sensations et de la pensée, comme les physiciens avoient trouvé les qualités générales 
des corps , telles que la pesanteur, l’attraction, etc.; mais peut-on chercher un organe 
unique et général pour les diverses opérations des sens ? peut-on chercher un organe 
sécrétoire, unique et général pour les sécrétions particulières de la salive , du fiel, de 
la semence, etc. ? 

Jusqu’à présent ou n’a presque fait intervenir que le mécanisme de l’anatomie pour 

‘ Par exemple Willis, S.tenon , Vieussens, Schellhammer, Glaser, Boerhave, Winslow, Bonnet, Haller, 
van Swieten, Herder, Camper, Meyer, Wrisherg, Prochaska, Reil, Sœmmerring, Cabanis, Bichat, Cuvier, 
Richerand, Fodéré, etc. 


5 



j g INTRODUCTION. 

découvrir les organes particuliers. Nous avons suffisamment démontré ailleurs ' que 
l’anatomie peut bien servir à confirmer et à expliquer les vérités physiologiques ; 
mais qu’il est rare quelle conduise à la connoissance des fonctions par celle de la 
structure des parties, surtout quand il s’agit du cerveau et de ses parties, qui ont entre 
elles tant de ressemblance apparente. Il n’y auroit tout au plus que l’anatomie com¬ 
parée du cerveau, qui, appliquée aux différentes facultés des animaux et de l’homme, 
pourroit servir à constater les découvertes physiologiques faites par d’autres voies. Mais 
c’est encore un rapprochement qui jusqu’à présent a été rendu impossible par la philo¬ 
sophie adoptée. Outre la faute que l’on commettoit en comprenant toutes les facultés 
particulières des espèces et des individus sous l’expression générale d’instinct, on accor- 
doit trop peu d’attention à leurs divers penchans et à leur conduite intellectuelle et 
domestique dans leur état de liberté. 

Au lieu de rechercher simplement des phénomènes en nombre suffisant , on se 
livroit à des subtilités philosophiques pour en faire éclore des hypothèses et des expli¬ 
cations ; on tâchoit de découvrir comment les âmes et les corps étoient unis ; si c’étoit 
immédiatement, ou par le moyen d’une substance intermédiaire. On vouloit même 
approfondir la nature de cette substance moitié corps et moitié ame; on vouloit savoir 
comment l’esprit et le corps, comment le cerveau et les nerfs agissent réciproquement 
l’un sur l’autre; si les sensations et les idées sont les résultats des impressions faites 
dans le cerveau; s’il en reste des traces, comment elles se renouvellent, etc. ? 

En supposant qu’on eût par hasard trbuvé une faculté primitive, et sa condition 
matérielle, et qu’on eût commencé à rechercher les autres à l’aide d’une assez grande 
force d’induction, que de doutes et de difficultés alloient se présenter à l’esprit ! Quelle 
lutte entre ces idées nouvelles et des principes dont jusqu’alors on avoit été imbu ! 
A peine croit-on avoir un principe confirmé par l’expérience qu’on est obligé d’en 
faire le pénible sacrifice. On a besoin d’une grande somme d’expériences préalables et 
individuelles pour persévérer dans ses recherches, malgré la foiblesse de notre vue si 
souvent trompée, et pour mettre les erreurs même à profit, afin de s’approcher de 
la lumière que l’on voit briller dans le lointain. 

Très-souvent on est soi-même persuadé intimement d’une vérité, mais on manque 
de preuves physiques assez nombreuses pour convaincre et les sceptiques et les adver¬ 
saires de tous les genres. Il faut donc multiplier les preuves jusqu’à ce qu’elles soient 
irrésistibles. Mais quelle est la vie qui peut y suffire, et quand trouve-t-on des con¬ 
jonctures assez favorables ? 

Afin d’écarter tous les obstacles et d’employer tous les moÿens, autant qu’il étoit en 
notre pouvoir, nous avons réuni aux expériences et aux travaux antérieurs de plusieurs 
années, les notions que nous avons pu recueillir dans nos voyages. Notre commerce 

Mémoire à l’Institut de France, etc., p. 244 et suiv. 



INTRODUCTION. 


1 9 

avec un grand nombre d’hommes distingués, et la recherche de leurs qualités 'prédo¬ 
minantes nous ont fourni les idées les plus lumineuses sur la nature des connois- 
sances humaines. Nous avons profité des observations que nous ont faites nos audi¬ 
teurs et nos amis, et des objections proposées par les sceptiques et par nos adversaires. 
C’est ainsi que nous sommes parvenus à connoître plusieurs difficultés et plusieurs dé¬ 
fectuosités de notre doctrine. Nous avons en même temps étudié sans relâche l’organi¬ 
sation des hommes à grands talens et l’organisation des hommes bornés, pour mieux 
saisir par ce rapprochement la différence de l’une avec l’autre. Nous avons recueilli 
des faits innombrables dans les écoles et dans les grands établissemens d’éducation , 
dans les maisons d’orphelins et d’enfans trouvés, dans les hospices de fous, dans les 
maisons de correction et dans les prisons, dans les interrogatoires judiciaires et même 
sur les places d’exécution ; les recherches multipliées sur les suicides, les imbéciles et 
les aliénés n’ont pas peu contribué à fixer nos opinions. Nous avons aussi considérable* 
ment augmenté notre collection de bustes en plâtre et de crânes d’hommes et d’ani¬ 
maux. Nous avons mis à contribution un grand nombre de cabinets anatomiques et 
physiologiques, et comparé les statues et les bustes antiques à nos expériences et aux 
récits de l’histoire. Enfin nous avons rapproché de nos opinions et de nos maximes 
celles des auteurs anciens et modernes. 

Après avoir employé toutes ces précautions, nous osons nous flatter qu’on nous 
croira suffisamment préparés à traiter de la structure ( ou anatomie ) du système ner¬ 
veux , de ses fonctions ( ou physiologie ), et de l’histoire de ces sciences, à mesure 
qu’elle présente un intérêt particulier sous le rapport de nos recherches. Nous ne par¬ 
lerons cependant de la distribution des filets nerveux dans le corps, qu’autant que 
nous pourrons y joindre des aperçus physiologiques. Nous passerons sous silence les 
vaisseaux et les membranes , parce qu’ils ne font pas partie de la substance nerveuse. 
Nous nous attacherons surtout au cerveau, comme â l’organisation la plus délicate et 
la plus parfaite, et comme à l’instrument immédiat de l’ame. Ces travaux nous parois- 
sent d’une importance d’autant plus grande, que c'est dans cette partie que les connois- 
sances des anatomistes, des physiologistes et des philosophes sont le plus arriérées. Mais 
par ce motif même nous croyons avoir quelque droit à l’indulgence de nos contem¬ 
porains et de la postérité, pour les imperfections et les erreurs qu’on pourra rele¬ 
ver dans notre ouvrage. On ne devra les imputer ni à un manque d’application, ni à 
l’omission des moyens nécessaires, mais uniquement à l’insuffisance de nos talens et à 
la brièveté de la vie. Nous indiquerons nous-mêmes quelques lacunes dans notre doc¬ 
trine ; sans doute nos successeurs en découvriront d’autres dont notre vue bornée nous 
empêche d’avoir seulement le pressentiment. 








ANATOMIE 

ET 

PHYSIOLOGIE 

DU SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL, 

ET 

ANATOMIE DU CERVEAU EN PARTICULIER. 


SECTION I.“ 

Du nerf intercostal, ou du grand nerf sympathique. 


Fidèles à cette maxime , que dans toutes les recherches il faut procéder du simple 
au composé, nous traiterons, dans le même ordre, les différens systèmes nerveux. 

Dans les animaux les plus nobles , les plexus et les ganglions du bas-ventre et de la 
poitrine, ou le grand nerf sympathique, étant le système de l’ordre le moins relevé, 
nous allons commencer par la considération détaillée dé ce nerf. 

Conformément au principe qui plaçoit dans le cerveau l’origine de tous les nerfs, on 
faisoit aussi naître, médiatement du cerveau et immédiatement de la moelle épinière, 
le nerf sympathique , et l’on regardoit les plexus des entrailles comme une continua¬ 
tion du même nerf; mais cette opinion étoit si peu conforme à la nature, que les 
meilleurs anatomistes et physiologistes ne tardèrent pas à la révoquer en doute. 

Winslow s’explique ainsi sur les filets nerveux de la cinquième et de la sixième paire 
qui, dit-on, donnent naissance au nerf sympathique 1 : « Après avoir examiné avec 
attention la prétendue naissance de ces filets, ils m’ont paru plutôt monter de la base 
du crâne avec la carotide interne, et aller de derrière en devant pour se joindre à la 
sixième et à la cinquième paire ; et j’ai trouvé l’angle de leur union avec ces deux paires, 
tourné vers le devant, et si aigu qu’on ne les peut pas regarder comme des nerfs 
recurrens. 

■ Exposition anatomique de la structure du corps humain. Paris, 1 ^ 32 . in- 4 °. p. 461. 


6 




32 ANATOMIE ET FHTSIOI.0GIF, 

« Ayant depuis ce temps là, cest-à-dire depuis près de vingt ans, trouvé la même 
disposition de cet angle, dans tous les sujets que j’ai disséqués, j’ai toujours été dans 
l’opinion que ce qu’on avoit pris comme la première racine et comme une espèce de 
tige descendant du nerf appelé intercostal, n’en étoit qu’une branche ascendante qui, 
en entrant dans le crâne, se. divisoit en filets, et par ces filets s’associoit étroitement 
avec les deux paires nommées. 

« L’observation particulière que M. Petit, docteur en médecine, a communiquée à 
l’Académie royale des sciences sur la différente grosseur des portions du nerf de la sixième 
paire, paroît entièrement démonstrative, en ce qu’il a trouvé ces nerfs plus gros en 
devant entre le filet du prétendu intercostal et l’orbite, qu’en arrière entre le même 
filet et la naissance de la sixième paire ». 

Winslow regarde aussi 1 tous les filets entre le nerf sympathique et la moelle épinière 
comme de simples branches de communication, et fait remarquer qu’il n’y a pas de 
proportion entre eux et la grosseur du nerf sympathique. 

Il dit 2 même que les ganglions du nerf intercostal doivent être considérés comme 
autant d’origines séparées de cette grande paire de nerfs, et conséquemment comme 
autant de petits cerveaux. 

Soemmerring en parlant 3 des branches que, suivant les idées ordinaires, le nerf 
sympathique reçoit de la moelle épinière, dit que ce n’est qu’une manière vulgaire de 
s’exprimer, et quelle ne doit pas induire à tirer la conséquence erronée que le nerf 
sympathique prend son origine dans la moelle épinière , à laquelle il est seulement 
réuni. Aussi pense-t-il 4 que le nerf sympathique , vu la ténuité de ses extrémités 
supérieure et inférieure , est un nerf existant par lui - même. Il répète qu’il lui 
semble que le nerf sympathique existant par lui-même , se rend à la moelle épinière 
plutôt qu’il n’en vient. Il croit de plus que la sixième paire de nerfs reçoit un filet 
du nerf sympathique. « On n’est pas généralement d’accord, dit-il 5 , sur la question 
de savoir si la sixième paire de nerfs reçoit ou envoie le filet du nerf sympathique. Il 
semble cependant : i°. qu’entre le point où ce filet se montre , et l’abducteur du bulbe 
de l’œil, cette sixième paire est un peu plus forte qu’entre le même point et son ori¬ 
gine, ce qui indique quelle reçoit le filet et qu’elle en est renforcée. 2°. Les filets diffè¬ 
rent encodeur et en mollesse : ceux de la sixième paire sont plus durs, plus foncés, 
plus opaques que ceux du sympathique. 3 °. La sixième paire a une gaine particulière 
hors de laquelle le nerf sympathique se joint à elle ». Il ajoute encore 6 que le nerf 

« L. c. p. 468 . 

* L. c. p. 462. 

3 Hirn und Nerven. p. 3 24. 

<L. C. p. 322 . 


SYSTÈME NERVEUX. 


2 3 

sympathique ne forme nulle part un tronc proportionné à ses branches, et ne s’enfonce 
point dans les muscles, mais reste dans les vaisseaux sanguins et ne laisse aucune trace, 
aucune communication avec le cerveau ; que conséquemment il n’est point soumis à la 
volonté, et qu’au moins dans l’état de santé il n’excite aucune sensation. Néanmoins il 
dit à la fin 1 : « Quoique la finesse de l’extrémité supérieure de ce nerf et de son 
extrémité inférieure puisse faire dire qu’il existe par lui-même, et qu’il communique 
simplement avec ces nerfs ( ceux de la cinquième et de la sixième paire ) avec tous ceux 
de la moelle épinière, et avec le glosso-pharyngien et le vocal; cependant on suit la 
méthode ordinaire en commençant la description par l’extrémité de la tête 

C’est aussi par cette même raison que M. Cuvier suit le même ordre, en décrivant 
de haut en bas la liaison de ce nerf avec les nerfs cérébraux et ceux de la moelle épi¬ 
nière , quoiqu’il dise aussi 3 : « Ce nerf ne peut point être considéré comme provenant 
immédiatement du cerveau *. 

Mais pourquoi veut-on, contradictoirement à sa manière de voir, suivre la marche 
adoptée dans les descriptions anatomiques , et soutenir en quelque sorte les anciennes 
idées qu’on s’étoit faites sur l’origine de ce nerf? 

Bichat s’est exprimé, sur cet objet, de la manière la plus exacte et la plus précise, 
lorsqu’il a dit 3 : « Il me semble que les idées des anatomistes sur ce nerf important 
sont très-peu conformes à ce qu’il est dans la nature. Tout le monde le représente 
comme un cordon médullaire , étendu depuis la tête jusque dans la région sacrée, 
envoyant dans ce trajet diverses ramifications au cou, à la poitrine et au bas-ventre, 
suivant dans ses distributions une marche analogue à celle des nerfs de l’épine, en tirant 
son origine de ces nerfs selon les uns, de ceux du cerveau suivant les autres. Quelque 
soit le nom sous lequel on le désigne, sympathique, intercostal, trisplanchnique, etc., 
la manière de l’envisager est toujours la même. 

« Je crois que cette manière est entièrement fausse; qu’il n’existe réellement aucun 
nerf analogue à cel ui qu’on désigne par ces mots, que ce qu’on prend pour un nerf, 
n’est qu’une suite de communications entre divers centres nerveux placés à différentes 
distances les unes des autres. 

« Ces centres nerveux sont les ganglions disséminés dans les différentes régions; ils 
ont tous une action indépendante et isolée. Chacun est un foyer particulier qui envoie, 
en divers sens, une foule de ramifications , lesquelles portent dans leurs organes res¬ 
pectifs les irradiations de ce foyer dont elles s’échappent. 

« Quel anatomiste, continue-t-il 4 , n’a pas été frappé en effet des différences qui se 

1 L. C. p. 322. 

* Leçons d’anatomie comparée, tom. H. p. 285. 

3 Sur la vie et la mort, 70. 

4 L- c. p. 72. 



ANATOMIE ET PHTSIOIOGIE 

trouvent entre les nerfs ? Ceux du cerveau sont plus gros , moins nombreux, plus 
blancs, plus denses dans leur tissu, exposés à des variétés assez peu fréquentes. Au 
contraire, ténuité extrême, nombre très-considérable, surtout vers les plexus, couleur 
grisâtre, mollesse de tissu remarquable, variétés extrêmement communes , voila les 
caractères des nerfs venant des ganglions^ si^ vous en exceptez ceux de communication 
avec les nerfs cérébraux et quelques-uns de ceux qui unissent entre eux ces petits centres 
nerveux. 

« Il est essentiel, ajoute-t-il 1 , de réaliser ces vues dans la description qui, telle 
qu’on la présente, donne une idée très-inexacte, et de ces centres nerveux et des nerfs 
qui en sortent. » 

Pour rectifier ces idées sur la naissance du nerf sympathique, sur l’origine des plexus, 
et sur la division des nerfs du bas-ventre et dp la poitrine en différens systèmes, il 
ne manquoit que l’application de l’anatomie comparée. 

Dans les tremelles et les conferves, on n’aperçoit encore aucune trace de canal in¬ 
testinal. Dans les polypes à bras et les genres voisins on ne voit qu’une masse gélati¬ 
neuse homogène sans organisation apparente 2 . « Dans les zoophytes, dit Blumenbach 3 , 
les diverses parties du corps diffèrent peu entre elles, ou même ne diffèrent pas du 
tout, et par conséquent on n’y distingue rien qu’on puisse reconnoître pour des nerfs; 
mais la matière nerveuse qui manifeste en eux son existence par les sensations et les 
mouvemens, aussi bien que dans tout autre classe du règne animal, est comme fondue 
dans l’ensemble de leur masse presque entièrement homogène ; de sorte que dans les 
polypes à bras presque transparens, même à l’aide des plus forts microscopes, et au 
jour le plus clair, on ne peut découvrir autre chose qu’un amas grenu, semblable en 
quelque sorte à du sagou bouilli, et dont les parties sont tenues dans leur forme déter¬ 
minée par une substance gélatineuse. 

Dans les actinies, tout l’intérieur du corps n’est qu’un tube intestinal. Dans les 
holothuries ei les étoiles de mer, quoique plus rapprochées des animaux, on ne remar¬ 
que encore rien qu’on puisse comparer avec un cœur. Ces zoophytes n’ont par consé¬ 
quent qu’un système unique d’organes intérieurs, celui de la digestion. 

Après les zoophytes, tous les animaux proprement dits ont un canal intestinal et un 
cœur ou au moins des vaisseaux distincts. Ici l’on voit déjà la substance gélatineuse dont 
nous avons parlé, réunie en amas particuliers, et des filets nerveux très-visibles qui y 
prennent naissance et se répandent de là dans les différentes parties du corps : ces 
origines des filets nerveux, ou ces amas de substance gélatineuse sont plus ou moins 

• L. c. p. 74. 

• Cuvier, L. c. p. 36a. 

5 Handbuch der vergl. Anatomie , p. 292. 



Dü SYSTÈME NERVEUX. 25 

nombreux, suivant le nombre des parties et des viscères. Quelquefois il n’y en a que 
deux ou trois. Dans la sèche les nerfs des viscères du bas-ventre, les nerfs des pieds, etc., 
naissent chacun d’un amas particulier de substance gélatineuse '. 

Ces systèmes nerveux des entrailles des animaux d’un ordre inférieur sont le type 
des systèmes des mêmes parties et des mêmes fonctions dans les animaux d’une 
organisation plus élevée, et comme les fonctions des entrailles se continuent dans les 
animaux supérieurs, nous devons retrouver dans leurs entrailles et dans leurs vaisseaux 
les systèmes nerveux des entrailles et des vaisseaux des animaux inférieurs. 

' En effet, ces systèmes sont les plexus nerveux du bas-ventre et de la poitrine, et 
la série plus ou moins interrompue des ganglions du nerf sympathique. 

Ces appareils nerveux existant déjà dans certains animaux sans moelle épinière et 
sans cerveau 1 2 , on ne peut plus demander s’ils prennent naissance de la moelle épinière 
et des prétendus net# cérébraux. Il est au contraire démontré par les faits que nous 
venons d’alléguer, ainsi que par l’anatomie comparée, qu’ils existent par eux - mêmes , 
qu’ils sont indépendans du cerveau et de la moelle épinière 3 , et qu’ils tirent leur origine 
d’amas particuliers de la substance gélatineuse. Il en résulte aussi évidemment que 
Winslow,' Sœmmerring, Cuvier, etc., et surtout Bichat, ont jugé sainement lorsqu’ils 
ont regardé les filets nerveux qui lient ces systèmes aux nerfs du cerveau et à la moelle 
épinière, comme de simples filets de communication. 

On peut encore admettre comme un axiome que les organes d’un ordre inférieur 
servent comme des appareils préparatoires aux organes qui, dans les^nimaux plus par¬ 
faits , sont destinés à des fonctions plus élevées. Tant que les systèmes inférieurs existent 
seuls, ils agissent isolément ; mais dès que plusieurs organes existent dans un seul in¬ 
dividu, ils doivent nécessairement avoir, les uns sur les autres, une influence récipro¬ 
que établie par des branches de communication. Voilà pourquoi des filets nerveux 
passent d’un système à un autre, et s’unissent en manière de réseau. C’est ainsi que les 
plexus des entrailles communiquent d’abord s entre eux, et ensuite, aux autres systèmes 
du nerf sympathique, et, par l’intermédiaire de celui-ci, à là moelle épinière et à 
quelques nerfs cérébraux. A présent on comprendra pourquoi, d’après l’observation de 
Haller 4 , de Bichat 5 , etc., le, nerf sympathique est assez fréquemment interrompu 
dans son cours ; pourquoi l’angle de réunion des filets nerveux avec la sixième paire 
est tourné en avant, et trop aigu pour qu’on «puisse les faire dériver de cette sixième 
paire pourquoi enfin il n’y a aucune proportion entre ce nerf et les branches com¬ 
muniquantes. 

1 Cuvier, L. c. p. 3oi, et Treviranus , Biologie der lebenden Natur. B. 1, S. 309. 

a Reil Archiv. fur Phys. B. 7. St. 2 S. 189. 

3 Reil, 1. c. S. 190. 

4 Phys. tom. IV, p. 261. 

5 Sur la vie et la mort, p. 71. 

f Winslow, Traité des nerfs, §. 358. 


7 , 



2 g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Il en résulte aussi que les systèmes nerveux des viscères du bas-ventre et de la poi¬ 
trine ne sauroient remplir les mêmes fonctions, et que sous ce rapport on auroit tort 
de les comparer à un réseau. Ils sont plutôt composés d’autant de systèmes particuliers 
exerçant chacun leurs fonctions différentes, qu’il y a de differentes origines de nerfs ; 
et le nerf sympathique ne peut être regardé comme une seule paire, quoique ce soit 
l’opinion de la plupart des anatomistes et des physiologistes. Bichat a donc pleinement 
raison, lorsqu’il établit 1 plusieurs foyers centraux pour ce qu’il appelle vie organique, 
mais nous ne pouvons pas être de son avis, quand il n’admet 2 qu’un seul centre pour 
la vie animale. C’est aussi sous le même rapport que Sœmmerring a dit 3 : « Le nerf 
sympathique est tellement interrompu par des ganglions nombreux et considérables, 
qu’on ne peut pas le reconnoître pour un nerf simple 8 . 

Quant à l’usage du grand nerf sympathique, Sœmmerring présume * qu’il appartient 
aux vaisseaux sanguins, parce que les filets nerveux les accompagnent; mais pourquoi 
tire-t-il des' conséquences différentes du même phénomène, par la seule raison qu’il 
se présente dans des endroits différens ? Voyant que le nerf fasciaPsuit la direction des 
vaisseaux, il trouve probable 5 que les artères sont principalement destinées pour les 
nerfs. Comment le contraire auroit-il lieu pour le nerf intercostal ? Reil pense que le 
système de ganglions appartient exclusivement à la vie végétative des animaux 6 . 

On doit en général bien se garder d’attribuer aux nerfs seuls les fonctions particu¬ 
lières des viscères; c’est pourquoi nous ne disons pas nerfs de la digestion, de la nutri¬ 
tion , etc., mais nous nous contentons de dire, les nerfs de l’estomac, du foie, des 
reins, des intestins^ etc. ; de même qu’on nomme les artères d’après les parties aux¬ 
quelles elles porte* le sang; car elles doivent également, en vertu.de la nutrition spé¬ 
cifique de chaque partie , avoir une fonction spéciale. 

Enfin nous concluons également que l’on a tort d’attribuer des sensations à ces 
systèmes ; tout s’y passe sans conscience, par une nécessité aveugle, et sous la direction 
des lois auxquelles ces systèmes ne peuvent ni obéir ni se soustraire volontairement. 
Les entrailles ont à la vérité du mouvenffent, elles choisissent la nourriture qui leur 
convient, et repoussent les parties hétérogènes; il s’y opère des sécrétions et des excré¬ 
tions. Mais les plantes nous offrent des phénomènes semblables. Nous savons que les 
mêmes fonctions ont également lieu dans les acéphales; nous savons que de la réaction 
d’un organe on ne doit pas conclure qu’il éprouve une sensation réelle, que la sensa¬ 
tion n est caractérisée que par la perception ou la conscience d’une impression ; nous 
savons enfin qu’aucune irritation n’est sentie sans la coopération du cerveau ; consé- 

* L. c. p. 71 . 

* Ibid.. 

3 L. C. p. 322. 

* L. c. p. 336. 

« Arckiv fur Phys. B. 7. St. 2. S. 210. 



DO SYSTÈME NERVEUX. 27 

quemment nous ne pouvons pas plus admettre le sentiment dans les systèmes nerveux 
du bas-ventre et de la poitrine, que dans les acéphales et dans les plantes. 

« 

Bien plus, l’influence réciproque des systèmes supérieur êt inférieur s’opère sans 
conscience, et sans la participation de la volonté ; les effets des affections et des passions 
se transmettent aux entrailles, et le dérangement des fonctions des viscères trouble les 
facultés de l’esprit et de l’ame; mais nous ne pouvons découvrir comment cela se passe, 
ni arrêter cette influence réciproque. 

C’est d’après ces observations préalables, que l’on peut plus facilement saisir et recti¬ 
fier les diverses opinions sur la nature et l’usage des plexus nerveux et des ganglions '. 

Galien parle déjà des ganglions, et ne les regarde que comme des résultats des réu¬ 
nions de nerfs. Après lui on les négligea pendant plusieurs siècles. Fallope s’en occupa 
de nouveau, et son exemple fut suivi par Eustachi, Charles Etienne, Volcher-Coïter , 
Riolan , Spigel, Wesling, Glisson, Willis, Blasius , Lecat, etc. Mais les opinions des 
auteurs diffèrent beaucoup. Pfeffinger dit qu’en général on peut remarquer que la plu¬ 
part des anciens ont pris les ganglions pour de tumeurs des nerfs ou pour des corps 
glanduleux. 

Vieussens 2 croyoit que les ganglions ne servoient qu’à affermir les nerfs, lorsqu’ils 
se divisent en filets plus nombreux et plus foibles. 

Willis 3 les regardoit comme de petits cerveaux dont la fonction étoit_ de sécréter 
et de distribuer les esprits animaux. 

Telle étoit aussi l’opinion de Winslow 4 , et il admettoit dans chacun , une substance 
médullaire et une substance grise. Cet auteur et Haller 3 reconnoissent que les filets 
nerveux sont multipliés dans les ganglions, mais ils ne disent rien sur la production 
de ces filets par la substance grise Ç au reste ils croient aussi que les ganglions sécrètent 
les esprits vitaux. 

Lancisi prétendit qu’ils étoient de$ organes analogues au cœur, destinés à donner un 
mouvement plus prompt aux esprits vitaux. • 

Yicq-d’Azyr avança également qu’ils étoient les réservoirs des esprits vitaux. 

1 Comparez Scarpa de nervorum gangliis et plexibus. Mutin. 1779- Pfeffinger de struct. nervor. Argent. 1782. 
Sœmmerring , 1. c. von den Nervenknoten und Geflechten. 

* Nevrog. univ. p. 160. 

3 Cereb. anatom. p. 16. 

4 L. c. p. 462. 



2 g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Barthez 1 nomme les ganglions de petits cerveaux, et il pense qu’on doit y chercher 
la cause des sympathies. 

Monro les appelle des cerveaux imparfaits, et prétend qu’ils ne sont fermes que pour- 
pouvoir opposer de la résistance aux muscles. 

Meckel, Zinn et Scarpa sont d’opinion que les ganglions servent a subdiviser, à 
réunir, et à recomposer les nerfs. 

Scarpa y admet une substance molle, grisâtre ou rougeâtre qui remplit tous les 
interstices entre les filets nerveux. Il ne regarde cette substance dans les individus gras 
que comme une graisse; quoiqu’il l’ait aussi trouvée dans les individus maigres, et 
toujours de couleur grise. Il remarque aussi que cette substance est d’autant plus 
abondante, que les filets sortent en plus grand nombre des ganglions. Dans ce cas, les 
ganglions sont aussi plus renflés ; malgré cela il pense que cette substance ne sert qu’à 
donner la direction aux filets nerveux. Sœmmerring a oppose à cette opinion que 5 
dans les ganglions simples , les filets nerveux qui les traversent s’écartent à peine de 
l’axe. Au reste Scarpa lui-même, et Pfeflinger affirment qu’il est impossible de suivre 
distinctement dans les ganglions le tissu des filets nerveux. 

Néanmoins Ackermann définit 3 un ganglion, la réunion de plusieurs branches ner¬ 
veuses qui divisent leurs nerfs dans le ganglion, de manière que chacun des rameaux 
nerveux sortans est composé des rameaux de tous ceux qui y sont entrés. 

Suivant Sœmmerring 4 , les ganglions nerveux sont des plexus plus serrés dont la 
substance intermédiaire et abondante en vaisseaux, maintient les filets délicats dans 
leur position, et leur conserve la mollesse convenable; ils unissent entre eux et les 
nerfs .cérébraux et les nerfs de la moelle épinière, et ces derniers avec les premiers. 
Dans un autre passage 5 , Sœmmerring combat l’opinion de Meckel, de Zinn et de 
Scarpa, et finit par conclure que l’usage véritable des ganglions nerveux n’est pas encore 
connu. 

Quant à l’opinion que les ganglions proviennent d’une pression, elle mérite à peine 
d’être mentionnée. 

Walter 6 regarde avec Galien les ganglions comme de simples réunions des branches 
nerveuses qui viennent des endroits voisins. 

* Nouveaux élémens de l’homme, seconde édition, tome H, p. 6a. 

’ L. C. p. 122. 

3 Beantwortung der Ackermannschen Widerlegung der Gehira-und Sçhedellehre. p. 17. 

♦L.c. p. 124. r 

5 L. c. p. 128. 

6 Etwas liber die Hirnschâdellehre ; Th. 1. S. 18. 



DD SYSTÈME NERVEUX. 2C> 

Quelques auteurs, tels que Haase Scarpa, etc. disent que les plexus et les gan¬ 
glions sont essentiellement de même nature, parce que dans tous les deux, les nerfs 
arrivent de différens endroits, qu’ils s’y réunissent, s y épanouissent, et en sortent 
plus nombreux et en suivant différentes directions. 

Bichat a démontré que les ganglions doivent avoir un usage infiniment plus impor¬ 
tant que celui de séparer et de diriger les filets nerveux. « En effet, dit-il 1 2 , le 
simple coup-d’œil suffit pour établir entre eux la plus grande différence. Certainement 
il y a une démarcation aussi tranchée entre les ganglions et leurs nerfs qu’entre ceux 
du cerveau et lui. i°. Différence de couleur, teinte rougeâtre ou grisâtre dans les uns,*» 
blanchâtre dans les autres ; 2°. différence de consistance, de qualités extérieures ; 
3 °. différence de propriétés. Si les nerfs venant de la moelle ne faisoient que s’épa¬ 
nouir à leur passage par les ganglions en filets tenus, ce ne seroit qu’une différence 
de forme et non de nature; les propriétés devroient être les mêmes. Pourquoi par 
là même qu’il sort d’un ganglion , un nerf ne communique-t-il plus de mouvemens 
volontaires ? 4 -° Pourquoi la nature n’a-t-elle pas placé les ganglions dans les nerfs des 
membres connus dans ceux des autres parties ? S’il n’y a que résolution du nerf en 
filets plus petits , dans le ganglion , pourquoi n’y a-t-il jamais de proportion entre les 
filets qui entrent d’un côté et ceux qui sortent du côté opposé ? En effet, ceux qui 
pénètrent en haut dans le cervical supérieur, ne faisant qu’épanouir leurs filets dans 
ce ganglion, et les réunir ensuite pour former ceux qui partent d’en bas, ildevroit y 
avoir égalité entre les uns et les autres sous le rapport du volume ; tous les ganglions 
devroient présenter ce rapport constant entre les nerfs d’un côté et ceux du côté opposé; 
or il suffit de les examiner pour voir que dans presque tous une disposition inverse 
s’observe. 5 .° Les ganglions devroient être toujours proportionnés au volume des nerfs 
qui les forment en y épanouissant leurs fibres. Pourquoi donc les ganglions intercos¬ 
taux sont-ils si petits, et les troncs qui les unissent ou plutôt qui leur donnent la nais¬ 
sance et qui en partent ensuite, suivant la manière de voir ordinaire, sont-ils si gros? 
Pourquoi, au contraire, le ganglion cervical supérieur est-il si gros et les branches sont- 
elles si minces ? 6°. Comment expliquer les fréquentes interruptions entre les ganglions 
de l’homme, celles qui sont constantes dans une foule d’animaux, s’il y a continuité 
entre les filets nerveux qui en entrent en haut dans les ganglions et ceux qui en sortent 
en bas ? 7 0 . Comment se fait-il que les ganglions et leurs nerfs ne suivent pas une 
exacte proportion de développement avec les nerfs cérébraux, si ceux-ci leur donnent 
naissance en s’y épanouissant ? 8°. Pourquoi la douleur ne porte-t-elle pas le même 
caractère dans l’une et l’autre espèce de nerfs ? * 

Ces observations jointes à celles de Sœmmerring 3 sur la direction des filets dans 
les ganglions nerveux simples , réfutent entièrement l’opinion de Zinn, de Meckel et 

1 Cerebri nervorumque corp. hum. anat. repetita. Lipsiæ , 1785. 

* Anatomie générale, tome I, p. 122. 

3 L. c. p. 228. 





3 0 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

de Scarpa, et il est singulier que nonobstant la célébrité de deux auteurs tels que Sœm- 
mering et Bichat, on allègue Zinn, Meckel et Scarpa comme garans , lorsque l’on 
combat notre manière de voir relativement aux ganglions et aux plexus 

Reil 2 semble' avoir trop restreint le système des ganglions. « Les nerfs du système 
des ganglions, dit-il, ont une couleur grise jaunâtre ou rougeâtre, ils sont plus mous 
et plus gélatineux que les nerfs du système cérébral, et n’ont pas autant qu’eux l’appa¬ 
rence striée : ceux-ci sont plus fortement oxigénés , plus blancs et plus durs. » 

* Cet auteur ne fait pas réflexion que les nerfs de la moelle épinière, et même les nerfs 
cérébraux ont aussi des ganglions. C’est pourquoi il s’est obligé de recourir à une hypo¬ 
thèse mal fondée pour expliquer leur destination. Il dit 3 expressément que les ganglions 
ne sont pas l’origine des nerfs, mais simplement des semi-conducteurs. « Plus les gan¬ 
glions , ajoute-t-il, qui isolent du cerveau une partie quelconque, sont nombreux, plus 
cette partie est exempte de l’influence du cerveau. Un nerf coupé et régénéré, rétablit 
le mouvement, mais non la sensation, parce qu’il s’est formé un ganglion *. Plusieurs 
physiologistes, tels que Johnston, Lecat, Metzger, ont été de cette opinion. 

Mais Haase, Sœmmerring, Bichat, etc., ont démontré que non-seulement les mus¬ 
cles involontaires, mais aussi les volontaires reçoivent leurs nerfs dès ganglions. Le 
mouvement volontaire n’exige-t-il pas aussi l’influence du cerveau ? S’il est question 
de la sensation , on néglige la différence entre l’état ordinaire et l’état extraordinaire, 
les divers degrés de l’activité des nerfs et surtout l’irritabilité individuelle de certaines 
parties. Dans quelques circonstances, toutes les parties peuvent, parle moyen des nerfs, 
produire des sensations dans le cerveau, et dans d’autres conjonctures toutes les parties 
sont, dans ce sens, entièrement insensibles. La lumière et les huiles douces qui irritent 
l’œil si fortement n’excitent aucune sensation sur la peau ; et l’œil n’est que très-peu 
sensible à la température de l’air qui se fait sentir à la main la plus rude. Une déto¬ 
nation qui paralyse le nerf auditif, n’ébranle en rien le nerf optique. Plusieurs choses 
qui n’affectent ni le palais ni la langue causent une vioïente irritation dans l’estomac. 
Dans la goutte et dans la siphylis les douleurs des os sont insupportables. D’autres 
parties n’excitent-elles pas tantôt les sensations les plus douloureuses, tantôt les sensa¬ 
tions les plus agréables ? 

Pourquoi, dans ce cas là, la suspension de la communication attribuée aux ganglions, 
n a-t-elle pas lieu ? pourquoi une irritation se transmet-elle plus qu’une autre ? Admet¬ 
tons avec Bichat, Reil, et d’autres auteurs, que les animaux qu’on ouvre tout vivans 
ne crient pas, lorsque les nerfs du ventre sont piqués, et donnent des marques de 
souffrance aussitôt qu’on blesse ceux de la vie animale ; il ne s’ensuit nullement que 

■ Observations sur le rapport, p. >]5. 

‘ Archiv für Phys. B. 7. St. 2. S. 219. 

* L. c. p. 227. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 3l 

ces mêmes nerfs ne soient pas des conducteurs pour d’autres irritations ; car Bichat 
lui-même convient que ce qu’il appelle la sensibilité organique , peut s’élever à une 
sensibilité animale, et il dit 1 , au sujet des ligamens, « qu’irrités par les acides, les 
alcalis très-concentrés, ou par l’instrument tranchant, ils ne transmettent point au cer¬ 
veau la forte impression qu’ils reçoivent; mais sont-ils tordus, distendus, déchirés, une 
vive sensation de douleur en est le résultat ®. 

On en peut déduire la conséquence que les irritations modifiées de tous les nerfs 
pouvant être communiquées au cerveau et y exciter des sensations, le cerveau n’est 
sous ce rapport soustrait à l’influence d’aucun nerf. 

Quant à l’action libre et spontanée du cerveau sur les opérations du système ner¬ 
veux et de différentes parties, elle n’a lieu sur quelques parties que dans certaines 
circonstances, et sur d’autres elle n’existe jamais. Toute influence de la volonté ou du 
cerveau cesse dans les affections soudaines , dans l’effervescence des passions , dans les 
crampes et les convulsions, dans la rage, dans la démence, dans les idées fixes. Ainsi, 
que l’on considère le cerveau comme dépendant ou indépendant des nerfs relativement 
aux sensations, ou les diverses parties du corps comme dépendantes ou indépendantes 
du cerveau, relativement aux mouvemens spontanés, il sera difficile de découvrir par 
le fait entre ces deux hypothèses aucune différence essentielle, et toujours la même dans 
toutes les circonstances ; si ce n’est que certaines parties ne sont jamais soumises à la 
volonté. Mais on ne pourra jamais établir une différence de cette nature sur les gan¬ 
glions. Par conséquent, le nombre plus ou moins considérable de ganglions ne peut 
soustraire plus ou moins les nerfs à l’influence du cerveau. Dans plusieurs animaux, 
certains nerfs ont moins de ganglions, dans d’autres animaux, ces mêmes nerfs en ont 
davantage. Le nerf optique, par exemple, a moins de ganglions dans les oispaux que 
dans les mammifères; le nerf olfactif en a plus dans les poissons que dans les oi¬ 
seaux, etc., sans que pour cela ces nerfs, dans l’une ou l’autre classe d’animaux, soient 
plus ou moins dégagés de l’influence du cerveau. 

Le système des ganglions n’étant, d’ailleurs, comme nous l’avons déjà dit, nulle¬ 
ment borné aux plexus et aux ganglions du bas-ventre et de la poitrine , et des gan¬ 
glions se retrouvant encore dans les nerfs de la moelle épinière, des sens, etc.; l’hypo¬ 
thèse que les ganglions diminuent l’influence du cerveau, tombe d’elle-même. Nous 
avons aussi démontré, dans nos observations sur lé rapport des Commissaires de l’Institut , 
que la grosseur des ganglions ne contribue en rien à rendre les nerfs indépendans du 
cerveau , comme MM. les Commissaires l’ont supposé \ 

Ces observations suffisent également pour prouver que la division que Bichat et Reil 
ont faite du système nerveux en système du cerveau et des ganglions, auxquels Bichat 

* Sur la vie et la mort, p. 87. 

‘ Mémoire et observations sur le rapport, pag. 97. 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

ajoute les ganglions de la moelle épinière et de la tête, non-seulement n’établit pas 
une différence précise , mais qu’elle est encore moins fondée sur des considérations 
physiologiques. , 

Afin de rendre plus claires nos opinions sur la nature et l’usage des ganglions, nous 
allons passer sommairement en revue tout ce que nous venons de dire. 

Nous avons observé, dans les classes inférieures d’animaux, deux substances du 
système nerveux : la substance gélatineuse grisâtre, et les filets nerveux. La première 
semble former la presque totalité des polypes , et caractériser le commencement du 
règne animal, quoique l’existence des filets nerveux n’ait pas encore pu être démontrée 
dans ces êtres. Dans un degré plus élevé, les entrailles sont pourvues d’amas particu¬ 
liers de cette substance gélatineuse, et on voit distinctement des filets nerveux y prendre 
naissance; ceux-ci se rendent dans leurs parties respeétives, et s’y épanouissent. Mais" 
comme ces amas de substance gélatineuse, forment des nœuds ou des renflemens, avec 
les nerfs qui y naissent, on les appelle des ganglions. 

Plus les amas de substance gélatineuse sont considérables, plus les nerfs qui en sor¬ 
tent sont forts et nombreux. On ne voit pas un filet nerveux naître immédiatement de 
la lymphe, ou par la transformation des vaisseaux ; mais on trouve cette substance par¬ 
tout où l’on voit naître des filets nerveux. Nous en concluons, que les filets nerveux 
sont originairement produits dans cette substance, et qu’ils en sont nourris. C’est pour¬ 
quoi nous l’appelons la substance originaire ou substance matrice ou nourricière des 
nerfs. 

Or les mêmes conditions ayant lieu dans les plexus et les ganglions des classes d’ani¬ 
maux plus élevés, nous devons aussi regarder ces ganglions et ces plexus comme l’ori¬ 
gine des nerfs. Ils sont toujours entrelacés de nombreux vaisseaux, et pénétrés abondam¬ 
ment partout de substance grise, gélatineuse, pulpeuse, onctueuse, d’un gris rougeâtre. 
Ils contiennent plus ou moins de tissu cellulaire, et sont par conséquent tantôt 
plus fermes, tantôt plus mous, de même que les filets nerveux ont plus de fermeté 
ou plus de mollesse , suivant qu’ils sont recouverts par la dure mère, ou qu’ils en sont 
dépouillés. Souvent la substance gélatineuse est dispersée dans un tissu cellulaire lâche, 
ce qui fait que les nerfs qui en sortent forment une espèce de plexus. Quelquefois aussi 
elle est renfermée par le tissu cellulaire en petits tas , et rassemblée dans ces mêmes 
plexus, ce qui fait qu’on y trouve plusieurs petits ganglions, comme l’ont observé 
Haller, Haase, Scarpa, Reil, et d’autres anatomistes. Il n’existe donc aucune différence 
essentielle entre les ganglions et les plexus. 

Ainsi, pour déterminer l’usage des plexus et des ganglions, il ne faut pas considérer 
comme des conditions essentielles la différence du nombre des ganglions ou plexus dans 
les différentes espèces d’animaux, ou dans les mêmes individus, ni la différence de leur 
forme, car on en voit de lisses, de ronds, d’allongés, d’oviformes , d’angulaires; ni 



DU SYSTEME NERVEUX. 


33 


celle de leur consistance qui est tantôt lâche, tantôt ferme et presque cartilagineuse ; 
ni celle de leur couleur qui est plus ou moins rougeâtre, ou rouge pâle ou entière¬ 
ment grise. En effet, toutes ces différences indiquent simplement qu’il existe entre eux 
des modifications. On rencontre souvent des différences de grosseur et de forme dans 
le même ganglion, par exemple, le cervicale supremum, ainsi que Haller, Scarpa, 
Scemmerring,* Bichat, etc., l’ont aussi très-bien observé. 

Avant de démontrer l’existence des mêmes lois dans les systèmes nerveux plus élevés, 
et avant de nous livrer à des recherches sur leur structure et leur destination, nous 
dirons encore quelque chose sur cette question : les passions et les affections ont-elles, 
ainsi que le disent Reil, Bichat et la plupart des modernes, leur source dans les systèmes 
du nerf sympathique ? Les instincts ont-ils leur principe dans les viscères ? L’homme 
étant supposé dépourvu de viscères, seroit-il également privé de passions ? 

Nous remettons* à l’instant où nous nous occuperons de la physiologie du cerveau, 
l’examen de. ces opinions, et leur réfutation détaillée. Cependant nous rappellerons que, 
selon quelques-uns des auteurs que nous venons de nommer, les ganglions devraient 
affoiblir l’action sur la vie animale; ce qui n’a certainèment pas lieu dans les passions: 
que les instincts, et les passions diffèrent beaucoup dans les différens ordres d’animaux 
et dans les différens individus de la même espèce, quoiqu’ils aient les mêmes viscères , 
et que par conséquent les mêmes viscères doivent être lès instrumens des penchans les 
plus opposés; que le cœur par exemple doit être l’instrument de la cruauté dans le 
tigre et de la patience dans la brebis ; que dans les animaux le système des ganglions 
est, en proportion, beaucoup plus développé que dans l’homme, quoiqu’ils soient bien 
au-dessous de lui pour les passions ; qu’enfin ce système existe déjà dans les animaux 
sans cerveau chez lesquels il seroit difficile de supposer des passions. On sera donc forcé 
de ranger les fonctions de ce système dans un ordre beaucoup moins élevé. 



9 



34 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 


SECTION II. 

Des systèmes nerveux de la colonne vertébrale, ou de la moèlle çpiniere. 


Conformément à l’idée naturelle, on entend ordinairement par la moèlle épinière, 
l’ensemble de la masse nerveuse qui se trouve dans l’épine du dos jusqu’au trou de l’os 
occipital. Cependant quelques auteurs ont donné à ce mot une bien plus grande exten¬ 
sion. Un grand nombre avant Yarole, et Yarole lui-même, Willis , Bartholin, com¬ 
prennent dans la moelle épinière, ce qu’on appelle la moelle allongée, le pont deVarole, 
les cuisses, les couches optiques et les corps striés, jusqu’aux ventricules du cerveau, et 
aux hémisphères proprement dits. Haller de nouveau lui a donné pour limite le grand 
trou occipital, et plusieurs auteurs s’en sont tenus à son opinion ; d’autres ont adopté 
celle de Varole. Sœmmerring, Bichat, Chaussier, disent que la moelle épinière s’étend 
jusqu’à la protubérance annulaire, parce qu’ils croient que son bord antérieur est séparé 
de cette dernière partie par une ligne profondé; ils joignent encore à la moelle épinière 
les pyramides, les corps olivaires, le nerf hypoglosse, le vocal, et le glosso-pharyngien. 
C’est pourquoi Chaussier appelle la partie qui est située dans l’intérieur du crâne, le 
bulbe supérieur du prolongement rachidien. 

Tousses auteurs ont fait usage du nom de moèlle épinière, moèlle de l’épine du 
dos ; ils ont donc donné trop d’extension à la signification de ce mot, lorsqu’ils l’ont 
appliqué à ce qui est placé au-dessus des vertèbres. Si son extrémité est marquée par la 
ligne profonde du bord inférieur de la protubérance annulaire, on peut tout aussi 
bien la placer ailleurs. Cette ligne profonde (le collet de Chaussier), n’existe que sur la 
face antérieure, et n’est point produite par l’interruptiori des faisceaux nerveux ascen- 
dans , mais par l’épaisseur des couches transversales de la protubérance annulaire ; 
elle est bien moins considérable dans les animaux mammifères que dans l’homme; et 
comme ces couches transversales manquent dans les oiseaux, les amphibies et les pois¬ 
sons, cette ligne profonde y manque aussi. On pourroit placer une ligne de démarcation 
également distincte dans le bord supérieur du pont de Yarole, ou à l’entrée des cuisses 
dans les ventricules du cerveau. L’on n’a donc aucune raison de s’écarter de la signifi¬ 
cation vulgaire du terme moelle épinière. 

A la vérité, nous ne pouvons pas dire non plus que l’organisation dans la moelle 
epmiere, change entièrement lorsqu’elle entre dans le crâne. Il s’en détache encore là 
quelques paires de nerfs , à la manière des nerfs cervicaux; la ligne de démarcation 
que Ion observe dans toute la longueur du milieu de la moelle épinière se continue 
en haut sur la face postérieure , et est interrompue sur la face antérieure par l’entré- 


DU SYSTEME NERVEUX. 


55 

croisement ; la moelle épinière est intimement unie aux parties qui commencent au 
grand trou occipital. Mais dans cet endroit, la fissure antérieure de la moelle épinière 
est interrompue, la masse nerveuse se renfle d’une manière frappante dans l’homme, 
et bien plus encore dans les mammifères. On y aperçoit très-visiblement les premiers 
rudimens des nerfs nommés cérébraux , du cerveau et du cervelet. Ces motifs nous 
semblent suflisans pour ne faire aller la moelle épinière que jusqu’au grand trou occi¬ 
pital , ou jusqu’au grand renflement, ou au commencement des pyramides. 

Les anciens regardoient la moelle épinière simplement comme une moelle. Blasius 
dit qu’en l’examinant avec attention, l’on reconnoît quelle est composée non-seule¬ 
ment de la substance blanche du cerveau qui en constitue la plus grande partie, mais 
aussi d’une substance grise rougeâtre qui se trouve dans son intérieur. Il cite Bartholin 
qui avoit connu cette substance grise, et avoit dit quelle étoit plus molle que la blan¬ 
che. Au resté il regarde comme fibreux les quatre cordons dont il suppose qu’elle est 
formée. Quoique Sœmmerring avance qy’elle est composée toute entière de substance 
médullaire, il admet néanmoins au milieu de son intérieur une substance grise et 
molle , et il accorde que dans sa structure, surtout chez les hydropiques, on découvre 
quelque chose de fibreux, moins cependant dans les deux cordons de derrière que 
dans ceux de devant. 

Vieussens regarde la substance blanche comme fibreuse, mais ses fibres, ajoute-t-il, 
sont bien plus molles que celles du cerveau. 

Les anatomistes en général penchent plutôt à croire à la nature médullaire pulpeuse 
de la substance blanche qu’à sa texture fibreuse. 

• 

Nous désirerions que l’expression moelle fût bannie de tout le système nerveux. Les 
fonctions des nerfs sont entièrement différentes de celle de la moelle, et infiniment 
plus nobles. En outre l’idée de moelle exclut toujours la structure fibreuse. Nous ne 
reconnoissons en général dans tout le système nerveux que les deux substances dont 
nous avons parlé plus haut : la substance grise et gélatineuse qui se trouve dans le 
milieu de toute la longueur de la moelle épinière , et les fibres nerveuses dont est 
formée la substance blanche du système nerveux de la colonne vertébrale, ainsi que le 
cerveau et le cervelet. Nous avons parlé’ en détail de ces objets dans nos observations 
sur le rapport de MM. les Commissaires de l’Institut. Les mêmes preuves s’appliquent 
aussi à la moelle épinière : au reste si les systèmes nerveux de l’épine du dos sont dans 
la vieillesse plus mous que le cerveau, dans l’enfance, au contraire, le cerveau est plus 
mou que les systèmes nerveux de la colonne vertébrale, et cependant personne ne pourra 
plus révoquer en doute la structure fibreuse de la substance blanche du cerveau. Il devient 
en outre impossible d’apercevoir cette composition dans les parties où elle est admise, 
soit quand la masse nerveuse a été trop ramollie par un état de maladie, soit quand on 
a tardé trop long-temps à l’examiner. Il ne faut pas non plus, dans ces recherches , 



3g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

confondre les phénomènes de la substance grise, avec ceux que 1 on ne doit s attendre à 
remarquer que dans la substance blanche. 

La plupart des auteurs regardent la moelle épinière comme un prolongement ou un 
appendice du cerveau. De ce nombre sont Hippocrate, Vesale, Spigel, Riolan, Willis, 
Colombe, Varole, Lieutaud , Haller, Zinn, Winslow, etc. Bartholin ayant trouvé 
que la moelle épinière des poissons, des amphibies, des oiseaux et celle de 1 homme étoit 
en proportion inverse de leur cerveau , commença à douter de cette origine. 

Vieussens, tout en disant qu’Hippocrate et Galien avoient appelé la moelle épinière 
un prolongement du cerveau, y met cette restriction • : « Quoique, d’après Hippocrate et 
Galien, on puisse nommer la moelle épinière une production du cerveau, ou un cerveau 
allongé, on ne doit cependant pas croire quelle soit produite par le cerveau , car,une 
partie ne peut pas être la cause d’une autre; on doit simplement entendre par là que 
la moelle épinière et le cerveau sont composés «de parties similaires *. Malgré cela il con¬ 
tinue, dans ses descriptions et les figures de ses ouvrages, à représenter, conformément 
à l’usage adopté, le cerveau comme l’origine de tous les nerfs. C’est aussi ce que fait 
Sœmmerring. D’un côté il avance ', que la moelle épinière est produite par le mélange 
de la moelle du cerveau e|du cervelet, et de l’autre il consent 2 qu’on la regarde comme 
une partie existante par elle-même. 

Parmi tous les autres écrivains modernes, nous n’en connoissons aucun qui ait élevé 
le moindre doute sur l’opinion qui représente la moelle épinière comme une prolon¬ 
gation ou continuation de la substance médullaire du cerveau et du cervelet. Cette opi¬ 
nion est celle de MM. Sabatier, Portai, Chaussier, Boyer, Cuvier, Fodéré, Dumas, 
Ackermann , Walte§, etc. 

Cependant des faits isolés, bien connus des anatomistes et des physiologistes, auroient 
dû leur faire conclure que la moelle épinière existe indépendamment du cerveau. 
On savoit, par exemple, depuis long-temps que la moelle épinière ne s’amincit pas en 
proportion de ce qu’il en sort un plus grand nombre de nerfs ; mais qu’au contraire 
elle se renfle dans les endroits d’où partent les nerfs les plus gros. Sœmmerring, de 
même que Bartholin, a observé que dans les animaux la grosseur de la moelle épinière 
est, relativement au cerveau, beaucoup plus considérable que dans l’homme Mais 
aucun auteur moderne n’avoit tiré de ce phénomène la conséquence que la moelle épi¬ 
nière n’est point un prolongement de la substance médullaire du cerveau et du cer¬ 
velet. Ils n’ont pas non plus discontinué de faire dériver les grands nerfs des sens d’un 
petit cerveau, dans les animaux, et dans l’homme les mêmes nerfs qui sont très-petits, 
d’un grand cerveau ; nous nous contenterons de citer à ce sujet un passage de Blumen- 


* 


• L. c. p. 43- 
•L. c. p. 64- 


DU SYSTÈME NERVEUX. 3y 

bach. « L’homme, dit-il , a, suivant l’observation ingénieuse de Sœmmerring , le 
cerveau le plus grand en proportion de la finesse des nerfs qui en naissent ». En général 
on ne faisoit aucune difficulté de dériver une petite partie d’une plus grande : on 
dérivoit par exemple du cerveau les pyramides, et des petits filets de communication 
le grand nerf intercostal. Haller savoit que dans les vers, les insectes et les poissons, 
la moelle épinière constitue la plus grande partie du système nerveux ; que dans les ani¬ 
maux qui ont le corps très-long et la tête petite , le cerveau est souvent à peine plus 
gros qu’un ganglion de la moelle épinière; c’est pourquoi il excusoit en quelque sorte 
Praxagoras, Plistonicus, etc., d’avoir regardé le cerveau comme un appendice de la 
moelle épinière. Cependant il ne modifia nullement son opinion sur l’origine de la 
moelle épinière. Prochaska, Reil, Bichat, Cuvier, etc., ne faisoient pas seulement naître 
les nerfs dans la moelle épinière, ils en dérivoient même des ganglions, mais ils conti- 
nuoient à considérer la moelle épinière comme un prolongement du cerveau. On étoit 
en général tellement familiarisé avec cette idée , que l’on appeloit le cerveau, le cer¬ 
velet, la moelle allongée et la moelle épinière du même nom de substance encépha¬ 
lique, quoique ces corps ne soient pas plus de la même nature que le nerf sympathique 
et la moelle épinière. 

Dans notre mémoire nous avons appuyé 1 sur plusieurs preuves nouvelles notre opi¬ 
nion entièrement opposée à ces idées; nous avons fait voir qu’il y a des animaux dé¬ 
pourvus de cerveau, et qui cependant ont des nerfs; que dans les acéphales, on 
trouve pourtant des nerfs, et une moelle épinière, etc. Sous ce rapport, messieurs les 
Commissaires se sont rangés à notre avis. D’autres auteurs, au contraire, tels qu’Acher- 
mann et Walter, ne se sont pas rendus à ces argumens; ils ont cherché à soutenir 
l’ancienne opinion par des raisons contraires , et par des autorités, quoique, dans les 
.choses naturelles, les autorités n’aient de poids que' quand elles ne sont contredites 
par aucun fait. Quelques-uns .des argumens allégués par ces auteurs , sont que le cerveau 
est le foyer de toutes les sensations, et que. la volonté émane du cerveau pour agir sur 
tous les organes de la vie animale. Mais les adversaires oublient que les impressions 
que nous recevons par le moyen des sens agissent de dehors en dedans, et que, pour 
expliquer cette action réciproque, il suffit, d’üne union des autres systèmes nerveux au 
cerveau par des branches communiquantes. 

Ils disent encore" que les systèmes nerveux qu’on trouVe dans les acéphales , sont 
originairement produits par le cerveau, qui lui-même est postérieurement détruit par une 
hydropisie cérébrale. Mais nous avons prouvé que ni les acéphales, où l’on trouve en¬ 
core les parties inférieures du cerveau, ni ceux qui sont absolument dépourvus de tête, 
de col, de poitrine, etc., ne peuvent être les produits d’une hydropisie antérieure du 
cerveau. Jamais on ne voit naître un fœtus avec des traces d’un pareil déchirement des 
membranes du cerveau, ce qui devroit arriver fréquemment, puisque c’est leur maladie 

' L. c. p. 294. 

■ P. a5 et 63. 



jg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

ou leur mort qui occasionne presque toujours les avortemens. Souvent on trouve en 
bon état les parties inférieures de la tête, ainsi que les nerfs auditifs, optiques et olfactifs 
qui sont si délicats. Comment eussent-ils pu résister à l’action d’un fluide qui auroit 
dissous des os si durs, des membranes si tenaces ? On ne découvre pas non plus dans 
ces acéphales la moindre trace de blessure cicatrisée, ou d’os corrodés; les bords des os 
sont au contraire lisses et arrondis. 

Pour réfuter l’opinion reçue touchant l’origine de la moelle épinière, rien ne peut 
nous fournir de données plus étendues et plus sûres que l’anatomie comparée. Nous 
allons commencer par la considération des systèmes nerveux analogues à la môëlle épi¬ 
nière, dans les vers, les insectes et les crustacées; .en faisant partout l’application des 
principes que nous venons d’exposer. 

Dans les vers, les chenilles, etc., nous trouvons autant d’origines particulières de nerfs 
ou de ganglions, ( PI. I, fig. I, 5 ), que le corps de l’animal a d’anneaux ou de segmens 
diflérens, 4> 4? et de même autant d’amas de substance grise, qui forment chacun un 
ganglion, d’où sortent les nerfs destinés aux différentes parties des segmens. Tous ces 
nœuds ou ganglions sont, comme les ganglions des viscères, unis entre eux par des 
branches nerveuses. Il en résulte un cordon nerveux garni de nœuds, qui s’étend d’une 
extrémité à l’autre, î-a. Suivant que l’animal a plus ou moins de segmens, les gan¬ 
glions sont plus ou moins multipliés. Ils sont tantôt plus rapprochés, tantôt plus éloi¬ 
gnés les uns des autres, tantôt plus grands, tantôt plus petits, et de formes différentes; 
il en sort tantôt plus, tantôt moins de filets nerveux ; ils sont partagés en deux, de 
sorte que tout est double. Le nombre ou la force des filets nerveux qui sortent des gan¬ 
glions , est toujours en raison directe de la grosseur du renflement. 

Les auteurs ayant supposé à tort que les nerfs tiroient leur origine du cerveau, et 
voyant que des nerfs naissoient également des ganglions , quelques anatomistes ont 
appelé les ganglions de petits cerveaux. Mais il seroit à souhaiter que les physiologistes 
ne fissent usage du mot cerveau que pour désigner cette partie, cette masse de nerfs 
située au-dessus des organes des sens. Outre que le cerveau n’est pas la source des nerfs 
une semblable confusion des mots et de leur signification, rend incertain et vague le 
langage des anatomistes et des physiologistes. Cest ainsi que- l’on est tenté, comme 
l’ont fait quelques auteurs, d’appeler le ganglion placé le plus haut, un cerveau et 
que, suivant les différentes manières de voir des écrivains, on pourra répondre par l’affir¬ 
mative ou par la négative à la question de savoir si l’on peut attribuer un cerveau à 
tel ou tel animal. Enfin ceux qui se permettent un langage aussi peu précis, sont dans 
le cas d’admettre que les ganglions des entraillés sont aussi des cerveaux. 

Les systèmes nerveux de la moelle épinière , des poissons, des amphibies et des 
oiseaux, sont organisés d’après les lois que nous venons d’exposer. Il n’y a aucune 
différence essentielle; seulement, les ganglions sont ordinairement plus rapprochés, dé 



DO SYSTÈME NERVEUX. 3g 

sorte qu’en les considérant rapidement, ils semblent ne former presque partout avec leur 
faisceau commun qu’un cordon à-peu-près également gros, et ne se renfler en nœuds 
distincts, que dans les endroits où naissent les nerfs plus forts, par exemple les nerfs 
des extrémités. Mais lorsqu’on examine la chose avec attention, on voit clairement que, 
dans l’intervalle d’une paire de nerfs à une autre, il y a toujours alternativement des 
rétrécissemens et des renflemens plus ou moins sensibles. Mais si plusieurs paires de 
nerfs presque également fortes sont rangées très-près les unes des autres, la différence 
entre les rétrécissemens et les renflemens devient moins frappante. 

Dans la moelle épinière des poules, par exemple, ces renflemens sont plus distincts 
dans la région des lombes, là où naissent les nerfs les plus forts, PL I, fig. II, 1-2, 
et aussi dans l’endroit d’où sortent les nerfs des ailes, 3-4 : quoiqu’à partir de ce point, 
la masse des nerfs du col diminue de vertèbre en vertèbre jusqu’au grand trou occipital, ce¬ 
pendant les renflemens partiels de chaque ganglion sont toujours assez visibles pour qu’un 
œil attentif puisse les distinguer, 4 - 5 - Ainsi chaque paire de nerfs a également son origine 
particulière dans la masse grise, ou dans un ganglion particulier, et tous sont réunis par 
des branches communiquantes, afin de pouvoir influer les uns sur les autres. 

La nature a suivi exactement la même marche dans les systèmes nerveux de la colonne 
vertébrale des animaux mammifères et de l’homme. Dans les endroits où les nerfs plus 
forts des extrémités prennent leur origine, les ganglions sont plus renflés, et plus abon¬ 
damment pourvus de substance grise pulpeuse, PL I, fig. III, 1-2; fig. IY, 3 - 4 ; PL II, 
fig. I, fig. II, 5 -io et 22-25. A l’exception de ces deux renflemens principaux, on n’a 
jusqu’à présent fait aucune attention à ceux qui se trouvent à l’origine de chaque paire 
de nerfs dans les mammifères et dans l’homme, ainsi que dans les poissons, les amplii- 
. bies et les oiseaux. Dans les mammifères et dans l’homme, ils sont aussi rangés très-près 
les uns des autres, et moins sensibles que dans les insectes, mais cependant toujours visi¬ 
bles. > Les rétrécissemens et renflemens alternatifs se manifestent de la manière la plus 
évidente, lorsque l’on coupe la dure-mère et l’arachnoïde, que l’on prend la moelle 
épinière par une extrémité, et qu’on la regarde de profil contre le jour. On aperçoit 
alors comment les bords présentent une ligne plus ou moins onduleuse, PL II, fig. III, 

1-2 j 3 - 4 - 

On savoit, long-temps avant nous, que la moelle épinière des vers et des insectes se 
renfle toujours en forme de nœud dans les endroits où il naît des nerfs. Mais Haller et 
les autres anatomistes ne pensoient pas que la même chose eût lieu dans la moelle 
épinière des mammifères et de l’homme. Nous avons fait voir des renflemens dans la 
moelle épinière du veau; cependant messieurs les Commissaires de l’Institut ont contesté 
l’existence des mêmes renflemens dans la moelle épinière de l’homme et des autres 
animaux très-voisins du veau; nous avons depuis amplement démontré, dans nos 
observations sur leur rapport, que cette organisation n’est soumise à aucune exception '. 

' L. c. p. 93 et suiv. 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Il est maintenant bien évident que la moelle épinière ne diminue pas de haut en bas, 
en proportion des nerfs qui en sortent, comme l’ont avancé jadis Spigelius, Piccoluo- 
m ini, Laurentius, et plus récemment Ackermann, quoique Blasius eût déjà relevé et 
réfuté cette erreur *. 

Quant à l’extrémité inférieure de la moelle épinière, Achellini a déjà observé 3 
quelle ne s’étend que jusqu’à la région lombaire. Berengar en fixe 3 la fin dans un petit 
nœud ovale à la douzième vertébrale dorsale. L’opinion la plus ordinaire des anato¬ 
mistes modernes est qu’elle descend jusqu’à la première vertèbre lombaire. Sœmmer- 
ring 4 l’a fait finir dans la région de la première ou seconde vertèbre lombaire, rarement 
plus bas. Huber, Haller, Sœmmerring font mention de deux petits nœuds, l’un ovale 
supérieur et plus grand, PI. II, fig. I; fig. III, b, l’autre inférieur, plus petit et conique, 
PL II, fig. I; fig. III, a. Plusieurs anatomistes, tels que MM. Chaussier 5 , Cuvier 6 , etc., sans 
faire mention de ces deux petits nœuds, se contentent de montrer que la moëlle épi¬ 
nière se termine en un filet tendineux par lequel elle est fixée à l’extrémité de la cavité 
vertébrale. Cependant ces deux renflemens sont très-visibles dans la moëlle épinière de 
l’homme, et surtout des enfans, et sont ordinairement situés vers le milieu de la seconde 
vertèbre lombaire. 

La structure intérieure de la moëlle épinière est bien moins connue que sa forme 
extérieure ; aussi les auteurs ont-ils à ce sujet des opinions très - différentes et souvent 
contradictoires. 

Spigelius ne croyoit pas qu’il y eût de divisions dans la moëlle épinière, Vesalius, 
Piccoluomini, Laurentius, Bauhin, etc., n’en admettoient que parce que, suivant 
leurs idées, la moëlle épinière se ramifie par en bas en plusieurs faisceaux nerveux 
très-forts. 

Linden, Blasius, Bartholin avancèrent quelle est partagée en deux parties égales 
par deux fissures qui se prolongent dans toute sa longueur sur ses faces antérieure et 
postérieure. Bartholin reconnoît en outre sur chaque moitié deux colonnes en appa¬ 
rence fibreuses. 

Highmor prétend qu’on peut subdiviser chaque moitié de la moëlle épinière en 
quatre petits cordons. 

M. Chaussier qui s’est principalement occupé de recherches sur la moëlle épinière, 

Medull. Spin, anatome. Amstelod. 1666. p. 45. 

* Annotât, in Mondini. p. 45. 

1 Comment, in Mondini. p. 496. 

* L. c. p. 65. 

5 L. c. p. ia5. 

* L. c. p. 189. 


DU SYSTÈME NERVEUX. ^.1 

adopté également une fissure dans le milieu des faces antérieure et postérieure, et par 
conséquent une division en deux parties. MM. Sabatier, Cuvier, Boyer, Bichat, ad¬ 
mettent cette opinion ; mais ils ne disent rien des deux fissures latérales qui, suivant 
quelques auteurs , tels que Bartholin, Sœmmerring, etc., divisent la moelle épinière en 
deux autres moitiés, antérieure et postérieure, et conséquemment en quatre prétendus 
cordons. Huber et Chaussier combattent cette dernière observation. Nous n’avons pu non 
plus découvrir dans cet endroit ni sillon, ni fissure. Lorsqu’on enlève le ligament dentelé, 
il laisse une trace capable d’occasionner cette illusion ; mais il est impossible d’effectuer 
une séparation semblable à la fissure du milieu des faces antérieure et postérieure. 

Barthez nie même 1 l’existence des deux fissures moyennes ; voici ce qu’il dit des deux 
moitiés de la moelle, épinière : « La moelle allongée et la moelle épinière sont partagées 
en deux moitiés que la nature a bien distinguées, non par des séparations c/ue l’ana¬ 
tomie puisse manifester, mais par des traces invisibles et certaines, que démontrent les 
faits qui prouvent que les sympathies des deux moitiés, droite et gauche, sont séparées 
entre elles. M 

Les anatomistes qui admettent les deux fissures du milieu, ne sont pas d’accord sur 
leur profondeur. 

Blasius 1 ayant examiné ces fissures dans le chien, le veau et le cheval, a trouvé que 
la postérieure est plus profonde..Haller dit au contraire : « La moelle épinière se laisse 
partager dans sa partie antérieure, bien plus exactement que dans sa partie postérieure , 
où cela n’a lieu que d’une manière moins visible, peut-être même pas du tout Petit 
partage l’opinion de Blasius, et Boyer celle de Haller; M. Chaussier assure -3 qu’il a cons¬ 
tamment trouvé la fissure antérieure plus visible et plus profonde. 

Cette fissure, PL II, fig. I,c-d, est réellement plus sensible et plus large que la fissure 
postérieure, PL II, fig. II, c-d; mais il est certain que celle-ci, dans toute sa longueur, 
est évidemment plus profonde que l’antérieure. Nous en dirons la cause par la suite, 
On peut facilement se convaincre de cette vérité, quand par exemple on coupe trans¬ 
versalement la moelle épinière dans un endroit quelconque du col ou du dos. La mem¬ 
brane vasculaire qui s’enfonce dans les fissures, jusqu’à la réunion dans le milieu, montre 
la profondeur de chaque côté, PL II, fig. VI, b. c. 

Il y a une autre particularité à observer dans les deux fissures du milieu , et qui n’a 
encore été indiquée par aucun anatomis^; si l’on ouvre la fissure antérieure, les fila- 
mens nerveux, après qu’on a enlevé le tissu vasculaire, sont rangés parallèlement à la 
longueur des bords latéraux, PL II, fig. IV, x. 1. 1. 1. Dans la fissure postérieure, au 

' Nouveaux ëlémens de la science de l’homme , tome II, p. 100. 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

contraire, ils descendent perpendiculairement de la surface vers le fond de la fissure , 

pui,fig. y. 1 .1.1.1. 

La fissure antérieure a encore cela de particulier, qu’au commencement de la moelle 
allongée, elle est interrompue par l’entrecroisement des pyramides. M. Chaussier qui 
nioit cet entrecroisement, a dû nécessairement soutenir 1 opinion erronee que cette 
fissure se prolonge sans interruption jusqu au pont de Varole. 

Les deux moitiés de la moelle épinière partagées ainsi postérieurement et antérieure¬ 
ment , sont unies entre elles au fond des deux fissures par une couche nerveuse. Vicq- 
d’Azyr, Cuvier, et d’autres parlent de cette couche comme si elle étoit composée de 
filets transversaux qui sembleroient s’entrecroiser. Scemmerring dit “ demême que les deux 
moitiés sont entrelacées et comme tissues par des faisceaux médullaires qui s’entrecroi¬ 
sent très-distinctement. Mais excepté le véritable entrecroisement des pyramides, il n y 
en a aucun autre dans toute la longueur de la moelle épinière. 

M. Chaussier nomme 3 simplement cette couche nerveuse une disposition particulière, 
sans en décrire l’organisation, et l’appelle dans le sens ordinaire une commissure. 

Cette commissure est très-différente dans les deux fissures. Si l’on écarte soigneuse¬ 
ment les bords de la fissure postérieure, on n’observe point dans cette couche blanche 
de filamens transversaux, mais deux faisceaux qui se dirigent dans le sens de la lon¬ 
gueur , à peu près comme dans la ligne médiane de la face supérieure de la grande 
commissure du cerveau, PI. II, fig. Y, a, a; mais sur la face antérieure, les petits fais¬ 
ceaux transversaux se dirigent de côté vers la ligne médiane, sans arriver les uns vis-à-vis 
des autres ; les faisceaux d’un côté aboutissent dans l’intervalle qui se trouve entre deux 
faisceaux du côté opposé, comme les pointes des dents molaires de chaque mâchoire 
s’engrènent les unes dans les autres, PL II, fig. IV, a, a. Au reste nous regardons 
cette couche comme un appareil par le moyen duquel les systèmes nerveux des deux 
moitiés vertébrales se communiquent réciproquement et agissent l’un sur l’autre, de 
la même manière que cela a lieu dans les hémisphères du cerveau et du cervelet, ainsi 
que nous le dirons par la suite. 

Outre les deux sillons médians, M. Chaussier admet * aussi « deux sillons collaté¬ 
raux qui sont situés, d’après lui, non sur les bords du prolongement rachidien, mais 
sur les faces, à côté et à quelque distance du sillon médian dont ils suivent presque 
entièrement la direction et l’étendue K Ces sillons collatéraux étant représentés comme 
superficiels , et les fissures médianes s’enfonçant au contraire très-profondément, nous 

■ L. c. p. i3g. 

* L. c. p. 68. 

3 L. c. p. i4o. 

4 L. c. p. i35. 



DU SYSTÈME NERVEUX, [fi 

pensons que c’est à tort que l’on choisit une même expression pour désigner deux choses 
différentes. Nous avons cherché ces sillons dans les enfans et les adultes, et nous ne les 
avons trouvés que sur la face postérieure dans le col, où ils s’étendent à peu près jusqu’à 
la première vertèbre dorsale, PL II, fig. II, e, e,e, e, et un peu au-delà; nous avons 
aussi cru en apercevoir un vestige dans les lombes. Mais le peu de certitude de cette 
observation est cause que nous ne l’avons pas fait dessiner dans la région lombaire. 

Quelques anatomistes parlent aussi des nombreux plis transversaux que l’on observe, 
surtout sur la face antérieure, lorsque la moelle épinière est enlevée de la colonne ver¬ 
tébrale. Huber les compare aux anneaux d’un ver à soie. Monro les regarde comme 
de petites articulations ; Sœmmerring suppose qu’ils servent à permettre le mouvement 
à la moelle épinière. M. Chaussier remarque avec beaucoup de justesse qu’ils sont sur¬ 
tout sensibles dans les endroits qui ont été courbés par maladie, « et que, si l’on 
pousse ou refoule légèrement une des extrémités vers l’autre, on voit aussitôt se former 
à la surface beaucoup de petits plis ou de rides transversales qui s’effacent peu à peu en 
étendant la partie "Puisque l’on fait naître des rides semblables lorsque l’on tend du 
cuir ou du linge autour d’un bâton, et que l’on pousse les deux extrémités l’une vers 
l’autre, il est clair qu’elles ne sont que l’effet d’une courbure, et non pas celui d’une 
organisation particulière. 

Nous arrivons enfin aux systèmes nerveux particuliers de la colonne vertébrale. On 
dérive assez généralement les trente paires de nerfs de la moelle épinière même, mais 
les idées de beaucoup d’anatomistes sur ce point sont très-peu précises ; de sorte qu’elles 
se rapportent plus à une origine secondaire des nerfs de la moelle épinière, qu’à leur pro¬ 
duction première et originelle dans cette même partie. Winslow, par exemple, qui dérive 
si positivement quelques nerfs des ganglions, s’exprime ainsi 1 : « Tous les nerfs du corps 
humain tirent leur première origine ou du cerveau, ou du cervelet, moyennant la 
moelle allongée ou la moelle épinière du dos, comme autant de troncs séparés qui se 
divisent ensuite en branches, en rameaux, en ramifications et en filets ", 

M. Dumas partage 2 cette opinion, en disant : « Les nerfs prennent naissance du 
cerveau, d’autres du cervelet, d’autres de la moelle allongée qui unit le cervelet au 
cerveau, le plus grand nombre de la moelle épinière. Malgré cette diversité d’origines , 
tous doivent être regardés comme des productions immédiates de la substance médullaire 
du cerveau ". 

Barthez parle aussi d’un foyer commun des nerfs. « L’origine commune, dit-il 3 , des 
nerfs dans l’homme et les animaux à sang rouge me paroît être la moelle allongée que 
produit la réunion des substances médullaires du cerveau et du cervelet ", 

' L.'c. p. 4^5. 

* L.’c. tome III, p. 375. 

3 L. c. tom. Il, p. 79. 





^ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Sœmmerring regarde ' comme une chose probable que l’extrémité centrale, ou l’ori¬ 
gine des nerfs de la moelle épinière, se trouve dans l’endroit d’où ils sortent. 

Vicq-d’Azyr a déjà fait l’observation qu’il y a de la substance grise partout où les 
nerfs prennent naissance. Mais de ce phénomène personne n’a encore déduit la loi que 
les nerfs sont produits par la substance grise, et que celle-ci en est la substance matrice. 
On étoit au contraire tellement éloigné de penser que la substance grise engendrât les 
nerfs, que Sœmmerring, ainsi que Martin, demandent si la nature n’a pas placé la 
substance grise dans le milieu de la moelle épinière pour que les nerfs ne fussent pas 
obligés de la traverser? 

Cependant on voit que, dans les deux moitiés de la moelle épinière des poissons, des 
amphibies, des oiseaux, des mammifères et de l’homme, comme nous venons de l’ob¬ 
server dans les vers et les insectes, il naît tantôt plus, tantôt moins de filets nerveux 
dans chaque amas de substance grise. 

La position de la substance grise et la sortie des filets nerveux qui suivent sa direction, 
fournissent un nouvel argument pour prouver que cette substance est réellement la 
matière première et nourricière des nerfs. Elle est placée dans chacune des moitiés de 
la moelle épinière, et y forme deux stries arquées, qui vont de la couche médiane , 
PI. II, fig. AI, d, sur les faces antérieure 1, 1, et postérieure 2, 2, de manière que les 
. deux lignes de chaque moitié , composent deux arcs, 1-2, 1-2, dont les parties con¬ 
vexes aboutissent à la couche médiane d. Tous les filets nerveux suivent ces deux stries de 
substance grise de dedans en dehors, dans toute la longueur de la môëlle épinière ; et 
ainsi nous avons de chaque côté deux rangs de nerfs, l’un antérieur, l’autre postérieur. 

M. Chaussier avance * que les filets nerveux sortent dé ces prétendus sillons collaté¬ 
raux. Mais nous avons dit plus haut que sur la face antérieure, ces sillons collatéraux 
ne sont pas du tout visibles, et que sur la face postérieure on ne les aperçoit que dans 
une très-petite partie. Les filets sortent aussi de la face antérieure, non point en ligne 
droite, et régulièrement disposés comme les représente M. Chaussier dans sa description 3 
et dans ses figures 4 5 mais confusément, tantôt plus éloignés, tantôt plus rapprochés 
de la fissure médiane, PL I, fig. III, IV, PI. II, fig. I. Ce n’est que de la face postérieure 
qu’ils sortent en suivant une direction assez droite , PI. II, fig. IL Les deux figures aux¬ 
quelles cet auteur renvoie, contredisent même l’assertion qu’il répète si souvent, que 
les sillons collatéraux servent à l’origine ou à l’implantation des nerfs rachidiens ; car 
les lignes ponctuées sont représentées comme plus éloignées de la ligne médiane que les 
sillons, et outre quelles pèchent par la régularité de leur disposition, elles ont encore 

■ L. c. p. 98. 

* L. c. p. i3g et 147. 

’L. c.p.i34. 

‘Pl.V, fig. a et 3. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 

le défaut d’offrir tous les points comme étant d’égale grosseur, 
pour les nerfs. 


45 

ce qui n’est pas vrai 


M. Chaussier, il est vrai, ne veut pas convenir 1 que les sillons collatéraux où les 
nerfs sont implantés et la ligne rougeâtre ou grisâtre , se forment dans l’acte de la pré¬ 
paration par l’arrachement successif des fîlamens radicaux des nerfs. Mais nous n’avons 
pu trouver ces sillons dans l’état naturel ; il nous a été impossible d’apercevoir à la 
sortie des nerfs quelque chose qui ressemblât à une des fissures médianes ou des sillons 
collatéraux postérieurs; la masse grise n’est pas non plus à nu sur la surface, excepté dans 
les enfans fort jeunes; elle doit donc dans les adultes par la préparation violente 2 , avoir 
été mise à découvert par l’enlèvement des membranes et l’arrachement des nerfs, ce 
qui doit naturellement avoir la forme d’un sillon artificiel. 

Les cordons nerveux, c’est-à-dire la masse nerveuse blanche de chaque moitié de 
la moelle épinière , étant plus ferme que la substance grise molle qui va presque jus¬ 
qu’à la surface , on conçoit comment, d’après le procédé de M. Chaussier 3 , chaque 
moitié peut être séparée ou plutôt déchirée en trois cordons. Mais il n’est pas difficile 
de voir que cette séparation n’a pas pour cause des sillons réellement existans. 

Si l’on veut aussi faire réflexion que la masse nerveuse qui est plus ferme que la 
couche grise molle, forme à celle-ci une espèce d’écorce, on comprendra comment 
M. Chaussier peut 4 « facilement développer, dérouler, aplanir, chaque moitié de la 
moelle épinière, et en former une sorte de bande ou de longue lame dont la face ex¬ 
terne est lisse, unie, et l’interne molle, rougeâtre, floconeuse ». Mais ces mêmes flo¬ 
cons font voir que cette préparation est aussi violente que la précédente, et pas du tout 
celle que la structure naturelle permettroit. 


La direction dans laquelle les filets nerveux partent de la surface, diffère dans les 
divers animaux, et dans les différens endroits de la moelle épinière du même animal. 
Dans les vers, les insectes, les poissons, les oiseaux, ils sortent presque tous en formant 
un angle à peu près droit. Ce n’est que vers l’extrémité inférieure, qu’ils se dirigent en 
bas ou en arrière; PI. I, fig. I, II. 

Dans les mammifères, les moitiés antérieure et postérieure de chaque renflement don- 

*L. c. p. ü5. 

» « S’il s’agissoit uniquement de démontrer la structure , la disposition des sillons médians et collatéraux, on 
peut même s’exempter d’ouvrir le rachis. Comme à cet âge dans l’enfant naissant le prolongement rachidien a 
beaucoup de fermeté, il suffit d’ouvrir le crâne de l’enfant; après avoir séparé le cerveau qui est d’une mollesse 
presque fluxile, et après avoir découvert le cervelet, on saisit avec deux ou trois doigts le bulbe rachidien, et 
tandis qu’on le tient ainsi, on coupe, avec la pointe des ciseaux, les vaisseaux, les fîlamens membraneux dis¬ 
posés à son pourtour ; puis en tirant à soi doucement et peu à peu, on amène le prolongement rachidien dé¬ 
pouillé de la tunique et de ses nerfs. » L. c. p. i55. 

■L. c. p. 147. 

* Ibid. 

I. 1 2 



^g anatomie et physiologie 

nent naissance à plusieurs filets nerveux qui se réunissent d’abord en un, PL I, fig. III, 
l-i ; deux, k, trois, 2, et quatre faisceaux, fig. IV, g, g, h, h; les faisceaux g, g, : de la 
moitié postérieure du renflement courent en avant, et ceux h, h, de la partie anté¬ 
rieure en arrière. De cette manière les postérieurs et les antérieurs, PL I, fig. III, 2 — 
fig. IV, 4 , se rapprochent tous deux des fibres qui sortent transversalement du milieu 
des renflemens, et ils passent tous, tant ceux de la face supérieure que ceux de la face 
inférieure, par deux, trois et quatre ouvertures de la dure-mère. Ce n’est que dans la 
région lombaire que tous les faisceaux commencent à aller en bas ou en arrière, et ils 
suivent d’autant plus cette direction qu’ils sortent de plus bas, PL I, fig. III, k- 1 . Willis 
a déjà décrit cette disposition; et Blasius, ainsi que Bartholin l’ont représentée avec 
exactitude dans leurs figures. Depuis lors on n’a pas donné à cet objet, dans l’anatomie 
comparée, l’attention qu’il mérite. 

Dans l’homme on remarque une différence due à sa station droite; c’est que , sur la 
face antérieure, il n’y a que les deux premières paires des nerfs cervicaux, PL II, fig.I, 
29, 3 o, qui aient un faisceau allant de haut en bas, et l’autre de bas en haut. Toutes 
les autres paires de nerfs se dirigent d’autant plus en bas, qu’elles naissent plus bas. Les 
filets nerveux n’y forment pas non plus des faisceaux aussi nombreux ni aussi distincts 
que dans les grands mammifères ; c’est pourquoi ils ne passent ordinairement que par 
une seule ouverture de la dure-mère. 

Sur la face postérieure, les deux faisceaux de la seconde paire des nerfs cervicaux , 
PL II, fig. II, 29, se dirigent déjà en bas; les filets présentent des cordons plus forts , 
et leur nombre varie de trois à sept, qui se réunissent ordinairement en un faisceau com¬ 
mun , et sortent rarement par plusieurs ouvertures de la dure-mère. Très-souvent il passe 
une branche communiquante d’une paire de nerfs à la paire voisine, surtout dans les 
nerfs sacrés et lombaires , et plus encore dans les cervicaux, Pl. II, fig. II , 24-27. 

Huber et Haller croyoient que les racines postérieure, et antérieure , sortaient par la 
même ouverture de la dure-mère; mais Blasius, Bartholin, Diemerbroek, Sœmmer- 
ring, etc., ont prouvé qu’elles sortent par des ouvertures différentes. 

Tous les petits faisceaux de chaque renflement, ayant passé par la dure-mère, for¬ 
ment, à plus ou moins de distance de leur origine, un ganglion solide auquel le faisceau 
de la face antérieure est assez fermement uni par le tissu cellulaire, sans cependant y 
être entrelacé. Coïter, Blasius, Huber, Winslow, Haller, parlent de ces ganglions sans 
déterminer par quel faisceau ils sont formés, ou s’ils le sont par tous les deux ensemble. 
Scarpa a démontré qu’ils n’appartiennent qu’au faisceau postérieur. Cependant on ren¬ 
contre assez souvent, surtout dans le col, des entrelacemens des faisceaux antérieurs si 
fermes et si rougeâtres, que nous sommes tentés de les regarder comme des productions 
gangliformes. 

Les paires de nerfs se ramifient ensuite dans les muscles, dans la peau, etc. Les nerfs 


DU SYSTÈME NERVEUX. 47 

des bras et des cuisses forment encore de forts plexus, et tous sont accompagnés dans 
leur cours par la substance grise Les anatomistes ont même trouyé quelquefois des 
ganglions particuliers dans les nerfs des bras et des cuisses. Aucun endroit des muscles 
ou de la peau n’étant insensible, et la surface de la peau surpassant plusieurs centaines 
de fois en étendue les points de naissance de toutes les paires de nerfs 2 , il est évident 
qu’ils doivent être extraordinairement renforcés dans leur cours, pour pouvoir se répan¬ 
dre sur tous les points de la peau 3 . 

Quant à la grosseur proportionnelle de toutes les paires de nerfs de la colonne verté¬ 
brale, de leurs racines et de leurs ganglions, il règne à ce sujet une grande diversité 
dans les opinions des auteurs. 

M. Portai, par exemple , dit que, dans les nerfs sacrés en général, les racines posté¬ 
rieures sont très-petites 4 ; que la première paire des nerfs lombaires a antérieurement 
un plus grand nombre de branches qu’en arrière 5 ; il affirme plus loin 6 , que la racine 
postérieure des quatrième, cinquième, sixième et septième paires de nerfs cervicaux 
est plus petite que l’antérieure. 

M. Boyer 7 regarde la branche.antérieure du troisième nerf du col, comme beaucoup 
plus grosse que la postérieure, et les branches postérieures des cinquième et sixième 
paires de nerfs cervicaux comme très-petites. 

M. Sabatier ne s’explique pas sur la différence de grosseur en général des racines an¬ 
térieures et des postérieures; il dit 8 cependant de la seconde paire des nerfs cervicaux 
que la branche antérieure est beaucoup plus grosse que la postérieure; et de la neuvième 
paire, que la postérieure est très-petite. Il dit en général des nerfs dorsaux que la bran¬ 
che antérieure est beaucoup plus grosse. 

Cuvier avance aussi, au sujet des nerfs dorsaux et lombaires, que les branches posté¬ 
rieures sont plus petites que les antérieures ; et quant à la seconde paire des cervicaux, 
il regarde le rameau antérieur comme le plus gros. 

Après avoir comparé ensemble toutes les paires de nerfs avec le plus grand soin, nous 
avons trouvé que toutes celles de la face postérieure, depuis le col jusqu’à l’extré¬ 
mité inférieure de la moëllè épinière, sont évidemment plus fortes. Il est donc difficile 
de concevoir d’où ont pu provenir toutes les erreurs que nous venons de citer. 

• Sœnjmerring, l«c. p. 78. 

• Sœmmerring, 1. c. p. no. — Cuvier, 1. c.-p. gj. 

3 Comparez notre mémoire , p. 79-84. 

4 Cours d’anatomie médicale; Paris, 1804. Tom. IV, p. 372. 

5 P. 2$5. 

‘P. 225-22Q. 

' Traité complet d’anatomie du corps humain. Paris, 1806. TomeIII, p. 378. 

• Traité complet d’anatomie. Tom. III, p. 287. 


^g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

MM. Chaussier et Sœmmerring ont fait la même observation que nous. Cette dispo¬ 
sition nous paroît aussi très-naturelle; on a besoin de plus de force pour se dresser et 
pour résister à un fardeau, que pour se pencher et se baisser. L’extension du corps 
qui a lieu après la mort, semble même indiquer cette prépondérance des nerfs posté¬ 
rieurs. Nous pouvons donc expliquer à présent pourquoi la fissure postérieure est plus 
profonde que l’antérieure ; c’est que la face postérieure contient une plus grande quantité 
de substance grise , afin de produire des nerfs plus forts. . 

M. Portai s’exprime ainsi, sur la grosseur différente des ganglions de ces paires de 
nerfs : « Les ganglions vertébraux sont d’une grosseur inégale ; les dorsaux étant en 
général les plus gros, les cervicaux et les lombaires les.plus petits ». Mais-c’est préci¬ 
sément le contraire qui existe réellement. Les nerfs et les ganglions dorsaux sont beau¬ 
coup plus foibles que les cervicaux et les lombaires. 

Le cours ultérieur des nerfs n’entrant pas dans notre plan, nous nous contenterons 
de rappeler que toutes les paires de nerfs de la face antérieure reçoivent du grand nerf 
sympathique une ou deux branches communiquantes, par le moyen desquelles les sys¬ 
tèmes partiels du bas-ventre et de la poitrine sont mis en rapport réciproque avec les 
systèmes nerveux de la colonne vertébrale. 

Les systèmes nerveux de la colonne vertébrale servent au cerveau d’instrument pour 
les mouvemens volontaires, et de conducteurs pour les sensations. Ils ne peuvent pas 
être regardés comme des instrumens immédiats des mouvemens volontaires, et de la sen¬ 
sation ; parce que toute sensation et tout mouvement volontaire cessent aussitôt, que 
leur communication avec le cerveau e.st supprimée, ou que leur influence réciproque 
est arrêtée. 

Nous avons fait voir plus haut que les systèmes du nerf sympathique produisent aussi, 
dans certaines circonstances, des sensations dans le cerveau. Mais comme ils ne peuvent 
pas être employés aux muovemens volontaires, et comme les systèmes de l’épine du dos 
sont, dans l’état ordinaire , conducteurs des sensations et instrumens des mouvemens 
volontaires, on doit considérer ceux-ci comme étant des systèmes d’un ordre plus re- 
lévé, dont les fonctions sont déjà beaucoup plus hautes et par lesquels la nature s’est 
rapprochée d’un degré des systèmes plus élevés encore des sens et du cerveau. 

Ayant vu jusqu’à présent qu’il y a des systèmes nerveux qui ne peuvent qu’exciter 
des sensations, et que d’autres au contraire servent en outre aux mouvemens volon¬ 
taires , on se demande s’il faut faire une différence entre les nerfs des sensations et ceux 
des mouvemens ? Erasistrate avoit admis cette distinction, mais dès le commencement 
du quatorzième siècle, Torrigiano l’a rejetée, parce qu’ordinairement le même nerf est 
le siège de la sensation et du mouvement. Nous ajoutons à cela que le phénomène patho¬ 
logique dans lequel tantôt le mouvement, tantôt la sensation se perdent, a lieu dans 



DU 8TSTÈME NERVEUX'. 49 

les parties qui ne reçoivent que des nerfs du mouvement volontaire. On ne peut non 
plus démontrer cette différence , par aucun moyen, soit dans les divers faisceaux des 
nerfs à leur origine, soit dans leur cours ultérieur. Il est d’ailleurs certain que tous les 
nerfs du mouvement volontaire peuvent aussi exciter des sensations sur toute la surface 
du corps , et particulièrement aux extrémités des doigts ils produisent le sens du tou¬ 
cher. Mais la force de tous les nerfs de sensation n’est pas graduée jusqu’à la faculté de 
mouvement; et pourquoi les sens ont-ils des nerfs particuliers pour leurs fonctions 
spéciales, et d’autres pour le mouvement ? Seroit-il donc suffisant, pour expliquer les 
phénomènes pathologiques, de supposer qu’ils proviennent d’une simple modification, 
d’une altération inconnue des mêmes nerfs ? 

Le système nerveux de la colonne vertébrale est beaucoup plutôt développé dans le 
fœtus et dans l’enfant, que celui du cerveau. Tandis que le cerveau ne semble être en¬ 
core qu’une substance molle, pulpeuse, rougeâtre, dénuée de fibres, le système de 
l’épine du dos, sans être proportionnellement plus grand, est déjà tellement formé et 
si ferme qu’il l’emporte sous ce dernier rapport sur ce qu’il est dans les adultes. La subs¬ 
tance grise est aussi plus abondante, et les deux renflemens inférieurs sont plus marqués 
chez les enfans que chez les vieillards. 

Ce développement si précoce des systèmes nerveux de la colonne vertébrale nous expli¬ 
que pourquoi, dans les jeunes .animaux et dans les enfans, le penchant au mouvement 
agit si puissamment ; tandis que l’esprit ne devient, que beaucoup plus tard , capable 
d’efforts soutenus. Nous voyons aussi pourquoi les habitudes deviennent successivement 
plus tranquilles, et comment, dans un âge plus avancé, le besoin de repos vient à domi¬ 
ner chaque jour davantage, à mesure que la substance grise diminue et que les nerfs 
s’amollissent de plus en plus. 

Il faut cependant observer que les paires de nerfs et les ganglions des extrémités infé¬ 
rieures ne. l’emportent point encore dans l’enfance sur les paires de nerfs et sur les gan¬ 
glions des extrémités supérieures ; ainsi que cela a lieu dans la puberté. 

Il seroit à souhaiter que les médecins connussent, dans le plus grand détail, les alté¬ 
rations que léS maladies font subir aux systèmes nerveux de la colonne vertébrale. Mais 
l’examen de ces systènSs dans les autopsies cadavériques ordinaires, est sujet à tant de 
difficultés, que ces recherches rebutent ceux même qui sont convaincus de leur utilité. 

Outre les maladies communes à ces systèmes nerveux et aux autres, telles que les 
indurations, l’ossification des vaisseaux , les épanchemens de sang, les inflammations, 
les ulcères, etc., ils sont encore sujets à des maladies qui leur sont particulières. Dans 
les individus morts d’épuisement ou de la siphylis, on trouve ordinairement la moelle 
épinière très-molle ; elle est au contraire très-ferme dans ceux qui sont morts après des 
convulsions. 



5o 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Après une violente commotion de la moelle épinière chez- un individu tombé dit 
haut d’un arbre, sur le dos, nous avons vu les extrémités supérieures et inférieures, et 
les muscles de la vessie et du fondement paralysés ; le malade n’a guéri que lentement, 
et par l’effet des irritans extérieurs et intérieurs. Nous avons vu de même, après une 
luxation d’une vertèbre cervicale occasionnée par une chute sur la tête, tous les mem¬ 
bres être frappés de paralysie , puis une consomption complète survenir avec des symp¬ 
tômes semblables à ceux d’une phtisie pulmonaire , qui dans l’espace de deux ans ont 
causé la mort de l’enfant. 

On connoît les tristes symptômes, tels que l’amaigrissement des nerfs de l’épine du 
dos, la consomption des muscles, la contenance défaillante et chancelante de tout le 
corps, des mains et des pieds, la tension de la nuque, qui suivent les épanchemens ex¬ 
cessifs de la semence. 

Ces phénomènes pathologiques prouvent évidemment que les nerfs, outre leurs fonc¬ 
tions spéciales d’être pour le cerveau les conducteurs du mouvement et de la sensation 
exercent encore une action très-importante dans l’organisme. Nous avons quelquefois 
rencontré plusieurs tumeurs endurcies dans la substance des renflemens partiels; mais 
nous n’ayons pu savoir ce qui avoit produit ces phénomènes , ou quels dérangemens ils 
occasionnoient, etc. 

Les lésions d’une moitié de la moelle épinière ne s’étendant pas au côté opposé, il 
en résulte évidemment que les faisceaux transversaux de la couche médiane, ou des 
commissures des paires de nerfs, ne peuvent pas être regardés comme des entrecroise- 
mens. 

Mais cette communication réciproque de la moitié droite et de la moitié gauche de 
chaque renflement, ou de chaque origine de paires de nerfs, nous fournit des éclaircis- 
semens sur les sympathies d’un côté avec le côté opposé. Plusieurs physiologistes , par 
exemple, Barthez ', Dumas 2 , etc., prétendent que ces phénomènes ne peuvent pas 
s’expliquer par l’organisation du système nerveux. Mais comme les nerfs congénères 
naissent de chaque côté du même renflement de substance grise, et sont, par leurs 
commissures, mis en rapports réciproques, nous concevons comment un mal qui s’est 
manifesté dans un endroit, peut ensuite paroître dans le même Adroit du côté opposé. 
On voit, par exemple, des éruptions, des douleurs de goutte, attaquer les mêmes 
parties, soit à la fois, soit successivement, soit même alternativement. Tous ces faits ne 
doivent-ils pas être pour le praticien autant d’indices du siège et de la cause de beaucoup 
de maux ? 

| Charles Etienne, Columbus, Morgagni, Senac et Portai ont observé dans toute la 

* L. c. tom. II, p. 26 etsuiv. 

* Phys. tom.III , p. 4 ”- 



DD SYSTÈME NERVEUX. 5l 

longueur de la moelle épinière un canal rempli d’ûn fluide. M. Demangeon et MM. De- 
villiers, oncle et neveu, nous ont fourni l’occasion d’examiner un spina bifida qui étoit 
uni à une hydrocéphale considérable. Il s’étoit formé depuis la seconde jusqu’à la qua¬ 
trième vertèbre lombaire dont les apophyses épineuses manquoient, une poche mem¬ 
braneuse d’environ deux pouces de diamètre. Durant les dix-huit jours que l’enfant 
vécut, il suinta continuellement de cette poche une grande quantité de fluide. Quand 
on ouvrit les autres vertèbres, nous ne remarquâmes aucun gonflement de la dure-mère, 
et lorsqu’elle eut été fendue dans sa longueur, il n’en coula aucun fluide. Seulement 
entre l’arachnoïde et la membrane vasculaire, il s’étoit amassé un peu de fluide qui com- 
muniquoit avec la poche. 

La moelle épinière avoit conservé sa forme ordinaire. Nous dirigeâmes et nous re¬ 
muâmes la tête dans tous les sens; cependant nous ne pûmes apercevoir aucune com¬ 
munication entre l’eau ramassée dans les ventricules des deux hémisphères, et la moelle 
épinière et ses membranes. 

Pour'connoître positivement s’il existoit quelque communication entre la poche et 
l’intérieur de la moelle épinière, nous coupâmes celles-ci transversalement dans le col; 
mais nous la trouvâmes dans l’état ordinaire. Cependant nous soufflâmes par le moyen 
d’un tube dans la coupe transversale, et les deux moitiés de la moelle épinière nous 
présentèrent chacune une ouverture semblable à un tuyau de plume de grosseur moyenne. 
Ces deux canaux étoient séparés par la commissure. L’on ne put pas souffler à la fois 
dans toute la longueur de la moelle épinière; on ne put effectuer cette opération que 
partiellement. A l’extrémité inférieure , l ? air pénétra aisément jusqu’à une distance de 
trois pouces où les deux canaux étoient fermés ; de sorte qu’il n’existoit aucune com¬ 
munication entre eux et la poche. Nous ne pûmes pas non plus trouver de fluide dans 
les canaux. Le sac étoit formé en partie par les tégumens, et en partie par la dure- 
mère et l’arachnoïde. Son bord supérieur touchoit à l’extrémité inférieure de la moelle 
épinière. Ayant soufflé dans les deux moitiés, de la moelle épinière d’une manière si 
uniforme et avec tant de facilité, nous ne pouvions encore prononcer si ces deux ca¬ 
naux dévoient être considérés Comme un effet de la maladie. Nous examinâmes en 
conséquence des enfans nouvellement nés, d’autres un peu plus âgés, et des adultes; 
nous trouvâmes chez eux la même organisation. Nous y ohservâmes cependant une 
différence; c’est que les canaux, lorsque l’on souffloit, ne s’ouvroient pas aussi facile¬ 
ment, et ne s’élargissoient pas autant dans les enfans plus âgés et dans les adultes. C’est 
pourquoi nous préférons pour cette expérience, les enfans nouvellemens nés. Au reste, 
des ouvertures parfaitement semblables se montroient de chaque côté, et dans l’intérieur 
la surface étoit aussi unie. Si l’on continue à souffler dans ces canaux de bas en haut, 
et, si, après avoir ouvert par cette opération la longueur de six à huit lignes dans la 
moelle épinièie, on continue à n’en couper que quatre à six lignes pour maintenir 
l’ouverture, on'peut suivre ces canaux dans la moelle allongée, la protubérance annu¬ 
laire , sous les tubercules quadri-jumeaux, dans les pédoncules, et jusques aux pré- 



J( 3 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

tendues couches optiques où ils forment une cavité de la grosseur d’une amande, 
lorsqu’elle est gonflée par le souffle , et ils sont fermés au bord antérieur des couches 
optiques ou au commencement des corps striés. Quoique 1 on ne puisse découvrir au¬ 
cune ouverture dans le quatrième ventricule, ni dans 1 aqueduc de Sylvius, ni 
ailleurs dans les cavités du cerveau , cependant cette structure permet de penser qu un 
fluide peut se sécréter dans ces canaux, et que par conséquent une hydropisie de la 
moelle épinière peut naître tantôt dans une de ses moitiés, tantôt dans toutes les deux. 

Il résulte de cet exposé que la substance grise se trouve ici dans l’intérieur pour pro¬ 
duire les nerfs qui vont à l’extérieur, de même qu’elle est placée sur la surface du 
cerveau et du cervelet pour produire, ainsi que nous le verrons plus bas, les filamens 
nerveux qui vont dans l’intérieur. L’on peut donc considérer chaque moitié de la moelle 
épinière comme une membrane pliée sur elle-même le long de laquelle la substance 
grise qui en apparence n’est pas divisée, peut, dans les points où elle touche la face 
intérieure, être partagée en deux par un léger souffle, et former un canal. 

L’on ne peut pas supposer qu’il s’opère ici une séparation violente, car premièrement 
elle se fait avec la plus grande facilité, tandis que dans les autres points où la substance 
grise est beaucoup plus molle, on ne peut obtenir cette division qu’avec la plus grande 
difficulté ; secondement, dans ce dernier cas, la séparation est irrégulière , les parties 
en sont grumeleuses et floconeuses, tandis que dans l’exemple cité la surface intérieure 
est lisse et unie; troisièmement, les ouvertures des deux côtés sont dans les mêmes 
points toujours parfaitement égales , tantôt entièrement rondes, tantôt allongées, tantôt 
un peu anguleuses, tantôt horizontales, tantôt verticales, ou obliques, ou demi-circu¬ 
laires, suivant que le permettent les courbures de la moelle allongée, du pont de Va- 
role, des cuisses et des couches optiques ou les parties qui les enceignent. Si l’on souffle 
trop fort, le canal se déchire dans l’endroit où la substance grise est le moins couverte 
de nerfs, par exemple, dans les points où les nerfs sortent, quoique l’arrachement 
des nerfs ne donne aucun passage à l’air. 

Les. parois de ces canaux qui continuent à exister dans leur intégrité, lorsque l’on 
souffle doucement, quoique dans la plus grande partie de leur longueur elles aient à 
peine une demi-ligne d’épaisseur, nous fournissent une nouvelle preuve bien évidente 
que les sillons collatéraux de M. Chaussier n’existent pas. Nous exposerons des observa¬ 
tions plus détaillées sur ces deux canaux qui s’étendent dans toute la longueur de la 
moelle allongée, jusqu’aux couches optiques, à l’époque où nous nous occuperons de 
la description du cerveau. 

M. Chaussier voulant corriger les observations des auteurs que nous venons de citer, 
sur le canal de la moelle épinière, s’exprime ainsi 1 : « La fossette anguleuse ( le bec 


DU SYSTÈME NERVEUX. 


/ 


53 

de la plume ) va cependant quelquefois un peu au-delà du trou occipital, ou au-delà de 
l’endroit qui, selon Haller, correspond à la sortie des nerfs sous-occipitaux, et forme 
une espèce de petit canal vaginiforme , qui s’étend plus ou moins loin, et dans lequel 
on peut pousser l’air, ou instiller du mercure. On assure même avoir vu ce canal 
régner dans toute la longueur du prolongement rachidien; Charles Etienne et Colum- 
bus l’ont décrit comme une disposition constante, et ils ajoutent que quelquefois il est 
rempli d’une sérosité jaunâtre. Haller dit avoir manifestement vu dans l’homme, que 
de l’air poussé par la fossette anguleuse du quatrième ventricule, s’insinuoit au loin 
dans l’épaisseur du prolongement rachidien. Senac et Portai ont aussi observé plusieurs 
fois cette disposition, qu’ils disent être surtout fort apparente dans les sujets qui ont 
été atteints du spina bifida : mais ce canal nous a toujours paru le produit de l’infil- 
tration morbifique, et de la manière dont on poussoit l’air ou le mercure, pour s’as¬ 
surer de son existence. On le formera toujours lorsque le prolongement rachidien sera 
très-mou, et lorsqu’on poussera l’air avec force > \ 

Le bec de la plume n’ayant de communication qu’avec la fissure postérieure, le 
canal en question, s’il devoit se présenter sans rien détruire, ne pourroit exister que 
dans la fissure médiane postérieure. Quoique la membrane vasculaire tienne les deux 
moitiés de la moelle épinière si légèrement unies l’une à l’autre qu’elles peuvent être 
séparées sans déchirement, soit qu’on y souffle de l’air, ou qu’on y infiltre du mercure, 
il paroît cependant, dans le cas où l’on a trouvé un canal dans l’intérieur de la masse 
nerveuse, que l’air ou le mercure a pénétré par l’une des deux parois, dans une des 
moitiés de la moelle épinière. 

Cette découverte doit prouver aux anatomistes physiologistes quel avantage on peut 
tirer des phénomènes pathologiques pour approfondir les mystères du système nerveux, 
dont une grande partie doit encore être inconnue, et à la connoissance desquels il 
seroit difficile de parvenir d’une autre manière. Nous souhaitons aussi que cet exemple 
puisse engager à ne pas déclarer si inconsidérément que tout phénomène peu commun 
et inconnu est une production contre nature. 


4 



54 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 


Corollaires anatomiques. 


L’ensemble du système nerveux ne présente que deux substances : l’une gélatineuse 
dont la couleur varie, mais le plus souvent est grise; l’autre blanche et fibreuse, ou 
les filamens nerveux; par conséquent il n’existe pas de véritable substance médullaire. 

IL 

La substance gélatineuse grise engendre les filets nerveux ; ceux-ci ne naissent d’au¬ 
cune autre manière, par exemple, par la métamorphose des vaisseaux sanguins, ou 
immédiatement de la lymphe du sang. 

III. 

Plus la substance gélatineuse est abondante, plus elle engendre de filets nerveux; 
par conséquent la quantité de substance grise et le nombre des nerfs sont en raison 
directe et réciproque. 

IV. 

Aucun nerf ne naît d’un autre nerf ; mais chacun prend son origine dans une masse 
propre de substance gélatineuse ; par conséquent les systèmes nerveux de la poitrine et 
du bas-ventre ne peuvent être dérivés ni l’un de l’autre, ni médiatement du cerveau, 
ni immédiatement de la moelle épinière. 

V. 


Les systèmes nerveux diffèrent entre eux dans leur origine, leur structure, leur 
couleur , et leur fermeté. 


VI. 


Le nombre des divers systèmes nerveux, par exemple, les systèmes des viscères, de 
la moelle épinière , varient dans les différens animaux. 

VII. 

Les mêmes systèmes partiels sont diversement modifiés dans les différentes classes 
d’animaux, et ne sont pas toujours développés d’une manière semblable dans les indi¬ 
vidus de la même espèce. 

VIII. 

Les difTérens individus de la même espèce n’offrent jamais exactement le même 
rapport entre les conditions des divers systèmes nerveux. 



DU SYSTÈME NERVEUX. 


55 


IX. 

Les ganglions et les plexus ne diffèrent pas essentiellement; car les uns et les autres 
engendrent des nerfs ; ou bien ils renforcent par de nouvelles productions les nerfs 
déjà existans. 

X. 

Tous les systèmes nerveux sont unis les uns aux autres par des branches de com¬ 
munication. Ainsi les divers systèmes de la moelle épinière sont unis par des rameaux 
communiquans ; ces rameaux ne doivent pas être considérés comme des cordons qui 
composent l’ensemble de la moelle épinière. 

XL 

Les divers systèmes nerveux ne se développent pas simultanément ; les uns sont for¬ 
més plutôt, les autres plus tard; de même qu’ils diminuent à des époques différentes. 

Corollaires physiologiques* 

I. 

Tous les phénomènes du monde matériel sont primitivement des effets de la combi¬ 
naison et de la forme des parties élémentaires ; et il n’y existe pas de force ou qualité 
sensible sans matière. 

II. 

Il existe autant de forces ou qualités différentes qu’il y a de principes élémentaires 
différens, etNque leurs combinaisons et leurs formes diffèrent ; conséquemment on doit 
inférer d’unè organisation différente des qualités différentes, et de qualités différentes 
une différente organisation. 

III. 

Les forces ou les qualités des principes élémentaires, ainsi que les qualités qui ré¬ 
sultent de la diversité de leurs combinaisons, de leurs formes et de leurs rapports, 
ne peuvent être connues que par l’expérience. 

IV. 

\ ■ - . 

Tous les phénomènes de la nature vivante «ne peuvent pas être attribués aux nerfs ; 
dans les animaux plus parfaits surtout, -les nerfs contribuent à la nutrition, à la diges¬ 
tion , à la respiration, à la production de la chaleur, etc. ; mais ils n’exécutent pas seuls 
ces opérations. 



56 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 


Y. 

Chaque système nerveux partiel a ses fonctions particulières, quoiqu ils exercent 
tous une influence réciproque, et qu’ils soient tous plus ou moins subordonnes les uns 
aux autres. 

VI. 

Tous les systèmes nerveux peuvent, sous de certaines conditions, produire des sen¬ 
sations dans le cerveau; mais tous ne peuvent pas être employés au mouvement 
volontaire. 

VII. 

Tous les systèmes ne transmettent pas toutes les irritations au cerveau ; mais chaque 
système reçoit et transmet principalement et spécialement telle ou telle irritation. 

VIII. 

Les ganglions et les plexus n’arrêtent, ni en totalité ni en partie, l’action réciproque 
du cerveau et des autres systèmes nerveux. 

IX. 

Les fonctions de chaque système nerveux en particulier ne se manifestent qu’en 
proportion de leur développement. 

X. 

La puissance de chaque système est en raison directe de son développement. 

XL 

La pluralité des organes qui sont nécessaires pour un but commun, n’exclut pas l’unité 
de leur action. Ainsi une vie a lieu avec plusieurs organes, et une seule volonté avec 
plusieurs instrumens du mouvement volontaire. 



IU SYSTÈME NERVEU: 


5? 


SECTION III. 

Différence de la vie automatique et de la vie animale. 


Nous avons fait voir dans les plantes et les zoophytes des fonctions organiques qui ont 
lieu sans nerfs et sans conscience. Nous avons aussi prouvé que, quoiqu’on ne puisse 
dans les animaux plus parfaits attribuer ces mêmes fonctions aux nerfs, cependant elles 
sorit en partie soumises à leur influence, et que la sensation et le mouvement volontaire 
sont effectués par l’ensemble du système nerveux du grand sympathique et de la moelle 
épinière. 

Malgré cette différence des phénomènes, les auteurs qui attribuent sans réserve toutes 
les fonctions à l’ame, et ceux qui les regardent uniquement comme des résultats de l’or¬ 
ganisation , ne furent pas amenés à établir entre elles une division. 

D’autres au contraire partageoient ces fonctions en deux classes : celles qui, par une 
nécessité aveugle , sans aucune conscience, résultent uniquement des lois de l’organisa¬ 
tion , et celles qui ont lieu avec la conscience et la participation de l’ame. 

Depuis long-temps on distinguoit cette différence par les expressions de fonctions 
naturelles, automatiques, organiques, vie automatique, organique ; et de fonctions 
animales ou de l’ame, vie animale. 

D’autres auteurs qui n’attribuoient à l’ame qùe les rapports avec le monde extérieur, 
désignoient ce genre de fonctions par les mots de vie extérieure, et les fonctions auto¬ 
matiques par ceux de vie intérieure. 

Chacune de ces divisions, lorsqu’elle ne pôse pas des lignes de démarcation plus 
tranchées que celles qui existent réellement dans la nature, facilite la recherche des 
phénomènes et donne les moyens de les mieux saisir. En conséquence nous employerons 
par la suite la division en vie automatique et vie animale sous les rapports physiolo¬ 
giques. Cependant nous voudrions écarter auparavant toutes les erreurs et les contradic¬ 
tions que les idées vagues des auteurs ont introduites dans cette matière. 

On range, avec Prochaska, Reil, Bichat, etc., dans la vie automatique, toutes les 
fonctions qui s’opèrent par suite de l’organisation seule et sans conscience, par exemple , 
la fécondation, la nutrition, la croissance, la circulation du sang, les sécrétions, etc. 

On appelle fonctions de la vie animale toutes celles qui ont lieu avec conscience , 

x. i5 




5g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

soit volontairement, soit involontairement. Si l’on restreint la vie animale a la pensée, 
et si l’on étend la vie automatique jusqu’à la sensation, et même jusqu aux mouve- 
mens volontaires, et jusqu’à la volonté, comme le font presque tous les physiologistes , 
on s’embarrasse dans des difficultés insolubles. 

On a divisé les parties du corps en organes de la vie automatique et de la vie ani¬ 
male. En admettant cela, personne ne doute néanmoins que chaque partie, sans aucune 
exception, n’ait sa vie organique. Mais l’on n’a pas toujours exprimé avec assez de netteté 
qu’on trouveroit difficilement une partie vivante du corps qui ne pût, dans certaines 
circonstances, transmettre des sensations, et devenir par conséquent un organe de la 
vie animale. 

Il est certain que toute sensation, tout mouvement volontaire cessent dans toutes 
les parties, aussitôt que l’action du cerveau est arrêtée ou. anéantie ; on peut donc re¬ 
garder le cerveau, au moins dans les animaux nobles, comme l’instrument immédiat de 
la vie animale; et toutes les autres parties, soit qu’elles donnent les sensations, soit 
qu’elles exécutent les mouvemens volontaires ou les fonctions des sens, ne sont que les 
instrumens médiats du cerveau. 

Nous avançons, en nous exprimant ainsi, une opinion que tous les physiologistes 
semblent partager avec nous. Mais nous rencontrons souvent dans leurs écrits, quand ils 
traitent de la sensibilité et de la conscience, une confusion de termes et d’idées réelle¬ 
ment inexcusable, et qui doit nécessairement conduire à des propositions erronées. 

Blumenbach 1 , Cuvier 2 , etc. disent que les zoophytes, chez qui l’on ne peut démon-, 
trer ni cerveau, ni nerfs, ont un sentiment extrêmement délicat, deà sensations déter¬ 
minées et la faculté du mouvement volontaire. Dumas 3 cite le pigeon à qui Duvérney 
enleva le cerveau, et qui néanmoins continua à manger et à remplir toutes les fonc¬ 
tions. Il s’appuie aussi sur le conte si souvent répété et auquel Réïl 4 lui-même ne refuse 
pas son assentiment, sur l’expérience édifiante que l’on dit avoir été faite par Perrault. 
Ce médecin coupa la tête d’un lézard, ou plutôt d’une vipère, ouvrit les entrailles, et 
l’on vit le tronc gagner en rampant le trou où l’animal habitoit. On s’est même étayé- 
de ce que, selon Galien, des autruches décapitées continuèrent à fournir leur coui-se 
dans l’arêne; suivant Kaw-Boerhave un coq décollé courut vers l’endroit où l’on mettoit 
sa nourriture ; enfin on rapporte l’expérience de la grenouille dont le tronc galvanisé 
saute de la table où il est placé 5 . 

N’est-on pas en droit d’exiger des physiologistes, lorsqu’ils veulent baser des sytèmes 

• Handbuch der vergl. Anatomie , S. 292. 

* Leçons d’anatomie comparée, Tom. II, p. 362. 

s Principes de physiologie , seconde édition, tome III. Paris, 1806. p. 208 et suiv. 

4 Archiv für Phys. B. 7, St. a, S. a3i.' 

5 Dumas, 1. c. p. 208. 


DD SYSTÈME NERVEUX. 5g 

sur des expériences qui contredisent toutes les lois connues de l’organisation, qu’au 
moins, pour l’honneur de la science, ils cherchent à vérifier les faits ? Si, d’un côté> 
tel est l’amour pour le merveilleux qu’on se laisse abuser par de prétendues expériences 
isolées, est-il surprenant que, d’un autre côté, l’on confonde les phénomènes de l’irri¬ 
tabilité avec eeux de la conscience ou de la sensation 1 ? 

Cette erreur a jusqu’à présent été généralement adoptée. Leibnitz donna la percep¬ 
tion aux monades, quoiqu’il prétendît distinguer la perception de l’apperception avec 
conscience. Il doua aussi les monades d’un appétit, ou d’une faculté de désirer. Elles 
étaient pour lui des imitations de l’infini de la divinité % et ce qu’étoient pour les anciens 
les esprits et les démons. 

Les disciples de Descartes et de Stahl admirent la sensibilité sans conscience. Helvé¬ 
tius 3 parle d’une sensibilité physique. Cabanis 4 reconnoît une sensibilité sans cerveau 
et sans moelle épinière; il adopte trois foyers secondaires pour la sensibilité, la région 
phrénique, la région hypochondriaque et la région de la génération; et il dit expres¬ 
sément 3 qu’ils agissent sans conscience. Barthez, Cuvier, etc., reconnoissent une sensi¬ 
bilité organique. La plupart des modernes parlent avec Bordeu, Blumenbach, Reil, 
d’une sensibilité propre à chaque partie. Reil dit 6 même qu’il y a dans l’iris une chaîne 
annulaire de ganglions qui donne à cette partie son ame particulière, et qui borne à 
elle seule les sensations quelle éprouve. Il dit plus loin 7 : « Chaque sensation est cir¬ 
conscrite dans un seul organe ; le stimulus du sang dans le cœur, celui des alimens 
dans l’estomac. Aucune de ces sensations ne va jusqu’à la conscience. Le système des 
ganglions a certainement de la perception; il reçoit les impressions, et réagit; mais 
cette perception ne peut être représentée dans le cerveau, à cause du manque d’un centre 
dominant dans ce système, et de sa séparation du système cérébral. Il y a dans le système 
des ganglions, de même que dans les polypes , une ame distributive *. 

M. Sue 8 (J.-J. ) croit que « le cou, la poitrine, le bas-ventre, et les extrémités ont 
aussi leur sensation et leur sensibilité M . Il confond constamment les effets de l’irritabilité 
avec ceux de la sensibilité. C’est pourquoi il est persuadé 9 d’avoir établi le premier, 
par une suite de faits incontestables, que la moelle épinière puisse, jusqu’à un certain 
point, remplacer et suppléer le cerveau, et en remplir les fonctions. 

‘ Comparez Kôllner dans Reil’s Archiv für Phys. B. a, St. 2, S. 267. 

a Op. omnia, vol. VIII, P. I. Genevæ, 1768. in-4°. p. 216. 

3 De l’homme, de ses facultés intellectuelles, et de son éducation. Lond. 1786. Tom. I, p. 147. 

* Rapport du physique et du moral. Tom. II, p. 12. 

3 L. c. p. 407. 

* Archiv für Phys. B. 7, St. 2, S. 226. 

* Recherches philosophiques et expériences sur la vitalité et le galvanisme. Paris, i8o3. p. 68. 

3 L - C - P- 9- 



g 0 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Bichat 1 prétend que la sensibilité organique peut être transformée en une sensibilité 
animale, de même que, suivant Beil, le système des ganglions peut, dans l’état d’ano¬ 
malie, devenir semi-conducteur. A la vérité, les parties qui ordinairement n’excitent 
aucune sensation, peuvent devenir conductrices de la sensation; mais tant qu’elles ne 
le sont pas, comment peut-on leur attribuer une sensibilité non animale, c’est-à-dire 
des sensations sans conscience ? 

Dumas 2 définit ainsi la sensibilité : « La faculté de percevoir ( de recueillir les im¬ 
pressions des objets extérieurs ), constitue ce que les physiologistes appellent sensibi¬ 
lité ». Il ajoute plus loin 3 : « Ce seroit étendre gratuitement le domaine des êtres sen¬ 
sibles , en donnant une interprétation hasardée à des phénomènes qui peuvent dépendre 
seulement de la mobilité, et tout au plus de l’irritabilité, dont chaque partie, organisée 
d’une certaine manière, est pourvue ». Il dit encore 4 : Le premier effet de la sensibilité 
générale, celui qu’elle partage avec tous les animaux pourvus de la même faculté, est 
la conscience de soi-même, le sentiment intime de son existence ». 

Mais ce physiologiste est en contradiction avec lui-même, lorsque, dans un autre 
passage 5 , il s’exprime ainsi : « L’exercice de la sensibilité a donc pour objet de conserver 
le corps , et il sera d’autant plus actif, que les dangers qui menacent ce corps semble¬ 
ront compromettre sa conservation de plus près ». Dans ce cas, qu’est-ce qui conserve 
les plantes? Avons-nous la perception des principaux appareils de notre conservation ? 
Qui est-ce qui a la conscience de l’assimilation , de la nutrition, de la croissance , des 
sécrétions ? Le même auteur dit encore 6 : Considérée sous un point de vue général, la 
sensibilité est une propriété essentielle à la matière vivante, et répandue dans chacun 
de ses élémens ». Et plus loin 7 : « Comme l’œil aperçoit les couleurs, comme l’oreille 
reçoit la sensation des sons, ainsi chaque partie animée éprouve des affections relatives à 
la qualité des objets qui l’affectent, et au genre de phénomènes quelle opère. La sensi- 
sibilité propre de l’estomac est mise en jeu par les alimens , celle du foie par la bile, 
celle des testicules par le fluide séminal, celle des reins par les urines, celle des autres 
organes sécrétoires par la matière de leurs sécrétions ». 

On voit donc que ces auteurs n’ont employé des expressions aussi vagues et aussi con¬ 
tradictoires , que parce qu’ils ont confondu les notions d’irritabilité et de sensibilité. 
Nous appelons sensibilité ou faculté de sensation, non pas comme Reil, la faculté de 
recevoir des impressions , et de réagir contre ces impressions , mais la faculté de 
percevoir une irritation, soit quelle vienne du dehors ou du dedans; et nous appelons 

* Sur la vie et la mort, p. 85 et suiv. 

* L. c. p. 198. 

*L. c. p- 21 x. 

<L. c.p.212. 

5 L. c. p. 204. 

6 L. c. p. 206. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 6l 

sensation la perception d’une irritation. Par conséquent, la faculté de conscience est 
inséparable de la faculté de sensation ; c’est elle qui détermine le caractère essentiel des 
animaux proprement dits. Lorsque des changemens produits par des irritations ont 
lieu sans conscience, ils ne peuvent être regardés que comme des résultats de l’irrita¬ 
bilité, et appartiennent simplement à la vie automatique. Mais quand les changemens 
ont lieu avec conscience, cet acte de conscience appartient à la vie animale. 

Si l’on veut soutenir que la nature a pu, dans les animaux dépourvus de cerveau, 
unir la faculté de sensation aux systèmes nerveux de l’ordre le plus bas, ou à une autre 
substance, il n’est pas moins certain que chez les animaux plus nobles, cette faculté 
n’existe que dans le cerveau. Nous ne nierons pas que la nature ne puisse produire des 
effets analogues par des appareils modifiés. Mais ici l’on ne nous oppose, pour combattre 
notre sentiment, que les phénomènes d’une sensation apparente qui s’expliquent aussi 
bien par la simple irritabilité. Si l’on persiste néanmoins à attribuer aux animaux dé¬ 
pourvus de cerveau, des sensations réelles et une volonté, il faut aussi leur accorder la 
perception des irritations ou la conscience; ainsi c’est toujours faire abus des mots, que 
de se servir de ceux de sensation et de sensibilité, au lieu de celui d’irritabilité, lors¬ 
qu’il n’y a pas de conscience, et qu’il ne peut pas y en avoir. 

On a voulu fixer, d’une manière plus précise, la différence entre la vie automatique 
et la vie animale, en disant que les organes de celle-ci étoient doubles, tandis que 
ceux de l’autre étoient simples. Si on n’appelle vie animale que les fonctions intellec¬ 
tuelles, ses organes, il faut en convenir, sont doubles; mais les systèmes nerveux de 
la colonne vertébrale sont également doubles. Si l’on étend la vie animale jusqu’aux par¬ 
ties qui peuvent devenir conductrices des sensations, par exemple au système du nerf 
sympathique, plusieurs organes de cette vie sont simples. Si l’on raisonne, d’une ma¬ 
nière différente, on trouve doubles les systèmes des glandes, les reins, et la plupart des 
parties destinées aux opérations de la génération. 

Bichat dit ', il est vrai, en parlant de la vie animale : « Tout y est exact, précis, ri¬ 
goureusement déterminé dans la forme, la grandeur et la position. On n’y voit presque 
jamais des variétés de conformation ; s’il en existe, les fonctions sont troublées, anéan¬ 
ties; tandis qu’elles restent les mêmes dans la vie organique, au milieu des altérations 
diverses des parties *. Mais que l’on examine avec attention, soit différens cerveaux , 
soit les parties de chaque hémisphère, on apercevra plusieurs différences considérables. 
Très-souvent, un côté est plus gros , plus fort que l’autre. Les parties de chaque côté, 
et surtout les circonvolutions, sont rarement pliées d’une manière semblable. En un 
mol, si le défaut de symétrie des parties du cerveau troubloit les fonctions de l’esprit, 
on pourroit avancer que la plupart des hommes devroient être fous. Très-souvent aussi 
les faisceaux nerveux de la moelle épinière sont plus forts d’un côté que de l’autre. 

* L. c. p. 16. 


6 



g 3 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Souvent ils sortent d’un endroit plus haut ou plus bas : ainsi cette distinction est aussi 
peu fondée sur une condition essentielle que celle dont nous allons parler. 

S’il est une circonstance, continue Bichat qui établisse une ligne réelle de démar¬ 
cation entre les deux vies, c’est sans doute le mode et l’époque de leur origine. L’une, 
l’organique, est en activité dès les premiers instans de l’existence; l’autre, l’animale 
n’entre en exercice qu’après la naissance, lorsque les objets extérieurs offrent à l’individu, 
qu’ils entourent, des moyens de rapport, de relation : car, sans excitans externes, 
cette vie est condamnée à une inaction nécessaire ». Après cet exposé erroné, il pour¬ 
suit * ainsi : « Les organes de la vie organique acquièrent tout-à-coup une perfection à 
laquelle ceux de la vie animale ne parviennent que par l’habitude d’agir souvent. Après 
les premières inspirations et expirations, après l’élaboration dans l’estomac du premier 
lait sucé par l’enfant, après que les exhalans du poumon et de la peau ont rejeté quel¬ 
ques portions de leurs fluides respectifs, les organes respiratoires, digestifs, exhalans, 
jouent avec une facilité égale à celle qu’ils auront toujours ». 

Reil se déclare 3 entièrement pour cette opinion : « La vie organique, dit-il, acquiert, 
dès son commencement, son plus haut degré de perfection. Dans la sphère animale, 
l’intensité de l’action est augmentée par l’exercice ». 

Ces observations étant vraies, sous quelques rapports, aussi bien pour la vie auto¬ 
matique que pour la vie" animale, ne peuvent servir à établir une différence entre les 
organes de ces deux vies. 

/ Ceux même de la vie automatique, et leurs fonctions, ne se développent que peu 

à peu et souvent que long-temps après la naissance. Bichat lui-même se contredit com¬ 
plètement en disant 4 : « Cependant la vie organique du fœtus n’est point la même 

que celle dont jouira l’adulte. Les fonctions qui assimilent, sont beaucoup moins 

nombreuses. Les molécules ne se trouvent point soumises, avant d’arriver à l’organe 
quelles doivent réparer, à un aussi grand nombre d’actions ; elles pénètrent dans le 
fœtus, déjà élaborées par la digestion, la circulation et la respiration de la mère. Au 
lieu de traverser l’appareil des organes digestifs qui paroissent presque entièrement 
inactifs à cet âge, elles entrent tout de suite dans le système circulatoire ». 

« D’un autre côté, continue-t-il 5 , les fonctions qui décomposent habituellement nos 
organes, celles qui transmettent au-dehors les substances devenues étrangères , nuisibles 
même à leur tissu, après en avoir formé partie, sont à cet âge dans une inactivité 

• L. c. p. 149. 

* Archiv fur Phys. B. 7, St. S. a3 _ 7. 

4L. c. p. i44 et suiv. 

5 L. c. p. 146 et suiv. 



63 


DO SYSTÈME NERVEUX. 

presque complète. L’exhalation pulmonaire , la sueur, la transpiration n’ont point en¬ 
core commencé dans leurs organes respectifs. Toutes les sécrétions, celles de la bile, de 
l’urine, de la salive, ne fournissent qu’une quantité de fluide très-petite en proportion 
de celles qu’elles doivent donner par la suite. Toutes les forces de l’économie sem¬ 

blent en effet se concentrer sur les deux systèmes , circulatoire et nutritif ». 

Nous rappellerons encore les changemens graduels, et les développemens successifs 
qu’amènent les années climatériques dont l’importance est si grande ; comment le 
nisusformativus développe d’abord et par préférence, la tête, puis successivement les 
dents, la poitrine, le larynx, les organes de la génération, et enfin le bas-ventre, etc. ; 
comment la croissance générale de tout le corps a ses repos et ses progrès périodiques ; 
nous rappellerons comment les qualités héréditaires, physiques et morales et les dispo¬ 
tions aux maladies particulières à chaque âge, se manifestent graduellement, etc. 

D’après toutes ces considérations on doit abandonner l’opinion qui établit que le 
développement de tous les organes de la vie automatique et leurs fonctions ont lieu 
simultanément. 

Il est vrai que la formation organique des parties doit précéder leurs fonctions spé¬ 
ciales; mais c’est ce qui arrive aux organes de la vie animale, comme à ceux de la 
yie automatique. Avant que le foie, les reins, les parties de la génération ne soient for¬ 
mées , il ne peut y avoir de sécrétions de la bile, de l’urine, ni de la semence; pas 
plus que la volonté et la pensée ne peuvent exister avant la formation du cerveau. 

Il est un axiome certain, c’est que* dans les deux vies, les organes ne peuvent faire 
leurs fonctions qu’en proportion de leur développement. Si les organes sont parfaits dès 
l’instant de la naissance, leurs fonctions ont aussitôt toute leur perfection. L’enfant 
nouvellement né téteaussi bien, la première fois qu’on l’applique à une mamelle , qu’il 
tétera dans un an. L’araignée est à peine sortie de son œuf qu’elle file aussi bien qu’elle 
filera durant sa vie entière. La perdrix court dès l’instant de sa naissance avec la même 
agilité qu’elle aura toujours, etc. Par conséquent il est faux que les organes de la vie 
animale ne parviennent à leur perfection que par un fréquent exercice. D’un autre côté, 
on est obligé de convenir que les organes de la vie automatique sont également soumis 
à l’influence de l’exercice et de l’habitude. L’estomac s’accoutume aux alimens, le corps 
se fait aux diverses températures et aux climats; certaines maladies, par exemple les 
fièvres intermittentes, deviennent habituelles , et de plus en plus opiniâtrément pério¬ 
diques. Nous avons même vu plusieurs fois lesaccidens produits par un empoisonnement, 
par un coup de soleil, par un accès de frayeur , etc., revenir avec tous leurs symp¬ 
tômes, pendant trois ou quatre ans à des périodes fixes; ce qui prouve évidemment 
avec quelle facilité, même dans la vie automatique, une disposition excitée ancienne¬ 
ment peut se renouveler. 

Mais puisque dans la vie animale, l’on attribue tant d’influence à l’exercice des or- 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

ganes ( duquel d’ailleurs nous sommes bien loin de méconnoitre les avantages ) , pour¬ 
quoi nos sens s’émoussent-ils toujours de plus en plus à mesure que nous nous éloignons 
de 1 âge de la force ? Pourquoi dans les vieillards les fibres cérébrales, malgré le long 
exercice, se prêtent-elles moins à la pensée ? Comment viendra-t-on à bout d’expliquer 
pourquoi l’exercice continué est souvent la cause de 1 affoiblissement ? 

Les idées sur les différences de la vie automatique et de la vie animale, conduisirent 
les physiologistes à ce problème important : jusqu à quel point le fœtus et l’enfant nou¬ 
vellement né ont-ils une vie animale ? L’éclaircissement de cette question ne pouvant 
pas être indifférent, même au moraliste et au législateur, nous allons y appliquer 
quelques observations. 

Prochaska dit * : « Dans le fœtus et dans l’enfant nouvellement né , les muscles 
ont le mouvement automatique, et non le mouvement volontaire, parce que le cer¬ 
veau n’est pas encore capable de penser >y . Bichat 1 * 3 étend cette idée trop loin, lors¬ 
qu’il s’exprime ainsi : « Nous pouvons conclure, avec assurance, que dans le fœtus 
la vie animale est nulle; que tous les actes attachés à cet âge sont dans la dépendance 
de l’organique. Le fœtus n’a, pour ainsi dire, rien dans ses phénomènes de ce qui carac¬ 
térise spécialement l’animal ; son existence est la même que celle des végétaux. Dans 
une cruelle alternative de le sacrifier, ou d’exposer la mère à une mort presque certaine, 
le choix ne doit pas être douteux; la destruction ne porte que sur un être vivant, et non 
sur un être animé ”. Oui, sans doute ; il doit en coûter beaucoup de sacrifier inhu¬ 
mainement une mère infortunée , à un foible fœtus, menacé encore de dangers sans 
nombre, et sur la vie duquel, dans ce moment-ci, il est si difficile de rien décider. Des 
expressions telles que celles de Bichat, pouvant cependant entraîner des abus illicites , 
nous pensons qu’il est de notre devoir de faire ressortir la foiblesse de son argument. 

Nous avons vu jusqu’à présent que ni la vie organique, ni la vie animale , ne se 
développent tout à la fois entièrement, ni ne jouissent simultanément de toute l’étendue 
de leur activité. Si l’on contestoit la vie organique au fœtus, parce que plusieurs fonc¬ 
tions des viscères n’ont pas encore lieu dans son intérieur, on se recrieroit sans doute 
contre cette conclusion précipitée et fautive; de même l’on n’est pas fondé à refuser 
au fœtus, ou à l’enfant nouveau-né, la vie animale ou lame, par la raison que son 
cerveau n’est pas encore formé pour la faculté de penser. Cette faculté est-elle donc la 
seule fonction du cerveau ou de la vie animale ? Jamais un physiologiste ne démon¬ 
trera que la sensation, le désir, les penchans, les passions, et même la volonté peuvent 
exister dans l’homme privé de cerveau, et que par conséquent toutes ces fonctions peu¬ 
vent, ainsi que l’ont pensé Prochaska, Bichat, Reil 3 , etc., être attribuées à la vie orga¬ 
nique, et comprises dans la sphère végétative. Si les physiologistes eussent connu plutôt 

1 Oper. minor. P. II, p. igo. 

* Sur la vie et la mort, p. 12S, 

3 Archiv fur Phys. B. 7, St. a, S. a36. 


65 


DU SYSTÈME NERVEUX. 

la pluralité des organes et des fonctions du cerveau; s’ils eussent su que ses divers or¬ 
ganes ne se développent pas simultanément; s’ils eussent distingué les différens degrés 
de la conscience, de la sensation, ainsi que les penchans et les passions d’avec la 
pensée proprement dite, ils se fussent bien gardés d’affirmer l’absence de la vie animale 
dans le fœtus et dans l’enfant nouvellement né. Le cerveau du fœtus et de l’enfant 
nouveau-né n’est pas encore assez développé, nous l’avouons, pour avoir des idées, pour 
les unir et les comparer; mais d’après cette supposition, il seroit très-difficile de déter¬ 
miner l’époque où la vie animale commence réellement, et où l’acte de détruire un 
enfant devient un crime. L’enfant n’a pas encore la faculté de réfléchir, d’imaginer; 
il ne sent aucun attrait pour un autre sexe; mais peut-on, à cause de cela, lui refuser 
la faculté de percevoir, la mémoire, les penchans, les inclinations, les aversions et la 
joie ? Si les fonctions les plus nobles de lame exigént un cerveau développé et doué 
d’une consistance assez ferme, qui peut déterminer le degré de développement et de 
consistance nécessaire pour la sensation et le désir ? L’enfant nouvellement né ne mani¬ 
feste-t-il pas, par le mouvement de ses lèvres et par la succion de ses doigts, son pen¬ 
chant à prendre le sein ? Qui peut méconnoître en lui les expressions de la douleur 
et du bien-être ? Ces considérations peuvent suffire, en attendant, pour prouver que 
les lois de l’organisation animale ne viennent nullement à l’appui du principe dangereux 
avoué par quelques physiologistes. 


17 



66 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 


SECTION IV. 

Des nerfs de la tête. 

Nous allons continuer à faire la description des systèmes nerveux qui Succèdent im¬ 
médiatement à ceux de l’épine du dos, et qui ne passent plus par les trous entre- 
vertébraux, mais par les ouvertures du crâne pour se rendre dans leurs appareils 
respectifs. , ■ 

La masse de nerfs qui suit après la moelle épinière augmente considérablement 
en grosseur, dès quelle est entrée dans le grand trou occipital, PL IV, 1 . Cet accrois¬ 
sement est très-distinct chez les animaux mammifères, PL III, 1 , parce que la plupart 
des systèmes nerveux qui prennent leur origine à ce point , sont proportionnellement 
plus forts chez ces animaux que chez l’homme. Jusqu’à présent, les anatomistes n’ont 
observé, dans cet endroit, outre quelques paires de nerfs, que les pyramides anté¬ 
rieures et postérieures, les corps olivaires, les cuisses du cervelet, et le quatrième ven¬ 
tricule du cerveau avec les stries médullaires blanches et le ruban gris. 

Mais nous ferons voir que dans cette partie il existe la première origine visible du 
plus grand nombre des nerfs des sens, des cinquième, sixième et septième paires, 
ainsi que du cervelet et du cerveau. Cette partie a de commun, avec la moelle épi¬ 
nière, les fissures antérieure et postérieure, la commissure ou la couche de réunion 
transversale, la couche intérieure de substance grise et les canaux que l’on rend sen¬ 
sibles par le moyen du souffle. Quoique l’on ne puisse pas dire qu’elle soit une conti¬ 
nuation de la moelle épinière, cependant ses systèmes nerveux particuliers ont, par 
les cordons de communication, une réunion immédiate avec les systèmes nerveux de 
la colonne vertébrale. 

On regardoit cette masse nerveuse comme une continuation de la masse blanche 
du cervelet, du cerveau et de la protubérance annulaire. C’est pourquoi Haller 
Sœmmerring, Cuvier et la plupart des anatomistes allemands lui ont donné le nom 
, de moelle allongée. Tous ces auteurs ont placé son extrémité supérieure au bord infé¬ 
rieur de la protubérance annulaire ; d’autres, tels que Yarole, Vieussens, Bartholin , 
Blasius, Riolan, Winslow, Sabatier, Portai, et presque tous les anatomistes françois, 
ont au contraire compris dans la moelle allongée le pont de Yarole, les cuisses, les 
couches optiques et les corps striés, parce qu’ils ont ^considéré toutes ces parties comme 
un prolongement de la substance médullaire des hémisphères. 

On appelle ordinairement cerveau la masse nerveuse placée dans le crâne à partir 


DU SYSTÈME NERVEUX. 67 

du grand trou occipital. C’est pourquoi on donnoit aussi le nom de nerfs cérébraux , à 
tous les nerfs qui, ayant pris naissance dans ces parties, sortent du crâne, et c’est ainsi 
qu’on les dérivoit tous indistinctement du cerveau. 

Il semble qu’on a trouvé notre inculpation trop générale; et en conséquence on n’a 
voulu imputer cette opinion erronée qu’au commun des anatomistes 1 ; mais jusqu’à 
présent nous n’avons pu découvrir aucun écrivain qui ait manifesté une façon de penser 
différente. 

Yieussens dit, à la vérité, qu’aucune partie ne peut être la cause d’une autre, et que 
par conséquent on ne doit pas dériver un nerf d’un autre nerf ; cependant il fait sortir 
de son centre ovale des filamens nerveux pour chacune des paires de nerfs. 

Les auteurs qui ne donnent le nom de cerveau qu’aux hémisphères, et qui joignent 
à la moelle allongée le pont de Yarole, les cuisses, les couches optiques et les corps 
striés, ou qui, avec Varole, Bartholin, etc., regardent ces parties comme appartenant 
à la moelle épinière, disent qu’aucun nerf ne prend naissance dans le cerveau, c’est-à- 
dire, immédiatement dans les hémisphères; mais comme ils accordent trop d’exten¬ 
sion à la moelle allongée, ils dérivent ces .nerfs de parties qui, aifisi que nous le prou¬ 
verons plus bas, appartiennent essentiellement au cerveau. 

Sœmmerring 2 regarde comme une chose décidée et reconnue par tous les anato¬ 
mistes, que tous les nerfs naissent de la moelle du cerveau; ce grand anatomiste, après 
s’être donné beaucoup de peine pour déterminer leur origine avec précision , croit 
pouvoir dériver leurs extrémités centrales des parois des cavités du cerveau. 

M. Ackermann a voulu expliquer comment le monde extérieur agit sur nous par le 
moyen des sens, et comment notre intérieur réagit sur les choses du dehors et sur 
les systèmes du mouvement volontaire ; c’est à cet effet que, dans une leçon publique 
donnée exprès pour réfuter nos principes, il s’est vanté de pouvoir démontrer dans 
chaque paire de nerfs l’existence de deux racines, l’une aboutissant à ses prétendues 
couches des sens, et l’autre à la moelle épinière. S’il eût pu donner la preuve anato¬ 
mique de cette assertion, on eût peut-être vu établir, pour la première fois, que 
l’homme peut de son moi construire , sinon l’univers entier , au moins le système 
nerveux 3 . 

Santorini parle de la cinquième paire comme ascendante, mais il ne décide pas si 
elle est d’abord sortie du cerveau en descendant pour remonter ensuite, ou si elle vient 
d’en bas, à la manière du nerf accessoire de Willis. Sœmmerring aussi dit que le nerf 

* Analyse des travaux de la classe des sciences matliémat. et physiques, 1808, partie physique, p. i3. 

* f)e basi encephali. p. 5. 

? Expressions favorites des idéalistes allemands. 





gg ANATOMIE ET PHTSIOLOOIE 

hypoglosse, ainsi que le nerf accessoire, se dirigent en haut; mais il na pas pour cela 
changé d’opinion sur l’extrémité centrale des nerfs cérébraux. 

Dans nos observations sur le rapport des commissaires de l’Institut, nous avons 
prouvé 1 que MM. Walter de Berlin, Sabatier, Portai,. Cuvier, Chaussier, Boyer, etc., 
font naître le nerfs cérébraux d’une masse formée par la réunion des appendices médul¬ 
laires du cerveau et du cervelet, qui selon eux se prolongent dans la moelle allongée 
et dans la moelle épinière. 

Toutes les preuves .que nous avons réunies dans notre mémoire % ainsi que dans la 
seconde section de cet ouvrage 3 , pour démontrer que la moelle épinière et la moelle 
allongée ne sont pas des prolongemens du cerveau et du cervelet, s’appliquent à la 
moelle allongée en particulier. Elles peuvent servir aussi à réfuter l’opinion que les nerfs 
nommés cérébraux prennent réellement naissance dans le cerveau. En effet ces nerfs 
n’ont aucune proportion avec le cerveau, ce qui auroit lieu , s’ils lui dévoient leur 
origine. Chez le veau, le cochon, le cheval, etc., ils sont en général beaucoup plus 
grands, que chez l’homme, quoique le cerveau de ces animaux soit beaucoup plus petit 
que le nôtre. On trouve aussi ces nerfs, ainsi que les parties où ils naissent, chez les 
acéphales qui originairement n’ont pas eu de cerveau; enfin leur direction de bas en 
haut, ou vers les ouvertures par lesquelles ils sortent du crâne, prouve évidemment qu’on 
ne peut pas les regarder comme un prolongement de la substance nerveuse du cerveau. 
On doit au contraire les considérer comme des systèmes nerveux qui manquent aux 
animaux d’un ordre inférieur, et par conséquent ne sont formés qu’après les systèmes 
du nerf sympathique et de l’épine du dos ; et qui sont destinés aux fonctions immé¬ 
diates des sens, ainsi qu’à leurs organes de mouvement et à leurs organes accessoires. 

Quelques-uns regardent comme peu nécessaires, et même comme oiseuses, les peines 
qu’on s’est données pour connoître avec exactitude l’origine des nerfs cérébraux et l’en¬ 
semble de leurs rapports. Ils pensent qu’une connoissance légère et générale des nerfs 
particuliers, est suffisante, surtout au médecin praticien. Nous sommes forcés d’avouer 
que les médecins sont beaucoup trop en arrière de la science pour appliquer à l’art de 
guérir les connoissances anatomiques des parties les plus fines. Mais ce n’est pas le but 
unique de l’anatomiste et du médecin philosophe; l’un et l’autre doivent rechercher 
quelles sont les lois de l’ensemble de l’organisme animal ; car sans elles ils ne pour¬ 
ront jamais acquérir des notions claires des différens rapports de ses fonctions. Souvent 
le médecin n’expliquera pas avec exactitude les phénomènes pathologiques; il ne procès 
dera pas convenablement aux autopsies cadavériques; il ne pourra pas rendre raison 
de ce qu’il aura trouvé, ni déterminer d’avance ce que l’on doit trouver • circonstances 
qui souvent dénotent plus de connoissances précises, que les cures les plus heureuses, 
dues fréquemment plutôt à la nature qu’à l’art. 

*P. 34 etsuiv. 

•P. a3 etsuiv. 

» P. 5o et suiv. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 69 

Il seroit bon que les médecins fissent la réflexion très-importante, combien la connois- 
sance détaillée de chaque partie, par exemple de l’œil, seconde l’art de guérir; com¬ 
bien la connoissance du cours du nerf sciatique, des diverses branches de la cinquième 
paire, a assuré le traitement du mal sciatique et du tic douloureux-nerveux, des maux 
de dent et des paralysies des nerfs optique et acoustique. Ces notions servent à déterminer 
les points où il faut appliquer les irritans, les caïmans. S’ils considéroient avec quel 
avantage on, a employé plus tard une connoissance qui d’abord paroissoit inutile, les mé¬ 
decins praticiens et les chirurgiens penseroient qu’ils est de leur devoir d’examiner dans 
le plus grand détail la structure de toutes ces parties, précisément parce quelle est si 
délicate. 

On ne doit donc pas être surpris que de tout temps, les meilleurs physiologistes et 
les plus habiles anatomistes aient attaché un très-grand prix à ces recherches. Haller 
se plaint fortement de ce que la plupart des anatomistes ne cherchent pas assez soigneu¬ 
sement l’origine des nerfs. Wrisberg engageoit sans cesse ses meilleurs élèves à s’occuper 
de cette étude. Soemmerring a mis le plus grand intérêt â cette recherche. Nous avons 
déjà dit que plusieurs anatomistes pensoient qu’il ne restoit plus rien d’important à 
faire dans le système nerveux, qu’à chercher l’origine des nerfs, surtout de ceux nom¬ 
més cérébraux. Herophilus, Erasistrate, Marinus, Galien, Vesale, Faloppe, Eustachi, 
Varole, Willis, Vieussens, Santorini, Petit, Winslow, Meyer, Vicq-d’Azyr, etc., se 
sont tous livrés à cette recherche. 

Les philosophes attachèrent beaucoup d’intérêt aux nerfs , parce qu’ils les regar- 
doient comme les intermédiaires entre le corps et lame ; ils pensoient avec Bonnet , 
que leur structure étoit si cachée , précisément parce qu’ils touchent de plus près à 
l’ame. 

Plus l’organisation d’un animal est simple, plus il est facile d’examiner ses systèmes 
nerveux. Il sera par conséquent plus aisé de faire ou de confirmer une découverte dans 
les vers, les insectes, les poissons et les amphibies, que dans les animaux plus parfaits, 
parce que chez ceux-ci les différens systèmes sont trop mêlés et entrelacés les uns dans 
les autres. Si l’on fait des recherches sur les animaux plus parfaits, que l’on choisisse 
au moins ceux chez qui les systèmes sur lesquels on fait ses recherches sont les plus 
forts,. C’est pourquoi, en traitant le sujet qui nous occupe, nous aurons principale¬ 
ment égard aux animaux mammifères, sans négliger pourtant ce qui est propre à 
l’homme. 

Dans les systèmès du nerf sympathique et des nerfs de la colonne vertébrale les 
nerfs, dès leur origine, se détachent de la masse commune; mais il n’en est pas tou¬ 
jours de même dans les systèmes suivans. Les filets nerveux se réunissent en faisceaux 
qui restent unis à l’ensemble de la masse dans une étendue plus ou moins considé¬ 
rable. Il faut donc bien se garder de confondre le point de la naissance avec celui de 
Ye'cartement. 



„ 0 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Chaque système de nerf étant composé de plusieurs filets, il est évident que ces filets 
ne peuvent pas naître dans le même point. On peut avancer, avec quelque certitude, 
qu’aussi long-temps qu’un faisceau nerveux reste uni à l’ensemble de la masse, il reçoit 
toujours un nouvel accroissement par la substance grise contenue dans cette massé. 
Souvent aussi la substance grise est amassée en quantité plus considérable, et forme un 
véritable ganglion, afin de pouvoir fournir aux filets nerveux une plus forte augmenta¬ 
tion. En traitant les différens systèmes, nous ferons mention de cette particularité, 
quand elle a lieu. 

On a rangé par paires ces systèmes nerveux, de même que ceux de l’épine du dos. 
Plus on fit de découvertes, plus on augmenta le nombre des paires. Marinus en déter¬ 
mina d’abord le nombre à sept. Sœmmerring, et après lui la plupart des anatomistes, 
en admettent, avec raison, douze. Mais il ne faut pas se laisser induire en erreur par la 
fixation d’un nombre quelconque, pour ce qui concerne l’application physiologique. 
Dans le fait, il n’est pas toujours facile de décider en quel point l’on doit commencer 
à considérer chaque appareil nerveux comme un système complet. Plusieurs paires, par 
exemple la cinquième, sont, dès leur naissance et à leur écartement de l’ensemble de 
la masse, divisées en faisceaux; dans d’autres paires, ce n’est qu’après un trajet plus 
ou moins long que se ramifient les nerfs affectés à des fonctions différentes. 

La division des nerfs, établie d’après les endroits d’où ils partent, par exemple, en 
nerfs de la moelle allongée, du pont de Varole, du cerveau et du cervelet, a dû jusqu’à 
présent être très-défectueuse, puisque l’on a constamment été dans l’erreur sur leur véri¬ 
table origine. 

On ne peut pas non plus les ranger suivant leur grosseur proportionnelle. Chez les 
individus de la même espèce, par exemple chez l’homme, cette proportion change sou¬ 
vent d’une manière frappante. Si l’on vouloit rendre un tel ordre applicable aux diffé¬ 
rentes espèces d’animaux, il faudroit en établir un pour chacune. 

Nous ne nous conformerons, ni à l’ordre précédemment usité pour les paires des nerfs 
cérébraux, ni à l’expression de moelle allongée, etc.; mais nous nommerons, et nous 
exposerons chaque système nerveux d’après ses fonctions spéciales. Cette méthode, il est 
vrai, n’est pas encore exempte de difficultés; nous serons souvent obligés à nous en 
tenir uniquement à leurs rapports organiques. Mais pour faire des progrès en physio¬ 
logie, il vaut mieux pressentir les difficultés, et par là être provoqué à les vaincre, que 
de glisser légèrement sur les choses, en se bornant à leur structure mécanique. 

Du nerf accessoire. 

Le nerf accessoire, PL I,fig. IV; PL II, fig. I,II, f,f, étoit connu des anciens. Galien’, 


DU SYSTÈME NERVEUX. yi 

Oribaze et Avicenne le regardoient comme une branche de leur sixième paire ( vagus ). 
Eustachi 1 le fit dessiner jusqu’au troisième nerf cervical. Depuis Willis etVieussens, il 
est généralement considéré comme une paire particulière et bien positivement séparée 
du vagus. 

Il forme un passage naturel des nerfs cervicaux aux nerfs de la tête; car quelques- 
uns de ses filets naissent dans le cou, PL II, fig. II, f, f, et d’autres dans la tête, PL IV, 

2-3. Tous viennent des racines postérieures, et varient souvent des deux côtés, de même 
que dans les divers individus, en nombre, en grosseur et en longueur; ses premiers 
filets sortent tantôt plus haut, tantôt plus bas de la masse nerveuse cervicale. Coïter, 
Morgagni, Huber, Santorini, ont vu naître le nerf accessoire de la cinquième paire des 
nerfs cervicaux, et Willis, Ridley, Huber, Haller, Sœmmerring, etc., de la septième 
paire. La plupart des filets semblent être simples à leur origine; cependant il sort quel¬ 
quefois dans le cou, PL II, fig. II, entre 39-3o, et ordinairement dans la tête, Pl. IV, 
5,5, plusieurs petites racines qui se réunissent en un filet plus gros, pour se joindre 
au tronc commun. Tous les filets se dirigent de bas en haut. 

Sur la face antérieure de la masse nerveuse cervicale, le nerf accessoire est couvert 
en partie par le ligament dentelé, et sa partie supérieure ne devient ordinairement 
visible qu’entre la seconde et la troisième paire des nerfs cervicaux où il s’écarte de la 
moelle épinière, PL II, fig. II, 26-27. ^ sen éloigne graduellement davantage, et s’unit 
enfin au nerf vocal dans l’endroit où ils sortent tous les deux du crâne. 

Quant au petit ganglion dont parle Huber, et qui doit se trouver dans le voisinage 
du premier nerf cervical, PL IV, 5o, nous n’avons pu le découvrir, malgré des recher¬ 
ches nombreuses, aussi peu que Haller, Asch, Sœmmerring, etc. 

Les branches du nerf accessoire se ramifient dans les muscles scapulaire et sterno- 
mastoïdien, et dans le pharynx : ce qui explique les phénomènes de la sympathie de 
l’œsophage et de l’estomac avec ces muscles, les mouvemens convulsifs des omoplates, 
de l’œsophage, du pharynx dans l’hydrophobie, les douleurs des omoplates, la roideur 
des muscles scapulaire et sterno-mastoïdien dans les maux d’estomac *. 

Du nerf hypoglosse. 

Vesale dérivoit encore le nerf hypoglosse des pyramides. Eustachi, Vieussens, Wins- 
low, Santorini, le font sortir entre les corps olivaires et les pyramides. Haller et Sœm¬ 
merring disent qu’il naît en partie entre les corps olivaires, PL IV, a, et les pyramides, 

Pl. IV, î-c, et en partie plus bas; ce qui, en général, est exact. Ses filets sortent, à la | 
manière des racines, des nerfs cervicaux. Plusieurs de ces filets se réunissent ordinaire- 

■ Tab. 18. 

* Voy. Sœmmerring, 1. c. p. a49- 





ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

ment en trois,.et quelquefois en quatre faisceaux; et ceux d’en haut et ceux d’en bas 
se rapprochent du faisceau transversal du milieu , PL IV, 4, et sortent de la dure-mère 
par une , deux, et quelquefois trois ouvertures. 

Cette paire de nerfs fournit des branches à tous les muscles qui sont attachés à l’ os 
hyoïde, aux muscles mylo-hyoïdien et sterno-thyroïdien, et aux glandes salivaires. Ces 
branches agissent dans la déglutition. Ce nerf se réunit encore à la cinquième paire, au 
vocal au nerf accessoire, au sympathique, à quelques nerfs cervicaux, et au nerf dia¬ 
phragmatique. Il ne sert point au goût, mais seulement au mouvemertP de la langue, 
et agit dans la mastication, la déglutition, la parole, le chant, etc. Sa communica¬ 
tion avec les nerfs cervicaux explique comment on perd la voix , lorsqu’il y a lésion 
de la masse nerveuse cervicale ’. 

Du nerf vocal. 

Le nerf vocal, PI. IY, 6, sort avec des filets nombreux , par le côté , entre les corps 
olivaires, Ibid, a, et restiformes, e, e, plus près cependant des derniers que des pre¬ 
miers, ainsi que Vieussens l’a déjà observé. Quant aux filets dont parlent Santorini et 
Sœmmerring, et qu’ils croient pouvoir suivre jusque dans le quatrième ventricule du 
cerveau , nous n’avons pas plus réussi que Haller a à les découvrir. A leur naissance, 
les différens filets nerveux sont distincts ; mais ils se réunissent en divers faisceaux, et 
forment au-dessus du cervelet un cylindre aplati qui sort du crâne par une échancrure 
particulière de la fosse de la veine jugulaire. 

Ce nerf se joint à un grand nombre d’autres ; aussi l’appelle-t-on le vague (vagus). 
Il s’unit au nerf accessoire, au ganglion du glossopharyngien, au nerf sympathique, à 
l’hypoglosse, souvent au premier nerf cervical , au plexus cardiaque, aux plexus pul¬ 
monaires antérieur et postérieur, aux plexus antérieur et postérieur de l’œsophage, aux 
plexus hépatique, splénique et stomachique. Il se ramifie dans le pharynx et le larynx , 
dans la glande thyroïde, dans les vaisseaux sanguins du cou, dans les gros vaisseaux du 
cœur, dans les poumons, dans le foie, dans la rate, l’estomac , le duodénum, et quel¬ 
quefois dans le diaphragme. 

On voit par là que ce nerf joue un rôle extrêmement important dans l’économie 
animale, et mérite toute l’attention des praticiens. Comme il se ramifie principalement 
dans les organes vocaux, que ses lésions dérangent la voix, et que l’on perd entière¬ 
ment la parole lorsqu’il est coupé, il semble tout seul destiné à la formation de la voix. 
Ses nombreuses communications expliquent le dégoût, la toux et le vomissement qui 
f surviennent, lors que l’on chatouille le gosier; l’oppression et la toux, occasionnées 
par la saburre qui se trouve dans l’estomac ; l’étranglement du gosier, causé par les dé- 

• Voy. Sœmmerring, 1. c. p. 254 et suiv. 

* Phys. tom.IV , p. 231. 


rangemens de l’estomac et du bas-ventre ; la liaison qui existe entre la langue et la parole; 
les altérations qu’éprouve la voix par suite des lésions de la masse nerveuse cervicale 
et dorsale ; l’enrouement, l’extinction de voix, effets des acrimonies, des vers ou de la 
saburre dans le canal intestinal 

D’après les principes que nous avons exposés , en parlant des systèmes nerveux de la 
poitrine et du bas-ventre, on ne peut plus soutenir que le nerf vocal forme les plexus 
et les ganglions que l’on rencontre en suivant son cours. Ces ganglions et ces plexus ne 
peuvent être considérés que comme des appareils destinés à renforcer ce nerf, ou comme 
des systèmes particuliers et spéciaux, avec lesquels il est uni par des branches commu¬ 
niquantes. 

Du nerf glossopharyngien. 

. Le nerf glossopharyngien, PL IV, 7, composé de plusieurs filamens, tantôt réunis , 
tantôt séparés , sort en suivant la même direction que le nerf vocal, PI. IV, 6, précisé¬ 
ment au-dessus de celui-ci, près la protubérance annulaire. Girardi et Sœmmerring font 
mention de quelques fdets qui proviennent, selon eux, du quatrième ventricule ; mais 
nous n’avons pu les apercevoir. Les filamens, le plus souvent séparés à leur naissance, 
se réunissent en un faisceau aplati qui sort du crâne par un canal tantôt membraneux, 
tantôt osseux, au-dessous du plus petit lobule du cervelet, et au-dessous du canal du 
nerf facial et du nerf acoustique. 

Il s’unit au nerf vocal, au nerf facial et au sympathique. Il se ramifie dans le cons¬ 
tricteur du pharynx, dans le stilopharyngien et dans les muscles de la langue. 

Les paires de-nerfs que nous venons de décrire ont une conformité entière avec les 
systèmes nerveux de la colonne vertébrale, en ce que leurs filets naissent, sortent, se 
réunissent en un ou plusieurs faisceaux, et passent par une ou plusieurs ouvertures de 
la dure-mère. On doit également admettre qu’elles prennent de même leur origine , 
immédiatement dans la substance grise, placée dans l’intérieur du point d’où elles sor¬ 
tent. Par conséquent, ces nerfs ne sont ni des prolongemens, ni des productions de la 
masse du cerveau. 

Les nerfs dont nous allons maintenant nous occuper, ont cela de particulier, que 
les filets qui sont successivement produits par la substance grise, se réunissent, avant 
leur écartement, en un faisceau qui se dirige distinctement en haut sur la surface, et 
qui est tantôt plus , tantôt moins visible, suivant qu’il est plus ou moins couvert par 
les faisceaux voisins. 


' Voy. Sœmmerring, 1. c. p. 232. 


74 


lNATOMIE et 


:siol( 


Du nerf abducteur. 

Le nerf abducteur de l’œil n’étant pas aussi grand chez l’homme , PI. IV, 10, q Ue 
chez un grand nombre de mammifères, PL III, i o , et se trouvant couvert par les pyra¬ 
mides qui sont assez considérables, il n’étoit pas aisé d’y découvrir son origine. Quoi¬ 
qu’on le commisse depuis Eustachi et Faloppe, les anatomistes sont encore divisés d’opi¬ 
nion sur le lieu véritable de son origine, et n’ont à cet égard que des idées erronées. 
Portai 1 pense que son origine est variable, et que par cette raison les auteurs l’ont 
placée en différens points. Quelques-uns le font naître du pont, PL IV, b, b, b, b, d’au¬ 
tres des pyramides, PL IV, î-c, d’autres de ces deux endroits à la fois, d’autres enfin 
du sillon transversal entre les pyramides et le pont. Si on l’examine dans le veau, dans 
le bœuf, dans le cerf, et surtout dans le cheval, il n’est pas possible de s’y mépren¬ 
dre. Il monte, PL III, 5 -1 o, très-distinctement sous la forme d’un petit faisceau, tout 
le long et à côté des pyramides, et se divise ordinairement derrière le pont en deux 
faisceaux plus petits qui s’écartent l’un derrière l’autre, PL III, îo, de la masse com¬ 
mune. Le pont ou la couche transversale des faisceaux nerveux du cervelet étant beau¬ 
coup plus gros et plus large chez l’homme, que chez les animaux que nous venons de 
nommer, souvent quelques petits faisceaux transversaux se trouvent superposés sur le 
nerf abducteur, et alors il paroît naître du pont, et comme ses filets ne se détachent 
pas tous dans le même endroit, on leur a assigné une origine différente. 

• . . 

Ce nerf se joint dans son cours au sympathique, et va se distribuer dans le muscle 
abducteur de l’œil. 

Du nerf facial. 

Depuis Eustachi, Faloppe, Varole, on décrit le nerf facial, PL IV, 11, comme s’il 
sortoit des parties latérales du pont ; quoique Meckel 2 ait vu venir quelques-uns de ses 
faisceaux des corps restiformes , PL IV, e, e. Sœmmerring 3 dit : « La véritable extré¬ 
mité centrale du nerf facial n’est pas très-distincte; du moins les filets que l’on dérive 
de la quatrième cavité du cerveau ne sont ni constans ni frappans )) . Il fait naître la 
plus grande partie de ce nerf derrière le pont entre l’abducteur et l’acoustique, tout 
près de ce dernier ; il n’y a que la plus petite partie qui lui paroisse naître du pont. 

L’anatomie comparée résout encore ici tous les doutes. Chez les animaux, par exem¬ 
ple le cochon, le mouton, le veau, le cheval, le chat, chez qui le pont de Varole est 
étroit, PL III, b, b, tous les filets du nerf facial, PL III, n, s’écartent en arrière de 
cette protubérance annulaire. Il monte, sous la forme d’un faisceau assez large, entre 
les corps olivaires et le glossopharyngien, vers une bande transversale que l’on observe 

■ Anatomie médicale. Tom. IV, p. 189. 

• Mémoires de Berlin. Tom. IX, p. 70. 


7Ô 


DO SYSTEME NERVEUX. 

PL III, d, d, chez ces mêmes animaux, au bord intérieur du pont. Il passe au-dessous 
de cetfe bande, la perce de part en part, afin de s’écarter de la masse commune, près 
du côté interne du nerf acoustique, PL III, 9. Si, dans l’homme , quelques filets du 
facial ou tous semblent naître du pont, cela vient de ce que plusieurs filets transversaux 
de ce pont sont placés sur ce nerf. 

La sphère d’activité de ce nerf est très-étendue ; il se rend en général sur toute la 
face, principalement dans les tempes , dans les oreilles, et en partie dans l’occiput et 
dans le cou. Il communique avec les trois branches de la cinquième paire, ayec le glosso- 
pharyngien , le vocal, l’accessoire et le sympathique. 

Il explique les mouvemens des muscles de la face, quand on rit ou quand on pleure ; 
les douleurs que l’on ressent aux côtés de la tête et aux oreilles , lorsqu’on a mal aux 
dents; les accidens causés par une dentition difficile, par exemple, le rire sardonique 
ou convulsif qui a lieu dans le sommeil. Il explique aussi pourquoi uni grand bruit sou¬ 
dain fait fermer les yeux, et pourquoi la frayeur, la colère, font subitement pâlir et 
rougir le visage, etc. 1 

Du nerf auditif. 

Yarole faisoit encore naître du pont le nerf auditif ou acoustique, PL IV, 9, Sur la 
paroi antérieure du quatrième ventricule du cerveau , on voit des stries médullaires 
blanches, PL VI, 31, que Piccoluomini a le premier regardées comme l’origine du 
nerf acoustique. Quoique Prochaska 3 et Sœmmerring aient dit que quelquefois les fila- 
mens médullaires n’arrivent point au nerf acoustique, mais qu’ils s’enfoncent dan? les 
pédoncules du cervelet, cependant la première opinion a été généralement admise et 
maintenue. Dans plusieurs individus,. ces stries son! presque imperceptibles ; dans d’au¬ 
tres , elles sont nombreuses et très-visibles. Elles varient de chaque côté ; d’un côté elles 
sont quelquefois plus nombreuses, plus larges, que de l’autre; tantôt elles sont rangées 
en rayons, tantôt en forme de pinceau , tantôt elles sont parallèles ; souvent elles sont 
placées plus haut d’un côté que de l’autre ; quelquefois elles forment de petites bandes, 
ou bien elles sont arrondies et très-saillantes. Elles sont séparées par un sillon, dans 
la ligne médiane du quatrième ventricule, PL VI, «. Nous n’avons pu apercevoir l’en¬ 
trecroisement des filets du côté droit et de ceux du côté gauche que Portai 3 dit avoir 
observé. 

Il est certain que souvent quelques-unes se réunissent au nerf auditif; mais d’autres 
vont en partie dans les lobules antérieurs, d’autres s’enfoncent dans le milieu même 
du cervelet. 

' Voy. Sœmmerring, p. 219 et suiv. 

■Op.minor. Tom. I,p. 388. 

1 L. c. p. 189. 




g ANATOMIE et physiologie 

7 Dans les mammifères, quand même ils ont le nerf acoustique, PI. III, 9, beaucoup 
plus fort que l’homme, ces stries médullaires blanches manquent entièrement, «3omme 
les frères Wenzel l’ont observé ainsi que nous. On peut donc avancer , avec assurance , 
que plusieurs filets du nerf auditif tirent naissance de la substance grise , assez abon¬ 
dante dans le quatrième ventricule. Cette substance grise est plus rare chez l’homme, 
et forme une élévation allongée, le ruban gris , PL VI, 8; dans le mouton, PL VII, 8 , 
le cochon, le cheval,, le bœuf, cette élévation est de la grosseur d’un pois. Elle est par 
conséquent un véritable renflement, lieu de naissance ou ganglion du nerf acoustique 
qui y prend son plus fort accroissement. Ce ganglion est placé précisément au point où 
le nerf acoustique se contourne sur le corps restiforme du cervelet, et sa grosseur est 
toujours proportionnée à celle du nerf auditif. La plupart des anatomistes, tels que 
Cuvier, Portai, Sabatier, Bichat, se contentent de faire venir le nerf auditif des stries 
médullaires du quatrième ventricule „ sans faire mention du ruban gris ni de l’élévation 
oblongue dans les animaux. 

Chez les animaux J immédiatement derrière le pont, il s’étend d’un nerf auditif à 
l’autre, PI. III, 9, 9, une bande large, PI. III, d-d, qui passe par-dessus tous les autres 
faisceaux nerveux ascendans, à l’exception des pyramides. Chez l’homme cette bande est 
Couverte par la couche postérieure du pont. Willis 1 l’avoit déjà observée; mais elle 
avoit échappé aux anatomistes plus récens. Elle nous semble composée des fibres de 
communication des deux nerfs acoustiques, ou en former la commissure. Nous avons 
déjà dit, dans nos observations 2 , que cette bande ne prend pas naissance, ainsi que 
le prétend le rapport des commissaires de l’Institut, en dehors de l’abducteur, mais 
qu’elle forme, de même que le pont, une bande semi-circulaire ; et qu’elle a l’apparence 
d’êtfe interrompue, parce quelle est couverte par les pyramides, PL III, c. Nous ne par¬ 
tageons pas non plus l’opinion de l’auteur du rapport, qui avance que cette bande trans¬ 
versale donne naissance, au moins en partie, au nerf facial. Ce nerf vient distinctement 
d’en bas , se rend au-dessous de la bande, et sort obliquement, ou entre ses parties, 
PL III, 11, ou à son bord antérieur. 

Le nerf acoustique se ramifie dans le limaçon, dans le verstibule, et dans les canaux 
demi-circulaires. 

Du nerf tri-jumeau. 

Suivant la plupart des anatomistes, tels que Willis, Vieussens, Winslow, Vicq- 
d’Azyr, Cuvier, Sabatier, Portai, Bichat, etc. le nerf tri-jumeau, exactement décrit 
pour la première fois par Faloppia, naît des parties latérales du pont. Santorini avoit, il 
est vrai, indiqué son origine avec plus de précision que ses devanciers. Cependant Haller 
qui cite cet auteur, s’en tint à l’opinion commune. Depuis, on a méconnu entière¬ 
ment l’origine véritable de ce nerf. 

* Cerebri anat. Amstelod. 1667. bi-12. p. 27. 


DU STSTÈME NERVEUX. 77 

L’anatomie comparée donne encore, à ce sujet, les lumières les plus sûres. Chez les 
poissons le ganglion d’où ce nerf prend son origine est isolé, et les fdets nerveux sont, 
dès leur naissance, séparés de la masse commune. Chez les animaux mammifères on 
voit, au bord extérieur de la surface inférieure de la masse commune, un gros faisceau, 
PI. III, r, qui passe sous la bande transversale déjà mentionnée, et se détache entr’elle 
et la protubérance annulaire, PI. III, 12. Chez le singe et chez l’homme, ce faisceau est 
couvert en partie par la large protubérance annulaire ; voilà pourquoi il paroît prendre 
naissance dans le milieu de cette partie, PL IY, B. 12. Mais si on enlève avec précau¬ 
tion la moitié postérieure du pont, jusqu’au faisceau de ce nerf, l’on peut aisément 
suivre son cours entier jusqu’au dessous du côté extérieur des corps olivaires, PI. Y, A. 
k-i. De cette manière , on aperçoit aussi très-distinctement qu’il est divisé déjà dans 
l’intérieur du pont, en trois faisceaux principaux, et que ses fibres naissent de la subs¬ 
tance grise en différens endroits. 

MM. les Commissaires de l’Institut ont pensé que cette paire de nerfs, ainsi que 
l’abducteur et le facial, ont une disposition différente chez les animaux herbivores, et 
chez les carnivores; que chez ceux-ci, le pont de Yarole est plus large que chez les 
premiers, et qu’en conséquence, ces nerfs s’en écartent de la même manière que chez 
l’homme et le singe. Mais nous avons prouvé que le pont n’est pas plus large chez les 
animaux carnivores que chez les herbivores; il n’est pas plus large dans le chat, le 
tigre, le lion, le lynx, le chien, la marte et la taupe, que dans le bœuf, la brebis , le 
cheval, le lièvre, etc. Quoique cette partie soit d’une largeur assez considérable dans l’ours, 
cependant les nerfs mentionnés s’écartent au bord postérieur du pont. Le cervelet n’a 
rien de commun avec le besoin de la nourriture ; par conséquent, on ne peut tirer 
aucune induction relative au choix des alimens, soit du plus ou du moins de largeur 
du pont, formé par les faisceaux transversaux du cervelet, soit du point de l’écartement 
des nerfs tri-jumeaux, facial et abducteur. 

Le nerf tri-jumeau se ramifie dans tous les muscles de la face; dans le front et dans 
ses muscles; dans les paupières et dans leurs muscles;,dans l’iris, dans le nez et dans 
ses muscles ; dans la membrane pituitaire, dans l’oreille extérieure , dans le conduit 
auditif, dans la peau des joues ; et dans leurs muscles; dans les papilles de la langue, 
dans les glandes salivaires, dans les dents. Il communique avec tous les organes des cinq 
sens ; le goût dépend principalement d’une grande partie de ce nerf. C’est pourquoi un 
de ses rameaux est regardé comme le véritable nerf du goût. „ * 

Non-seulement ces branches s’unissent les unes aux autres; mais aussi au nerf oculo- 
moteur commun, au nerf du muscle oblique supérieur de l’œil, à l’abducteur, au facial, 
et aux vingt-huitième et vingt-neuvième de la colonne vertébrale. Ainsi il met en com¬ 
munication la face, le cou, le tronc et les extrémités. 

C’est par l’épanouissement de ce nerf dans les papilles de la langue et dans la mem- 


20 


g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

brane pituitaire, que l’on explique l’affinité de l’odorat et du goût ; l’eau qui vient à 
la bouche a l’odeur des mets. Son épanouissement dans le nez et dans l’iris rend raison 
de l’éternument occasionné par une lumière très-vive; de la cécité qui suit quelquefois 
l’éternument, et peut-être aussi de celle que cause souvent la lésion du nerf ciliaire, 
quoique l’on ne puisse pas encore prouver la liaison qui existe entre l’épanouissement du 
nerf optique , de la rétine et de 1 iris. 

C’est par sa branche nasale que l’on rend compte du chatouillement que l’on éprouve 
dans le nez, quand on résiste à l’envie d’éternuer ; toutes les branches de ce nerf res¬ 
sentent les effets de la migraine; de là les douleurs au front, la tension des yeux, et la 
sensation désagréable dans le nez. C’est par la séconde branche que l’on explique la 
douleur et l’enflure de la face, et de la mâchoire supérieure; et c’est par le nerf tem¬ 
poral que l’on rend raison des douleurs dans les oreilles, et de la difficulté d’avaler, 
qui ont lieu dans les maux de dents, ainsi que des douleurs qu’éprouvent les dents et les 
oreilles dans les maux de gorge; pourquoi l’extraction d’une dent angulaire et d’une 
incisive de la mâchoire supérieure cause une souffrance si vive ; pourquoi l’on fait cesser, 
par la pression, le mal de dents de la mâchoire inférieure , et non pas celui de la 
mâchoire supérieure; pourquoi l’inflammation du canal auditif, qui reçoit tant de 
nerfs, est si douloureuse. 

Des odeurs volatiles, en irritant les nerfs du nez, et en agissant sur les gros vaisseaux 
sanguins par le nerf sympathique, causent l’évanouissement, ou le font cesser. 

Le rire involontaire, qui a lieu dans l’inflammation du diaphragme, et dans le 
trisme, annoncent qu’alors ce nerf est affecté. 

Dans les maladies, les yeux fournissent plusieurs signes pathognomoniques, à cause 
de la liaison du nerf sympathique avec les nerfs ciliaires. 

Voilà pourquoi, lorsqu’il il y a des vers dans les intestins, la pupille se dilate, et l’on 
ressent des démangeaisons à a pointe et à la cloison du nez. 

De là aussi l’énorme dilatation de la pupille dans l’apoplexie et dans l’hydrocéphale ; 
les douleurs de la face dont la cause est dans les voies intestinales ; l’agacement général 
des dents que l’on a observé à la suite de l’abscission d’une des branches de ce nerf dans 
une fistule lacrymale '. 

Puisque cette paire de nerfs se divise en un si grand nombre de branches qui ont des 
fonctions diverses, qui se répandent tantôt dans les parties du mouvement volontaire, 
tantôt dans celles du mouvement involontaire, et qui tantôt n’excitent qu’une simple 
sensation, tantôt sont affectées à un sens spécial comme celui du goût, ne pourroit-on 
pas avec raison l’appeler la paire mixte ? 


* Yoy. Scemmerring, p. 198 


Dü SYSTÈME NERVEUX. 


79 


Du nerf du muscle oblique supérieur de l’çeil. 

Il paroît que ce nerf, PI. III, IV, i3, a été découvert par Achillini '. 

Il est vraisemblable que Vesale 1 a regardé ce nerf comme une des racines de sa troi¬ 
sième paire. Faloppe est le premier qui en ait décrit avec exactitude la distribution. Les 
auteurs diffèrent beaucoup d’opinion sur son origine. Faloppe dit qu’il naît à la base des 
notes. Eustachi, Santorini, Stenon, le dérivent du tractus transversal derrière les testes. 
Haller a déjà fait l’observation que la valvule est beaucoup trop large pour servir seu¬ 
lement à ce nerf. Sœmmerring 3 le fait naître ou de la valvule ou de la paire postérieure 
des tubercules quadri-jumeaux. Selon Cuvier 4 il naît par quelques filets derrière les 
éminences testes au côté du petit frein. 

Il s’écarte en effet à côté de la valvule, PI. VI et XV, y, y; tantôt avec plusieurs 
filets, tantôt avec un seul, mais il paroît que sa véritable origine est beaucoup plus bas, 
et que dans l’endroit indiqué, il se détache seulement de la masse commune. On re¬ 
marque quelquefois des deux côtés un faisceau étroit blanc dont les filets paroissent for¬ 
mer ce nerf. La valvule ne lui appartient pas entièrement ; ce n’est qu’une petite partie 
qui paroît être la commissure de ce nerf. Nous traiterons par la suite de la plus grande 
partie de la valvule. 

Chez les singes, lors même qu’ils ne sont que de la grandeur d’un chat, ce nerf est 
aussi gros que chez l’homme , et l’est beaucoup plus que dans le veau. Il va dans le mus¬ 
cle oblique supérieur de l’œil, c’est pourquoi nous l’avons nommé d’après ce muscle : le 
nom de nerf pathétique qu’on lui avoit appliqué auparavant, fait concevoir des idées 
fausses sur ses fonctions; comme cela est arrivé à plusieurs anatomistes. Sœmmerring 
oppose un fait à ceux qui croient quil doit principalement servir à l’expression de 
l’amour et de la compassion, c’est qu’on le trouve aussi chez les animaux mammifères, 
chez les oiseaux et chez les poissons. Tout nerf subordonné au cerveau comme instru¬ 
ment peut être mis en mouvement par les passions et par chaque sensation ; mais hors 
le cerveau, aucun nerf n’est l’organe d’un sentiment quelconque ; l’expression de la 
colère, de l’amour, de la compassion, de l’orgueil, etc., n’est pas attachée à telle ou telle 
position de l’œil; mais à la disposition générale des traits du visage produite par les affec¬ 
tions et les passions. 

Du nerf oculo-moteur commun. 

Varole ° a le premier démontré l’origine de ce nerf, et Faloppe a été le premier à 

1 Annotât. inMondini. p. io. 

» Lib. IV, p. 36 7 . 

3 L. c. p. 4g. 

4 L. c. p. 144. 

5 Epist. de nerv. opt. p. 2. 


g 0 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

en indiquer avec exactitude la distribution. Il sort avec plusieurs filets du bord inté¬ 
rieur des pédoncules du cerveau, dans le voisinage de la substance noire, d une fossette 
allongée, PL III, IV, XVII, B. 15, entre le pont de Varole, b, et les corps mammillaires, 
16. Dans les cerveaux d’une consistance ferme, on peut suivre ses filamens jusqu au 
dessous du pont. On observe aussi comment ses premières radicules sont renforcées 
dans la substance gélatineuse noirâtre, PL XVII, A. 3o. Mais il ne reçoit aucun fila- 
ment des corps mammillaires, ainsi que l’ont prétendu quelques auteurs. Ses filets ne 
sont pas non plus à nu dans le troisième ventricule, car il y a une couche médiane 
interposée, PL XVII, A et B. 90 , dont nous parlerons plus tard. 

Les filets épars à l’origine de ce nerf se réunissent en un faisceau un peu aplati qui 
se dirige en dehors , vers la fente supérieure de l’orbite. Chez l’homme les filets sui¬ 
vant une ligne droite, PL IV, if, chez les animaux cette ligne est un peu courbée 
PL III, 1 $■ Il est de fait qu’on peut toujours démontrer que ces filets ne descendent 
point de la substance du cerveau, mais qu’ils remontant de bas en haut. 

Ses branches vont aux muscles droits supérieur, inférieur et intérieur, au muscle 
oblique inférieur et au releveur de la paupière supérieure. 

Du nerf optique. 

Le nerf optique, PL III, IV, 20, étoit chez les anciens la première paire de nerfs. 
Galien ', Eustachi 2 , et Varole 3 l’ont dérivé des couches optiques, PL XV, p-q, qui 
ont pris leur nom de cette origine prétendue. Mais Ridley, Winslow, Morgagni, Zinn, 
Santorini, Girardi, et parmi les modernes Sœmmerring, Pfeffinger, Hildebrandt, Boyer, 
Bichat, etc., ont suivi une partie de ses filets jusqu’à la paire antérieure des tuber¬ 
cules quadri-jumeaux, PL XV, n. Cependant la plupart des anatomistes, tels que 
Haller 4 , Lieutaud 5 , et encore de notre temps Cuvier 6 , Chaussier 7 , etc., le font naître 
des couches optiques. 

On voit très-distinctement chez l’homme et chez les animaux, plus distinctement 
pourtant chez ceux-ci, par exemple chez le cheval, le bœuf, le mouton, le cochon le 
chien, etc., sortir de la paire antérieure des tubercules quadri-jumeaux une large bande 
composée de filamens nerveux, PL VII, A. n-p. Cette bande se contourne sur le bord 
extérieur des couches optiques, se joint encore à un amas considérable de masse grise , 
qu’on appelle corpus geniculatum externum, PI, XV, îj, et s’y renforce. Jusques là la 

■ De usu part. lib. 16. c. 3 , 

• Tab. 17, f. b. 

• ’L-c.p.3. 

* Phys. tom. IV, p. 207. 

* Essais anatomiques , p. 343. 

• L. c. p. i 43 . 

» L. c. p. 166. 



>U SYSTÈME NERVEUX. 


81 

bande entière est adhérente aux couches optiques, mais ensuite elle est simplement 
superposée sur les faisceaux des pédoncules, où elle cesse d'être attachée, à l’exception 
de son bord externe antérieur, PI. Y, q, t, u, par lequel elle: est unie aux fibres cérô- 
braies voisines, PL V, w, w, w. En avant, le nerf optique qui s’arrondit toujours davan-’ 
tage, adhère à une couche ferme de substance grise ( le tuber cinereum ), PL III, IV, 
17, et en reçoit, surtout dans sa face supérieure, plusieurs nouveaux filets nerveux qui 
ne s’entrecroisent pas, mais s’unissent à chaque côté du nerf en suivant une ligne droite,' 
PL XIII, 29, où le nerf optique est représenté renversé. Ges filets le renfoncent telle¬ 
ment, que lorsqu’il se sépare après la réunion, il est sensiblement plus gros, PL IV, 
20, PL V , XIII, v, qu’il n’étoit auparavant, PL IV, 23 , PL V, XIII, u. 

Immédiatement avant cette couche de substance grise, PL III, IV, 17, les deux 
nerfs optiques se réunissent, ibid, 52 . On n’est pas encore d’accord sur la manière dont 
cette réunion s’opère. Galien et Vesale nient l’entrecroisement des fibres. Ce dernier 
auteur cite un cas où, après la perte de l’œil droit, on trouva le nerf du côté droit 
atrophié, non-seulement jusqu’à la réunion, mais aussi derrière elle vers les couches 
optiques. Santorini 1 * cite aussi une observation contraire à l’entrecroisement ; il trouva 
le nerf optique avant et après la réunion gris cendré d’un côté, et blanc de l’autre. Il 
induit de là que les deux nerfs optiques non-seulement ne. s’entrecroisent;pas, mais en-, 
core que leurs fibres ne sont pas même entrelacées entre elles ; et que les nerfs optiques 
se rapprochent seulement l’un de l’autre pour s’écarter bientôt. Blasius, Monro, Lecat 
ont partagé cette opinion. 

La substance des deux nerfs optiques se mêleroit-elle intimement, sans cependant 
s’entrecroiser? C’est ce que pensent Etienne, Columbus, Bauhin % Varole, Riolan , 
Spigel, Tissot 3 , Portai 4 , etc. 

Ou bien chaque nerf optique va-t-il réellement d’un côté au côté opposé ? Telle a été 
surtout l’opinion de Sœmmerring 5 , Lancisi, Cheselden, François Dupetit , etc. Scem- 
merring a démontré l’entrecroisement des nerfs non-seulement chez l’homme et chez 
les animaux mammifères, mais aussi par l’anatomie comparée chez les autres animaux. 
Outre sa propre expérience il invoque le témoignage de Swammerdam, Bartholin, 
Monro, Collins, Willis, Haller et Camper. Dès l’année 1800 , il avoit observé l’entre¬ 
croisement des nerfs optiques, dans sept hommes borgnes, dans le cheval, le chien , le 
cochon, le raton, l’écureuil, le lapin, le chat et le chamois. Dans ses excellentes collec¬ 
tions anatomiques, il conserve des exemples pris dans plusieurs classes d’animaux. Il 
cite 6 Ackermann, Billman, Clossius, Ebel, Leveling, Loder, Michaëlis, Rougemont, 

1 Observât, anat. p. 64- 

* Theatrum anat. p. 648. 

3 Maladie des nerfs. Tom. I, P. I, p. 25. 

<L. c.p.i54. 

3 Nœthig Diss. de decuss. nerv. opt. Mogunt. 1786. 

3 L. c. p. i5o. 


g 2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Wenzel, Walter qui ont constaté l’entrecroisement. Cuvier conserve également dans 
l’esprit de vin un cerveau de cheval où l’on voit que l’atrophie d’un nerf se continue sur 
le côté opposé derrière l’entrecroisement. Toutes les observations que nous avons eu 
occasion de faire sur des hommes, des chevaux , des lièvres, et des renards, confirment 
aussi ce fait. C’est ce qui nous donne sujet de révoquer en doute 1 exactitude des expé¬ 
riences que l’on y oppose. On va même jusqu a citer un cas ou les deux nerfs optiques 
ne se touchoient point, mais où chacun alloit directement à son œil respectif. Mais 
ne pouvoit-il pas s’être opéré antérieurement une séparation violente de l’entrecroise¬ 
ment ?.Nous concevons qu’une défectuosité du nerf optique puisse ne pas s’étendre à 
toute sa longueur; mais il est bien difficile d’ajouter foi aux prétendus faits Contradic¬ 
toires , sans imputer à la nature une marche inconstante. En général les exemples qui 
contredisent si directement des observations exactes , devraient être conservés avec 
soin, afin qu’on pût les vérifier sous tous les aspects. S’il se confirmoit effectivement 
que l’atrophie et l’aliénation des couleurs s’étendent quequefois du même côté, ce serait 
peut-être une preuve que plusieurs fibres du nerf optique, et peut-être même sa moitié 
toute entière ne s’entrecroisent pas ; ce qui est aussi l’opinion de quelques auteurs. 

Mais ce qui prouve à quel point on peut se tromper, c’est la ténacité avec laquelle 
on soutient que l’atrophie d’un nerf optique a toujours été accompagnée d’une atrophie 
proportionnée d’une des couches optiques. M. le professeur Ackermann assure 1 même 
que chez les hommes, ainsi que chez les animaux, la perte d’un œil ou des deux yeux 
est suivie d’une atrophie et même d’une oblitération complète, tantôt d’une Couche 
optique, tantôt de toutes les deux. 

Le nerf optique étant superposé sur les couches optiques , celles-ci ne diminuent 
qu’autant que le nerf est atrophié. Les couches optiques n’éprouvent alors aucune alté¬ 
ration, parce qu’elles n’ont réellement rien de commun avec ce nerf. Dans l’hémis¬ 
phère du cerveau d’une femme aliénée , nous trouvâmes la prétendue couche optique 
presque à moitié détruite par un ulcère; le corps strié et l’hémisphère étoient de 
beaucoup diminués ; le nerf optique du même côté se trouvoit intact et entièrement 
semblable â son congénère. La paire antérieure ctes tubercules quadri-jumeaux étoit aussi 
dans son état naturel. Lorsqu’au contraire le nerf optique étoit atrophié, nous avons 
toujours observé que le tubercule antérieur qui lui appartient, avoit sensiblement dimi¬ 
nué de volume. 

Ce qui prouve encore que les couches optiques ne donnent pas naissance aux nérfs 
optiques, c’est qu’en enlevant les fibres transversales supérieures de ce nerf, toutes les 
fibres intérieures vont des cuisses aux circonvolutions dans la direction longitudinale. 

En outre, le volume des couches optiques n’est pas proportionné à celui du nerf 


■L. c. §. 25. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 83 

optique. Chez le cheval, le b$euf, le cerf, les couches optiques sont beaucoup plus petites 
que chez l’homme, quoique chez ces animaux le nerf optique soit plus gros. Mais il 
existe une proportion entre la paire antérieure des tubercules quadri -jumeaux et le 
nerf optique. 

Willis, Collins, Haller, Blumenbach, Cuvier, Vicq-d’Azyr, etc., ont confondu la 
paire antérieure des tubercules quadri-jumeaux des oiseaux et des poissons avec les cou¬ 
ches optiques des mammifères. Chez les oiseaux et chez les poissons, les couches optiques 
et les corps striés sont situés dans l’intérieur des hémisphères, de même que chez les 
mammifères. Gr le nerf optique venant bien distinctement, chez les oiseaux, de la paire 
antérieure des tubercules quadri-jumeaux, on en pourroit déjà tirer la conséquence 
que, chez les mammifères , il doit avoir la même origine. 

Vicq-d’Azyr a le premier observé que cette paire antérieure des tubercules quadri¬ 
jumeaux, qu’il appelle les couches optiques, est creuse chez les oiseaux. Les oiseaux 
ayant la vue extrêmement fine, et les animaux mammifères dont le nerf olfactif est 
creux, se distinguant par la finessse de leur odorat, on voudroit en conclure que la 
perfection de ces deux sens est due à cette circonstance. 

Les canaux des systèmes nerveux de la colonne vertébrale qu’on montre par le souffle 
se continuant jusque dans les couches optiques, passent entre les tubercules quadri¬ 
jumeaux et les pédoncules. Par conséquent les tubercules ne sont que contigus et non 
pas adhérens aux pédoncules, et leur paroi antérieure est aplatie. Mais comme chez les 
oiseaux les deux tubercules antérieurs sont isolés, il paroît que chez eux la couche de 
la substance grise et des filets nerveux est roulée sur elle-même, et laisse un creux dans 
son intérieur. Ce creux ne semble donc pas plus établir une différence essentielle que les 
autres modifications que l’on observe dans le trajet ultérieur du nerf optique chez les 
différentes classes d’animaux. 

Parmi les anciens, et surtout parmi les anatomistes du seizième siècle, les uns disoient 
que les filets du nerf optique lui-même étoient creux ; d’autres pensoient qu’il y avoit 
dans l’intérieur de ce nerf une cavité ou un canal. On regardoit cette structure comme 
indispensable, pour que le spiritus visorius pût se transporter jusqu’aux yeux. Trois des 
plus célèbres écrivains de ce temps, Eustachi, Auranzi et Guidi, soutinrent cette opi¬ 
nion. Bérengar, Vesale, Faloppe, Columbus, la combattirent. Si l’on exprime des gaines 
des filamens nerveux la suhstance blanche, on peut^ injecter du mercure; ainsi que 
l’ont fait Reil et d’autres anatomistes. Reil cependant n’a pas, comme quelques auteurs, 
conclu de cette expérience que les filamens nerveux fussent creux. 

Nous avons déjà dit que les nerfs optiques reçoivent de la substance grise ( tuber 
cinereum ), au point de leur conjonction antérieure, un fort accroissement de filets 
nerveux. Quoique Vicq-d’Azyr et Sœmmerring parlent de filets nombreux que leur 


g/ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

envoie la lame interposée en avant de cette conjonctif, cette particularité avoit 
échappé à la plupart des anatomistes, tels que Portai, Sabatier, Cuv.er, etc. Comme 
on n avoit précédemment aucune notion de la loi du renfoncement successif des nerfs 
par la substance grise, on n’avoit pas non plus remarqué que le nerf optique, est beau¬ 
coup plus gros en avant de la conjonction qu’il ne l’est en arrière. 

L’appendice médullaire de forme conique qui va toujours en diminuant et dont Nœthig 
croyoit que l’origine se trouvoit dans le milieu de l’entrecroisement, n’étoit probable¬ 
ment que la prolongation infondibuliforme de la couche grise où les filamens blancs ont 
pu être plus distincts qu’ils ne le sont communément. 

Chez la plupart des animaux mammifères, les deux nerfs optiques passent dans les 
orbites, immédiatement après leur entrecroisement. Ils y ont, comme chez l’homme, 
un espace assez considérable pour se mouvoir en tout sens avant de percer le globe de 
l’œil un peu du côté intérieur relativement à l’axe, et dans le milieu relativement à la 
hauteur. 

Du nerf olfactif. 

Les anciens ne considéroient pas le nerf olfactif comme un nerf. Sprengel 1 fait voir 
que Haller et Portai se sont trompés lorsqu’ils ont cru que Zerbi 2 avoit reconnu le nerf 
olfactif pour ce qu’il est réellement. Cet auteur n’en parle que comme d’appendices 
mammillaires ou de papilles charnues d’une nature beaucoup trop molle pour qu’on 
pût les ranger parmi les autres nerfs , et servant à faire couler les mucosités des cavités 
du cerveau, ainsi qu’à recevoir les particules odorantes. C’est pourquoi il ne commen- 
çoit à compter les paires de nerfs que par le nerf optique. 

Achillini 3 et Massa 4 traitent expressément du nerf olfactif. Ce dernier auteur décrit 
son épanouissement dans là- membrane olfactive , et lui donne le nom de première 
paire. Malgré cela Yesale s’en tint avec les anciens aux mammelons charnus qui ne sor- 
tiroient pas du cerveau. Yarole et Piccoluomini ont ensuite décrit cette paire avec assez 
d’exactitude. Bartholin, Glaser, Spigel, Willis, l’ont regardée comme un véritable nerf; 
depuis lors cette manière de voir a été générale. Par une singularité bien étrange, quel¬ 
ques écrivains plus récens, tels que Slevogt \ Diemerbroek 6 , Collins, Cassebohm, etc., 
ont encore combattu cette opinion. Schneider et , de nos jours, Metzger, Scarpa et 
Sœmmerring se sont principalement occupés de l’étude de ce nerf. 

■ Versuch einer pradtischen Geschichte der Arzneikunde. Th. III. S. 588. 

* Anat.Tib. io. p. 125. 

3 Annotât, in Mondini, p. 14. 

4 Introd.'F. 87. "i 

5 Diss. de cerebri processu mammillari. 

' Anat. lib. III, c. 2, p. 338. 


DU SYSTEME NERVEUX. 


85 

Suivant Haller, Sabatier, Fodéré, etc., il prend naissance avec deux racines ; suivant 
Vicq-d’Azyr et quelques autres auteurs avec trois, et suivant Portai, Cuvier, Sœm- 
xnerring, etc., tantôt avec deux, tantôt avec trois. On s’accorde d’ailleurs assez géné¬ 
ralement à reconnoître qu’il tire son origine du cerveau. Willis ', Yieussens % Winslow 3 , 
Cuvier 4 , le font naître dans les corps striés. M. Chaussier appelle cette élévation couche 
du nerf ethmoïdal, de même qu’on avoit nommé les couches optiques d’après le nerf 
optique. Mais Sœmmerring 5 a remarqué depuis long-temps que chez plusieurs animaux, 
il n’êxistd aucune proportion entre le nerf olfactif et les corps striés. Cuvier, dans soir 
rapport sur notrè mémoire, a aussi fait la remarque que les dauphins et les marsouins 
ont des corps striés, quoiqu’ils soient privés du nerf olfactif. 

Le nerf olfactif est le seul qui permette de douter s’il ne prend pas sa première ori¬ 
gine dans les hémisphères. Mais même dans ce cas, il n’est pas la continuation de leur 
substance blanche. Il sort de la substance grise amassée dans la face inférieure des hémis- 
•phères. Il est certain que chez l’homme, ainsi que chez les animaux, c’est à la partie 
antérieure.,des circonvolutions internes des lobes moyens , que l’on aperçoit les pre¬ 
miers filamens de ce nerf ; ils sont déliés, mous, et paroissent pendant un assez long 
espace comme incrustés dans la substance • grise ; ils se rapprochent graduellement, et 
forment ordinairement les trois racines principales du nerf olfactif, dont l’intérieure , 
PI. IV-,.21, est plus court© et plus large que les deux extérieures, PI. IV, ig, 18. On 
peut suivre jusqu’au fond de 1^ scissure de Sylvius, la plus extérieure et la plus longue 
de ces racines, PL IV, 18. 

Chez l’homme, le nerf olfactif est considérablement renforcé par la substance grise 
placée à la réunion de ses racines. Il s’écarte au commencement des circonvolutions du 
lobe antérieur, PI. IV, a5-26, et se place dans le sillon le plus interne des circonvolu¬ 
tions antérieures inférieures., Il est encore accompagné dans tout son trajet par une strie 
grise très-distincte, qui continue à le renforcer graduellement. Au-dessus de l’os criblé 
il aboutit à une quantité considérable de substance pulpeuse , molle, grise, qui forme 
avec lui un bulbe, PL IV,- 25, un véritable ganglion. Ce nerf y acquiert un accroisse¬ 
ment tel qu’il sort en filets nombreux, par les ouvertures de l’os ethmoïde. 

Le nerf olfactif du singe et du phoque ressemble à celui de l’homme. Celui de la 
taupe prend presque entièrement naissance dans un amas de substance grise placé à la V 
face inférieure du lobe antérieur. Chez les amphibies ce nerf paroît naître uniquement 
de la partie antérieure des hémisphères. Chez les poissons, il naît de deux grands gan- 
1 glions situés en avant des hémisphères. » 

‘L.C. p. MO. 

* Nevrog. univ. Tab. XIV. 

’ Anat. y>. 216. 

4 L. c. p. 124. 

5 Him-und Rückenmark. Maynz, 1792. S. 83. 



gg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Dans la plupart des mammifères on voit naître, de la substance grise de la partie 
antérieure des circonvolutions internes du lobe moyen, PI. III, 26, une grande quan¬ 
tité de filets nerveux disposés en rayons. Ils se joignent à ceux qui viennent de la subs¬ 
tance grise de la face inférieure des circonvolutions antérieures, PI. III, !8, 19, 21,; 
et aident à former le nerf olfactif. Celui-ci forme une bande large et arrondie, reste 
adhérent au lobe antérieur, dirige son cours un peu en dedans jusqu’à ce qu’il arrive à » 
l’os ethmoïde où il rencontre encore une grande masse de substance grise dans laquelle 
il se renforce tellement qu’après sa sortie de l’os ethmoïde, il peut tapisser la sürface 
la plus considérable des cornets. 

Cette substance grise et les filamens nerveux forment, tout près de l’os ethmoïde, 
un bulbe allongé et arrondi, qui est fermé de tous les côtés* Pl. III, 23. Mais si l’on 
enlève la partie antérieure de ce bulbe, on s’aperçoit que tout l’intérieur du nerf olfactif 
est creux, Pl. III, 24. Sa couche blanche intérieure est en connexion immédiate avec 
la cavité antérieure du cerveau, de sorte qu’en soufflant dans le creux du bulbe, l’air* 
y pénètre très-aisément et gonfle les hémisphères. Nous ne doutons pas que toute cette. 
organisation n’ait aussi lieu chez l’homme. Collins, Glaser, Bohn , Slevogt et Willis 
partagent cettë opinion; Yieussens, Haller, etc., la combattent. Sœmmerring dit que 
dans les embryons de trois mois le nerf olfactif est creux et que l’air que l’on souffle 
par ce creux pénètre dans les cavités du cerveau. Cette expérience réussit* aussi, mais 
très-rarement, dans les sujets adultes. Elle s’accorde parfaitement avec la structure de ce 
nerf composé de lames étroites nerveuses placées les unes sur les ' autres. Si l’on fait 
réflexion que le nerf olfactif est extraordinairement gros chez les animaux mammifères, 
tandis que la masse des circonvolutions antérieures est peu considérable, et qu’au con¬ 
traire chez l’homme le nerf olfactif qui est très-petit doit être comprimé par la masse 
épaisse du lobe antérieur, on concevra aisément, pourquoi.il est si facile de souffler de 
l’air dans les cavités du cerveau des animaux, et pourquoi cette expérience est si difficile 
chez l’homme. Cet obstacle doit vraisemblablement être surmonté dans l’état de vie, si 
toutefois la cavité du nerf olfactif est essentielle à l’odorat. Nous voyons des exemples 
fréquens du phénomène du gonflement nerveux ( turgor nervosus ) dans des parties où 
après la mort il seroit difficile d’en soupçonner la possibilité. 

L’appareil extérieur dans lequel le nerf olfactif s’épanouit, diffère pour la grandeur, 
jde même que le nerf, et il est par conséquent beaucoup plus considérable chez les ani¬ 
maux mammifères que chez l’homme. Le nerf olfactif se ramifie dans la partie supé¬ 
rieure et moyenne de la cloison du nez; chez l’homme dans les deux cornets supérieurs, 
chez les animaux dans un plus grand nombre de cornets situés dans le haut du nez. 
La partie inférieure et antérieure du nez reçoit ses nerfs du nerf tri-jumeau. 

Des tubercules (juadri - jumeaux. 

On donne le nom de tubercules quadri-jumeaux à deux paires d’élévations arrondies 


DO SYSTEME NERVEUX. 


87 

situées immédiatement au-dessus et au-delà du cervelet, derrière les pédoncules du cer¬ 
veau. Dans l’homme la paire antérieure, ou plutôt supérieure, est un peu aplatie et 
grise à l’extérieur, PI. VI, n, n. Nous avons déjà fait voir qu’il en sort une large bande 
nerveuse, PL XV, p, qui appartient au nerf optique. Cet amas de substance grise est 
donc bien évidemment un ganglion ou un point de naissance du nerf optique. Le 
ganglion du côté droit est joint à celui du côté gauche par une bande transversale forte 
et large, PL VI, entre n, n, que nous regardons comme la conjonction ou la commis¬ 
sure du nerf optique. 

Il n’est pas vraisemblable que ce ganglion soit le point où le nerf optique prenne sa 
première origine, car chez les oiseaux les tubercules antérieurs sont séparés, et immé¬ 
diatement cohérens. avec les parties situées plus bas. Chez les animaux plus nobles, 
toutes ces parties sont tellement nombreuses et entrelacées les unes dans les autres que 
nous ne pouvons pas encore démontrer d’une manière évidente les premiers rudimens de 
ce nerf dans les parties inférieures. Mais nous ne doutons pas que cette découverte ne 
soit bientôt., complète ; parce qu’en poursuivant les canaux des systèmes nerveux de la 
colonne vertébrale on peut prouver que les corps quadri-jumeaux ne sont pas adhérens 
au cerveau , mais qu’ils tiennent par en bas aux parties inférieures. 

Nous ne saVons pas non plus exactement quelle est la destination de la paire posté¬ 
rieure ou inférieure des tubercules quadri-jumeaux. Ils sont d’une forme plus conique, 
plus élevée, plus arrondie, PL VI, VII, XI, o. La substance blanche y est plus exté¬ 
rieure, et la bande de conjonction les réunit visiblement, PL VI et VII entre o, o. Ici 
il n’est pas douteux que l’origine ne commence beaucoup plus bas. Chez les animaux 
dont la structure du cerveau est moins compliquée, par exemple chez la taupe , on 
aperçoit immédiatement à côté des pyramides un faisceau assez fort, qui va au-dessous 
de la bande tranversale»du nerf acoustique , et qui monté vers cette paire inférieure en 
passant par la protubérance annulaire. Ce faisceau y est renforcé par de nouveaux fila- 
mens qu’il reçoit de la substance grise, et sort par le bord antérieur extérieur de ce 
ganglion, sous la forme d’une bande assez large, forte et fibreuse. Cette bande se dirige 
en dehors et en avant, se joint avéc un petit amas de substance grise (corpus genicu- 
latum internum ), PL XV, T,„et s’y renforce encore. Elle passe ensuite sous le nerf optique 
qui, dans ce point,. forme une bande large, PL V, q-t. Il rie nous a>pas encore été 
possible de la suivre plus loin. 

. * ' * 

Ces faisceaux nerveux suivant la même direction que ceux du nerf optique , on pour- 
roit supposer qu’ils se prolongent clans la couche nerveuse à laquelle le nerf«blfactif se 
joint au point de son écartement. Mais l’anatomie comparée semble, au moins dans l’état 
actuel de nos connoissances, contredire cette opinion. Les dauphins et les marsouins 
chez qui l’on n’a pas encore pu découvrir de nerf olfactif, ont cependant cette paire des 
tubercules quadri-jumeaux. Mais on pourroit encore demander si ces animaux sont 
réellement privés de l’odorat, ou si leur nerf olfactif sort du crâne par une voie différente? 


gg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Dans le rapport ' de MM. les Commissaires de l’Institut, sur notre Mémoire, on 
admet que la paire postérieure des tubercules quadri-jumeaux et le corpus geniculatum 
inlernum sont beaucoup plus grands chez les animaux carnivores que chez les herbivores, 
et que cette particularité vient à l’appui de l’opinion relative aux rapports de ces tuber¬ 
cules avec le nerf olfactif. 

Mais le degré de développement du nerf olfactif n’a rien de commun avec le genre 
de la nourriture. Il n’est guères plus possible de prouver qu’il existe un rapport entre 
l’instinct de se nourrir de telle ou telle chose, et les tubercules quadri-jumeaux posté¬ 
rieurs. Ils sont, il est vrai, assez forts chez le lion, le tigre, le lynx et en général dans 
toute la famille des chats; mais ces animaux ayant en même temps la vue très-perçante, 
et un nerf optique très-fort, leurs tubercules antérieurs sont aussi très-grands. Les chiens 
au contraire dont le nerf optique est médiocre, ont les tubercules antérieurs petits, ce 
qui fait paraître la paire postérieure bien plus forte. Chez le mouton, PI. VII, n, o,le 
cochon, le bœuf, le cheval, les deux paires sont très-fortes. Les oiseaux dont plusieurs 
vivent de proie, ont la paire postérieure d’une dimension si petite, relativement à la paire 
antérieure, qu’il est très-difficile d’en découvrir des traces précises. 

Observations générales sur les systèmes nerveux traités dans cette section. 

Il est certain d’après ce que nous venons d’exposer que tous les systèmes nerveux 
traités dans cette section prennent naissance de la substance grise, et nullement de 
ce qu’on appelle la substance médullaire du cerveau. Il est en outre démontré que les 
divers systèmes nerveux n’atteignent pas d’abord leur perfection. Us sont tous renforcés 
et perfectionnés durant leurs cours. C’est à quoi la nature a pourvu par des appareils 
particuliers. 

Tantôt ils sont accompagnés plus ou moins distinctement dans tout leur trajet par 
la substance grise, comme le nerf olfactif jusqu’à son bulbe, et vont de cette manière 
toujours en grossissant, à mesure qu’ils s’éloignent de leur origine, ainsi que l’a si judi- 
cieusemeift observé Sœmmerring ; ce qui sert à expliquer l’apparence bigarrée des nerfs, 
et comment dans leur cours ils prennent la figure conique.,. 

Tantôt Jes nerfs rencontrent une ou plusieurs fois dans leur trajet un amas de subs¬ 
tance grile, soit en couche aplatie, comme au-dessus de l’entrecroisement du nerf opti¬ 
que, soit en forme de ganglion comme les tubercules quadri-jumeaux, le corpus genicu¬ 
latum intërnum et externum, le bulbe du nerf olfactif, d’origine du nerf acoustique chez 
les animaux mammifères. Dans l’un et l’autre cas la substance grise engendre de nou-, 
veaux filets nerveux. Ceux-ci s’unissent à ceux qui sont produits antérieurement, jusqu’à 
ce qu’enfin chaque système particulier ait atteint sa perfection. Les ganglions et les plexus 


EME 


:rveux. 


de ces systèmes doivent, de même que ceux des systèmes dont nous avons parlé précé- 
demmment, être considérés comme la source de nouveaux systèmes, ou comme des 
appareils destinés à les renforcer. 

Les nerfs qui sont si peu considérables à leur origine, s’épanouissent dans leurs appa¬ 
reils extérieurs, et se distribuent si abondamment, qu’on ne peut toucher aucun point 
de ces appareils sans rencontrer une fibre nerveuse. La peau' qui n’est qu’un tissu de 
nerfs et de vaisseaux occupe une surface infiniment plus étendue que celle de toutes 
les racines de nerfs réunies. De même la ramification des nerfs dans les muscles, l’épa¬ 
nouissement du nerf auditif dans les organes de l’ouïe; du nerf gustatif dans les pa¬ 
pilles de la langue, du palais, de la partie supérieure de l’oesophage et des lèvres; l’épa¬ 
nouissement du nerf olfactif dans le nez, et du nerf optique dans la rétine, occupent une 
surface bien plus étendue que celle de l’origine de ces systèmes nerveux. 

Les extrémités périphériques des nerfs ne sont pas nues dans les organes extérieurs de 
leurs fonctions. Toutes leurs ramifications sont enduites d’une substance mucjueuse dont 
la couleur varie. Telle est la substance muqueuse entre les fibres musculaires; le corps 
muqueux de la peau de Malpighi; la substance pulpeuse dans les papilles nerveuses 
de la langue; en partie la membrane muqueuse du nez; l’enduit muqueux de la rétine; 
le tissu mou et gélatineux dans le labyrinthe. 

Vicq-d’Azyr qui, de même que Haller, avoit observé cette particularité supposoit 
que cette substance étoit destinée à émousser les premières impressions sur les nerfs des 
sens. Mais cette substance enveloppe aussi les extrémités périphériques des nerfs dans les 
muscles où il n’y a point de premières impressions. Nous avons traité cet objet en détail 
dans nos observations sur le rapport de MM. les Commissaires de l’Institut 

Les appareils du perfectionnement des systèmes nerveux particuliers doivent être 
multipliés et perfectionnés à proportion que leurs fonctions sont plus nombreuses et 
plus parfaites. Moins par conséquent les appareils sont compliqués, plus on peut supposer 
que les fonctions sont simples. L’appareil le plus simple paroît être borné à l’extrémité 
périphérique des nerfs enveloppée de substance muqueuse. Chez les animaux, par exem¬ 
ple , dont l’organisation est peu compliquée, et qui cependant sont doués de l’ouïe, on 
ne trouve dans l’organe auditif d’autre appareil que le tissu mou et pulpeux. L’œil de 
l’écrevisse est certainement d’une structure plus simple que cbl ui des oiseaux. 

Cette différence existe non-seulement dans les appareils extérieurs, mais bien distinc¬ 
tement aussi dans les appareils préparatoires intérieurs qui sont nécessaires pour com¬ 
pléter l’ensemble d’un système. C’est ainsi que l’on découvre dans le nerf olfactif des 
mammifères une quantité de substance grise plus abondante et des renforts plus 


■P. 82 


23 


g 0 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

nombreux que dans le nerf olfactif des oiseaux. Chez l’homme et chez les mammifères 
les filets du nerf optique naissent à difïërens points de son cours et communiquent avec 
diverses masses du cerveau, tandis que chez les oiseaux et les poissons ils en sont abso¬ 
lument séparés. Noufe devons pourtant avouer que nos connoissances sont encore trop 
défectueuSes pour que nous puissions déterminer l’objet de chaque appareil particulier, 
et le degré de perfection des fonctions qui en seroit la conséquence. 

Les différens systèmes nerveux dont nous avons parlé dans cette section se dévelop¬ 
pent à des époques diverses chez les différens animaux. Chez les animaux qui naissent 
sourds et aveugles, tels que les chiens, les rats, etc., les nerfs acoustique et optique 
ne doivent pas à l’instant de la naissance être autant développés que chez le veau, le 
poulain, le perdreau, le poussin, etc. Les différens systèmes nerveux ne se développent 
pas non plus simultanément chez les individus de la même espèce. Chez l’homme les 
nerfs des muscles de l’œil et le nerf tri-jumeau sont déjà fibreux et fermes, et le nerf 
olfactif est grand et offre des filets bien distincts , tandis que les nerfs optique et acous¬ 
tique sembjpnt n’être encore composés en entier que de substance grise. 


SYSTÈME NERVEUX. 


SECTION V. 

De la différence des nerfs. 


Tous les physiologistes conviennent que les systèmes nerveux dont nous venons de 
parler ont des fonctions différentes ; mais on peut demander s’il faut chercher la 
cause de cette différence dans les nerfs mêmes, ou dans des circonstances accessoires. 

On voit quelques nerfs se distribuer dans le tissu vasculaire, et d’autres envelopper 
les artères de filets nombreux ; on parle de nerfs de sensation et de mouvement ; on 
attribue à chaque partie $ à chaque viscère une sensation particulière ; et cependant la 
plupart des physiologistes modernes avancent que les nerfs sont tous originairement 
semblables, et que la différence de leurs fonctions dérive des parties auxquelles ils appar¬ 
tiennent, ou de leurs appareils extérieurs. Comme l’on peut diviser un polype en plu¬ 
sieurs morceaux dont chacun devient un animal semblable au premier, peut-être a-t-on 
raison de penser qu’il y a une égalité parfaite dans toutes les parties du polype, ou que 
chaque partie forme un tout. Cette conclusion tirée de l’organisation des polypes qui 
est si simple, et où l’on n’a pas même encore découvert de nerfs, fut appliquée aux sys¬ 
tèmes nerveux nombreux et très-variés des animaux les plus parfaits. On les compara 
à un réseau qui, comme les débris d’un aimant, seroit composé originairement de 
parties homogènes et diversement liées entre elles. C’est ce qui fait penser à M. Cuvier ", 
^.<gue cette différence des fonctions doit être attribuée à la nature des organes extérieurs 
auxquels les nerfs vont se rendre, à la quantité de vaisseaux sanguins que reçoivent ces 
organes , à leurs ramifications, et à leurs - combinaisons , en un mot à une infinité de 
circonstances secondaires, plutôt qu’à l’essence intérieure des nerfs. 

Puisqu’il a été démontré que les différens nerfs ne dérivent pas d’une source unique, 
d’un tronc commun, on ne peut étayer une telle opinion sur aucune démonstration 
anatomique; au contraire l’anatomie la réfute complètement. Il y a une différence frap¬ 
pante entre les nerfs mous et rouges blanchâtres du système sympathique, et les nerfs 
durs et blancs de l’épine du dos; d’un autre côté, les fibres nerveuses délicates du cer¬ 
veau et du cervelet, se distinguent des nerfs de la colonne vertébrale, par leur blan¬ 
cheur et leur mollesse. Tous les nerfs différent entre eux par la variété de leur configu¬ 
ration. Ainsi les nerfs des sens ne se ressemblent nullement dans leur couleur, leur 
consistance, leur forme, et leur texture. Souvent les divers filamens du même nerf, 
sont très-visiblement dissemblables. Non-seulement les différens systèmes nerveux, mais 
aussi les filets du même nerf sortent de différens amas de substance grise, placée dans 


' L. c. p. 95. 








q 3 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

divers endroits. Les ganglions des différens systèmes sont plus ou moins nombreux, 
suivant que leur forme, leur consistance, leur texture et leur couleur varient. Toutes 
ces particularités restent les mêmes dans les mêmes nerfs; elles doivent donc avoir pour 
cause une différence primitive dans la structure intérieure, et être d’une nécessité essen¬ 
tielle pour la diversité des fonctions. C’est aussi ce qui fait dire aux auteurs 1 * qui com¬ 
battent cette différence par d’autres motifs : « Les parties analogues reçoivent constam¬ 
ment leurs nerfs de la même paire dans tous les animaux, quelle que soit la position 
de ces parties, quels que soient les détours que cette paire est obligée de faire pour s’y 
rendre. Les nerfs analogues ont toujours une distribution semblable; ils se rendent 
toujours aux mêmes parties. Mêmes les plus petites paires, celles dont la distribution est 
la plus bornée, ou qui pourroient être le plus aisément suppléées par les paires voisines, 
comme la quatrième et la sixième, conservent leur existence et leur emploi ». 

« Il semble assez naturel de conclure de là , que les nerfs ne sont pas entièrement, 
semblables entre eux, et ne conduisent pas par tout un fluide absolument identique, 
comme le font, par exemple, les artères; mais qu’il y a dans la structure de chacun 
d’eux, dans leur manière d’agir, dans leur action sécrétoire, quelque particularité rela¬ 
tive aux fonctions et à la nature de l’organe qu’ils vont animer. C’est surtout sous ce 
rapport que la comparaison détaillée des nerfs dans les diverses classes peut intéresser 
le physiologiste ». 

Cette règle admettroit de nombreuses exceptions, si plusieurs relations des physiolo¬ 
gistes sur l’origine des nerfs dans différens animaux étoient exactes; si, par exemple, 
dans les poissons le véritable nerf auditif étoit simplement une branche de la cinquième 
paire % et si, dans la taupe, le nerf optique et le nerf du museau sortoient de la même 
racine 3 . Mais de même qu’on nous présente avec confiance l’anatomie des nerfs des 
plus petits insectes, de même on avance 4 avec assurance que les circonvolutions du 
cerveau manquent entièrement dans plusieurs espèces de la famille des chiens , que les 
animaux mammifères n’ont point de corps olivaires ni pyramidaux, et que leur cer¬ 
velet consistant, à ce qu’on prétend, presqu’uniquement dans le processus vermiforme, 
n’offre point de noyau médullaire ou ganglion. S’il est possible qu’on se méprenne aussi 
grossièrement sur de grands animaux, on doit se fier d’autant moins à des recherches 
plus délicates, que leurs résultats sont plus en contradiction avec les lois constantes de 
la nature. 

Les principes physiologiques viennent encore à l’appui des principes anatomiques 
qui servent à prouver la différence des nerfs. On convient que les appareils extérieurs 
communiquent aux nerfs des irritations différentes ; mais si tous les nerfs sont de même 

1 Cuvier, 1. c. p. 192. 

* Treviranus , Biologie derlebenden Natur. B. 1, S. 271. 

5 Idem. S. 204. . 

4 Idem. S. 454. 


EUX. 


93 

nature, comment se fait-il que ces différentes impressions de leur extrémité périphéri¬ 
que soient transmises au cerveau, sans altération ? Les impressions du nerf optique ne 
doivent-elles pas être transportées autrement que celles du nerf auditif ou du nerf olfac¬ 
tif ? Que le mode de communication soit le même, mais seulement plus fort pour un 
sens, et plus foible pour un autre; alors, comme le dit fort bien Sœmmerring *, les 
perceptions des impressions seroient les mêmes dans le cerveau, elles seroient seulement 
plus fortes ou plus foibles ; conséquemment elles ne différeroient pas dans leur essence. 
Cette différence dans le mode de propagation en nécessite donc une dans la structure 
intérieure des nerfs. La même règle doit s’appliquer à tous les nerfs, à quelques fonctions 
qu’ils appartiennent dès qu’ils sont destinés à propager des impressions déterminées ou 
spécifiques. 

La structure intérieure des nerfs doit aussi différer lorsqu’ils doivent agir différem¬ 
ment sur des parties diverses. La sécrétion de la salive, du suc gastrique, de la bile, de 
la semence , des larmes, et les différentes irritabilités de toutes les parties, exigent abso¬ 
lument des actions différentes , et conséquemment des nerfs différens. 

C’est ce qui fait que les mêmes nerfs des sens peuvent exercer leurs fonctions spé¬ 
ciales par les seules irritations intérieures, et sans le concours du monde extérieur. Les 
sensations que nous avons dans les songes, sont les mêmes que celles qui sont produites 
par le monde extérieur. Un homme qui a perdu la vue, rêve qu’il voit; on croit en¬ 
core ressentir de la douleur dans un membre amputé ; l’affluence du sang vers l’œil, 
fait voir des flammes et des objets brillans; vers l’oreille, elle y excite des tintemens et 
des bourdonnemens; sur la surface de la peau, elle nous fait rêver que nous sommes 
dans un bain tiède ; un coup sur l’œil, le contact de deux métaux différens dont on 
applique l’un sur la lèvre supérieure, et l’autre sous la langue, occasionne un éclair*; 
enfin, les illusions des sens dans les maladies dérivent toutes de causes intérieures. 

On doit induire de tous ces phénomènes que l’organisation particulière de chaque 
nerf est la cause propre de son irritabilité ou de sa sensibilité particulière. 

« Mais, objecte-t-on 3 , la plupart des nerfs sont à la fois nerfs des sensations, et or¬ 
ganes du mouvement. Les deux fonctions sont différentes, opposées mêmes; cependant 
elles ont lieu dans le même organe sans se troubler l’une l’autre, et sans occasionner la 
moindre confusion : on observe cette différence jusques dans les nerfs des sens. 

« La branche maxillaire inférieure de la cinquième paire est non-seulement un organe 
de mouvement pour plusieurs muscles, surtout de la face, mais elle est en même temps 
l’organe du goût. Le nerf lingual de cette branche se ramifie aussi bien dans les papilles 

■ L. c. p. 246. 

* Comparez Cuvier, 1. c. p. io5 et suiv. 

3 Kessler, Prüfung des Gall’schen Systems. Jena. i8o5. S. 5o. 


24 


que dans les muscles de la langue. Il en est de même du glossopharyngien. Par Consé¬ 
quent les mêmes nerfs donnent à la langue le mouvement et la sensation du goût ; 
ces deux fonctions sont donc réunies dans le même moment sans s interrompre ni se 
gêner mutuellement; ce qui devroit avoir lieu, si un seul organe ne pouvoit pas remplir 
des fonctions différentes. C’est aussi ce qui existe dans les nerfs des bras qui effectuent 


la sensation et le mouvement *. 


Avant de répondre catégoriquement à cette objection, nous observerons qu’elle sup¬ 
pose démontré ce qui ne l’est pas, savoir : que la sensation et le mouvement s’effectuent 
par les mêmes filamens nerveux. Le nerf que l’on a coutume de regarder comme simple, 
a, dès son origine, reçu ses fdamens de différens points : par exemple la cinquième 
paire naît de* trois endroits différens, avec trois racines principales entièrement diffé¬ 
rentes. Les nerfs olfactifs et optiques des animaux mammifères reçoivent leurs fibres 
successivement dans un long trajet, et c’est ainsi que tous les nerfs naissent dans une 
étendue, plus ou moins grande; c’est peut-être ce qui explique les nombreuses modifica¬ 
tions qu’un nerf peut recevoir. Nous voyons plus d’une couleur, et nous entendons plus 
d’un son. Dans un animal les filamens nerveux sont sensibles à certaines particules odo¬ 
riférantes, dans un autre ils sont destinés à en recevoir d’autres. C’est aussi par là que 
nous concevons pourquoi la vue, l’ouïe, l’odorat, peuvent exister pour certaines impres¬ 
sions seulement, et cesser pour d’autres. Si, lorsqu’il est question de sensation et de 
mouvement, on vouloit s’en tenir aux mêmes idées, il seroit difficile à nos adversaires de 
démontrer que les fibres de chacune de ces fonctions, ont la même structure et les 
mêmes propriétés. Le nerf lingual lui-même ne sert, suivant Sœmmerring ', qu’au mou¬ 
vement de la langue et il ne se ramifie que dans les muscles ; c’est pourquoi l’on peut 
quelquefois perdre le goût, quoique la langue conserve son mouvement. Ainsi les faits 
anatomiques sur lesquels se fonde l’objection, manquent d’exactitude. 


Cependant nous convenons que le même filament nerveux possède les deux facultés 
de sensation et de mouvement; mais nous ne voyons pas pourquoi ces deux fonctions 
seroient opposées. Dans cette manière de voir , la faculté de l’irritabilité et celle du 
mouvement seroient également opposées l’une à l’autre. Nous croyons plutôt que l’on ne 
peut supposer aucun mouvement sans irritabilité, de même que l’irritabilité ne devient 
phénomène visible que par le mouvement. C’est ainsi que l’altération moyennant laquelle 
la sensation s’opère, suppose toujours un mouvement préalable, et de cette manière ces 
deux opérations non-seulement ne sont pas opposées, mais la première ne peut exister 
sans la dernière. Si l’on ne comprenoit sous le nom de mouvement que celui qui a lieu 
dans les muscles, les nerfs ne seroient plus alors le siège de la faculté de mouvement ; 
ils n’en seroient que les simples conducteurs, comme hors du cerveau ils sont non pas 
le siège de la sensation, mais seulement les conducteurs d’une altération dont le cerveau 
a la perception, ce qui constitue la sensation. 


DU SYSTÈME NERVEUX. g 5 

La principale erreur que renferme l’objection citée, vient de ce que l’on nous impute 
plus d’assertions que nous n’en avons avancées , et que l’on a négligé la différence qu’il 
y a entre les facultés ou fonctions communes des nerfs et leurs fonctions ou facultés 
particulières. Tous les nerfs , de même que tous les corps , toutes les plantes, tous les 
vaisseaux et toutes les fibres ont certaines qualités communes ou générales ; d’autres 
qualités, au contraire, sont particulières ou spéciales à chaque corps, à chaque plante, 
à chaque nerf, etc.; toutes les parties des plantes, et tous les viscères des animaux pos¬ 
sèdent plusieurs qualités communes, quoique chaque partie, chaque viscère remplisse 
son emploi particulier. 

De même l’irritabilité et la faculté de produire des sensations et du mouvement 
appartiennent à tous les nerfs, au moins dans les animaux supérieurs. Mais en outre 
chaque nerf a ses fonctions spécifiques, de même que chaque viscère et chaque partie 
d’une plante. Tous les nerfs des sens sont irritables ; tous servent à la sensation et au 
mouvement; mais ledrs fonctions spéciales ne sont rendues possibles que par des condi¬ 
tions particulières. Si nous rencontrons une classe d’animaux, privée d’un certain nerf 
de sens, nous voyons en même temps que les fonctions de ce nerf ne sont suppléées par 
aucun autre système. Et à quoi' serviroit qu’un nerf eût constamment la même origine, 
le même cours, en général la même organisation ? pourquoi un appareil extérieur ne 
reçoit-il pas ses filets nerveux tantôt d’une branche nerveuse voisine, tantôt d’une autre? 
à quoi bon des appareils si nombreux, dès que la nature , toujours économe, eût pu 
atteindre son but avec un seul ? Pourquoi un sens entier est-il anéanti, lorsque le seul 
nerf optique, ou le seul nerf auditif est détruit ? La nature n’auroit-elle pas pu remé¬ 
dier à cette perte, par les nombreuses communications des différens filets nerveux, de 
même qu’elle remédie par de semblables anastomoses des vaisseaux à la stagnation de la 
circulation du sang ? 

Une hypothèse très-singulière est celle que nous allons rapporter, et dont on veut se 
servir pour démontrer que chaque nerf peut remplir les fonctions d’un autre : « De 
même, dit-on, que dans l’inflammation les vaisseaux capillaires sont métamorphosés en 
artères, et que dans la suppuration ils deviennent des organes sécrétoires d’un ordre plus 
élevé; de même dans le vomissement la partie supérieure du canal intestinal qui 
d’ailleurs n’est qu’un organe d’ingestion devient un organe die gestion. De la même 
manière on peut démontrer que toutes les maladies ne sont que de pareilles métamor¬ 
phoses individuelles. Il résulte donc évidemment de ceci non-seulement la possibilité de 
la transmutation d’une fonction particulière, mais encore l’unité de toutes ' 

Les médecins ont cru jusqu’à présent que les fonctions des diverses parties, par exem¬ 
ple, la nutrition, la sécrétion, etc., pouvoient être troublées par l’altération des fluides, 
ainsi que par le dérangement des solides; lorsqu’ils observoient des sueurs de sang, des 


1 Kessler, 1. c. S. 54- 




gg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

ébullitions chroniques, des ulcères, etc., ils ne croyoient pas que ces phénomènes étoient 
seulement produits par une métamorphose, ou par une sécrétion transmuée. 

Cependant pour nous prêter à l’esprit de cette hypothèse, admettons pour un instant 
que le nez puisse être métamorphosé en un organe du. polype, l’œil en un organe de 
cataracte, ou de staphylome, les mamelles en un organe de cancer ; convenons qu’ 0n 
ne meurt de la pulmonie que parce que les poumons sont devenus l’organe sécrétoire 
du pus ; croyons même que dans la folie le cerveau est transformé en organe de la dé¬ 
mence * on ne doit pourtant pas oublier que toutes ces métamorphoses contre-nature 
n’ont lieu que dans l’état de maladie. Or en physiologie, il ne peut être question que 
des fonctions naturelles des parties dans l’état de santé ; par conséquent tant qu’on ne 
nous démontrera pas que le foie est devenu l’organe sécrétoire des urines, et que les reins 
ont été changés en organe sécrétoire de la bile, que le cerveau marche, et que les pieds 
pensent, nous persisterons dans notre opinion que cette théorie des métamorphoses est 
absolument nulle. 

Selon quelques-uns la nature uniforme de tous les nerfs est incontestablement prou¬ 
vée, parce qu’un nerf quelconque peut prendre et remplir les fonctions particulières 
d’un autre. Des voleurs, en frappant un malheureux, lui firent sauter les yeux hors de 
la tête. Les coups qu’il avoit reçus donnèrent, nous dit-on, une telle exaltation à son 
système nerveux, que, parla suite, il voyoit tout très-distinctement par le nez. Si quel¬ 
ques lecteurs étoient assez téméraires pour révoquer ce fait en doute, nous les invitons 
à jeter un coup-d’œil sur les annales du magnétisme animal 1 

Ce sujet est, nous le savons, aussi délicat que l’étoient autrefois les procès des sor¬ 
ciers ; mais puisque nous avons le malheur d’être forcés de faire la guerre à tant d’opi¬ 
nions reçues, et que plusieurs physiologistes ont adopté dans leurs écrits, et conséquem¬ 
ment dans leur doctrine, le magnétisme avec tous ses effets merveilleux, il nous semble 
que c’est ici le lieu de présenter plutôt quelques-unes de leurs opinions, que de nous 
imposer la tâche fastidieuse et oiseuse de les réfuter. 

Les points principaux du magnétisme animal portent ou sur un excitement gradué 
des nerfs, ou sur l’uniformité de leur nature. Mais laissons parler les croyans eux- 
mêmes, parce que leur langage est trop mystérieux pour que nous ne risquions pas de 
présenter plusieurs de leurs idées sous un faux jour. 

Kessler 1 dit en faveur de son opinion : « Si chaque organe a sa fonction particu¬ 
lière , et ne peut pas exercer celle d’un autre; s’il n’y a point d’unité entre eux, mais 
si chacun d’eux est indépendant de l’autre, d’où vient que les personnes qui se trouvent 
dans le plus haut degré du sommeil magnétique, dans le somnambulisme, et qui ont 


* L. c. p. 46. 


♦ DU SYSTÈME NERVEUX. ÿj 

tous leurs sens entièrement fermés, exercent toutes les fonctions des sens par la seule, 
région épigastrique; qu’ils voient, qu’ils entendent, etc., très-clairement par le moyen 
de cette partie, et qu’en général ils ont par là non-seulement toutes les perceptions de 
l’ensemble des sens, mais qu’ils les ont à un degré de finesse beaucoup plus marqué 
que dans l’état de veille ? Or, dans ce cas, des organes qui ne sont pas destinés aux 
fonctions des sens sont transformés en véritables organes des sens ; et en même temps, 
cet organe, cette partie unique exerce non pas une seule fonction, mais celles de tous les 

sens. D’où vient encore, que chez les somnambules, les extrémités des doigts qui 

ordinairement ne sont que les organes du toucher, peuvent devenir organes de la vue , 
puisque çes sortes de personnes lisent avec leurs doigts l’écriture la plus fine )J ? 

M. Walther 1 , professeur à Landshut, s’exprime ainsi : « Le caractère propre du 
système nerveux , est l’expression de la totalité, la représentation de l’ensemble dans le 

particulier. Tout le système nerveux est une identité et une totalité.Si l’on examine 

le système nerveux dans le moment de l’identité et de la conformité, c’est une trans¬ 
parence pure sans aucun nuage, une expansion infinie, sans bornes ni obstacles. Tel est 
le sens universel *. 

« La veille et le sommeil, dit-il *, ne sont pas les deux seuls états de la vie humaine. 
Il en est un troisième qui n’est ni veille ni sommeil, mais qui est l’un et l’autre, et offre 
par conséquent le phénomène le plus immédiat du prototype de la vie, c’est le som¬ 
meil magnétique. 

« Si le sommeil naturel est une communication plus intime de notre ame avec l’ame 
universelle du monde, et que par cette raison elle est alors plus retirée du corps ; si d’un 
autre côté, dans l’état de veille, notre ame est plus étroitement et plus intimement unie 
avec le corps, et si dans les mêmes proportions elle s’isole, et se sent dans un plus 
grand éloignement de l’ame du monde, de sorte que la conscience repose sur une telle 
séparation : dans le sommeil magnétique, au contraire, notre ame est unie de la manière 
la plus intime à l’ame du monde, et en même temps au corps ; à celui-ci, non par 
l’intermédiaire seul du système nerveux, mais immédiatement dans toutes ses parties 
et tous ses membres, de sorte que la vie n’est plus une particularité, mais la vie 
originelle. 

« Les principales propriétés du magnétisme animal sont les suivantes : deux per¬ 
sonnes , mises en rapport, se trouvent dans la communauté d’action la plus intime, 
de sorte que dans les deux individus il n’y a qu’une ame, et tandis que l’essentiel seul 
reste, tout ce qui est accidentel et qui les sépare ou les désunit n’existe plus. A la vérité, 
il se manifeste d’un côté un rapport actif, et de l’autre un rapport passif ; le magnéti- 

' Phys. tom.II, p. 244- 
* L. c. p. 362 etsuiv. 


5 






g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

seur donne, la magnétisée reçoit; mais ces deux rapports peuvent changer dans un 
instant, et le somnambule peut magnétiser le magnétiseur. De même le magnétisme 
animal n’est pas le résultat de l’action d’un individu sur un autre, par exemple de la 
manipulation; mais pour qu’une telle influence soit possible, il faut que le magnétisme 
préexiste déjà. 

« Magnétiser, c’est transporter dans un individu le pur positif, et y anéantir le 
négatif. Plus l’anéantissement du négatif est complet dans la magnétisée, plutôt le 
positif véritable s'éveille en elle; ce positif est profondément endormi en nous lorsque 
nous croyons veiller; on n’en a quelque foible lueur que dans la verve poétique et 
dans les vraies contemplations philosophiques. 

« Le second attribut du magnétisme animal est la clarté de l’intérieur et la mixtion 
totale de lame et du corps. Aussitôt que ce .degré est atteint, tous les objets, et même 
l’ame et le corps cessent, ainsi que toute condition et toute restriction de la connois- 
sance, qui ne peut avoir lieu que par une union déterminée de notre ame avec notre 
corps, et conséquemment par l’arrangement de nos sens. Chaque connoissance est alors 
une sensation immédiate. La somnambule regarde toutes les parties de ,son corps , de 
même que par le moyen de ses yeux; ainsi le somnambule naturel, chez lequel le 
somnambulisme est né d’une manière différente, voit les yeux fermés, et certainement 
pas au travers des paupières. 

« Le degré le plus élevé est la clairvoyance : alors le temps et l’espace qui ne sont 
que des conditions des connoissances qui nous viennent par les sens, ne restreignent 
plus la connoissance de la clairvoyante. Alors aussi le rapport avec le magnétiseur de¬ 
vient plus intime. La clairvoyante voit aussi distinctement dans l’intérieur du magné¬ 
tiseur que dans son propre intérieur : mais, comme l’observe Tardi, c’est ce même 
état vague çt illimité qui nécessite les questions réitérées que l’on adresse à la clair¬ 
voyante pour fixer ses regards sur les parties individuelles. Le magnétisme n’a que ces 
trois degrés : le calme, la clairvoyance, et enfin un troisième degré où tout est lumière 
et clarté, ou la jouissance de la magnétisée est la plus pure béatitude B . 

Quiconque est convaincu de toutes ces rêveries merveilleuses, et surtout les comprend, 
a le droit de dire qu’une telle doctrine exerce l’influence la plus importante sur l’en¬ 
semble de la science de la nature. 

L’estimable Reil ', après avoir parlé du système des ganglions du bas-ventre comme 
pouvant devenir conducteur des sensations, passe au magnétisme et s’exprime ainsi : 
« La transition du semi-conducteur à l’état de conducteur paroît être soumise à moins 
de difficultés dans l’organisme que dans la nature morte ; il peut même s’établir une 


* Archiv fur Phys. B. 7, St. 2, S. 232. 


Dü SYSTEME NERVEUX. gg 

telle communication entre le magnétiseur et le magnétisé, que srle premier mâche 
du poivre , le second en aura le goût. Ici l’objet n’a aucun contact avec le magnétisé ; 
c’est son cerveau qui produit immédiatement de lui-même le monde extérieur, et est 
excité par une conduite étrangère, de même que par ses propres sens. Dans le som¬ 
nambulisme artificiel et spontané, l’excitabilité est enlevée à certaines parties, elle est 
portée à d’autres où elle est restreinte. Les congestions de l’excitabilité se forment 
surtout avec une grande facilité dans le plexus solaire qui devient en même temps trans¬ 
parent pour ce qu’il voit en lui, et capable de percevoir les impressions, qui autre¬ 
ment ne sont reçues que par les sens ; alors le corps est purifié et devient spirituel. 
C’est ainsi que le nerf frontal lorsque sa tige a, dans l’obscurité, été frappée d’une 
étincelle électrique, devient lumineux pour l’individu qui l’aperçoit, ainsi que toutes 
ses branches, comme un corps transparent, sans cependant pouvoir l’amener devant 
ses yeux. La lumière s’accroît en même temps que la vië augmente, et par l’effet de 
la prépondérance de la pesanteur qui gagne toujours, disparoît à l’instant de la mort. 
Dans l’état ordinaire, le nerf ne se sent pas lui-même; il reçoit simplement les im¬ 
pressions à ses extrémités et les transmet au cerveau ; dans le somnambulisme il devient 
• lumineux dans tous ses points, et perceptible pour lui-même. Les magnétisés sont en 
état de connoître, par le sens universel, la configuration de leur intérieur , de même 
que s’ils le regardoient par le moyen de leurs sens extérieurs. Ils disent qu’ils sentent 
les parties lorsque la perception est moins distincte; et qu’ils les voient, lorsque la 
perception est très-distincte. Un malade décrivit les viscères de sa poitrine et de son 
bas-ventre, et aperçut la moelle épinière, le nerf sympathique et le plexus solaire comme 
des filamens blancs et des endroits clairs. D’autres ont entendu des sons si foibles que 
personne ne pouvoit les entendre; d’autres, ayant les yeux fermés ont aperçu des objets, 
et surtout des hommes , quoiqu’ils fussent dans un autre appartement ; ils prédisoient 
quelles personnes dévoient entrer dans la maison, et ils ne. se trompoient jamais. Le 
magnétiseur se gratte, et la magnétisée sent une démangeaison au même endroit, le 
premier tousse, se pique, la seconde tousse de même et sent la piqûre; enfin le magné¬ 
tiseur prend dans sa bouche du vin et du poivre, et tous deux en ont le goût, La 
magnétisée distingue l’eau commune de l’eau magnétisée, pronostique la naissance et 
la durée des accès de sa maladie, indique les moyens de la combattre ; et ce qui est 
remarquable, lorsque la crise du somnambulisme est passée , l’homme en santé ne sait 
rien de son état de somnambulisme, et vice versa le somnambule ne se ressouvient que 
de ce qui lui est arrivé comme somnambule. Dans le même individu cohabitent deux 
personnes dont chacune a la mémoire particulière des choses qu’elle a éprouvées K 

C’est ainsi que l’esprit humain tourne toujours'dans le même cercle. Déjà Platon et 
Socrate avoient enseigné, qu’originairement les âmes sayoient tout, quelles jouissoient 
d’une communication intime avec l’ame universelle,du monde;.et que les seuls liens 
du corps les empêchoient d’avoir le libre usage de leurs connoissances ; par conséquent 
apprendre, ne seroit qu’acquérir la conscience des idées innées, à mesure que l’organisa¬ 
tion le permettroit. En supposant que le corporel se purifie et devienne spirituel, que le 


100 ANATOMIE ET PHÏSIOLOGIE 

cerveau produise immédiatement hors de lui-même le monde extérieur, et puisse être 
excité par un conducteur étranger comme par ses propres sens ; si dans le sommeil 
magnétique, notre ame est immédiatement unie avec l’ame du monde ; aucun des 
innombrables récits des magnétiseurs, tous si incroyables, ne peut plus être révoqué en 
doute. Ce n’est qu’une bagatelle d’entendre une pauvre paysanne, née très-loin de la 
haute Saxe, parler le dialecte allemand de cette contrée dans toute sa pureté et avec 
toutes ses inflexions; de voir une autre paysanne grossière, qui ne savoit pas lefrançois, 
lire correctement et comprendre un livre écrit en cette langue, et appliqué sur son 
estomac. Lire avec les doigts, savoir à quel endroit du cadran se trouve l’aiguille de la 
montre que j’ai dans ma poche, voir à travers les murs et les maisons, apercevoir de 
loin l’individu qui doit entrer dans le logis ; voilà autant de choses merveilleuses qui 
s’expliquent par la communication intime avec l’ame universelle du monde. 

Nous voyons par là que si jamais on a enseigné une grande vérité, c’est la doctrine 
de la prédestination et de l’harmonie préétablie. Le magnétisme prouve d’une manière 
péremptoire que tout ne s’enchaîne pas seulement dans l’univers, mais que tout y est 
même achevé. Le dialecte de la haute Saxe, la langue françoise, ma montre, la visite 
d’un étranger, la lettre d’un amant que vous croyez si bien cachée dans votre sein, sont 
des chaînons du monde aussi nécessaires que le soleil est nécessaire dans l’univers. 
Maintenant dites-nous ce qui peut encore être caché pour nous dans le monde passé, 
présent et futur ? 

Peut-être se trouvera-t-il quelqu’un d’un esprit assez borné pour élever des doutes 
sur l’exactitude de ces faits imprimés; nous y opposerons les propres expressions d’un 
partisan du magnétisme animal, homme très-expert : « Je n’alléguerai pas ici, dit 
M. Kessler ’, une multitude de preuves, et le témoignage authentique d’hommes très- 
croyables; je ne citerai que des choses que j’ai eu l’occasion réitérée d’observer , et de la 
vérité desquelles chacun peut fréquemment se convaincre par sa propre expérience; c’est 
pourquoi la prétention de décider en pareille matière par le raisonnement ne peut 
être regardée qu’avec mépris. Car si nous examinons seulement ce qui est le plus rap¬ 
proché de nous dans les circonstances de vie que nous venons de décrire, nous y trou¬ 
verons assez de preuves pour démontrer la possibilité des fonctions les plus différentes 
dans le même organe. C’est un fait très-ordinaire, et l’expérience la plus simple nous 
offre le phénomène que, dans le sommeil magnétique, ce n’est point par les oreilles, 
moyennant l’intermédiaire de l’air, que le somnambule entend les paroles du magné¬ 
tiseur, mais par le contact immédiat du pouce de celui-ci. Un autre phénomène 

connu, c’est que les somnambules, sans se trouver précisément dans cet état par le 
moyen du magnétisme, peuvent voir très-distinctement les yeux fermés, et évitent très- 
adroitement tous les obstacles qu’ils rencontrent, non-seulement ceux qui leur sont 
connus,préalablement par l’état de veille, mais ceux même qui sont le plus inattendus ». 


• L. c. p. 48. 



DU SYSTEME NERVEUX. ÎO1 

Nous nous garderons de demander si, lorsque le magnétiseur touche avec le pouce 
une partie du magnétisé, il lui bouche les oreilles, ou s’il pense seulement ce qu’il 
veut lui dire ? Nous ne demanderons pas non plus si cest une expérience bien réelle 
que celles des somnambules qui, les yeux fermés, auroient évité les obstacles les plus 
inattendus, dans un lieu totalement inconnu ? Nous savons qu’on peut se rappeler en 
songe la position et l’arrangement des choses qui sont connues; que les aveugles peu¬ 
vent , par un long exercice, sentir le voisinage d’un mur, d’un arbre ; nous connois- 
sons même des somnambules qui voient les yeux ouverts, de même qu’on peiÿ enten¬ 
dre par les oreilles durant le sommeil et le somnambulisme. Les bons physiologistes 
ont-ils donné quelque attention à ces particularités, lorsqu’ils ont examiné les prétendus 
faits nombreux qu’ils citent ? 

Mais ce que le professeur Walther dit du sommeil répand le plus grand jour sur ce 
sujet : « Le sommeil est une communication intime de notre ame avec lame univer¬ 
selle du monde „ et conséquemment un isolément plus complet du corps ». Doit-il alors 
encore coûter à notre ame, lorsque nous croyons dormir, de planer dans les nues, de 
voyager en quelques minutes par monts et par vaux ; de revenir chez soi après avoir 
triomphé d’une bande de voleurs; de tirer de la roue de fortune le but de tous.ses 
vœux ; ■ de se jeter sans risque dans les bras de sa bien-aimée ? C’est ainsi que dans le 
sommeil l’ame du cheval va pâturer dans les prairies les plus grasses, et que celle du 
chien va à la chasse. Qui pourra trouver mauvais que quelquefois notre ame s’amuse, 
suivant son habitude dans l’état de veille, à un mélange confus d’idées et de sentimens 
bizarres ? 

Tout est possible aux purs esprits, mais leurs décrets sont impénétrables. Aussi ne 
nous permettrons-nous pas de demander comment notre ame est en même temps unie 
intimément au corps et à l’ame du monde, et peut en même temps être resserrée 
dans la prison la plus étroite, et dégagée de tous ses liens ? comment, si lame du 
magnétiseur se confond dans celle du magnétisé, ces deux âmes peuvent ensuite se sé¬ 
parer l’une de l’autre ? pourquoi famé, en s’éveillant de l’extase de la béatitude, doit 
être nécessairement punie par l’oubli total de cet état heureux ? pourquoi ce n’est qu’à 
force de questions importunes, de peines et de difficultés qu’on peut lui arracher quel¬ 
ques indices de la science universelle ? En outre, puisque dans le somnambulisme elle 
voit toutes les parties du corps comme avec les yeux, et que les nerfs paroissent lumineux 
dans tous les points, et deviennent visibles par eux-mêmes ; puisque les magnétisés sont 
en état de reconnoître la forme de leurs parties intérieures comme s’ils les regardoient 
avec leurs sens extérieurs , et puisque les physiologistes ne manquent ni de curiosité, 
ni de l’art de questionner : c’est vraisemblablement parce qu’étant élevée au-dessus de 
de toute conscience, elle ne veut pas s’occuper des choses terrestres; car quoiqu’on 
magnétise depuis long-temps, ce n’est malheureusement que par la voie longue et pénible 
de l’expérience qu’il faut chercher les connoissances réelles. On voit d’ailleurs que ce 
sont des âmes féminines très-condescendantes qui se prêtent toujours aux projets, aux 
i. 26 


! 03 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

préjugés du magnétiseur et à ceux du pays qu’il habite; ce sont elles qui indiquent 
aux physiologistes les viscères de la poitrine et du bas-ventre, la moelle epiniere, le 
nerf sympathique et le plexus solaire ; aux médecins humoristes les obstructions et les 
acrimonies ; aux Stolliens les inflammations occultes ; aux Browniens 1 asthénie et l’hy- 
persthénie ; ce sont-elles qui révèlent à l’un le vin, le quinquina et 1 éther, a un autre 
l’émétique, le purgatif, les caïmans et le moxa. O exces de complaisance !..... Vous , 
Galien, Vesale, Faloppe, Eustachi, Harvey, Haller, etc., seroit-ce à une clairvoyante 
que voqs seriez redevables de votre gloire ! 

Après avoir exposé toutes ces vérités démontrées .par les magnétiseurs allemands, il 
seroit ridicule d’accorder moins de confiance aux récits de physiologistes françois. Con¬ 
formément aux lois invariables de la nature, les femmes et les filles doivent être sus¬ 
ceptibles de ravissement et d’extase en France, de même quelles l’avoient été entre 
les mains des étudians et des docteurs de Vienne, de Halle, de Dresde, de Brème, dé 
Hambourg, etc. Du grand nombre des faits connus et remarquables, nous ne citerons 
que celui dont parle Dumas % en ces termes : « Quant aux irrégularités, aux anoma¬ 
lies dépendantes de l’état maladif, elles sont en grand nombre, et se diversifient à l’in¬ 
fini ; elles se manifestent surtout dans les affections cérébrales et nerveuses, comme la 
manie, la frénésie, l’hydrophobie, le tétanos et l’hystérie. Mais je n’en connois pas de 
plus merveilleuses, de plus inconcevables, que ce transport des sens à l’orifice de l’esto¬ 
mac , dont le docteur Petetin a décrit toutes les circonstances vraiment extraordinaires, 
chez une femme hystérique qui, ayant perdu l’usage des sens externes, remplissoit 
leurs fonctions par le moyen de l’estomac, où les sensations des couleurs, des sons, 
des odeurs venoient aboutir. Dans cet exemple rare, tous les sens concentrés autour de 
l’estomac avoient abandonné leurs organes naturels pour se fixer sur le viscère à l’aide 
duquel la faculté de voir et d’entendre s’exerçoit plutôt que par les oreilles et les 
yeux *. 

Toutes les découvertes ayant été défigurées, il en est sans doute arrivé autant au 
magnétisme. Mais afin qu’on ne nous reproche pas d’avoir puisé dans des sources 
impures, nous allons présenter quelques axiomes vraiment mesmériens sur le fluide 
magnétique. 

« Le fluide magnétique est une substance gazeuse, dont on démontre l’existence 
par ses phénomènes, sans pouvoir le voir ni le palper. 

« Ce fluide magnétique est répandu dans toute la nature; et il est appelé éther par 
les Mesméristes. 

« Il possède la propriété contractile et expansive, et produit le mouvement vital, et 

* Principes de physiologie, seconde édition, tome III, p. 42/j . 




o5 




DU SYSTÈME NERVEUX. 

chaque vie particulière des corps. Chaque action est un résultat de ce fluide, par exem¬ 
ple, la faim, la soif; il est la cause de chaque faculté spirituelle, de chaque penchant, 
de chaque volonté. La vie même n’est pas un mode de la matière des corps, mais un 
mode de la matière magnétique. 

« Le magnétisme est l’état d’équilibre parfait des corps. On n’aura d’effet sensible 
en magnétisant, qu’en agissant sur un corps malade, chez qui l’état magnétique est 
troublé. Dans l’homme qui se porte bien, l’effet est nul pour l’apparence; mais le 
fluide magnétique doit produire une altération dans chaque corps avec lequel il se 
réunit. 

« Le malade magnétisé par l’action exercée sur lui, acquiert un développement qu’on 
peut nommer surnaturel. Il y a plusieurs degrés ; le premier est suivi de sommeil, de 
mouvemens spasmodiques involontaires, plus ou moins violens; puis vient le calme; le 
magnétisé ouvre et ferme ses sens extérieurs à la volonté de son magnétiseur, lui obéit 
en tout, et en un mot devient aimanté. Dans cet état, il répond à des questions faites 
sur des phénomènes occultes pour l’homme à l’état de veille. 

« Jusqu’à présent, le fluide magnétique agit avec les corps dans lesquels il est en¬ 
gagé , en raison des lois auxquelles ces corps sont soumis. De vrais et instruits Mesmé- 
ristes disent que c’est une absurdité révoltante d’avancer que le fluide magnétique doit 
dénaturer le nerf optique pour en faire un acoustique. Ils disent que le magnétisé 
n’a que la connoissance sans avoir précisément l’impression déterminée de l’ouïe, de 
la vue. 

« Mais au degré le plus élevé, dans l’état de somnambulisme parfait, les facultés 
animales sont indépendantes, ou peu s’en faut, des facultés organiques. C’est donc de 
la concentration de la faculté animale que résulte le somnambulisme. 

Il seroit trop long d’entrer ici dans un détail circonstancié des opinions de M. de 
Puységur et de ses sectateurs. Nous nous bornons donc à dire que les opinions de M. de 
Puységur 1 différent des thèses mesmériennes que nous venons d’alléguer, en ce qu’il 
trouve inutile de savoir si le fluide magnétique existe ou s’il n’existe pas. « Le magné¬ 
tisme animal, continue-t-il 1 , n’est point l’action d’un corps sur un autre corps, mais 
l’action de la pensée sur le principe vital des corps >J . Il veut qu’on ajoute foi à cette 
proposition : « Ma volonté, moteur de tous mes actes et de toutes mes déterminations, 
l’est également de mon action magnétique Toute la doctrine du magnétisme 

animal est renfermée dans les deux mots : croyez et veuillez 4 *. 

1 Magnétisme animal. Paris, i8o5, p. 162. 

* L. c. p. i63, 

.* L - '• P- 48- 
* L> c - P- 4g- 





10 ^ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Toutes les sectes du magnétisme animal s’accordent sur un point, cest que dans 
le somnambulisme parfait, notre ame connoît le monde extérieur, sans l’intermédiaire 
des sens, par le fluide magnétique, ou par la volonté. Mais un doute na pas cessé 
de nous tourmenter : Non-seulement la prison, ou le corps, mais aussi le monde entier 
sont-ils lumineux, transparens ou au moins reconnoissables à lame, ou bien le monde 
extérieur est-il incorporé au fluide magnétique, ou a la volonté mentale du magnéti¬ 
seur, et transmis à lame du somnambule ? La lucidité de M. d’Aremberg ne nous 
éclaircit pas. Elle n’avoit lieu qu’à l’égard de sa santé; il voyoit ou plutôt il savoit à 
merveille toute l’anatomie de son intérieur; mais il ne pouvoit marcher seul et il ne 
répondoit point aux volontés mentales, ou si l’on veut, magnétiques de M. de Puysé- 
gur \ Il seroit à souhaiter que M. de Puységur voulût bien publier cette anatomie, ré¬ 
vélée par M. d’Aremberg. 

Peut-être nous sommes-nous jusqu’à présent fait soupçonner de vouloir nier le 
fluide magnétique; mais ce n’est nullement notre projet. Le naturaliste ne doit con- 
noître d’autre loi que la vérité. Nous reconnoissons un fluide qui a surtout de l’affinité 
avec le système nerveux, qui peut émaner d’un individu, passer dans un autre, et 
s’amasser en vertu de son affinité particulière, plutôt dans certaines parties que dans 
d’autres. Une observation qu’un de nous (Gall) a par hasard faite sur lui-même nous 
confirme, indépendamment de tous les phénomènes vrais du magnétisme, dans cette 
opinion. 

Ayant posé, dans la contemplation, la main sur le front, et promenant plusieurs 
fois en avant et en arrière ses doigts étendus, sur toute la partie chevelue du devant 
de la tête, à la distance d’un pouce à peu près, il remarqua entre la main et la 
partie supérieure du crâne une chaleur douce comme celle de l’haleine ; il ressentit 
une chaleur ascendante vers les épaules et les joues, de la chaleur dans la tête et un 
frisson dans les lombes. La même chose s’étant renouvelée plusieurs fois fixa son atten¬ 
tion, il recommença à dessein la même épreuve, et eut toujours les mêmes résultats. 
S’il continue à mouvoir, pendant quelques secondes, la main suspendue, les phéno¬ 
mènes cités augmentent. Les yeux deviennent douloureux, et il en sort des larmes. La 
langue ne peut plus articuler, les muscles du visage prennent des mouvemens spasmo¬ 
diques, la respiration devient pénible, et il s’élève des soupirs accompagnés d’oppres¬ 
sions ; les genoux tremblent et chancellent II lui faut quelques heures de repos pour 
être entièrement rétabli. 

? 11 a P roduit plusieurs fois des phénomènes semblables chez d’autres personnes qu’on 
ny avoit pas rendu attentives, par le mouvement de la main continué pendant quel¬ 
que temps. Il a même causé des évanouissemens profonds et prolongés ; il a, sous le 
rapport de cette propriété, une affinité particulière avec les personnes des deux sexes 




DD SYSTÈME NERVEUX. 105 

qui ont les cheveux fins et un peu crépus. Elles seules agissent sur lui de la même 
manière, et il distingue bien par cette impression singulière, si c’est un individu de 
cette sorte ou toute autre personne dans une nombreuse compagnie qui, à une distance 
déterminée, promène la main en l’air au-dessus de la partie supérieure antérieure du 
crâne. Aussi ne peut-il agir que sur les personnes de cette constitution ; la promptitude 
avec laquelle il perd l’usage des sens, et surtout l’impression extrêmement désagréable 
produite par un abattement inexplicable, ne lui ont pas permis de pousser cet essai 
plus loin, et d’en obtenir un résultat ultérieur. 

Nous admettons donc l’existence d’un fluide, dont la soustraction diminue la force 
des nerfs, et dont l’accumulation l’augmente; qui met une partie du système nerveux 
en repos, et exalte l’activité de l’autre partie; qui peut par conséquent produire un 
somnambulisme artificiel. 

De même que souvent dans les rêves les pensées ont plus de finesse, et les sensations 
sont plus vives, qu’on peut entendre et répondre, que dans le somnambulisme naturel 
on peut se lever, marcher, y voir les yeux ouverts, toucher avec les mains, etc. , 
de même aussi nous convenons que des phénomènes semblables peuvent avoir lieu 
dans le somnambulisme artificiel, et même à un plus haut degré. 

On doit en général considérer ce fluide magnétique comme un très-puissant irritant 
des nerfs , qui peut dans les maladies produire des effets pernicieux ou bienfaisans, et 
qui, de même que les autres fluides , est soumis à des lois particulières dont la con- 
noissance devroit être la base de la manipulation. Il est donc toujours un objet très- 
important pour le naturaliste, pourvu queTon se tienne en garde contre ses propres 
illusions et contre celles d’autrui. Cela posé, il sera difficile de trouver autre chose 
que ce qu’on observe dans les autres cas où le système nerveux est excité par des irri¬ 
tations violentes et partielles. Combien de fois dans l’ivresse, dans les attaques hystéri¬ 
ques et hypochondriaques, dans les convulsions, dans la fièvre, dans la folie, dans les 
affections violentes, après un long jeûne, et par l’effet des poisons tels que l’opium, la 
ciguë, la belladone, ne sommes-nous pas., en quelque sorte métamorphosés en des êtres 
tout différens, par exemple, en poètes, en orateurs etc. ? 

Au reste ni nous ni les autres observateurs tranquilles qui ont assisté aux fameuses 
expériences sur lesquelles on a écrit des relations admirables , n’avons pu voir des choses 
surnaturelles ou contraires à la nature. Nous devons en conséquence abandonner la 
croyance à la métamorphose des nerfs à ceux qui sont mieux organisés que nous pour 
le merveilleux. 


27 


o6 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 


SECTION VI. 

Fonctions des sens extérieurs. 

L’on appelle sens extérieurs les systèmes nerveux qui, outre leur action intérieure, 
reçoivent, par le moyen d’appareils extérieurs, les impressions du monde extérieur, et 
produisent dans le cerveau les sensations et les idées de ces impressions. 

Par conséquent ces systèmes révèlent à l’être vivant les objets qui existent hors de lui. 
Avec chaque sens l’animal découvre un monde nouveau ; ainsi la création s’agrandit 
ou diminue pour lui, suivant qu’il est doué de sens plus bu moins nombreux. Sans 
eux les animaux et l’homme restent renfermés en eux-mêmes; et toute leur conscience 
seroit bornée à leur vie intérieure. Mais pourvus de sens, ils entrent en communica¬ 
tion avec l’ imm ensité de la nature, ils s’associent à tous les êtres qui les entourent; une 
action et une réaction continuelle s’établissent entre les êtres animés et inanimés. 

Qu’est-ce ce qui pouvoit intéresser l’homme plus que ses sens auxquels il doit tant 
de sensations et tant de jouissances ? Aussi ont-ils toujours été l’objet de ses recherches 
les plus assidues. Cependant qui le croiroit ? non-seulement il est resté en arrière dans la 
connoissance de leur structure organique intérieure, ainsi que nous l’avons prouvé pré¬ 
cédemment; mais il n’a pu jusqu’à présent être d’accord avec lui-même sur les fonc¬ 
tions particulières des sens , et sur l’influence qu’ils exercent dans le développement de 
notre esprit. Il règne sur ce point les opinions les plus disparates, les plus vagues, et les 
plus opposées. L’on a, il est vrai, corrigé de temps en temps quelques erreurs, mais 
aucun auteur n’a encore posé des principes qui, sous les rapports physique et physio¬ 
logique , aient offert un corps de doctrine bien suivi et complet. 

Tantôt nous ne pouvons, sans le secours des sens, recevoir aucune idée; toutes nos 
connoissances, toutes les facultés de notre esprit et de notre ame, sont l’ouvrage du 
monde extérieur; tantôt on admet en nous des sensations et des idées; mais elles ne 
peuvent être réveillées que par l’intermédiaire des sens. Dans les deux cas, on regarde 
la perfection des facultés intellectuelles de l’homme, des différentes espèces d’animaux 
et des individus, comme un résultat de la perfection et de l’harmonie de leurs sens. 
Tantôt les sens ne sont que les instrumens, et l’esprit, librement et indépendamment 
de toute organisation, modifie les impressions qui lui sont transmises. Tantôt on admet 
une source extérieure et intérieure de nos sensations et de nos idées ; et on les soumet 
plus ou moins l’une et l’autre aux lois de l’organisme. Tout retentit des plaintes répé¬ 
tées contre 1 illusion des sens. Enfin on rejette absolument le témoignage des sens, et 
tout jugement dont il est la base ; le monde extérieur n’est alors que le reflet trompeur 


DU SYSTÈME NERVEUX. IO 7 

de notre intérieur; le monde sensible est rebuté comme l’objet le plus ignoble des re¬ 
cherches humaines , et ce n’est que lorsque le philosophe a appris à construire de 
son moi le monde extérieur , qu’il peut s’élever à des vérités générales, nécessaires et 
éternelles. 

Ék 

Si cette dernière proposition est vraie, l’on n’a pas besoin de recueillir des faits si 
nombreux, pour en déduire peu à peu des lois et des principes. En peu de temps, 
l’essor de notre imagination nous élevera à un degré plus haut que celui où pourroit 
nous faire atteindre, par la voie de méditations et d’expériences, la vie la plus longue 
et^ la plus active. Mais si nous recevons nos idées et toutes nos connoissances unique¬ 
ment par les sens, alors l’homme et les animaux sont le jouet perpétuel des objets 
extérieurs, fortuits et versatiles; la mesure des facultés n’a plus d’autre base que la 
perfection des sens ; et l’éducation dont le but doit être de faire ce que l’on désire des 
individus et des nations, n’a plus d’autre secret que de calculer convenablement l’action 
du dehors sur les sens. 

Si les conditions matérielles des facultés de l’ame et de l’esprit sont bornées aux seuls 
organes des sens, c’est une entreprise vaine de vouloir chercher dans le cerveau et dans 
ses parties les organes de facultés plus élevées. Si l’on cherche sans aucune réserve le 
principe de toutes les actions des animaux et des hommes dans leur nature intérieure 
et innée, et si en conséquence on n’a pas assez d’égard à l’influence des objets environ- 
nans et des institutions sociales, l’on est en contradiction manifeste avec l’histoire de 
tous les temps et de tous les individus. Si l’on reconnoît enfin que les sens procurent 
des matériaux nombreux que l’esprit travaille par le moyen d’instrumens plus élevés ; 
et si l’on peut établir que l’homme intérieur lui-même est doué d’une multitude de 
dispositions , nous devons chercher nos idées et nos connoissances en partie dans les 
phénomènes du monde extérieur et dans leur emploi raisonné, et en partie dans les 
lois innées des facultés de notre esprit et de notre ame; en suivant ces deux voies, nous 
pourrons trouver les vérités pratiques et générales. 

On ne peut donc regarder sous aucun point de vue comme une entreprise oiseuse 
les efforts du' physiologiste qui cherche à déterminer avec précision jusqu’où les sens 
étendent leur influence médiate et immédiate sur les fonctions d’un ordre supérieur. 
Afin de pouvoir déduire des principes plus sûrs et des conséquences plus générales , 
nous allons exposer préalablement nos recherches sur les fonctions de chaque sens en 
particulier. 

Du goût. 

Dès que l’être vivant est assez formé pour ne plus recevoir sa nourriture sans con¬ 
science, le sens du goût semble, à l’exception de la faculté générale de sensation, être 
le premier, le plus général, et le plus indispensable des sens. C’est par lui que cet être 



1Q g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

vivant obtient une jouissance spéciale, et la faculté de contribuer volontairement à son 
existence. Il semble aussi que c’est le sens qui agit le premier dans les animaux. La 
cinquième paire de nerfs, dont plusieurs branches s’épanouissent dans les papilles du 
palais, du pharynx, de la langue, des lèvres, est la mieux développée dans les enfans 
nouveaux-nés. Elle a déjà la plus grande activité, et les filamens nerveux y sont parfai¬ 
tement distincts. 

M. le professeur Ackermann faisant dériver le perfectionnement des facultés intellec¬ 
tuelles de l’homme , de la finesse de ses sens, assure que le nerf du goût est propor¬ 
tionnellement plus considérable dans l’homme que dans les animaux; qu’il s’épanouit 
chez lui dans une langue plus molle et plus mobile, et dont les papilles nerveuses 
sont recouvertes d’une surpeau beaucoup plus fine que dans les animaux. Mais, pro¬ 
portions gardées, le nerf du goût et toute la cinquième paire sont bien distinctement 
plus grands chez les animaux que chez l’homme. Les papilles nerveuses de formes mul¬ 
tipliées, disséminées dans le pharynx , sur le palais, sur toute la langue, sur les parois 
intérieures des joues, et sur les lèvres, sont beaucoup plus grandes et plus nombreuses 
dans les animaux. Afin d’étendre la surface de l’organe du goût, le palais, chez beau¬ 
coup d’animaux, est revêtu d’une membrane sillonée et parsemée d’une multitude de 
papilles nerveuses ; et en général l’appareil qui sert à l’action de manger est plus grand 
chez eux que chez l’homme. Dans le chien, l’ours et les singés', la surpeau de la langue 
est aussi fine que celle de la langue de l’homme. Si notre langue est plus mobile que 
celle des animaux, cette propriété n’a de rapport qu’avec la faculté de parler, et n’en 
a aucun avec le goût. En outre, si l’on fait réflexion que dans l’action de manger, les 
organes des animaux leur procurent la jouissance la plus intime et la plus durable ; 
qu’un grand nombre d’entre eux, lorsqu’ils veillent, passent presque tout leur temps à 
manger ou à ruminer, il sera difficile de persister à ne pas reconnoître dans les ani¬ 
maux un goût plus parfait et plus étendu. Par conséquent quiconque seroit disposé à 
attendre d’une meilleure organisation du goût, des facultés intellectuelles en quelque 
sorte plus parfaites, devroit au moins nous faire connoître quelles sont les préparations 
d’alimens inventées par le chien ou le bœuf. 

Nous ne pouvons même partager l’opinion générale que les oiseaux ont le goût très- 
obtus. Au moins il nous semble impossible que tous soient dans ce cas là. Blumenbach 
a trouvé dans le canard l'organe du goût beaucoup plus grand comparativement que 
dans l’oie. De même nous voyons que le palais de plusieurs oiseaux, tels que celui des 
oiseaux de proie, du coq de bruyère, etc., est garni de papilles nerveuses, nombreuses 
et très-fortes. En grand nombre d’oiseaux n’avalent pas leur nourriture tout d’un coup. 
Les mésanges, par exemple, la lèchent en quelque sorte. La plupart des oiseaux qui 
vivent d’insectes et de graines , les écrasent et les broyent ; quelle raison auroit-on dans 
ce cas de leur attribuer un goût moins parfait qu’aux autres animaux ? Que l’on donne 
au serin, au bouvreuil, au rossignol, au coucou, plusieurs espèces de nourriture , 
chacun choisira immanquablement celle qui lui est la plus agréable. Le serin préfère 


DD SYSTÈME NERVEUX. 109 

l’alpiste \ Si l’on donne à des rossignols, pris nouvellement, des larves de fourmis, un 
grand nombre mourront de faim, parce qu’ils ne connoissent pas cet aliment; si on 
les leur met dans le bec, ordinairement ils les rejettent; mais si on les écrase , ils les 
avalent avec avidité. Cela prouve évidemment qu’ils ont un goût très-fin. 

Les oiseaux même qui avalent tout d’un coup leur nourriture , tels que les poules , 
les pigeons, etc., distinguent les baies et les graines en les touchant du bout du bec.Que 
l’on mêle des graines de vesce avec des graines du robinia caragana, du cytise des 
Alpes, etc., les poules et les pigeons les prendront toutes sans distiction, mais ils ne 
tarderont pas à rejeter les dernières. Ainsi l’extrémité cornée de la langue n’exclut pas 
le goût ; elle semble au contraire être une prolongation du nerf lingual, destinée à 
donner à cette partie un goût plus fin. Si l’on a habitué des cicognes à recevoir dans 
leur bec les rats et les grenouilles qu’on leur jette, elle les avalent avec avidité, après : 
les avoir lancés plusieurs fois en l’air, les avoir repris, et les avoir écrasés ; mais si on 
leur jette un crapaud, elles le rejettent à l’instant. Elles avalent avec plaisir de grosses 
mouches et des abeilles; mais si elles attrapent un insecte qui ne leur plaît pas, elles 
le rejettent. C’est ce que font aussi les hirondelles et tous les oiseaux qui vivent 
d’insectes. 

On a donc tort lorsque l’on suppose qu’une dissolution humide préalable est néces¬ 
saire pour effectuer le goût. La surface des graines et des insectes porte certainement à 
la langue des impressions oléagineuses, alcalines, spiritueuses, que le goût reçoit à l’ins¬ 
tant par le moyen d’instrumens organisés à cet effet. 

C’est vraisemblablement pour dire quelque chose de nouveau et de singulier, que 
M. Duméril 2 a banni le go.ût de la bouche des poissons, et l’a transporté à l’organe de 
l’odorat. Mais en supposant même, comme il le prétend, que les poissons n’ont pas le 
nerf hypoglosse, celui-çi ne sert qu’au mouvement, et des branches de la cinquième 
paire qu’ils possèdent se ramifient dans les différentes papilles du goût. 

Suivant M. Duméril, c’est la pression continuelle de l’eau qui émousse le goût des 
poissons ; mais j>ourquoi n’émousse-t-elle pas aussi leur odorat ? Pourquoi, malgré l’ha¬ 
bitude de marcher, la plante de nos pieds conserve-t-elle une si grande sensibilité ? Au 
reste la langue des poissons est mobile ; elle peut se porter en avant ; elle est garnie 
dans sa partie antérieure d’une peau souple et fine. Il nous paroît superflu de nous 
arrêter plus long-temps à réfuter une opinion qui accuserait la nature d’avoir créé à pure 
perte un appareil tout particulier. 

Des alimens particuliers étant destinés aux différens animaux, un petit nombre 
d’alimens étant même destinés exclusivement à la plupart, leur organe du goût doit en 

■ Phalaris canariensis. 

* Mémoire sur l’odorat des poissons, lu à l’Institut s -en-v8o8. 

I. 28 


11Q ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

conséquence être composé de filets nerveux particuliers et différens. Les filamens même 
qui sont essentiellement semblables, sont diversement modifiés dans les différentes es¬ 
pèces. Ainsi l’on ne doit pas s’étonner que le cochon et le canard aient, par un effet 
de la délicatesse de leur goût, tant d’avidité pour des choses qni nous inspirent du 
dégoût. Quelle différence ne doit-il pas y avoir dans cet organe qui chez le cheval trouve 
le foin si savoureux, et qui chez le loup trouve la chair si appétissante ! 

Il est même vraisemblable que le système entier de l’organe du goût est, dans ses 
différens points, pourvu de filamens nerveux particuliers. On ne goûte certaines choses 
qu’avec les lèvres, d’autres avec la langue, d’autres avec l’intérieur des joues, d’autres 
avec le palais, etc. On peut donc supposer que, si la langue n’a pas été entièrement 
formée dès le. principe, ou si elle a été perdue, ( accidens dont on connoît beaucoup 
d’exemples ), il est des choses qui ne peuvent pas être goûtées, quoique le goût existe 
encore entièrement pour les autres. 

On prétend assez communément que le goût s’émousse chez l’homme par la gour¬ 
mandise et par l’usage d’alimens trop variés. Ne pourroit-on pas. soutenir plutôt que c’est 
justement par là que le goût est exercé et perfectionné ? Ordinairement on ne trouve 
pas de goût à certains mets, tels que les huîtres, les truffes, lorsqu’on les mange pour 
la première fois. Ce n’est qu’après un usage réitéré qu’on découvre et qu’on distingue 
leur saveur particulière. Peut-on avancer que nos cuisiniers, nos friands et nos gour¬ 
mets aient le goût plus obtus qu’un sauvage qui sait distinguer une racine insipidè pour 
nous, aussi bien que nous distinguons les légumes de nos jardins ? Les tristes et nom¬ 
breux accidens causés par les poisons végétaux, tels que la cigüe, la belladone, les 
champignons vénéneux, ne prouvent-ils pas que le goût de nos sobres campagnards n’est 
pas plus sûr que le goût des voluptueux citadins ? 

Le goût a nécessairement des rapports avec l’ensemble du système de la digestion et 
de la nutrition. Il change suivant nos habitudes, suivant les différens périodes de notre 
vie ; il semble même différer en quelque sorte chez les hommes et chez les femmes. 

Le goût varie aussi suivant les différens états de la santé; c’est à cette cause que sont 
dus les appétits dépravés des femmes grosses et des personnes affectées de maladies hypo¬ 
condriaques et hystériques ; c’est à elle qu’il faut attribuer le désir et le goût que le 
même met excite alternativement. 

Chez les hommes, comme chez les animaux, le goût ne peut pas être considéré 
comme un indice toujours certain de la salubrité d’une chose. Des alimens qui répu¬ 
gnent à notre goût peuvent être très-sains , et d’autres que l’on mange avec plaisir , 
agissent comme de vrais poisons dans l’estomac, ou seulement dans les intestins. Les 
préten us instincts des malades sont assez souvent une indication exacte donnée par la 
nature, mais aucun médecin raisonnable ne leur accordera une confiance illimitée. 


BD SYSTEME NERVEUX. * 1 1 1 

De même que l’organe du goût est développé le premier, de même encore il semble 
être le dernier qui perde son activité. Plus on avance en âge, plus on attache ordinai¬ 
rement de prix à la bonne nourriture, et plus elle devient nécessaire. Quand les yeux 
éteints du vieillard ne lui laissent rien voir qu’au travers d’un nuage; quand il faut 
hausser la voix pour lui souhaiter le bonjour; lorsqu’il n’aperçoit plus sur lui-même 
qu’une peau ridée, desséchée et rude, il boit et mange encore à l’envi avec ses petits- 
enfans ; et lorsqu’enfin l’univers entier a disparu de devant lui, lorsque les Muses et 
les autres dieux l’ont abandonné, Bacchus et Cérès l’accompagnent jusqu’au tombeau. 

De l’odorat. 

C’est par le moyen de l’odorat, que le monde extérieur commence à agir de loin 
sur les animaux. Il leur annonce les objets éloignés, destinés à satisfaire leur appétit et 
à entretenir leur vie; en choisissant ou repoussant les substances alimentaires, suivant 
quelles sont utiles ou nuisibles, il devient le gardien de leur santé; il les avertit de 
l’approche de leurs amis et de leurs ennemis ; et quand même ils sont condamnés par 
leur naturel à une existence solitaire, il les conduit à une compagne lorsque la nature 
leur commande de multiplier leur espèce. 

Certaines substances inodores pour nous, produisent une forte impression sur l’odorat 
des animaux; certains animaux sont puissamment excités par certaines choses pour les¬ 
quelles d’autres sont indifférons ; telle odeur est agréable à un individu et rebute un 
autre. De pareils faits prouvent que l’organe de l’odorat, dans chaque classe, est, par 
une organisation spéciale et par diverses modifications dans les individus, mis en rap¬ 
port réciproque avec l’ensemble de l’animal, et avec des objets particuliers du monde 
extérieur. 

On reconnoît généralement que ces rapports sont plus nombreux et plus intimes dans 
la plupart des animaux que dans l’homme, parce qu’on ne peut nier que le nerf olfactif 
ne soit proportionnellement moins grand dans l’homme que chez la plus grande partie 
des animaux mammifères, des amphibies et des poissons. On sait aussi que cette obser¬ 
vation s’applique au,x animaux les plus stupides comme aux plus avisés, au bœuf et au 
cochon, comme au cheval et au chien. C’est pourquoi l’on ne songea pas à dériver de 
l’odorat une propriété d’un ordre supérieur. La plupart des auteurs attribuent, il est 
vrai, à la force de l’odorat cette faculté surprenante que possèdent les animaux de re¬ 
trouver de très-loin le lieu de leur séjour. Mais on avance en même temps qu’ils ne 
sont guidés en cela que par les particules odorantes, sans être aidés dans cette action 
par la réflexion, la comparaison, ou par un jugement quelconque. Les auteurs qui se 
sont aperçus que l’odorat seul n’expliquoit pas d’une manière satisfaisante un phéno¬ 
mène aussi général , ont eu recours à un sixième sens inconnu. En effet, lorsqu’au bout 
de quelques mois on voit un chien qui, d’une distance de plus de cent lieues, retrouve 
son logis ; lorsqu’on sait de plus qu’il n’est pas venu en droite ligne , ni en suivant le 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

vent ; lorsque des pigeons que l’on a emportés à dix et même à chiquante lieues de 
leurs colombiers-, y reviennent sans se tromper; lorsque le faucon dislande renfermé 
durant'plusieurs mois dans une région lointaine, profite du premier moment de sa 
liberté pour retourner dans le nord; l’observateur ne doit-il pas se trouver dans le plus 
erand embarras, s’il veut éclaircir par l’odorat seul la cause de tous ces faits . Quelques 
auteurs préféroient croire l’impossible, plutôt que d’admettre un sixième sens quon ne 
pouvoit encore démontrer par aucun autre moyen. Mais nous ferons voir, en traitant 
de la physiologie du cerveau,, que cette propriété des animaux est réellement fondée sur 
un autre sens que sur celui de 1 odorat. 


Il est bien vrai que pour l’homme l’odorat est une nouvelle source de jouissance et 
d’industrie ; c’est pour le satisfaire qu’il cultive des champs, -et qu’il occupe des labora¬ 
toires de chimie. Telle jacinthe, telle rose ne brillent, que pour nous recréer par leurs 
émanations. Mais pourquoi l’homme qui a l’odorat si foible a-t-il seul conçu l’idée de 
prendre ces soins ? Le grand nerf olfactif chez l’étalon et le taureau ne sert leur sensua¬ 
lité que dans les amours de leurs femelles. 


C’est donc ainsi que les fonctions du nerf olfactif sont principalement bornées à celles 
d’explorateur et de gardien du goût, et c’est sous ce rapport qu’il joue un rôle impor¬ 
tant pour la conservation des animaux. Mais comme le nerf olfactif forme un système 
tout particulier, nous ne sommes pas de l’avis de Lecat 1 , qu’on peut le considérer 
comme un supplément du goût, ou comme un organe qui auroit le goût plus fin parce 
qu’il est plus près de la source du sentiment. 

Cuvier 2 et quelques autres anatomistes accordent aux animaux carnassiers un odorat 
plus fin et un nerf olfactif plus grand qu’aux animaux herbivores. Nous avons déjà dé¬ 
montré dans nos observations 3 sur le rapport de MM. les Commissaires de l’Institut, 
que la grosseur du nerf olfactif a des rapports avec la finesse de l’odorat, mais qu’elle 
n’en a aucun avec l’instinct de se nourrir de végétaux ou d’animaux. L’homme qui 
mange de tout, et le chien marin qui ne vit que de poissons, ont tous deux un nerf 
olfactif peu considérable. Les tortues, les poissons, la taupe, le mouton, le bœuf, le 
cheval, quelque différente que soit leur nourriture, ont tous proportionnellement un 
nerf olfactif plus gros que celui du loup, du tigre, etc. Si la nature a donné aux 
animaux carnassiers un odorat très-fin pour pouvoir deviner par les émanations le voi¬ 
sinage d’une proie vivante; pourquoi auroit-elle refusé ce degré de finesse à la foible 
victime qui doit également par l’odorat non-seulement éventer l’approche de son ennemi, 
mais aussi distinguer les qualités bienfaisantes ou nuisibles des plantes ? 

Les cétacées n’ont pas le nerf olfactif proprement dit. Nous n’avons pu jusqu’à pré- 

■ Traité des sens. Amsterdam, 1744* P- 29- 

* Rapport sur notre mémoire, p. 3i. 

3 P. 109. , 


SYSTEME NERVEUX. 


113 

sent faire des recherches suffisantes pour pouvoir affirmer avec certitude que l’organe 
de l’odorat n’existe pas chez eux d’une autre manière, par exemple, par la cinquième 
paire. M. Duméril, afin de rendre complète chez les habitans des eaux la translation des 
sens, s’exprime ainsi : « Il paroît que dans les cétacées l’organe du goût remplace celui 
de l’odorat, comme il pourroit se faire que les nerfs olfactifs des poissons par une légère 
modification des organes aient un autre usage, et soient destinés à leur faire connoître 
les saveurs *. Voilà MM. les magnétiseurs dépouillés de leur droit exclusif de métamor • 
phoser à plaisir un sens en un autre ! 

M. Duméril 1 avance, à l’appui de son opinion, que dans l’eau les particules odo¬ 
rantes ne peuvent pas être transmises. On ne peut rien répondre à cela, sinon que la 
nature a, par méprise, placé un appareil spécial dans l’organisme des animaux qui 
cherchent leur nourriture dans l’eau; qu’elle s’est amusée à cet écart en formant la 
loutre, les phoques et tous les poissons, et que dès ce moment-ci toutes les tentatives 
que l’on fera pour prendre les poissons et les écrevisses avec un appât odorant resteront 
sans effet 

Il faut un certain degré d’imagination pour bien concevoir la ténuité extraordi¬ 
naire de certaines particules odorantes, telles par exemple que celles du musc qui, sans 
perdre sensiblement de son poids, répand durant plusieurs années une odeur si péné¬ 
trante. M. le professeur Walther 2 a tout d’un coup résolu cette difficulté, en disant que 
l’odorat est indépendant de l’émanation des particules matérielles ; qu’il n’est ni plus ni 
moins qu’une action purement dynamique du corps odorant sur l’organe de l’odorat, de 
même qu’aucune particule sonore n’émane des corps sonores. 

Beaucoup de médecins , en entrant dans la chambre d’un malade , reconnoissent la 
nature et le degré de certaines maladies, par exemple de la petite vérole, de la pul- 
monie purulente; on s’aperçoit simplement par l’odorat de l’approche des menstrues , 
du séjour des personnes rousses. Plusieurs relations nous apprennent combien l’homme 
peut exercer et augmenter la force de son odorat; que dans les Antilles, par exemple 
il y a des Nègres qui suivent les hommes à la piste, comme feroient les chiens, et 
savent distinguer les traces d’un Nègre de celles d’un Européen; qu’un sauvage retrouva 
sa femme à la piste, et qu’un moine prétendoit avoir la faculté déjuger simplement 
par l’odorat la vertu des femmes et des filles 3 . 

Des exemples semblables réfuteroient l’opinion de Vicq-d’Azyr, qui pense que les 
animaux n’ont l’odorat si fin, que parce que leur nerf olfactif est creux, si nous n’avions 
pas démontré que chez l’homme le nerf olfactif est également creux. Peut-être au reste 
cette organisation, et la communication immédiate du nerf olfactif avec les ventricules 


t / ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

du cerveau, contribuent-elles à produire sur les animaux et sur l’homme les effets si 
énergiques des odeurs, et qui tantôt engourdissent celui-ci jusqu’à la défaillance, tantôt 
le réveillent d’une mort apparente. 

De l’ouïe. 

Nous trouverons beaucoup plus de difficultés pour accorder entre elles les opinions 
des écrivains sur la sphère d’activité spéciale des trois sens dont nous allons traiter. 

Personne jusqu’à présent n’a douté qu’un grand nombre d’animaux ne l’emportassent 
sur l’homme pour la finesse de l’ouïe. M. le professeur Ackermann 1 est le seul qui , 
pour pouvoir aussi dériver de cette finesse de l’ouïe la supériorité de l’intelligence 
humaine, assure que chez l’homme l’organe de l’ouïe est le plus parfait, et que le 
limaçon, principal instrument de l’ouïe, est moins développé chez la plupart des ani¬ 
maux , quoique chez eux le vestibule et les canaux demi-circulaires soient plus grands. 

Cependant non-seulement le vestibule et les canaux demi-circulaires sont proportion¬ 
nellement plus grands chez plusieurs animaux , mais le nerf acoustique et tout son 
appareil sont aussi plus parfaits. Ce nerf prend naissance chez eux dans un amas plus 
considérable de substance grise, et est en conséquence considérablement plus gros; on 
peut s’en convaincre aisément en l’examinant chez le mouton, le bœuf, le cheval, etc. 
Le pavillon extérieur de la plupart des animaux est beaucoup plus développé, et les 
grandes cavités à parois osseuses qui entourent le labyrinthe dans beaucoup d’animaux, 
produisent un effet semblable, poiir renforcer le son de leurs voûtes solides et élastiques. 

Ces cavités qu’il ne faut pas confondre avec les apophyses mastoïdiennes, renferment 
chez beaucoup d’animaux, par exemple chez le veau, des canaux concentriques qui 
se réunissent en une cavité commune, ce qui doit évidemment augmenter l’intensité 
du son. Nous pourrions en conséquence avancer, qu’abstraction faite de toute expé¬ 
rience, beaucoup d’animaux doivent nécessairement avoir l’ouïe plus fine que l’homme, 
à moins qu’on ne veuille supposer avec M. Dumas % que la suite nombreuse des cavités 
et des détours que l’ouïe des animaux présente, affoiblit l’intensité du son, et qu’ainsi 
la nature détruit d’un côté ce quelle a fait de l’autre avec beaucoup de frais et 
l’intelligence la plus réfléchie. 

On a généralement dérivé jusqu’à présent la musique de l’ouïe, particulièrement du 
limaçon; « c’est là, dit M. le professeur Ackermann 3 , ce qui donne surtout à l’homme 
le sentiment de la musique; ce n’est point une protubérance sur le front ». 


DU SYSTEME NERVEUX. n5 

Lecat dans son traité sur l’ouïe, parle des lois de la vibration, de l’harmonie, et 
des effets salutaires de la musique. Il prend beaucoup de peine pour expliquer comment 
le limaçon est entièrement organisé pour toutes les vibrations possibles. « Comme le 
labyrinthe est simple, dit-il *, et uniforme, je conçois qu’il est l’organe général de 
l’ouïe, c’est-à-dire, l’organe remué indifféremment par toutes sortes de sons, ou de 
bruits, ou si vous voulez, c’est l’organe général du bruit ; mais le limaçon a, ce me 
semble, une construction et un usage plus recherchés, sa figure est vraiment celle d’une 
coquille de limaçon. L’intérieur est composé de deux rampes, ou de deux espèces de 
canaux en spirale et séparés l’un de l’autre par une membrane fine et nerveuse, soutenue 
par des avances de la lame osseuse. 

« L’artifice de cette construction est de la plus parfaite mécanique; l’office essentiel 
d’un organe des sens est d’être proportionné à son objet, et pour l’organe de l’ouïe, 
c’est de pouvoir être à l’unisson de toutes ces vibrations de l’air : ces vibrations ont 
des différences infinies, leur progression est susceptible de degrés infiniment petits. Il 
faut donc que l’organe, fait pour l’unisson de toutes ces vibrations, et pour les recevoir 
distinctement, soit composé de parties dont l’élasticité suive cette même progression, 
cette même gradation insensible, ou infiniment petite. Or la spirale est, dans les mé¬ 
caniques, la seule machine propre à donner cette gradation insensible. 

« On voit clairement que la lame spirale du limaçon est toute faite pour être tré¬ 
moussée par l’impulsion de l’air intérieur qui l’environne. On voit de plus qu’à la base 
de la spirale, la lame faisant un plus grand contour, elle a des vibrations plus lon¬ 
gues; elle les a très-courtes au sommet, par la raison contraire. Tournez un fil d’archal 
en limaçon, vous verrez combien les grands contours seront mous, et combien au con¬ 
traire les petits contours du sommet seront roides ; or depuis le commencement jusqu’au 
sommet, il y a une gradation insensible ou infiniment petite d’élasticité, en sorte que 
quelque division que l’on conçoive dans les tons, il n’y en a point qui ne rencontre 
dans les points de cette spirale son unisson, ou sa vibration égale; ainsi il n’y a point 
de ton qui ne puisse imprimer distinctement sa vibration à cette spirale, et voilà en quoi 
consiste le grand artifice du limaçon. C’est pourquoi je regarde le limaçon comme le 
sanctuaire de l’ouïe, comme l’organe particulier de l’harmonie ou des sensations les plus 
distinctes et les plus délicates en ce genre 

Lecat savoit au moins que les animaux mammifères ont un limaçon aussi parfait que 
l’homme. Il explique par là leur aptitude à percevoir le son de la trompette et de toute 
autre espèce d’harmonie. Meckel a, ainsi que nous, trouvé dans les animaux mammi¬ 
fères le limaçon plus parfait que chez l’homme. « Le limaçon , dit-il *, est beaucoup 
plus artistement formé et d’une manière plus remarquable chez les animaux que chez 

* L. c. p. 60. 

•Diss. anat. phys. de labyrinth. auris. Argent. 1777, p. 17. 


tl g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

l’homme. Chez quelques-uns des premiers il y a quatre canaux ». Ainsi 1 opinion d Aeker- 
mann sur le limaçon tombe d’elle-même. 

On peut encore ajouter, que les oiseaux qui de tous les animaux ont 1 aptitude la 
plus décidée pour l’harmonie, n’ont au lieu du limaçon qu’un canal osseux allongé. 
Lecat a prévu et s’est fait cette objection; mais il croit y avoir répondu d’une manière 
satisfaisante en disant : 1 « Les oiseaux, direz-vous, n’ont point de limaçon, et cepen¬ 
dant ce sont les plus musiciens de tous les animaux. Les oiseaux ont l’ouïe très-fine, 
quoique sans limaçon, parce qu’ils ont la tête presque toute sonore comme un timbre; 
et la raison en est quelle n’est pas matelassée de muscles comme la tête des autres ani¬ 
maux. Par là ils doivent être très-ébranlés par les sons qu’on leur fait entendre ; leur 
labyrinthe très-sonore suffit pour cela; la grotte la plus simple répète bien, en écho, 
un air musical : mais si, à cette excellente disposition de l’ouïe des oiseaux , la nature 
avoit ajouté le limaçon, ils auroient été beaucoup plus sensibles aux modulations har¬ 
monieuses ; ils auroient eu la passion de l’harmonie, comme presque tous les ani¬ 
maux ont celle, de la gourmandise ; ce qui n’est point, car il faut prendre garde que 
la qualité de musiciens qu’ont les oiseaux, vient moins de la finesse et du goût de leur 
oreille, que de la disposition de leur gosier, ils ressemblent encore en ceci à bien des 
musiciens qui donnent du plaisir et qui n’en prennent point. On voit un chien crier , 
on le voit pleurer, pour ainsi dire, à un air joué sur une flûte; on le voit s’animer à 
la chasse au son du cor; on voit le cheval plein de feu pour le son de la trompette, 
malgré les matelas musculeux qui environnent leur organe de l’ouïe; sans le limaçon 
qu’ont ces animaux, on ne leur verroit pas cette sensibilité à l’harmonie; on les ver- 
roit stupides en ce genre, comme les poissons qui manquent de limaçon aussi bien 
que les oiseaux , mais qui n’ont pas, comme ceux-ci, l’avantage d’avoir une tête assez 
dégagée, assez sonore, pour suppléer à ce défaut ». 

La tête de beaucoup d’oiseaux chanteurs est pourvue de muscles proportionnelle¬ 
ment plus forts que ceux de la tête des animaux mammifères qui ne sont pas obligés 
de mâcher des alimens durs, tel que le fourmillier, et même que ceux de la tête du 
bœuf et du cheval, qui n’ont en général des muscles très-forts que sur les côtés de 
cette partie. Le pinson, le chardonneret, le cardinal, la linotte, on la tête tapissée de 
muscles assez forts, tandis que la tête du pic-verd, qui n’est rien moins que mélodieux, 
en est presqu’entièrement dépourvue. Les têtes de la grive des marais à la voix aigre, 
du coucou au chant monotone, et du jaseur de Bohême ( ampelis garrulus L. ) aux 
accens imparfaits ne sont pas plus garnies de muscles que celles du moqueur aux modu¬ 
lations enchanteresses, du merle au gosier mélodieux et de la grive de vigne aux accords 
si agréablement variés. 

En supposant arbitrairement que la tête entière des oiseaux est sonore, on pourroit 

> L. c. p. 62. 


DU SYSTÈME NERVEUX. X T y 

tout au plus démontrer comment chez eux un son foible peut être considérablement 
renforcé. Mais comme personne ne trouvera dans la voûte osseuse des oiseaux et dans 
leurs prétendues cellules retentissantes cette gradation ingénieuse de filets nerveux de 
différentes longueurs que l’on admet dans le limaçon des animaux mammifères nous 
ne concevons pas comment les oiseaux ont la faculté de percevoir une mélodie déter¬ 
minée. Cependant nous sommes forcés d’admirer souvent l’ardeur et la vivacité avec 
lesquelles le rossignol comme enchanté de lui-même fait entendre son chant plaintif 
et mélodieux qu’il continue jusqu’à mourir d’épuisement. Si l’on croit que le hurlement 
des chiens lorsqu’ils entendent jouer de la flûte, et leurs cris d’impatience au son du 
cor de chasse ; que le trépignement et le hennissement du cheval au son de la trom¬ 
pette puissent être attribués à l’harmonie, on nous assure d’un autre côté que quel¬ 
quefois les poissons et les serpens doués de si peu de sentiment, et même les araignées 
sont attirés et comme enchantés par une harmonie douce. Ainsi nous qui voulons que 
tout jouisse et que tout serve à la jouissance, nous nous flattons que le renard et le 
lièvre, la belette et le ràt, n’ont le limaçon qu’afrn que les accens mélodieux des hôtes 
ailés des forêts ne fassent pas retentir inutilement les arbres et les rochers. 

L’organisation de la glotte des oiseaux, dont on s’aide pour étayer cette proposition, 
est en rapport réciproque, il est vrai, avec le chant et avec le désir de propager son 
espèce , et c’est principalement lorsque ce désir se fait sentir, que les oiseaux ont cou¬ 
tume de chanter. Mais si la nature chez ces êtres a pu, en formant la glotte, effectuer 
l’instinct du chant, pourquoi le même instrument n’eût-il pas suffi pour le même effet 
chez les mammifères et chez l’homme? Le bouvreuil qui chante d’une manière si agréable, 
lorsqu’il a été instruit, pourquoi laissé à lui-même ne produit-il, avec la même glotte, 
qu’un petit nombre de sons gémissans. Qui, jusqu’à présent, a pu démontrer une diffé¬ 
rence essentielle entre la glotte des oiseaux mâles et celle des femelles généralement 
muettes. Si l’on nous oppose que dans l’exemple du bouvreuil, c’est par l’exercice que 
cet oiseau acquiert la faculté de chanter, nous conviendrons que chez les oiseaux, de 
même que chez l’homme, la glotte et le larynx sont indispensables à l’exécution du 
chant, et qu’ils sont perfectionnés par l’exercice; mais nous démontrerons, plus tard et 
d’une manière plus détaillée que le gosier ne peut nullement devenir l’instrument de la 
mémoire des sons, ni celui de leur conception. 

Mais revenons à l’ouïe en général, et examinons si l’on peut la regarder comme 
la cause du chant chez les oiseaux, et de la musique chez l’homme ? S’il en étoit ainsi, 
il faudroit avancer que les oiseaux qui ne chantent pas, et en général* les femelles, 
ont l’ouïe plus obtuse que les oiseaux mâles qui chantent. Les hommes qui ont le 
plus de finesse dans l’ouïe, devroient aussi être doués du talent le plus remarquable 
pour la musique ; mais nous citerons des exemples qui prouveront que le degré de 
finesse de l’ouïe n’a que des rapports conditionnels avec le véritable talent musical. 

Buffon 1 prétend avoir remarqué sur plusieurs personnes, « qui, dès leur naissance, 

‘Histoire naturelle, cinquième édition. Paris, 1752. Tom. VI, p. 61. 


3o 





g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

avoient l’oreille et la voix fausses, qu’elles entendoient mieux d’une oreille que de 
l’autre »; et Dumas * s’exprime ainsi : « La plus grande perfection de 1 oreille exige que 
les deux oreilles soient également bonnes; car la différence dans la force de l’une et de 
l’autre, rend plus ou moins vicieuse la manière de percevoir, et de juger les sons ». 

Il y a des musiciens excellens qui se plaignent d’une différence frappante entre leurs 
deux oreilles; et comme la force de l’une et de l’autre n’est parfaitement égale que dans 
fort peu de cas, un bon musicien devroit être un phénomène très-rare. 

L’idée fausse que l’on se forme à ce sujet vient de ce que l’on confond la faculté 
du chant et de la musique avec le chant et la musique mêmes. Il est certain que celui 
qui est privé de l’ouïe ne peut percevoir aucun ton ni exécuter aucune harmonie sur 
un instrument quelconque , à moins qu’on ne veuille parler de ces exécutions méca¬ 
niques qu’on est parvenu à apprendre même aux sourds-muets. Mais on ne fait pas 
réflexion que ni le chant des oiseaux, ni la musique de l’homme n’ont d’existence 
réelle hors des individus, et que par conséquent l’origine du chant et de la musique ne 
peut être dérivée primitivement de l’ouïe; mais que le chant et la musique doivent 
être conçus antérieurèment par un principe interne. 

Les lois des vibrations et des rapports des tons existent, il est vrai, dans les objets 
extérieurs , mais ces objets extérieurs ne peuvent être ni saisis, ni compris, si l’orga¬ 
nisme intérieur de l’être vivant n’est pas en rapport réciproque avec eux. C’est ainsi 
que les lois du levier, des nombres, de la grandeur existent dans l’univers ; mais sans 
intelligence, il n’y auroit ni mécanique, ni arithmétique, ni mathématique. De même 
si jamais le chant et la musique ont dd exister, il a fallu que les lois des tons et 
de leurs rapports fussent reproduites dans l’intérieur des oiseaux et des hommes, et 
exprimées à l’extérieur. C’est pourquoi l’oiseau chante non pas parce qu’il a appris le 
chant de son père, mais parce que la disposition à ce chant est intimement unie à son 
organisme, indépendamment de toute instruction, même lorsqu’il a été couvé par une 
mère d’une autre espèce, qu’il a continuellement entendu un chant tout différent du 
sien, et qu’il a été élevé au milieu d’une variété infinie de chants. On ne doit donc pas 
s’étonner, si des sourds de naissance ont le sentiment de la cadence et dansent en me¬ 
sure ; x si des musiciens qui ont l’oreille dure, et même ceux qui ont perdu l’ouïe, non- 
seulement exécutent encore avec justesse des morceajux de musique , mais continuent 
aussi à en composer. 

Lecat et Ackermann , lors même qu’ils s’efforcent d’attribuer la musique à l’ouïe, 
se voient contraints de recourir, le premier aux sentimens délicats réfléchis \ le second 
à un organe d’un ordre supérieur des facultés de lame 3 . 

■ L. c. Tom. III, p. 548. 

■ L. c. p. 63. 

* L- c. §.117. 



DU SYSTÈME NERVEUX. 

Il est donc démontré que l’organe de l’ouïe ne peut être apprécié que comme une 
condition pour le chant des oiseaux et pour la musique de l’homme, de même que 
l’eau pour la natation des poissons , et l’air pour le vol des oiseaux. 

Dans la physiologie du cerveau nous prouverons plus en détail que les sentimens déli¬ 
cats réfléchis et les facultés d’un ordre supérieur de l’ame ne présentent que des idées 
trop vagues, pour pouvoir déterminer notre opinion. 

Nous allons examiner jusqu’à quel point nous sommes redevables à l’ouïe de notre 
langage, et à celui-ci de nos idées et de nos connoissances. 

Pour pouvoir démontrer que l’homme n’acquiert la somme la plus considérable de 
ses idées, et ses facultés intellectuelles les plus importantes, que par le moyen de l’ouïe, 
les auteurs s’attachent principalement à l’exemple des sourds-muets. 

Quoique depuis plus de deux çents ans on possède des ouvrages sur l’instruction 
des sourds-muets, voici comment Lecat s’expliquoit en 1754 sur les progrès possibles 
d’un individu né sourd et par conséquent muet. « Un sourd de naissance, dit-il ’, est 
nécessairement muet; car pour parler, il faut apprendre une langue, et pour apprendre 
cette langue , il faut entendre. On sent bien que les sourds de cette espèce sont privés 
de la plupart des avantages et des consolations qu’on vient de remarquer dans les 
sourds ordinaires. Un sourd de naissance est, ce me semble, beaucoup plus malheureux 
qu’un aveugle-né. Pour juger de sa grande misère, il ne faut que peser ce que valent à 
l’homme les lumières de l’éducation, dont cette espèce de sourds est presque totale¬ 
ment privée. Nous avons dit qu’il y a plus de choses à voir dans le monde qu’à entendre; 
mais en fait de connoissance, il y a peu de vérités qui se voient, presque toutes s’enten¬ 
dent. Il est vrai qu’on parvient à faire écrire et lire un sourd et muet ; en lui montrant, 
par exemple, une chandelle, et lui écrivant ce mot, on lui fait voir que c’est là le 
caractère attaché à cette chose ; et toutes les fois qu’on lui présentera ce caractère, il 
pensera à cette chose : on lui apprendra de même les noms de ses amis, ou plutôt les 
figures qui les désignent ; mais qui ne sent pas combien cet art des signes est borné, 
sans les secours des sons ! Vous ferez connoître à un sourd-muet un grand nombre de 
substantifs, ou de noms de choses ; mais comment lui ferez - vous connoître toutes les 
qualifications qu’on donne à ces choses ? comment lui ferez-vous comprendre les verbes, 
tous leurs modes, tous leur temps ? Les connoissances d’une telle espèce d’hommes se 
bornent aux choses entièrement visibles, et sont par conséquent extrêmement limitées, 
quelques soins qu’on se donne pour les instruire, et malgré leur sagacité naturelle à 
deviner au moindre signe. On en peut juger par le sourd de naissance dont parle l’his¬ 
toire de l’Académie des sciences, année 1705. 

« Un jeune homme de vingt-quatre à vingt-cinq ans, sourd et muet de naissance, 


ANATOMIE ET PHÏSIOEOGIE 

d, 2 t°ce«e histoire, commença tout d’un coup à parler au grand étonnement de toute 
la ville de Chartres, où cet événement singulier arriva. On sut de lui que quatre ou cinq 
mo is auparavant il avoit entendu le son des cloches, et avoit été extrêmement surpris 
de cette sensation nouvelle et inconnue : ensuite il lui étoit sorti une espece deau de 
l’oreille gauche, et il avoit entendu parfaitement des deux oreilles. Il fut ces trois ou 
quatre mois sans rien dire, s’accoutumer à répéter tout bas les paroles qu’il entendoit, 
et s’afTermissant dans la prononciation et dans les idées attachées aux mots. Enfin il 
se crut en état de rompre le silence , et il déclara qu’il parloit, quoique ce ne fût 
encore qu’imparfaitement. Aussi les théologiens habiles l’interrogèrent sur son état passé, 
et leurs principales questions roulèrent sur Dieu, sur l’ame, sur la bonté , ou sur la 
malice morale des actions. Il ne parut pas avoir porté ses pensées jusques là, quoiqu’il 
fût né de parens catholiques, qu’il assistât à la messe, qu’il fût instruit à faire le signe 
de la croix, et à se mettre à genoux dans la contenance d’un homme qui prie; il n’avoit 
jamais joint à cela une intention; tant il est vrai que le plus grand fond des idées des 
hommes, est dans leur commerce réciproque ». 


Bufïbn 1 cite le même exemple, et dit qu’un sourd-muet ne doit avoir aucune con- 
noissance des choses abstraites et générales; il croit, à la vérité, qu’il seroit possible de 
communiquer aux sourds ces idées qu’il leur manquent, et même de leur donner des 
notions exactes et précises des choses abstraites et générales, par des signes et par l’écri¬ 
ture. Il allègue l’exemple du sourd, M. d’Asy d’Etavigny, instruit par Rodrigue Pereire, 
et alors âgé de dix-neuf ans, qui dans une assemblée de l’Académie où on lui adressa 
différentes questions par écrit, y répondit avec beaucoup de justesse, par écrit et de 
vive voix. Buffon étoit persuadé qué si l’on avoit commencé à instruire ce jeune homme 
dès l’âge de sept ou huit ans, « il seroit parvenu au même point où sont les sourds 
qui ont autrefois parlé, et qu’il auroit acquis un aussi grand nombre d’idées que les 
autres hommes en ont communément 2 ». Combien cette supposition, fondée sur l’expé¬ 
rience, est déjà éloignée des raisonnemens vagues de la seule imagination ! 


Herder même étoit encore bien arriéré sur ce point. « L’exemple des sourds et muets 
de naissance prouve, dit-il 3 , que sans le langage l’homme ne peut guères, même en 
vivant au milieu des hommes, arriver aux idées raisonnables, et qu’il reste livré à la 
fougue brutale de ses appétits. Il imite tout ce que son œil voit faire de bon et de mau¬ 
vais, et il l’imite plus mal que ne fait le singe, parce qu’il lui manque le degré de "saga¬ 
cité nécessaire pour juger les différences, et même jusqu’à la sympathie pour son espèce. 
On a des exemples qu’un sourd-muet de naissance ayant vu tuer un cochon, avoit mas¬ 
sacré son frère, et, simplement par imitation, fouilloit dans ses entrailles àvec une joie 
tranquille. Exemple effrayant du peu de pouvoir intrinsèque du sentiment de sympathie 
pour notre espèce, et de la raison humaine si vantée ». 

■ L. c. p. 64 etsuiv. 

* L. c. p. 70. 

3 Ideen zur Phil. der Gechichte der Menschheit. Th. 1. S. 220. 




* 


DU SYSTÈME NERVEUX. 121 

Quoique M. Dégérando ait, sous beaucoup de rapports, des idées exactes sur les 
signes de nos idées, il nous semble cependant qu’il leur attribue une influence trop 
grande lorsqu’il les regarde plutôt comme les causes que comme les effets de nos facultés 
intellectuelles. « L’observation des sourds-muets de naissance, dit-il % confirme encore 
les maximes que nous avons établies à l’égard de l’influence que le langage de convention 
exerce sur le développement des facultés intellectuelles. Avec un langage seulement com¬ 
mencé les sourds-muets ne possèdent que des facultés très-imparfaites. Le sourd-muet 
donne une attention sérieuse à tout ce qui se lie immédiatement à ses besoins; mais , 
concentré dans ses efforts, il ne suit point la chaîne des causes; son attention quelque¬ 
fois très-fixe, n’est jamais méthodique; il n’exerce aucune domination sur elle; il ne met 
point en ordre ses expériences ; il ne songe point à transformer leurs résultats ; il se 
borne à recevoir d’une manière passive, les impressions qui lui parviennent; il obéit 
toujours et semble ignorer le pouvoir qu’il a de se diriger lui-même. Ses jugemens , 
livrés aux lois d’une aveugle habitude, ne se forment point par de régulières déduc¬ 
tions , ne reçoivent point les modifications de la probabilité : il est à l’abri des subtilités 
delà métaphysique, son imagination ne connoît pas la brillante et dangereuse région 
des systèmes; mais se bornant à répéter mécaniquement ce qu’il a fait ou vu faire, jl 
ignore l’art de faire servir le connu à la découverte de l’inconnu. Il a sans doute un 
commencement de réflexion ; car il faut qu’il analyse sa pensée pour la peindre, et il 
ne peut l’analyser sans réfléchir sur lui-même ; mais cette réflexion s’arrête en quelque 
sorte aux formes les plus extérieures de sa pensée ; elle ne pénètre ni les opérations de 
son esprit, ni les modifications les plus intimes de son. être ; sa propre existence semble 
être pour lui un profond mystère, et pendant qu’il nous dévoile, par les expressions si 
naïves, les impressions qu’il éprouve, seul il paroît n’être pas témoin de ce qui se passe 
en lui-même. 

« Cependant le sens du toucher et de la vue est chez lui bien plus actif, bien plus 
perfectionné que chez les autres hommes, et les idées philosophiques que nous puisons 
immédiatement dans les sons dont il est privé, sont extrêmement limitées. Nouvelle 
preuve que le perfectionnement de notre esprit ne dépend pas exclusivement du per¬ 
fectionnement de nos sens ; nouvelle preuve que le développement de nos facultés est 
surtout dû à la présence de cette réflexion qui met l’entendement en liberté, parce 
qu’elle lui révèle le secret de ses propres forces. 

« Enfin l’observation du sourd-muet nous apprend combien est étendue l’influence 
que nos idées exercent sur la nature de nos besoins et le caractère de nos passions. 
Limité à la sphère des idées sensibles, le sourd-muet ne connoît guères que le bien- 
être ou le mal physique ; ne méditant pas sur sa propre destination et sur les rapports 
réciproques de l’homme à l’homme , l’obligation du devoir n’est presqu’à ses yeux que 
l’appréhension des peines ; le seul sentiment moral qu’il paroisse éprouver dans une haute 

1 Des signes ou de l’art de penser. Tom. IV, p. 460 et suiv. 

1. 3i 




123 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

énergie, est celui de sa propre indépendance, et peut-être est-ce encore l’effet qu’il réflé¬ 
chit très-peu sur le besoin qu’il a de ses semblables *. 

Il nous semble qu’on ne peut mieux redresser ces opinions, et celles qui leur ressem¬ 
blent, ainsi que toutes les erreurs théoriques et pratiques qui en découlent, que lors¬ 
qu’on sait bien nettement ce qu’est proprement le langage, comment il naît, et de 
quelle manière il a nécessairement dû naître. , 

On doit en général considérer comme langage tout ce qui sert comme moyen de se 
communiquer mutuellement ses sensations et ses idées. 

Un individu qui seroit seul depuis sa plus tendre jeunesse, ne pourroit avoir absolu¬ 
ment aucun langage de convention. Mais ses membres et ses organes extérieurs, ne sont 
pas moins en rapport avec son organisation intérieure. Aussi souvent qu’une sensation 
vive sera excitée dans l’intérieur, elle sera transmise involontairement aux parties exté¬ 
rieures. Si cet individu est entouré d’êtres entièrement dissemblables qui expriment leurs 
diverses sensations d’une manière toute différente, ses expressions ne pourront devenir 
pour eux des signes déterminés d’une sensation, et par conséquent non plus un lan¬ 
gage. Cinq individus dont chacun seroit doué d’un sens unique, et différent de celui de 
chaque autre, ne pourroient certainement pas s’entendre , comme Condillac l’a déjà 
observé '. Yoilà aussi pourquoi nous nous intéressons si peu au sort des animaux dont 
l’organisation s’éloigne beaucoup de la nôtre. 

Mais aussitôt qu’il existe quelque analogie entre les sensations et les expressions de 
l’individu isolé et des êtres qui l’entourent, les gestes, les mines, les inflexions de la 
voix, etc., peuvent en quelque sorte se comprendre. Plus il y a d’analogie dans la nature 
des êtres rassemblés , plus leurs expressions paroissent se rapprocher, et plus chaque 
individu reconnoît avec certitude par les expressions d’un autre ce qui se passe dans 
l’intérieur de celui-ci; notre joie, notre courroux, notre manière de commander n’ont 
aucune signification pour un hanneton, et n’en ont pas une bien grande pour un oiseau 
et pour un lapin ; tandis que le chien et le singe reconnoissent par nos gestes, et sans 
s’y méprendre , plusieurs de nos affections et de nos passions. 

Il n’est donc guères possible qu’il existe un animal d’une organisation tant soit peu 
parfaite, qui ne soit doué de la faculté de communiquer avec les individus de son espèce, 
ne fût-ce qu’entre le mâle et la femelle. Ainsi l’on peut, avec Le Roi, Condillac, Du¬ 
pont de Nemours, Tracy, etc., dire que presque tous les animaux ont un langage. Mais 
ce langage a toujours les rapports les plus intimes avec la nature et la quantité des 
sensations et des idées. Chaque espèce d’animal doit donc avoir son langage particulier, 
plus ou moins borné dans ses expressions. Il faut n’avoir jam'ais observé l’économie des 

! Oeuvr. compl. Tom. III. Traité sur les animaux, p. 272. 


23 


DO SYSTÈME NERVEUX. 

abeilles et des fourmis, pour nier quelles se communiquent mutuellement, de la ma¬ 
nière la plus précise, leurs besoins, et même de purs incidens. Qu’est-ce que les senti¬ 
nelles que posent les oiseaux et les animaux mammifères, et leur cri d’alarme ? Qu’est-ce 
que le roucoulement des tourterelles, et les différens tons que font entendre les oiseaux 
dans leurs amours, dans leur colère, en soignant leurs petits, en demandant de la 
nourriture ? Pourrions-nous nous avertir d’une manière plus significative de l’approche 
d’un ennemi, que les étourneaux, les poules, les coqs, etc., ne s’annoncent entre eux 
la présence de l’oiseau de proie qui menace leur vie ? Pourrions-nous mieux appeler 
au secours, et nous réunir avec plus de succès que les chevaux, les chiens, les singes, 
les cochons, etc., pour nous défendre ou pour suivre toute autre entreprise commune ? 
Buffon à très-bien senti cette vérité, et n’a absolument dénié un langage aux animaux , 
que parce qu’il avoit fait violence à la nature , en leur refusant toute espèce de pensée 
et de sensation. 

Les animaux ont donc une faculté commune avec l’homme, celle de se communi¬ 
quer mutuellement leurs sensations et leurs idées, soit par des gestes, soit par des sons; 
ainsi la langue des gestes marche d’un pas égal et simultanément avec la langue des 
sons. L’une n’est pas antérieure à l’autre, quoique l’une ou l’autre suffise seule dans un 
cas donné. 

Qu’on ne nous dise pas que le langage des animaux n’a point de mots. Notre oreille, 
de même que celle de l’animal, ne perçoit qu’un son , ainsi que Locke l’a déjà dé¬ 
montré '. Si ce son n’est que l’expression naturelle et involontaire d’un sentiment inté¬ 
rieur, comme par exemple le rire, les hurlemens, les cris d’effroi, de douleur, de rage, 
de joie, etc., il sera, de même qué les gestes, compris par tous les individus d’une espèce, 
semblable ou peu différente. Dans ce cas, le langage humain s’assimile au beuglement 
et au mugissement inarticulé du taureau et de la vache, et au bêlement plaintif de 
de l’agneau et de la brebis. 

Quelqu’arbitraire que paroisse le langage de l’homme, il n’est cependant, lorsque 
nous avons besoin de designer les choses qui nous frappent le plus habituellement, 
qu’une imitation plus ou moins matérielle de ces mêmes choses. Ainsi nous disons que 
le cheval hennit, que la poule glousse, que le cochon grogne; et quand nous parlons 
de l’effervescence des passions, des transports de l’amour et de la colère, de l’abatte¬ 
ment causé par le chagrin, des grincemens.de dents de l’envie, du fracas du tonnerre, 
les mots peignent en quelque sorte les affections et les choses qu’ils représentent. 

Enfin plus le langage devient arbitraire, plus il est nécessaire de l’apprendre, ou de 
joindre des idées déterminées à des sons arbitraires. Les animaux possèdent aussi cette 
faculté, autant qu’ils sont capables de percevoir nos sensations et nos idées. Dans chaque 


■ Essai philos, sur l’entendement humain, trad. de l’anglois par M. Coste, Amsterd. 1774. Tom. III, p. 82. 


/ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

oays les boeufs, les chevaux , les chats, comprennent un langage différent. Il arrive 
souvent que les chiens et les singes apprennent à unir les mêmes idees aux mots diffé- 
rens de plusieurs langues. 


Tout ceci prouve que ce n’est pas la faculté de l’ouïe qui engendre le langage et les 
idées qui y sont jointes ; mais que chaque langue, soit composée simplement de gestes 
ou de sons, soit articulée, est une production naturelle des sensations et des idées inté¬ 
rieures. Lors même que celles-ci n’ont qu’un certain degré de vivacité , elles se mani¬ 
festent toujours au dehors, et deviennent perceptibles pour les êtres de la même espèce. 
Les observations suivantes fendront cette proposition encore plus claire. 


Un homme complètement idiot, quoiqu’ayant l’ouïe très-fine, ne peut apprendre 
aucune langue. Tout en lui ne s’exprime que par des sons rauques, par un cri aigu et 
effrayant, par un rire niais, excessif et désordonné, et par des gestes lourds et grossiers. 
S’il possède encore quelque foible portion d’intelligence, il ne fera connoître ses besoins 
les plus pressans, et ses sensations les plus vives de plaisir ou de douleur, que par un 
petit nombre de mots isolés et entrecoupés. Si les facultés intellectuelles s’élèvent d’un 
degré, on aperçoit la liaison de quelques idées Simples exprimée par ces mots : maman, 
baiser; papa , jouer; promener, etc. La faculté de communiquer ses affections et ses 
pensées par des gestes ou par des paroles se perfectionnera, en proportion du degré 
de perfection de l’intelligence, jusqu’à ce qu’enfm l’homme ayant une grande abon¬ 
dance de sensations et d’idées, trouve une quantité égale de signes pour les exprimer, 
et les communiquer à ses semblables. Mais si la raison de ce même individu vient à 
être troublée ; alors le poète et l’orateur deviennent muets, ou bien le flux de leur 
éloquence dégénère en un mélange inintelligibles d’idées désordonnées, vagues et in¬ 
cohérentes. 


Chacun de nos lecteurs peut à présent reconnoître que, si le singe ne parle point, ce 
n’est pas parce qu’il a des poches à la glotte, ainsi que l’ont prétendu Camper, et tant 
d’autres après lui. On voit pourquoi les oiseaux qui ont l’ouïe très-fine, et savent aussi 
articuler des paroles, n’apprennent cependant pas le langage humain; pourquoi des 
peuples dont l’organisation est peu développée, sont à peu près dans le même cas que 
les gens à demi-imbéciles, n’ont que peu d’idées , et une langue pauvre et défectueuse 
pourquoi enfin la langue de chaque peuple peut, sous beaucoup de rapports, servir à 
juger l’étendue de son intelligence, et des progrès qu’il a faits de lui-même dans les 
arts et dans les sciences. 

Il sera facile actuellement de rectifier les opinions et les relations concernant les 
sourds-muets, que nous avons rapportées plus haut. 

Dans la vie sociale, il y a beaucoup de choses accidentelles et positives dont il est 
impossible de se former aucune idée sans instruction. Or l’instruction étant ordinaire- 


Dü SYSTÈME NERVEUX. 125 

ment donnée dans la plus commode de toutes les langues , qui est la langue articulée, 
et les sourds-muets vivant comme des membres isolés au milieu de leur famille ; il n’est 
pas étonnant qu’ils restent privés de toutes ces idées. 

D’après cela, comment pouvoit-on s’attendre que le sourd-muet, présenté à l’Aca¬ 
démie des sciences de Paris, eût-il même été doué des facultés les plus extraordinaires, 
eût pu avoir sur Dieu, sur les actions justes ou injustes, les mêmes idées que ses conci¬ 
toyens ? Qui de soi-même peut acquérir les mêmes idées de choses sur lesquelles ni les 
différens peuples, ni les individus de la même famille ne s’accordent, et qui n’ont pour 
fondement que les relations sociales, la tradition ou la révélation ? 

Au reste le naturaliste doit soigneusement se tenir sur ses gardes avec les écrivains 
qui cherchent à acquérir de la célébrité par la singularité de leurs opinions. Un sourd- 
muet de naissance qui entendoit le son des cloches depuis quatre à cinq mois, à qui il 
étoit survenu un écoulement à l’oreille, étudia, dit-on, secrètement la langue pendant 
trois à quatre mois, s’exerça à parler, et forma tranquillement le projet de surprendre 
ses concitoyens; et quoique, pendant ces quatre à cinq mois, il eût fréquenté l’église, 
et eût tout compris, il n’avoit cependant, ajoute-t-on, acquis aucune idée de Dieu, 
du but du service divin et de la prière ? Qui ne voit pas que toute cette histoire n’est 
qu’un conte inventé à plaisir d’après des notions défectueuses, et des suppositions 
fausses ? 

Quant au sourd-muet qui, ainsi que le rapporte Herder, égorgea son frère parce 
qu’il avoit vu tuer un çochon, il est bon de remarquer que jusqu’à présent on a géné¬ 
ralement méconnu, combien les imbéciles quelquefois sont dangereux pour la sûreté de 
la société. La surdité de naissance, et par conséquent l’état de sourd-muet, accompagne 
fréquemment l’imbécilité de naissance. Or les imbéciles peuvent, selon qu’ils ont de 
mauvaises qualités, soit qu’ils soient sourds ou qu’ils entendent, devenir plus ou moins 
nuisibles à la société par des atteintes de tout genre. Un individu de cette espèce, âgé 
de quinze ans, maltraite sa sœur, dans un accès de lasciveté, de la manière la plus 
brutale ; un autre égorge les deux enfans de son frère, et court au-devant de lui en 
lui annonçant, avec une joie bestiale, qu’il vient de massacrer ses enfans ; un troisième 
tire son frère avec une hache, et allume du feu sous lui pour le rôtir publiquement 
devant la maison. Nous fixerons plus tard sur cet objet l’attention du lecteur, pour dé¬ 
montrer que la cause de ces actions ne gît nullement dans le défaut de langage. 

Le tableau dès sourds-muets présenté par M. Dégérando ne leur est applicable que tant 
qu’il vivent isolés, et qu’ils ^'acquièrent aucune instruction. Car d’ailleurs ils savent com¬ 
muniquer avec précision avec ceux qui entendent, et apprfennent aussi à comprendre leurs 
signes. S’ils se trouvent plusieurs ensemble, ils se rendent intelligibles les uns aux autres 
de la manière la plus prompte et la plus parfaite. S’ils formoient une société nom¬ 
breuse, une nation, ils fixeroient graduellement, comme les autres peuples, leurs idées 
i. 3a 


12 g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

de vertu et de vice, ne tarderoient pas à faire des lois , inventeroient des arts et des 
sciences , etc. 

Nous avons choisi la langue articulée , parce quelle offre le moyen le plus commode 
et, aidée de gestes, le plus naturel en même temps de se communiquer. Mais personne 
ne peut soutenir que les sons par lesquels une langue diffère de toutes les autres, ren¬ 
ferment aucune idée de morale, d’art ou de science. La langue de sons a d’abord été 
remplacée par des hiéroglyphes, puis successivement par des signes écrits et imprimés. 
Les chimistes, les arithméticiens, les mathématiciens, les géomètres, les géographes, 
les musiciens, les mécaniciens, etc., ont leurs signes muets qui leur servent à s’expliquer 
de la manière la plus simple et la plus abrégée sur les rapports de formes, de lieux, de 
nombres, de grandeurs, de tons, d’affinités, etc. L’on se donne des avis à de grandes 
distances, par le simple mouvement de quelques leviers, par des coups, par des feux, etc. 
L’expérience a suffisamment appris que les sourd-muets peuvent être aussi bien instruits 
que les autres hommes, par des moyens différens de tout ce qui ne concerne pas le 

son ou le ton. Ils acquièrent même fréquemment des idées plus justes et plus parfaites 

que ceux qui entendent, parce, que ceux-ci font souvent plus d’attention aux sons qu’aux 
objets qu’ils doivent désigner, tandis qu’on tâche de rendre tout sensible et intuitif aux 
sourds-muets. 

Il est donc certain que l’ouïe est une condition pour le langage de sons, mais qu’elle 
n’en est pas la cause, et que le langage articulé lui-même ne sert à exprimer que ce que 

peuvent exprimer les autres signes de nos sensations et de nos idées. Ainsi l’ouïe ne 

peut être considérée comme un moyen qui contribue à former notre intelligence, qu’au- 
tant qu’on fait principalement usage de la langue articulée pour instruire, que ce sens, 
nous fait connoître le monde extérieur, et qu’il offre à notre méditation ultérieure des 
objets auxquels nous ne pourrions atteindre par un autre sens quelconque, soit exté¬ 
rieur , soit intérieur. 

De même que l’odorat et le goût peuvent recevoir un grand degré de perfectionne¬ 
ment non-seulement par les irritans, effets des maladies ou produits de l’art, mais 
encore par l’exercice ; de même aussi l’organe de l’ouïe peut acquérir un tel degré de 
finesse, qu’il soit possible d’estimer à peu près la distance des objets sonores, et même 
d’élever cette faculté jusqu’à la précision la plus étonnante. L’aveugle Weissenbourg de 
Manheim jugeoit avec exactitude la distance et la taille des personnes qui étant debout, 
lui parloient ; Schônberger de Weide, dans le Haut-Palatinat, avoit l’ouïe si juste, qu’il 
suffisoit de lui indiquer en frappant l’endroit où étoient les quilles, ou bien le point de 
mire d’une cible ; on étoit sûr de le voir lancer sa boule et même tirer à la cible si 
adroitement, que souvent il, atte^gnoit le but. Il arrive encore*plus souvent qu’un aveugle 
trouve du premier coup une aiguille ou une pièce de monnoie qui auront fait du bruit 
en tombant. 


SYSTÈME NERVEUX. 


12 7 


De la vue. 

Le simple sens commun n’a jamais douté que nous vissions les objets extérieurs tels 
qu’ils existent réellement ; que l’œil ne pût seul, sans l’aide d’un autre sens , et sans 
exercice ni instruction préalable, percevoir non-seulement les impressions de la lumière 
et des couleurs, mais encore celles des formes, de la grandeur, de la direction, du nom¬ 
bre, et de la distance des objets; que par conséquent nous sommes redevables à notre 
vue d’une grande partie de nos jouissances. 

Mais les savans raisonnent bien différemment sur le sens de la vue. Abandonné à 
lui-même, il est, suivant eux, frappé de la même impuissance que l’odorat ou le goût. 
Toute sa sphère d’activité est bornée à la lumière et aux couleurs. Ce qu’il semble nous 
apprendre sur la forme des objets, sur leur grandeur, sur leur direction, sur leur nom¬ 
bre, sur l’espace, et sur la; distance, est uniquement l’ouvrage du toucher. L’œil seul 
n’en donneroit aucune notion, ou n’en donneroit que de vicieuses qui auraient besoin 
d’être corrigées par l’ame après une étude longue et secrète. 

Ainsi l’écrivain qui veut traiter de la vue, doit opposer le sens commun à l’érüdi- 
tion, ou l’érudition au sens commun. Dans l’un et l’autre cas, il n’est pas si aisé qu’il 
pourroit le paraître, d’expliquer les fonctions du nerf optique et de l’œil, ainsi que les 
phénomènes de la vue. L’organisation matérielle du nerf ^optique est encore en grande 
partie un mystère; on acquiert sans cesse de nouvelles observations sur la structure de 
l’œil- Les parties qui le composent sont -si nombreuses, si variées; leur densité, leur 
élasticité, leur irritabilité, leur mobilité sont si difficiles à déterminer; leur structure est 
si délicate et si compliquée, que c’est une entreprise extrêmement hasardée, de vouloir 
expliquer comment les objets extérieurs agissent sur ces parties, dans quel ordre les 
rayons lumineux entrent dans l’œil, comment ils y sont réfléchis, décomposés, réqnis 
de nouveau, et comment enfin ils produisent le sentiment des objets. Aussi restera-t-on 
encore long-temps dans les ténèbres sur plusieurs de ces points. Nous allons présenter à 
ce sujet quelques observations, mais purement physiologiques, sans nous trop engager 
dans des considérations optiques, chimiques et anatomiques. 

Molineux, Berkley, Condillac et quelques auteurs ont eu le courage de soutenir 
que, par le moyen de la vue, nous n’acquérons d’autres idées que celles de la lumière 
et des couleurs. D’autres écrivains, tels que Locke, Lecat, Diderot, Buffon ont trouvé 
cette opinion trop hasardée, et ont accordé de plus à l’œil la faculté de voir la forme , 
la grandeur, l’espace et la distance; mais ils ont pensé que l’œil devoit nécessairement 
nous tromper sur le nombre et sur4a position des objets, parce que les rayons lumi¬ 
neux qui peignent dans l’œil la figure des objets s’entrecroisent, en entrant, dans 
la pupille; ainsi cette image étant renversée sur l’expansion nerveuse du nerf opti¬ 
que, ils en tirent la conséquence « qu’on doit voir les objets renversés, et que les- 





12 g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

enfans , avant que de s’être assurés par le toucher de la position des choses et de celle 
de leur propre corps voient en bas tout ce qui est en haut, et en haut tout ce qui est 
en bas 1 ». 

Mais l’expérience, autant qu’on peut se rappeler sa plus tendre enfance, contredisant 
positivement cette assertion , ces écrivains ont dû chercher a 1 expliquer. « Le grand 
maître, dit Lecat % que l’ame a suivi dans cett?e réforme, est le sentiment du toucher. 
Cette seule sensation est le juge compétent, le juge souverain de la situation des corps; 
c’est ce maître qui le premier nous a dit que nous marchions debout, et qui sur cette 
première règle nous a donné la véritable idée de la situation des autres corps. L’ame a 
été convaincue par les démonstrations de ce sens : car elles sont sans réplique, et elle 
sait d’ailleurs que les yeux sont en cela fort trompeurs; elle a donc dit t puisque Pierre 
que mes mains et la propre situation de mon corps m’ont démontré être debout, m’en¬ 
voie dans l’œil une image renversée, dorénavant je jugerai droits tous les objets qui se 
peindront renversés dans l’œil, et je jugerai renversés tous ceux qui s’y peindront droits; 
le jugement de raisonnement a été bientôt suivi du jugement d’habitude, et l’habitude 
une fois établie , c’est une énigme à deviner que la façon dont lame peut voir, c’est-à- 
dire, juger les objets droits, quoiqu’ils soient renversés dans l’œil ». 

Quelqu’arbitraire que soit-ce raisonnement, il a cependant obtenu l’assentiment de 
Buffon et d’un grand nombre d’autres écrivains. Berkley et Condillac, sans être essen¬ 
tiellement d’une opinion différente, nient que les objets puissent être peints sur la 
rétine. « Il n’y a dans la rétine, dit Condillac 3 , qu’un certain ébranlement : or un 
ébranlement n’est pas une couleur; il ne peut être que la cause occasionelle d’une mo¬ 
dification de l’ame. En vain les rayons agissent dans un ordre contraire à la position des 
objets ; ce n’est pas une raison de croire qu’il y ait dans l’ame une sensation renversée; 
il ne peut y avoir qu’une manière d’être qui, par elle-même, n’est susceptible d’au¬ 
cune situation. C’est au toucher à apprendre aux yeux à répandre cette sensation sur 
la surface qu’il parcourt ; et lorsqu’ils sont instruits , ils ne voient ni double ni ren¬ 
versé ». 

Ainsi Condillac ne diffère de Lecat que parce qu’il pense que les yeux, avant d’avoir 
vu, doivent être instruits par le toucher, « et comme dans la suite le sens de la vue 
et celui du toucher agissent en même temps, nous distinguons difficilement ce qui 
appartient à chacun de ces sens, et nous attribuons à un seul ce que nous devrions par¬ 
tager entre eux 4 ». 

Toutes ces opinions singulières à l’appui desquelles on ne peut citer un seul fait, 

• Buffon, Tom. VI, p. 4. 

• L. c. p. 198. 

» Oeuvres philos. Tom. IU. Traité des animaux, p. 233 . 

• Traité des sensations. Tom. II, p. 85 . 


DU SYSTÈME NERVEUX. ! 2 g 

supposent que l’ame est placée immédiatement derrière la rétine, pour y recevoir les 
impressions que perçoit cette partie, ou bien qu’apercevoir les objets extérieurs, ou en 
avoir le sentiment, ou en un mot voir, est une opération qui se passe dans le bulbe de 
l’œil lui-même. Mais quelque saine que soit cette partie , si le nerf optique dans son 
trajet est comprimé, ulcéré, atrophié, ou affecté d’une maladie quelconque, les fonc¬ 
tions de la vue sont dérangées ou rendues impossibles. Par conséquent, puisque la vision 
est soumise à tant de conditions, il est évident qu’on ne les prend pas en considération 
toutes les fois qu’on s’en tient simplement à l’impression faite dans l’œil, et qu’on veut 
expliquer par l’œil seul les phénomènes de la vision. Que l’on suppose que les filamens 
du nerf optique s’entrecroisent en entrant dans le bulbe de l’œil avant de s’épanouir 
dans la rétine , ou que la position de ces fdamens vienne à changer dans le trajet 
ultérieur du nerf optique, [la difficulté qui résulte de l’entrecroisement des rayons lumi¬ 
neux sera entièrement levée. Nous ne hasarderons pourtant aucune opinion sur ce sujet ; 
nous nous contenterons de faire observer à nos lecteurs combien on court le risque de 
se méprendre, lorsque l’on prétend expliquer une fonction animale, surtout par les 
lois de la mécanique. 

Pourquoi ne point s’en tenir plutôt à l’expérience qui nous apprend que les rayons 
des objets sont rapportés dans la même direction dans laquelle ils tombent sur la rétine? 
En vertu de cette loi, on savoit que les rayons ou les ébranlemens qui arrivent à la 
partie inférieure de la rétine se rapportent à la partie supérieure des objets, et vice 
versa. On expliquoit également par les lois de la réfraction des rayons en passant par 
des milieux différens, les illusions de la vue. Certes c’est ce que dévoient oublier ceux 
qui refusoient à tous les sens, excepté au toucher, la puissance d’éveiller en nous des 
idées des choses extérieures , et qui n’accordoient à l’action du goût, de l’odorat, de 
l’ouïe, de la vue, lorsque le toucher ne venoit pas à leur aide, que la faculté de pro¬ 
duire la conscience d’altérations ou de modifications du moi. D’après leur manière de 
penser, les idées que nous acquérons des objets, doivent être parfaitement semblables 
à l’image qu’ils forment dans l’œil, et ne peuvent nous faire connoître l’existence d’un 
objet hors de nous, ni sa véritable position. 

Rien n’est plus contraire à l’expérience, que d’assurance qu’on nous donne, qu’une 
prétendue erreur continuelle d’un sens, peut continuellement être rectifiée, soit par un 
autre sens, soit par le jugement devenu habituel. Les idées de jugement et de devenir 
habituel sont aussi ^incompatibles que le sont celles de Buffon et de quelques autres 
écrivains , qui attribuent les mêmes fonctions et les mêmes actions, chez les animaux, 
au pur mécanisme, et chez l’homme, aux sensations et aux idées. 

Lorsque l’organe de la vue devient malade, malgré sa longue habitude de voir les 
objets droits et simples, il les voit renversés et doubles. Quand un homme est vis-à-vis 
de nous la face en avant, nous sommes habitués à voir son côté droit à notre gauche ; 
i. 33 


•Z ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

cependant, en nous apercevant dans un miroir, nous ne manquons pas de reconnoître 
que le côté droit de l’image est vis-à-vis notre côté droit. 

En général nous sommes toujours obligés de voir d’après les lois de la réfraction et de 
la réflexion des rayons ; et jamais le jugement ni l’habitude ne pourront opérer à cet égard 
le moindre changement! Nous nous voyons nous-mêmes et les autres objets, grossis, 
diminués , allongés , raccourcis , aplatis , multipliés, rapprochés ou éloignés, derrière ou 
devant le miroir, malgré toutes les habitudes contraires. Personne ne doute, en se voyant 
renversé dans le fond d’une cuiller, que l’on ne voie le côté droit à gauche : cependant 
l’on voit dans un miroir conique, convexe à la circonférence et concave de la base au 
sommet, le côté droit de l’image vis-à-vis son côté droit, quoique' l’image paroisse aussi 
renversée. Le philosophe le plus profond , et le naturaliste le plus exercé voient, mal¬ 
gré leur conviction contraire, leur image derrière le miroir, de même que le perroquet, 
le singe et l’enfant vont l’y chercher. Par conséquent, si l’homme, à la force de son 
âge et à l’époque où ses facultés intellectuelles ont le plus de vigueur, ne peut se sous¬ 
traire à l’empire de l’illusion d’un sens, comment veut-on que l’ame, lorsqu’elle est 
encore dans un état d’impuissance, ait, avec le peu d’expérience quelle a acquise, le 
pouvoir de s’emparer d’un jugement habituel qui corrigeroit toutes les erreurs de ce sens? 

Enfin, dans quelle direction les animaux voyoient-ils les objets , lorsqu’on ne leur 
accordoit pas encore une ame qui pût rectifier les erreurs de l’œil ? Comment voient- 
ils aujourd’hui, quoiqu’à proprement parler, on ne puisse accorder le toucher qu’à un 
petit nombre d’entre eux ? Avons-nous jamais vu le faucon chercher le rat dans les 
nues, pour justifier nos absurdités philosophiques ? Le jeune oiseau qui se hasarde hors 
de son nid pour la première fois, cherche-t-il à terre le sommet des buissons ? A l’ins¬ 
tant où le poulain vient de naître, et où il ne peut avoir nulle sorte d’expérience, 
cherche-t-il les mamelles entre les épaules de sa mère ? Pourquoi a-t-on tant de plaisir 
à s isoler, pour inventer des erreurs brillantes, tandis que la vérité est si près de nous? 
pourquoi dans ses méditations ne veut-on pas honorer d’un regard les autres êtres 
vivans ? 

Continuons à justifier le sens de la vue de quelques reproches qu’on lui a faits 
« Un second defaut des yeux, dit Buffon 1 , et qui doit induire les enfans dans une 
autre espèce d’erreur ou de faux jugement, c’est qu’ils voient d’abord tous les objets 
doubles, parce que dans chaque œil il se forme une image du même objet ; ce ne peut 
encore etre que par l’expérience du toucher qu’ils acquièrent la coifnoissance nécessaire 
pour rectifier cette erreur et qu’ils apprennent en effet à juger simples les objets qui 
leur paroissent doubles. Cette erreur de la vue est dans la suite si bien rectifiée par la 
«vérité du toucher que, quoique nous voyons en effet tous les objets doubles, nous nous 
imaginons cependant les voir réellement simples J> . 


L. c. p. 5. 


DD SYSTÈME NEfcVEUX. l3l 

L’expérience suivante doit, selon lui, prouver son assertion. « Si l’on regarde , 
dit-il, de deux yeux deux objets qui soient à peu près dans la même direction par 
rapport à nous, en fixant les yeux sur le premier qui est le plus voisin, on le verra 
simple, mais en même temps on verra double celui qui est le plus éloigné, et au con¬ 
traire si l’on fixe les yeux sur celui-ci qui est le plus éloigné, on le verra simple, 
tandis qu’on verra double en même temps l’objet le plus voisin; ceci prouve évidem¬ 
ment que nous voyons en effet tous les objets doubles, quoique nous les jugions simples. 
Si le sens du toucher ne rectifioit donc pas le sens de la vue, nous nous tromperions 
sur le nombre des objets que nous jugerions toujours doubles ». 

Mais dans cette expérience le même objet étant vu tantôt simple, tantôt double 
comment peut-on en induire que l’on voit simple une fois , parce que le toucher a 
corrigé la vue ? Pourquoi cette correction s’applique-t-elle une fois à l’objet le plus 
proche, et une autre fois à l’objet le plus éloigné ? Suivant nous cette expérience fournit 
la preuve la plus positive que, dans l’acte de la vision, le toucher n’a absolument rien 
à faire, mais que les différences et les illusions de la vue sont uniquement le résultat 
de l’organisation et de la position des yeux, ainsi que des lois de la réfraction et de la 
réflexion des rayons. 

On aura de la peine à trouver quelqu’un qui puisse se souvenir d’avoir vu cons¬ 
tamment doubles dans son enfance les objets connus ou étrangers. Aussi n’avons-nous 
pas encore appris qu’aucun individu né aveugle, ou devenu tel, ait aperçu les objets 
doubles en recouvrant la vue. Les animaux mêmes chez lesquels la brièveté de leur 
existence ou le défaut du toucher proprement dit ne permet pas la prétendue correc¬ 
tion, ne donnent nullement lieu de soupçonner que jamais ils se trompent sur le nom¬ 
bre des objets. On ne voit pas le papillon chercher le nectar sur l’image d’une fleur, 
ni l’agneau confondre un fantôme avec sa mère. 

Nous devons donc regarder comme une pure chimère l’opinion qui établit qu’on voit 
les objets doubles. Cependant il est réellement des cas où nous voyons les objets doubles. 
Les savaiis se sont donné beaucoup de peine pour expliquer ces phénomènes. La plu¬ 
part d’entre eux, même ceux qui pensent que ce n’est que par la correction du toucher 
que nous voyons avec deux yeux les objets simples, supposent qu’effectivement l’on 
voit les objets, simples, et cherchent des explications dans lesquelles ils oublient entiè- 
ment le toucher. C’est ainsi que pense Buffon ", quand il dit : « Lorsque les deux 
images d’un objet tombent sur les parties de la rétine qui sont correspondantes, c’est- 
à-dire, qui sont toujours affectées en même temps, les objets nous paroissent simples; 
mais si les images des objets tombent sur des parties de la rétine qui ne sont pas ordi¬ 
nairement affectées ensemble et en même temps, alors les objets nous paroissent doubles ». 

Pourquoi lame qui dans les deux cas a appris que l’objet est simple, le voit-elle une 

*L. c .p. 9 . 



1 ^ 2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

fois double, et l’autre fois simple. N’avoue-t-on pas, en alléguant de tels exemples, 
que l’on ne cherche que dans l’œil la cause de ce phénomène ? 

D’autres auteurs, par exemple Condillac, disent : « Lorsque le toucher instruit les 
yeux, il leur fait prendre l’habitude de se diriger tous les deux sur le même objet, de 
voir suivant des lignes qui se réunissent au même lieu, de rapporter chacun au même 
endroit la même sensation, et c’est pourquoi ils voient simple 1 » 

Cette explication contredit entièrement l’expérience citée par Buffon % lorsqu’il dit: 
« En regardant le même objet d’abord avec l’œil droit, on le verra correspondre à 
quelque point d’une muraille ou d’un plan que nous supposerons au-delà de l’objet ; 
ensuite en le regardant avec l’œil gauche, on verra qu’il correspond à un autre point 
de la muraille, et enfin, en le regardant des deux yeux, on le verra dans le milieu 
entre les deux points auxquels il correspondoit auparavant ». Il en conclut : « Ainsi il 
se forme une image dans chacun de nos yeux, et nous voyons une image de cet objet 
à droite et une image à gauche, et nous le jugeons simple et dans le milieu, parce 
que nous avons rectifié par le sens du toucher cette erreur de la vue ». Nous ne tar¬ 
derons pas à prouver , que cette expérience n’est pas précisément telle que BufFon l’a 
présentée. 

Voici comment Lecat s’explique à ce sujet : « Le pôle optique, dit-il 3 , n’est pas un 
point ; qu’est-il donc ? c’est tout le fond de l’œil qui a l’axe optique pour centre. Or toute 
image dont le centre répond à celui de ce pôle, fait voir à l’ame un objet unique, quoi¬ 
que l’image soit dans chaque œil, par la même raison qu’on entend des deux oreilles un 
son unique, quoiqu’il y ait double impression. Ce n’est point que les sensations se con¬ 
fondent par la réunion de l’ébranlement; cette confusion est une chimère, et elle est 
bien vérifiée chimère dans les deux oreilles dont les nerfs et les organes sont très-dis¬ 
tincts ; c’est lame elle-même qui fait cette réunion par un jugement qui lui vient de 
l’habitude de l’expérience, elle sait qu’un objet unique est celui qui occupe un seul et 
unique lieu proportionné à sa circonférence ; qu’un objet double est celui qui occupe 
un double espace, ou qui est dans deux lieux distincts; ainsi quand il lui vient une 
image dans chaque œil, qui toutes deux se rapportent en ligne droite au même point, 
au même lieu , et qui sont précisément les mêmes dans leur position et dans leur forme, 
parce que l’objet est dans l’axe commun aux deux yeux, et qu’il occupe la même place, 
le même pôle optique, qu’il affecte les mêmes parties dans chaque œil; alors c’est une 
même sensation venue du même endroit; ainsi lame juge que cette double image est d’un 
objet unique ; elle ne sent, elle ne voit qu’un objet ». 

* Suivant M. le professeur Ackermann 4 , soit que l’on voie avec un œil ou avec deux, 

• Condillac , Oeuvres philos. T. III, p. a 33 . Âutenrieth, Phys. Tom. III, S. 361. 

■L.c. p. 7. 




DU SYSTÈME NERVEUX. l33 

l’objet paroît toujours simple, parce que les deux nerfs optiques s’entrecroisent par 
moitié, de sorte qu’après l’entrecroisement, les deux organes visuels étant parfaite¬ 
ment égaux dans leurs fonctions ne forment qu’un seul organe. Mais avec deux oreilles 
* on n’entend qu’un son; et comme M. Ackermann ne peut pas démontrer l’entrecroi- 
I sement de la moitié des nerfs acoustiques, cette explication n’est donc pas la véritable , 
car elle devroit être applicable à l’organe de l’ouïe aussi bien qu’à celui de la vue. 

L’on prétend aussi, et c’est avec raison, que souvent il existe une inégalité entre les 
deux yeux et les deux oreilles, et que par conséquent une impression doit être plus 
vive et plus distincte que l’autre. Mais on ne peut soutenir que, dans ce cas, l’on ne 
perçoive que la plus forte des impressions. Il est d’expérience au contraire que l’on voit 
mieux avec les deux yeux, que l’on entend mieux avec les deux oreilles; on reçoit 
donc les deux impressions, et la plus foible n’est nullement anéantie par la plus 
forte. '.y.:* 1 !* 

C’est s’énoncer d’une manière bien arbitraire, que de dire avec MM. Cuvier f et 
Richerand 1 : « Tant que les images tombent sur les places correspondantes des deux 
rétines, et que les deux yeux sont à peu près égaux, nous ne distinguons point ces 
images, et nous voyons les objets simples ; mais pour peu qu’un œil soit tordu , ou 
tourné différemment de l’autre, ou lorsqu’ils sont très-inégaux, nous voyons double ». 
D’abord qu’est-ce que les places correspondantes ? Si les deux yeux paroissent avoir une 
même direction lorsque nous regardons un objet droit devant nous, ils en ont une direc¬ 
tement opposée, lorsque nous voyons de côté, car dans ce cas un œil est tourné en 
dedans et l’autre en dehors. Ensuite personne ne peut nier que très-peu d’hommes aient 
les deux yeux entièrement égaux. Presque toujours l’un est plus foible, et souvent d’une 
manière bien marquée ; et cependant ces individus, soit qu’ils voient en face ou de 
côté, n’aperçoivent les objets que simples. Enfin avec les deux yeux entièrement égaux, 
les objets paroissent pourtant doubles, quand on louche. 

De toutes ces explications si diverses, si Apposées et également insuffisantes, il résulte 
qu’il s’en faut beaucoup que les savans aient jusqu’à présent trouvé la véritable 
cause qui fait qu’avec deux yeux on voit simple, et nous pouvons prédire , sans trop 
de témérité, qu’on n’y arrivera pas, tant que l’on fera entrer le toucher et l’ame dans 
l’explication de la vision. L’ame ne coopère pas plus à cette action qu’à celle de tout 
autre sens; elle aperçoit seulement les impressions; et qu’elle le veuille ou non, son 
jugement s’accorde nécessairement avec les impressions que les sens lui ont communi¬ 
quées; ainsi pour découvrir successivement la cause des phénomènes d’un sens, il faut 
fixer toute son attention sur l’organe de ce sens , sur sa manière d’agir, et sur les rap¬ 
ports de l’objet avec lequel il est en relation. C’est dans cet esprit, que nous allons ajouter 
' quelques considérations à celles que nous avons présentées. 

‘ L. k. p. 36g. 

* Phys. tom.II, p. 33. 


3 / 



anatomie et physiologie 

Nous ne concevons pas comment jusqua ce jour on a fait si peu d attention à ce 
fait général : que toutes les opérations de la vie animale, et par conséquent celles des 
sens, sont dans de certaines circonstances purement passives , et actives dans d autres. 
Dans l’état de veille et dans le sommeil, il n’est pas en notre pouvoir d’apercevoir ou 
de ne pas apercevoir les impressions des objets sur nos sens; nous sentons, nous 
goûtons, nous entendons, nous voyons, nous touchons , sans que notre volonté 
agisse ; sous ce rapport les sens sont passifs. JMais il en est tout autrement, lorsque 
nous dirigeons positivement notre attention sur les impressions des sens. En flairant, en 
savourant, en écoutant, en regardant, en tatant, notre propre activité intérieure agit 
sur les objets. 

Les organes doubles des sens contribuent toujours à nous faire recevoir passivement 
les impressions, et à exciter dans le cerveau un sentiment plus ou moins obscur ou 
distinct de ces impressions. Nous entendons avec deux oreilles, et nous voyons avec 
deux yeux, quand le bruit et la lumière frappent ces parties sans notre participation 
expresse. Mais aussitôt que nous réagissons activement sur les objets, un seul des deux 
organes agit. Nous n’écoutons attentivement qu’avec une oreille; nous ne regardons 
fixement qu’avec un œil. 

Cette assertion, nous le prévoyons, semblera erronée à la plupart de nos lecteurs ; 
et comme dans nos leçons publiques nous l’avons toujours proposée pour expliquer en 
quelque sorte pourquoi l’on voit simple avec deux yeux, elle a fréquemment été com¬ 
battue par nos adversaires. Dire qu’un seul organe est actif pendant que l’autre est en 
repos, c’est, suivant M. Ackermann employer un subterfuge pitoyable. Ce professeur 
croit, en rapportant une expérience que nous allons citer, avoir démontré d’une ma¬ 
nière incontestable, que l’on regarde fixement avec les deux yeux. Telle est aussi l’opinion 
de M. Autenrieth a , et il n’y a qu’un très-petit nombre de physiologistes qui aient saisi 
l’idée qu’on ne voit fixement que d’un œil. 

Présentons à nos lecteurs les faits sur lesquels repose cette assertion. L’un de nous 
( Gall ), dans sa jeunesse, se servoit d’une sarbacane courbe avec laquelle il frappoit 
juste les objets qu’il visoit; il les manquoit au contraire beaucoup plus souvent, lors¬ 
qu’il faisoit usage d’une sarbacane droite. Il ne pouvoit pas se rendre raison de cette 
différence, jusqu a ce qu’enfin il plaça cette dernière sarbacane en ligne droite de sa 
bouche au but. Alors il regarda l’instrument avec un œil seul, et il vit qu’il n’étoit 1 
dirigé qu’obliquement vers le but. En rapprochant de ce fait la nécessité où l’on est, 
pour tirer une arme à feu, de poser un œil en ligne droite avec le point de mire, il en 
conclut qu’on ne peut pas viser juste avec deux yeux. Il essaya plus tard de tracer une 
ligne droite dans un jardin avec des échalas ; il plaça son nez sur le premier, et fit 
toujours ficher exactement les suivans l’un derrière l’autre ; mais lorsqu’il alla regarder 
* L. c. §. 89. 




Dü SYSTÈME NERVEUX. 135 

sa ligne à l’extrémité opposée, il vit que les échalas s’écartoient continuellement l’un 
de l’autre ; et il ne put parvenir à obtenir une ligne droite que lorsqu’il posa son œil 
droit seul contre le premier échalas. Si l’on visoit réellement avec les deux yeux, on 
devroit, dans les deux cas, atteindre une ligne droite à partir du milieu du visage. Il 
croyoit aussi pouvoir expliquer pourquoi les sentiers vont toujours en serpentant dans 
la neige et dans les prés. Que l’on tienne une baguette mince, une aiguille à tricoter, 
une plume ou autre corps semblable entre les yeux et une chandelle, pour chercher une 
ligne droite entre soi, la baguette et la chandelle, l’ombre de la baguette, en la tenant 
droite contre la chandelle, devroit nécessairement tomber sur le nez, lorsque l’on auroit 
visé avec les deux yeux ouverts. Mais l’ombre tombe chaque fois sur un seul œil, savoir 
sur celui dont on a coutume de se servir pour voir avec attention, ou regarder fixement. 
Si l’on ferme cet œil pendant que la chandelle et la baguette restent dans la même posi¬ 
tion, on voit que le premier objet s’écarte beaucoup de la ligne droite. Si l’on ferme au 
contraire l’autre œil, la position de la baguette et de la chandelle paroît dans la même 
direction. Cette épreuve contredit celle de Buffon, que nous avons rapportée plus haut ', 
et de laquelle il vouloit induire que nous voyons effectivement chaque objet double; 
mais elle prouve de la manière la plus évidente que l’on ne regarde fixement qu’avec un 
œil. Que l’on fasse regarder attentivement à quelqu’un un point peu considérable à une 
distance d’un ou de deux pieds, les deuxyeux paroissent être dirigés également vers 
l’objet. Fermez ou cachez lui l’un des yeux, l’autre ne fera pas le moindre mouvement, 
si c’est celui avec lequel la personne a coutume de regarder fixement ; mais si c’est ce 
dernier qu’on lui ferme, l’autre fait aussitôt un petit mouvement vers l’angle interne qui 
le met en état de se fixer sur le point d’observation; que l’on rouvre' ensuite l’œil fermé, 
l’autre faitalors involontairement et sans conscience un mouvement en dehors, égal à celui 
qu’il avoit fait en dedans. Cette expérience prouve donc aussi que les deux yeux ne sont 
pas fixés également sur le même objet, et ne peuvent pas le regarder en même temps. 
Même en louchant, lorsque l’objet paroît double, on ne peut fixer son regard que sur 
une des images et avec un seul œil ; la seconde image n’est vue que passivement. 

Les animaux dont les yeux sont plaëës de côté né peuvent regarder qu’avec un œil. 
C’est ce que M. Cuvier 2 a aussi remarqué, et il en a conclu que la même observation 
pouvoit s’appliquer à l’homme. Dans le fait, l’homme, par exemple le peintre, et les 
animaux qui ont les yeux sur le devant de la tête, tels que le chien, le singe, etc., 
prouvent évidemment par leurs gestes et par le mouvement de leur tête, tantôt d’un 
côté, tantôt d’un autre, qu’ils cherchent à regarder un objet tantôt avec un œil, tantôt 
avec un autre. 

Lecat, dont l’ouvrage excellent mériteroit d’être retouché, est le seul écrivain où nous 
ayons retrouvé notre opinion à peu près exposée. « S’il arrivoit, dit-il 3 , que l’ame laissât 


1 Pag. i32. 

* L. c. p. 375 . 

* L. c. p. ao3. 



1 


♦ 


j 36 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

un de ses yeux comme vacant, qu’elle ne se servît que d’un œil à la fois, ou qu’elle ne 
fît attention qu’à une des deux images, la difficulté seroit bientôt levée, et il est vrai 

que c’est ce que fait l’ame pour l’ordinaire..Nous ne considérons attentivement un 

objet que de l’œil qui est de son côté ou qui est plus à sa portée, et 1 autre œil est dans 
une sorte de repos, jusqu’à ce que spn tour vienne à laisser reposer l’autre; j’ai même 
observé qu’il y a certains jours , où c’est presque toujours le tour d’un certain œil de 
voir seul les objets, et j’ai eu lieu de soupçonner que cela venoit de ce que cet œil dans 
ces jours avoit plus de vigueur que l’autre; je suis persuadé que dans bien des gens, 
il y a toujours un œil plus fort ou plus vigilant que l’autre, et qui se charge constam¬ 
ment de la plus grande partie de la tâche commune *. Lecat croit cependant que cette 
espèce de vision borgne n’est pas universelle, et il cherche à prouver que l’on voit 
aussi en même temps avec deux yeux Mais dans toutes les expériences qui ont été 
tentées pour atteindre ce but, il confond continuellement la vue passive avec l’active, 
comme font nos adversaires dans les objections qu’ils nous adressent. 

M. le professeur Walter de Berlin, M. Ackermann % et leurs partisans nous ont 
opposé l’expérience suivante pour démontrer que l’on regarde fixement avec les deux 
yeux. « Si l’on regarde un corps lumineux, tel qu’une chandelle, les yeux armés chacun 
d’un verre d’une couleur différente, l’œil qui voit à travers un verre rouge, aperçoit 
l’objet rouge; et l’objet paroît bleu à l’autre œil garni d’un verre de cette couleur. Ce¬ 
pendant les deux yeux ensemble ne le voient ni rouge ni bleu, mais vert, couleur 
mixte des deux autres ». 

Cette expérience a été imaginée, crue et copiée en théorie d’après une supposition 
erronée; mais elle n’a jamais été confirmée par la pratique. Nous l’avons souvent répétée, 
et fait répéter par d’autres. Si les deux verres sont également épais et transparens, on 
voit ou rouge ou bleu, suivant que l’on a coutume de regarder fixement avec un œil. 
Mais si un verre est plus mince ou plus transparent que l’autre , sa couleur est la seule 
qui donne la teinte aux objets. Jamais nous ri’avons pu apercevoir la couleur verte. 
Effectivement on voit vert quand ôn regarde dès prairies et des arbres de cette couleur, 
parce que les verres colorés ne la font pas entièrement disparoître. Dans le premier 
moment on aperçoit souvent des raies de la couleur mixte ; mais il faut en attribuer 
la cause à l’impression qui reste encore dans l’œil devant lequel on tient un autre verre. 
C’est ainsi que nous voyons souvent des taches de couleur différente, lorsque nous por¬ 
tons nos yeux d’un objet sur un autre diversement coloré. 

Par conséquent en continuant à fixer son attention sur la différence entre la vue 
passive et la vue active, il sera difficile de prouver que l’on puisse regarder fixement 
un objet autrement qu’avec un œil. 


* L. c.f.3i. 



DU SYSTÈME NERVEUX. l3 7 

On demande actuellement avec quel œil on a coutume de regarder fixement ? Nous 
n’avons pas encore pu observer que les yeux changent d’un jour à l’autre , ainsi que 
Lecat 1 l’a remarqué, quoique cela puisse avoir lieu quand les yeux sont parfaitement 
égaux. Suivant nos expériences, la plupart des hommes, par exemple sept sur dix f 
lorsque rien ne s’y oppose, regarde fixement avec l’œil droit. Mais l’œil, dont on se 
sert n’est pas toujours le meilleur. Borelli prétend que l’œil gauche est plus fort, et voit 
toujours plus distinctement que l’œil droit. Lecat a vérifié cette observation sur plu¬ 
sieurs personnes; mais il a vérifié aussi qu’elle n’est pas générale, qu’il y a des yeux 
parfaitement égaux et qu’il en est au contraire dont le droit est le plus vigoureux. 

Quant à la vision double, nous nous contenterons d’observer que les deux images 
que l’on voit en louchant ne se croisent pas ; si l’on ferme un œil, l’image disparoît du 
côté de cet œil. Mais quand on voit double sans loucher, les deux images se croisent ; 
l’œil gauche voit celle qui est à droite, et l’œil droit celle qui est à gauche. Si par exem¬ 
ple oh place deux objets l’un derrière l’autre en ligne droite et à quelque distance l’un 
de l’autre, et si l’on regarde tantôt le plus proche, tantôt le plus éloigné, on voit chaque 
fois l’autre double, de manière cependant que les deux images se croisent. Peut-être 
sembleroit-il plus vraisemblable que cette vision double eût toujours lieu lorsqu’on ne 
regarde pas fixement, avec cette seule différence que les deux images paroissent toujours 
moins distinctement séparées l’une de l’autre, et que même l’une paroît être confondue 
et enveloppée dans un léger reflet de l’autre. 

Dans l’un et l’autre cas, la vision double prouve que sa cause, de même que celle 
de la vision simple, gît uniquement dans l’œil, et que cette dernière ne peut s’expli¬ 
quer ni par l’entrecroisement du nerf optique, ni par une communication entre ses filets, 
placée plus en avant dans le cerveau, ni par l’instruction que l’ame auroit reçue du 
sens du toucher ; s’il en étoit ainsi, on ne pourroit jamais voir un objet double. Mais 
les explications des phénomènes étant en général incertaines et hasardeuses, et cet 
objet, pour être bien compris, nécessitant beaucoup de figures, nous n’avons voulu 
nous étendre avec quelque détail que sur ce qui est réellement, sans rechercher com¬ 
ment cela est. Nous n’ajouterons que quelques mots sur les reproches que l’on fait 
encore à la vue. 

Comme on a supposé que l’ame voit les objets dans l’œil même, et que c’est à l’image 
et non à l’objet qu’elle a à faire, on en conclut nécessairement que l’ame voit l’objet 
comme s’il étoit sur l’œil, et l’on ne trouve plus aucune difficulté d’assurer que les 
enfans voient ainsi, et que c’est en nous un art, une science acquise par l’usage, de 
juger que les objets sont hors de nous à une certaine distance 2 . 

Aussi, dit-on avec Buffon 3 , Condillac, Cuvier, Dumas, etc. « Nous ne pouvons avoir 

1 L. C. p. 204. 

•Lecat, 1. c. p. 211. 

*L. c. p. 11. 


35 


% 


1 Jg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

par le sens de la vue aucune idée des distances ; sans le toucher tous les objets paroî- 
troient dans 110s yeux, parce que les images de ces objets y sont en effet; et un enfant 
qui n’a encore rien touché, doit être affecté comme si tous ces objets étoient en lui- 
même; et il les voit seulement plus gros ou plus petits, selon quils s approchent ou 
s’éloignent de ses yeux : une mouche qui s’approche de son œil doit lui paroître un 
animal d’une grandeur énorme, un cheval ou un bœuf qui en est éloigné, lui paroît 
plus petit que la mouche ; ainsi il ne peut avoir par ce sens aucune connoissance de 
la grandeur relative des objets , parce qu’il n’a aucune idée de la distance à laquelle il 
les voit ; ce n’est qu’après avoir mesuré la distance en étendant la main ou en trans¬ 
portant son corps d’un lieu à un autre, qu’il peut acquérir cette idée de la distance et 
de la grandeur d’un objet que par celle de l’image qu’il forme dans son œil. Dans ce cas 
le jugement de la grandeur n’est produit que par l’ouverture de l’angle formé par les 
deux rayons extrêmes de la partie supérieure et de la partie inférieure de l’objet, par 
conséquent il doit juger grand tout ce qui est près, et petit tout ce qui est loin de lui ; 
mais après avoir acquis parle toucher ces idées de distance, le jugement de la grandeur 
des objets commence à se rectifier, on ne se fie plus à la première appréhension qui 
vient par les yeux pour juger de cette grandeur; on tâche de connoître la distance; on 
cherche en même temps à reconnoître l’objet par sa forme, et ensuite on juge de sa 
grandeur. 

« Il n’est pas douteux que dans une file de vingt soldats, le premier dont je suppose 
qu’on soit fort près , ne nous parût beaucoup plus grand que le dernier, si nous en 
jugions seulement par les yeux, et si par le toucher nous n’avions pas pris l’habitude de 
juger également grand le même objet, ou des objets semblables, à différentes distances. 
Nous savons que le dernier soldat, comme le premier, seroit toujours de la même gran¬ 
deur quand il passeroit de la tête à la queue de la file, et comme nous avons l’habitude 
de juger le même objet toujours également grand à toutes les distances ordinaires aux¬ 
quelles nous pouvons en connoître aisément la forme, nous ne nous trompons jamais sur 
cette grandeur, que quand la distance devient trop grande, ou bien lorsque l’intervalle 
de cette distance n’est pas dans la direction ordinaire. Car une distance cesse d’être ordi¬ 
naire pour nous toutes les fois qu’elle devient trop grande, ou bien qu’au lieu de la 
mesurer horizontalement nous la mesurons de haut en bas ou de bas en haut. Les pre¬ 
mières idées de la comparaison de grandeur entre les objets, nous sont venues en mesu¬ 
rant, soit avec la main, soit avec le corps en marchant, la distance de ces objets relati¬ 
vement à nous et entre eux n . 

Nous savons réellement que sur une longue file l’homme le plus éloigné est à peu près 
aussi grand que le plus proche ; nous savons aussi que dans deux rangées d’arbres, les 
derniers sont aussi distans les uns des autres que les premiers. Nous ne pouvons pour¬ 
tant empêcher que l’homme le plus éloigné ne nous paroisse plus petit que les autres, et 
que les derniers arbres ne semblent plus rapprochés que les premiers. Que peut donc 
gagner notre ame à cette conviction positive, due à une expérience répétée et rectifiée 



SYSTÈME NERVEUX. 


l3 9 

par le toucher, sur les lois de la vision, ainsi que sur celles de la réfraction des rayons, 
et de leur angle d’incidence et de réflexion ? L’on s’est mille fois convaincu par le tact, 
que le bâton plongé dans l’eau est droit, et cependant on ne peut s’empêcher de le voir 
courbe. Quand un vase est rempli d’eau, nous voyons au fond une pierre que nous ne 
pouvions apercevoir du même point de vue, tant que le vaseétoit vide, et quoique nous 
soyons bien convaincus par le toucher que la pierre n’est pas à la place où nous la 
voyons. 

Dans tout ce que BufFon et d’autres écrivains ont dit à ce sujet, on s’est occupé de 
l’homme seul, et l’on a oublié le reste de la nature. Comment se persuader que les ani¬ 
maux qui ne peuvent acquérir par le toucher qu’une instruction extrêmement défec¬ 
tueuse, jugent moins exactement les distances et les formes des objets que l’homme et le 
singe? Le mouvement remplace-t-il, en quelque sorte, chez eux, le toucher ? Mais alors 
qu’est-ce qui peut déterminer un animal à se mouvoir d’un lieu ou d’un objet vers un 
autre, s’il voit tout en lui-même, et s’il n’a pas encore la moindre idée d’une distance 
quelconque ? L’hirondelle et la chauve-souris qui attrapent avec une vitesse incroyable 
l’insecte dont le vol est si rapide, mesurent-elles moins bien les distances que nous ? La 
cigogne et le héron, lorsqu’ils quittent leur nid pour la première fois, vont-ils donner 
de la tête contre les maisons ou contre les arbres au lieu de suivre le vol de leurs parens ? 
Voyons-nous un animal qui n’a pas encore abandonné le lieu où il est né, fuir un ennemi 
vu dans le lointain, aussi vite que celui qui s’est approché de lui ? 

Les animaux qui naissent aveugles et sourds n’acquièrent l’usage entier de la vue et 
de l’ouïe que graduellement et à mesure que ces sens se développent. Lorsque l’œil com¬ 
mence à s’ouvrir, il est encore trouble, etc., voilà pourquoi les jeunes chiens étendent 
la pâte vers les objets éloignés, comme s’ils en étoient proches, et vont heurter les objets 
prochains, parce qu’ils les croient éloignés. Ils ne peuvent pas non plus dans le commen¬ 
cement reconnoître la direction exacte de la voix. Mais tous les animaux qui naissent avec 
leurs sens parfaits , en ont l’usage en entier, ainsi que nous l’avons dit. L’abeille et le 
papillon volent, dès leur première sortie, vers les campagnes émaillées de fleurs; le petit 
canard sourd aux cris de la mère étrangère qui l’a couvé, court se jeter à l’eau; toutes 
ces actions ont lieu avant que les animaux aient pu, par des essais préalables, s’instruire 
des distances et des formes des objets. 

Il nous semble qu’en général on dégrade la nature quand on prétend quelle a créé 
un sens dont les fonctions ne sont possibles qu’avec l’aide d’un autre ; et quoique le phy¬ 
sicien puisse dire à ce sujet, le physiologiste philosophe doit répugner à une pareille 
opinion. 

Mais tous ceux qui adressent au sens de la vue ces reproches que nous venons de 
réfuter, s’appuient sur l’expérience que Cheselden dit avoir faite. Cet auteur rapporte 




ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

dans son anatomie 1 , « qu’un homme étant devenu louche par 1 effet d un coup à la 
tête, vit les objets doubles pendant fort long-temps, mais que peu à peu il vint à juger 
simples ceux qui lui étoient les plus familiers, et qu’enfin après bien du temps, il l es 
jugea tous simples comme auparavant, quoique ses yeux eussent toujours la même dispo¬ 
sition que le coup avoit occasionnée. “ 

Si l’ame apprend à bien voir d’abord les objets connus, on devroit au moins 
s’attendre à ce que chaque fois quelle verroit un objet entièrement nouveau, par exem¬ 
ple un animal extraordinaire, elle le verroit double ou renversé. De semblables assertions 
nous font toujours soupçonner que l’écrivain a présenté l’observation conformément à 
ses préventions. Mais prenons aussi en considération la fameuse expérience de l’aveugle- 
né à qui Cheselden fit l’opération de la cataracte. « Lejeune homme, dit Buffon % et 
quoique aveugle, ne l’étoit pas absolument et entièrement ; comme la cécité provenoit 
d’une cataracte, il étoit dans le cas de tous les aveugles de cette espèce qui peuvent tou¬ 
jours distinguer le jour de la nuit; il distinguoit à une forte lumière le noir, le blanc 
et le rouge vif qu’on appelle écarlate, mais il ne voyoit ni n’entrevoyoit en aucune façon 
la forme de ces choses. On ne lui fit l’opération d’abord que sur l’un des yeux. Lorsqu‘il 
vit, pour la première fois, il étoit si éloigné de pouvoir juger en aucune façon des dis¬ 
tances, qu’il croyoit que tous les objets indifféremment touchoient ses yeux, (ce fut 
l’expression dont il se servit), comme les choses qu’il palpoit touchoient sa peau. Les 
objets qui lui étoient les plus agréables, étoient ceux dont la forme unie et la figure régu¬ 
lière , quoiqu’il ne pût encore former aucun jugement sur leur forme, ni dire pourquoi 
ils lui paroissoient plus agréables que les autres. Il n’avoit eu pendant le temps de son 
aveuglement que des idées si foibles des couleurs qu’il pouvoit distinguer alors à une forte 
lumière, qu’elles n’avoient pas laissé des traces suffisantes pour qu’il pût les reconnoître, 
lorsqu’il les vit en effet; il disoit que les couleurs qu’il voyoit, n’étoient pas les mêmes 
qu’il avoit vues autrefois. Il ne connoissoit la forme d’aucun objet, et il ne distinguoit 
aucune chose d’une autre, quelque différentes qu’elles pussent être de figure ou de gran¬ 
deur. Lorsqu’on lui montroit les choses qu’il connoissoit auparavant par le toucher, il 
les regardoit avec attention, et les observoit avec soin pour les reconnoître une autre fois; 
mais comme il avoit trop d’objets à retenir à la fois, il en oublioit la plus grande partie, 
et dans le commencement qu’il apprenoit ( comme il disoit ) à voir et à connoître les 
objets, il oublioit mille choses pour une qu’il retenoit. Il étoit fort surpris que les choses 
qu’il avoit le mieux aimées, n’étoient pas celles qui étoient le plus agréables à ses yeux, 
et il s’attendoit à trouver les plus belles les personnes qu’il aimoit le mieux. Il se passa 
plus de deux mois avant qu’il pût reconnoître que les tableaux représentoient des corps 
solides ; jusqu’aloés il ne les avoit vus que comme des plans différemment colorés et 
des surfaces diversifiées par la variété des couleurs. Mais lorsqu’il commença à recon¬ 
noître que ces tableaux représentoient des corps solides, il s’attendoit à trouver en effet 
des corps solides en touchant la toile du tableau, et il fut extrêmement étonné lorsqu’en 


■ P. 3a4. 

* L. c. p. 16. 


DU SYSTÈME NERVEUX. l/^l 

touchant les parties qui, par la lumière et par les ombres, lui paroissoient rondes et 
inégales, il les trouva plates et unies comme le reste ; il demandoit quel étoit donc le 
sens qui le trompoit, si c’étoit la vue ou le toucher. On lui montra alors un petit por¬ 
trait de son père qui étoit dans la boîte de la montre de sa mère; il dit qu’il connoissoit 
bien que c’étoit la ressemblance de son père, mais il demandoit avec un grand étonne¬ 
ment, comment il étoit possible qu’un visage aussi large pût tenir dans un si petit lieu, 
que cela lui paYoissoit aussi impossible que de faire tenir un boisseau dans une pinte. 
Dans les commencemens il ne pouvoit supporter qu’une très-petite lumière, et il voyoit 
tous les objets extrêmement gros , mais à mesure qu’il voyoit des choses plus grosses en 
effet, il croyoit qu’il n’y avoit rien au-delà des limites de ce qu’il voyoit. Il savoit bien 
que la chambre où il étoit ne faisoit qu’une partie de la maison ; cependant il ne pouvoit 
concevoir, comment la maison pouvoit paraître plus grande que la chambre. Avant 
qu’on lui eût fait l’opération, il n’espéroit pas un grand plaisir du nouveau sens qu’on 
lui promettoit, et il n’étoit touché que de l’avantage qu’il auroit de pouvoir apprendre à 
lire et à écrire ; il disoit, par exemple, qu’il ne pouvoit pas avoir plus de plaisir à se pro¬ 
mener dans le jardin, lorsqu’il auroit ce sens, qu’il en avoit, parce qu’il s’y promenoit 
librement et aisément, et qu’il en connoissoit tous les différens endroits; il avoit même 
très-bien remarqué que son état de cécité lui avoit donné un avantage sur les autres 
hommes, avantage qu’il conservoit long-temps après avoir obtenu le sens de la vue, qui 
étoit d’aller la nuit plus aisément et plus sûrement que ceux qui voient. Mais lorqu’il 
eut commencé à se servir de ce nouveau sens, il étoit transporté de joie ; il disoit que 
chaque nouvel objet étoit un délice nouveau, et que son plaisir étoit si grand, qu’il ne 
pouvoit l’exprimer. Un an après on le mena à Epsom où la vue est très-belle et très- 
étendue; il parut enchanté de ce spectacle, et il appeloit ce paysage une nouvelle façon 
de voir. On lui fit la même opération sur l’autre œil plus d’un an après la première, 
et elle réussit également; il vit d’abord de ce second œil les objets beaucoup plus grands 
qu’il ne. les voyoit de l’autre, mais cependant pas aussi grands qu’il les avoit vus du 
premier œil, et lorsqu’il regardoit le même objet des deux yeux à la fois, il disoit que 
cet objet lui paroissoit une fois plus grand qu’avec son premier œil tout seul; mais il ne 
le voyoit pas double, ou du moins on ne peut pas s’assurer qu’il eût vu d’abord les 
objets doubles, lorsqu’on lui eût procuré l’usage de son second œil. 

« M. Cheselden rapporte quelques autres exemples d’aveugles qui ne se souvenoient 
pas d’avoir jamais vu, et auxquels il avoit fait la même opération, et il assure que lors¬ 
qu’ils commençoient à apprendre à voir, ils avoient dit les mêmes choses que le jeune 
homme dont nous venons de parler, mais à la vérité avec moins de détail, et qu’il avoit 
observé sur tous que, comme ils n’avoient jamais eu besoin de faire mouvoir leurs yeux 
pendant le temps de leur cécité, ils étoient fort embarrassés d’abord pour leur donner 
du mouvement, et pour les diriger sur un objet en particulier, et que ce n’étoit que 
peu à peu, par degrés et avec le temps qu’ils apprenoient à conduire leurs yeux et à les 
diriger sur les objets qu’ils désiroient de considérer *. 


36 






j ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Nous ne pouvons mieux répondre à tous ces raisonnemens que ne 1 a fait Diderot. « La 
peinture, dit-il ', fit le même effet sur les sauvages; la première fois qu’ils en virent, ils 
prirent des figures peintes, pour des hommes vivans, les interrogèrent, et furent tout 
surpris de n’en recevoir aucune réponse ; cette erreur ne venoit certainement pas en eux 
du peu d’habitude de voir. 

« Mais que répondre aux autres difficultés ? qu’en effet l’œil expérimenté d’un homme 
fait voir mieux les objets, que l’organe imbécile et tout neuf d’un enfant, ou d’un aveugle 
de naissance, à qui l’on vient d’abaisser les cataractes ». 

« Il faut du temps, continue-t-il *, aux humeurs de l’œil pour se disposer convena¬ 
blement; à la cornée, pour prendre la Convexité requise à la vision ; à la prunelle, pour 
être susceptible de la dilatation et du rétrécissement qui lui sont propres; aux filets de 
la rétine, pour n’être ni trop, ni trop peu sensibles à l’action de la lumière; au cris¬ 
tallin , pour s’exercer aux mouvemens en avant et en arrière qu’on lui soupçonne ; ou 
aux muscles, pour bien remplir les fonctions; aux nerfs optiques, pour s’accoutumer à 
transmettre la sensation; au globe entier de l’œil, pour se prêter à toutes les disposi¬ 
tions nécessaires, et à toutes les parties qui le composent, pour concourir à l’exécution 
de cette miniature dont on tire si bon parti, quand il s’agit de démontrer que l’œil 
s’expérimentera de lui-même ». 

« Il faut convenir, dit-il encore 3 , que nous devons apercevoir dans les objets une 
infinité de choses que l’enfant ni l’aveugle-né n’y aperçoivent point, quoiqu’elles se 
peignent également au fond de leurs yeux ; que ce n’est pas assez que les objets nous 
frappent, qu’il faut encoré que nous soyons attentifs à leurs impressions; que par consé¬ 
quent on ne voit rien la première fois qu’on se sert de ses yeux; qu’on n’est affecté, 
dans les premiers instans de la vision, que d’une multitude de sensations confuses qui 
ne se débrouillent qu’avec le temps et par la réflexion habituelle sur ce qui se passe 

en nous.Cependant je ne pense nullement que l’œil ne puisse s’instruire, ou s’il est 

permis de parler ainsi, s’expérimenter de lui-même. Pour s’assurer par le toucher de 
l’existence et de la figure des objets, il n’est pas nécessaire de voir; pourquoi faudroit-il 
toucher pour s’assurer des mêmes choses par la vue ? Je connois tous les avantages du 
tact, et je ne les ai pas déguisés, quand il a été question de l’aveugle de Puiseaux- mais 
je ne lui ai pas reconnu celui-là. On conçoit sans peine que l’usage d’un des sens peut 
être perfectionné et accéléré par les observations de l’autre; mais nullement qu’il y ait 
entre leurs fonctions une dépendance essentielle. Il y a assurément dans les corps des 
qualités que nous n’y apercevrions jamais sans l’attouchement ; c’est le tact qui nous 
instruit de la présence de certaines modifications insensibles aux yeux, qui ne les aper¬ 
çoivent que quand ils ont été avertis par ce sens; mais ces services sont réciproques; et 

' Oeuvr. compl. Lond. 1773. Tom. Il, p. i65. 

•L.c. p. 169. 

* L. c. p. 166. 



DO SYSTÈME NERVEUX. * l/fi 

dans ceux qui ont la vue plus fine que le toucher, c’est le premier des sens qui instruit 
l’autre de l’existence d’objets et de modifications qui lui échapperoient par leur petitesse. 
Si on vous plaçoit à votre insçu entre le pouce et l’index un papier, ou quelque autre 
substance unie, mince et flexible, il n’y auroit que votre œil qui pût vous informer que 
le contact de ces doigts ne se feroit pas immédiatement. J’observerai en passant qu’il seroit 
infiniment plus difficile de tromper là-dessus un aveugle, qu’une personne qui a l’habi¬ 
tude de voir *. 

Nous ajouterons encore à cela que même l’histoire rapportée par Cheselden suffit pour 
prouver que ni les aveugles-nés, ni les autres individus qui ne peuvent se souvenir 
d’avoir jamais vu, nont aperçu les objets doubles ni renversés dans le premier instant 
où ils ont vu. Il n’y existe aucune trace de ces deux erreurs des yeux. Ainsi ce fait prouve 
précisément le contraire de ce qu’on a voulu démontrer en l’alléguant. Lecat lui-même 
se laissa entraîner par ses préventions; voici comment il répond à l’objection qu’on lui 
avoit faite en lui demandant pourquoi les aveugles-nés auxquels on a rendu la vue ne 
voient pas, dans le commencement, les objets renversés : « Il n’est, dit-il ', démontré 
nulle part que ces novices, en l’art de voir, n’aient pas d’abord vu les objets renversés ; 
au contraire l’histoire de Cheselden prouve qu’ils ont dû s’apercevoir de ce renverse¬ 
ment; mais en supposant qu’on en ait trouvé qui ont jugé les objets droits au premier 
usage qu’ils ont fait de leurs yeux, voici comme on peut l’expliquer. Ces aveugles avoient 
toute leur vie tâté les objets et jugé sûrement de leur situation; leur ame pouvoit donc 
bien moins s’y méprendre qu’une autre; peut-être même que la sensation renversée aura 
fait une partie de l’étonnement dont ils furent saisis à l’aspect de la lumière, et que dans 
la foule ils n’auront pas distingué cette singularité ; mais ce renversement n’aura rien 
renversé dans leurs idées bien établies par les longues leçons de leur vrai maître, le sen¬ 
timent du toucher ». 

Mais pourquoi ne connoissoient-ils pas aussi les formes des objets, puisqu’ils avoient 
pu s’en instruire avant par le toucher? pourquoi ont-ils été obligés de les apprendre 
successivement par un exercice particulier de la vue ? Quoique le mouvement du corps 
en allant et en venant, ainsi que le toucher, eût dû leur faire connoître que les objets 
extérieurs étoient tantôt plus rapprochés, tantôt plus éloignés d’eux, il leur sembloit 
pourtant qu’ils touchoient immédiatement l’œil. Lorsqu’un an plus tard le premier ma¬ 
lade commença aussi à voir avec le second œil, les objets lui paroissoient plus grands , 
quoiqu’il eût toujours pu s’instruire par le toucher, et depuis un an par l’usage d’un 
œil, de leur grandeur véritable. Son toucher ne suflisoit pas même pour le persuader 
que les tableaux n’étoient pas des corps relevés. En quoi consistent donc les avantages si 
vantés du toucher? à quoi se réduit cette instruction tant prônée que la vue acquiert par 
le toucher ? 

De semblables observations devroient être faites avec les plus grandes précautions, et 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

avec un esprit philosophique. Comment peut-on se permettre de déduire de la nature des. 
sensations d’un œil, irrité par la lumière pour la première fois, et des discours d’un 
jeune homme ignorant, des conclusions sur l’état ordinaire de la vue ? Gomment un 
homme s’expliquera-t-il sur une sensation nouvelle autrement, qu’en employant à peu 
près les mêmes mots dont il a coutume de se servir pour ses autres sensations ? A quoi 
pouvoit-il mieux comparer l’impression de la lumière, qu’à celle du toucher ? Puissent 
ceux qui voudroient renouveler ces expériences, suivre les avis de Diderot et de Con- 
dillac, ne pas copier aveuglement des observations étrangères, et surtout n’y pas inter¬ 
caler des faits qui n’en font pas partie 1 

Quant à la distance et à la grosseur que, selon plusieurs auteurs, la vue ne peut re- 
connoître, nous remarquerons encore que l’épanouissement des filets du nerf optique, 
ou la rétine, ne se borne pas à un point unique et peu étendu, mais tapisse entièrement 
la paroi intérieure du derrière de l’œil, qu’ainsi les rayons de tous les points d’un objet 
viennent frapper sur cette partie ; d’où doit nécessairement naître l’idée de l’étendue. En 
vertu d’une autre loi, les rayons sont rapportés à la même distance que celle d’où ils 
sont partis, ce qui, combiné avec les angles d’incidence et de réflexion, produit l’idée 
de distance et de forme; c’est pourquoi qous nous voyons derrière un miroir plat aussi 
éloignés en arrière que nous le sommes effectivement en avant. D’après une autre loi, les 
objets éclairés paroissent plus rapprochés, et les objets obscurs au contraire plus éloignés I 
qu’ils ne le sont réellement; c’est pourquoi dans un tableau où les lumières et les om¬ 
bres sont convenablement employées, nous voyons des enfoncemens, des élévations, des 
formes et des distances ; c’est pourquoi enfin l’émérillonet le guêpier distinguent de loin, 
l’un l’alouette parmi les autres oiseaux, l’autre la guêpe parmi les insectes. 

Nous pourrions parler encore long-temps sur les absurdités que l’on a écrites concer¬ 
nant le sens de la vue, si nous ne craignions pas de lasser la patience de nos lecteurs. 
Qu’on nous permette seulement d’ajouter un petit nombre d’observations. 

Ceux qui dérivent la perfection des facultés intellectuelles de l’homme de la perfec¬ 
tion de ses sens, avancent aussi que l’homme a la vue plus parfaite que les animaux. Cette 
perfection consiste, dit-on, dans la manière plus nette dont l’homme voit les objets; et 
ils font dépendre cette particularité i°. de la coïncidence exacte de la réfraction et de 
la réflexion, des rayons lumineux et de la transparence des parties diaphanes de l’œil de 
l’homme. 2°. De la mutabilité de la pupille, et de la position du cristallin. 

C’est d’après cette même manière de penser, que Richerand 1 s’est livré aux considérations 
suivantes : « Réfléchis par un enduit opaqué, les rayons de la lumière doivent, en traver¬ 
sant l’œil, croiser la direction de ceux qui pénètrent, nuire, par conséquent, à la netteté 
de la vision, ou du moins dénaturer l’impression visuelle d’une manière qu’il nous est 


‘ Nouveaux (Siemens de physique, quatrième édition. Tom. II, p. 38. 


DU SYSTÈME NERVEUX. j ^5 

impossible d’apprécier. On a dit, avec raison, que pourvus de sens moins parfaits et 
souvent moins nombreux que ceux de l’homme, les animaux dévoient avoir d’autres idées 
de l’univers ; n’est-il point également probable qu’à raison du trouble qu’occasionne né¬ 
cessairement dans la vue* la réflexion des rayons lumineux par le tapis, ils se font de 
la puissance de l’homme des idées fausses et exagérées » ? 

Réfuter anatomiquement toutes ces assertions, nous mènerait trop loin. Nos lecteurs 
penseront d’eux-mêmes que les raisônnemens «des philosophes sont parfois très-étranges. 
Tantôt l’on dit que la nature a dû donner aux animaux des sens d’une finesse extrême, 
et pourvoir de cette manière à leur conservation qui, autrement, serait moins assurée parce 
que leurs facultés intellectuelles s Ont très-foibles ; tantôt l’on veut prouver qu’à la vérité 
la nature a doué les animaux de sens munis des appareils les plus ingénieux; on avoue 
même que ces appareils sont plus multipliés à proportion que les sens doivent avoir 
plus de finesse; mais à peine a-t-elle perfectionné son ouvrage, qu’elle y répand le trouble 
et la confusion, afin de ne pas atteindre son but ; pour affoiblir les effets du bel appareil 
de l’organe de l’ouïe, elle a, ainsi que nous l’apprend Dumas, imaginé plusieurs canaux 
osseux destinés à affoiblir les vibrations de l’air; pour rendre inutiles les appareils admi¬ 
rables de l’organe de la vue, elle lui en a opposé d’autres destinés à confondre les rayons 
lumineux. O sagesse incompréhensible de la nature ! Tu ' nous montres que le faucon 
aperçoit le héron à une distance où l’œil humain ne peut atteindre; que le vautour, du 
haut des nues, épie le rat au milieu des chaumes; à l’aide d’un mince vermisseau, tu 
conduis le rossignol du faîte des arbres dans nos lacets, et cependant tu nous laisses la 
présomption consolante de penser que les yeux des chamois et des lynx ne sont tque des ; 
yeux de taupes en comparaison des nôtres ! Nous défions les loups et les tigres à qui nous 
paraissons des géans audacieux, tandis qu’ils mesurent avec tant de justesse la brebis et 
le bœuf; achève entièrement la merveille, et fais qu’à l’avenir, lorsque ces animaux féroces 
seront animés contre nous par la faim ou par le ressentiment, le voile qu’ils ont sur les 
yeux et qui les persuade de notre supériorité, ne vienne plus à tombér ! 

Depuis que nous avons avancé que la faculté de reconnoître les rapports des couleurs 
a son principe ailleurs que dans l’œil, on s’est mis à défendre positivement ce que d’abord 
l’on a voit admis tacitement et sans réflexion. On dit que lœil est 1 organe de la pein¬ 
ture; ainsi d’un côté on lui accorde trop, tandis que d’un autre on lui avoit trop'ôté. Le 
sens des couleurs, dit M. Ackermann, est placé dans les couches des sens, et les condi¬ 
tions requises pour son existence sont un œil achromatique, un nerf visuel doue d un 
degré moyen de sensibilité, et un arrangement convenable des filamens partiels de ce 
nerf dans la substance grise des couches optiques M . 

Pour qu’un pareil langage fût vrai, il faudrait que les prétendues couches optiques 
eussent quelque chose de commun avec le nerf optique ; mais malheureusement cela 
n’est pas; les autres conditions ne peuvent pas non plus être prouvées soit par l’anato¬ 
mie, soit^ar l’expérience; elles doivent donc être reléguées dans la sphère des suppositions 


1 


‘ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

arbitraires. On a effectivement besoin de l’œil pour voir les couleurs, de meme que 
l’oreille est une condition nécessaire pour percevoir les sons ; mais 1 art de la peinture 
ou le sens des couleurs consiste aussi peu dans la simple perception des couleurs,^ que la - 
musique dans la faculté d’entendre les sons. Le singe et l’aiglef malgré la finesse de leur 
œil, ne seront jamais sensibles aux rapports des couleurs. On na pas jusqu a présent jugé 
du talent pour la peinture, d’après la bonté de la vue, et certes on offenseroit griève¬ 
ment les maîtres de l’art si l’on ne cherchoit que dans leurs yeux le génie inventif qui 
leur fait découvrir l’harmonie des couleurs, etc. 

L’œil peut acquérir par l’exercice une finesse extraordinaire, pour apercevoir des 
choses qui semblent à peine tomber sous les sens. Lecat 1 rapporte l’histoire contenue 
dans les observations de physique , Tome II, pag. 209 , d’une marchande à Amiens, 

« qui comprenoit tout ce qu’on lui disoit, en regardant seulement le mouvement des 
lèvres de celui qui lui parloit ; elle lioit de cette façon les conversations les plus suivies ; 
ces conversations étoient encore moins fatigantes que les autres ; car on pouvoit se dis¬ 
penser d’articuler des sons, il suffisoit de remuer les lèvres comme on le fait, quand on 
parle; elle entendoit fort distinctement, tandis qu’on ne s’entendoit pas soi-même. Si 
vous lui parliez une langue étrangère, elle vous le disoit d’abord B . 

Nous avons fait la même observation sur plusieurs sourds-muets, dirigés par M. Eschké * 
à Berlin. Quelques-uns de ses écoliers connoissent ce que l’on dit, au mouvement des ' 
muscles du visage, même lorsqu’on tient la main devant la bouche; ils lisent avec facilité 
ce que l’on écrit en l’air avec le doigt, etc. 

De la sensation et du toucher. 

En traitant ce sujet, nous regrettons encore d’avoir plus à réfuter et à corriger qu’à 
établir. Mais le plus sûr moyen d’approcher de la vérité est d’écarter les erreurs et les 
préjugés. 

Avant de parler du toucher, proprement dit, nous devons dire quelque chose de la 
sensation en général. Il est certain qu’un grand nombre d’opinions erronées sur le tou¬ 
cher , ont pris naissance et se sont maintenues uniquement parce que l’on n’a pas établi 
assez exactement la différence qui existe entre l’idée de perception, sensation , et celle 
de loucher, tact. 

La faculté d’éveiller des perceptions ou des sensations est commune à tout le système 
nerveux. Percevoir et sentir sont les phénomènes que l’on observe d’abord et le plus géné¬ 
ralement dans tous les êtres doués de la faculté de conscience. Quelqu’altération qui ait 
lieu dans leur intérieur ou dans leur extérieur, elle-devient une sensation aussitôt que 


■ L. c. p. 74. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 147 

l’animal en a la iconscience. Goûter, sentir, voir, entendre et toucher, sont des sensa¬ 
tions; mais nous ne sentons pas moins la douleur et le plaisir, la démangeaison, le cha¬ 
touillement , le tiraillement, etc., produits par des causes intérieures ; nous sentons la 
faim, la soif, les besoins naturels; nous sentons la joie et la tristesse, la haine et l’amour, 
l’humilité et l’orgueil, l’espérance et le désespoir, le désir, l’angoisse, la crainte, la ter¬ 
reur, etc. ; les actes de nos facultés intellectuelles, penser, désirer et vouloir, sont égale¬ 
ment des sensations. , 

Par conséquent sentir, ou percevoir, est une fonction commune à toutes les fonc¬ 
tions particulières du système nerveux; c’est proprement et uniquement le sens général 
sans lequel aucun être ne peut apercevoir son existence, ni l’existence des choses exté¬ 
rieures. Ce n’est que dans ce sens qu’on dit avec vérité que l’origine de toutes nos con- 
noissances est dans les sensations. Mais lorsque par sensation on n’entend que l’impres¬ 
sion du monde extérieur sur les sens*, ainsi que font la plupart des auteurs, on néglige 
entièrement l’animal et l’homme intérieurs , et on oublie que le monde extérieur n’est 
connu qu’autant que notre intérieur a la faculté de le percevoir, et qu’au surplus cette 
faculté est une source abondante de sensations et d’idées nombreuses par lesquelles cha¬ 
que être conserve son moi et son naturel spécial, malgré qu’ils soient tous entourés des 
mêmes objets. Déjà Prochaska avoit rappelé l’attention des physiologistes modernes sur les 
sensations intérieures ; Tracy, plus récemment, a fait de même. Cabanis aussi avoit fait 
un pas de plus en adoptant des tendances instinctives. La plupart des auteurs sont pour¬ 
tant restés en arrière sur ce sujet, ainsi que le prouveront les remarques suivantes sur le 
sens du toucher. 

Nous avons fait voir jusqu’à quel point les sens dont nous avons parlé précédemment, 
doivent produire les idées des choses extérieures; nous avons fait voir jusqu’à quel point 
l’oreille et l’œil donnent une idée exacte de l’espace, de la forme, du nombre , de la 
figure et de la position des corps ; nous avons démontré que l’instruction préalable du 
toucher ne sert nullement à la vue ; que l’œil voit, d’après ses lois propres, les rapports 
des objets que nous venons d’énoncer, et qu’il seroit ridicule d’accuser la nature d’avoir 
créé des sens dont les fonctions ne seroient possibles que par le concours d’un autre sens 
entièrement différent. De cette manière nous avons déjà beaucoup diminué les préroga¬ 
tives qu’on attribuoit au sens du toucher. 

Mais nous n’avons pas encore parlé des opinions qui concernent particulièrement ce 
sens. La plupart des auteurs le regardent comme le seul intermédiaire, le seul directeur, 
le seul réformateur des autres sens. Sans lui, disent-ils, il n’y auroit point de monde 
extérieur; « car comme nos sensations, dit Gondillac ', ne sont pas les qualités mêmes 
des objets, et qu’au contraire elles ne sont que des modifications de notre ame, il est 
aisé de conclure que par conséquent un homme borné à l’odorat n’eût été qu’odeur ; 


Traité des sensations. Lond. 1754. Tom. I, p. 161. 



I 


/g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

borné au goût, saveur; à l’ouïe, bruit ou son; à la vue, lumière et couleur. Alors le 
plus difficile eût été d’imaginer comment nous contractons l’habitude de rapporter au- 
dehors des sensations qui sont en nous. En effet il paroît bien étonnant qu’avec des 
sens qui n’éprouvent rien qu’en eux-mêmes, et qui n’ont aucun moyen pour soupçonner 
un espace au-dehors, on pût rapporter ses sensations aux objets qui les occasionnent. 
Comment le sentiment peut-il s’étendre au-delà de l’organe qui l’éprouve et quille 
limite, ? 

« Mais en considérant les propriétés du toucher, on eût reconnu qu’il est capable de 
découvrir cet espace et d’apprendre aux autres sens à rapporter leurs sensations aux corps 
qui y sont répandus ». 

« Les sensations du toucher, dit Dégérando ’, méritent de la part du philosophe une 
attention particulière. Elles sont les premières qui affectent l’individu, et si avant d’avoir 
reçu les instructions du toucher, l’individu entendoit un ton, ou se trouvait affecté par 
une odeur, il n’apercevroit autre chose que l’impression qui en résulte; il ne penseroit 
point encore ni à la rapporter à une occasion étrangère, ni même à la regarder comme 
une modification de son moi, quoi qu’en disent quelques philosophes. Car d’abord il n’y a 
■rien dans ces sensations qui soit propre à avertir de l’existence d’un objet étranger à lui- 
même ; et tant qu’il ne connoît encore rien d’étranger à son moi, comment remar- 
queroit-il son moi ? » 

« Un homme, dit Dumas * avec Lecat, privé de tact, n’auroit point de sensation 
qu’il ne crût être renfermée dans son propre corps, et il seroit incapable de distinguer 
absolument rien de ce qui contribueroit à les lui procurer. Mais avec la faculté de tou¬ 
cher, il peut mettre les objets à leur place, déterminer l’étendue de celle qu’il occupe, 
connoître la distance qui les sépare de chacun ». 

Si le toucher nous fait connoître le monde extérieur mieux que les autres sens, par 
cette seule raison qu'il trouve des bornes et de la résistance à son action, nous deman¬ 
derons si l’œil ne rencontre pas aussi des bornes et de la résistance, etc. ? Si l’on veut 
jouer avec des arguties métaphysiques sur l’existence et la non-existence des objets exté¬ 
rieurs, alors le toucher, la résistance, la répulsion ne nous instruiront pas mieux que 
toute autre sensation. Car de même que toutes les autres sensations ont leur siège uni¬ 
quement dans le cerveau, de même aussi la sensation du toucher, de la résistance de 
la répulsion n’a son siège que dans le cerveau. Personne n’a encore placé ces sensations 
dans les objets extérieurs; par conséquent la prétendue illusion peut aussi bien avoir 
lieu dans le toucher que dans tout autre sens. On doit donc admettre avec Locke 3 , que 
« les idées qui viennent à l’esprit par plus d’un sens, sont celles de l’étendue ou de 

• L. c. Tom.I, p. la. 

* L. c. Tom. III, p. 434. 

3 L. c. Tom.I, p. 194. 


*49 

l’espace, de la figure, du mouvement et du repos »; et nous concluons avec Tracy’, 
que « les sensations tactiles n ont par elles-mêmes aucune prérogative essentielle à leur 
nature qui les distingue de toutes les autres. Qu’un corps affecte les nerfs cachés sous la 
peau de ma main, ou qu’il produise certains ébranlemens sur ceux répandus dans les 
membranes de mon palais, de mon nez, de mon œil, ou de mon oreille ; c’est une 
pure impression que je reçois; c’est une simple affection que j’éprouve, et l’on ne voit 
point de raison de croire que l’une soit plus instructive que l’autre, que l’une soit plus 
propre que l’autre à me faire porter le jugement qu’elle me vient d’un être étranger à 
moi. Pourquoi.le simple sentiment d’une piqûre, d’une brûlure, d’un châtouillement, 
d’une pression quelconque me donnerait- il plus de connoissance de la cause, que 
celui d’une couleur, ou d’un son, ou d’une douleur interne ? Il n’y a nul motif de le 
penser ? M 

Si les philosophes qui, avec Condillac, ont réduit l’homme à l’état d’une statue, 
eussent eu la prudence de former cette statue d’après le modèle de l’homme, et de la 
faire agir d’après lui, ils eussent présenté des principes tout différens sur les fonctions 
et l’influence des sens. Nous pourrions, par exemple, leur faire observer que l’homme 
et les animaux ont coutume de transposer dans le monde extérieur tout ce qui se passe 
d’extraordinaire dans leur intérieur $ et dë le considérer comme un accident du monde 
extérieur. Un coup sur l’œil nous fait voir des flammes au-dehors de nous; l’affluence 
du sang vers l’oreille, nous fait entendre le son des cloches; le malade veut qu’on lui 
retire la mouche qu’il a devant les yeux, la mauvaise odeur qui incommode son odorat, 
et le cadavre glacé qui est à son côté ; en songe nous nous nourrissons des mets les 
plus délicats, nous nous promenons dans des jardins délicieux, nous nous baignons 
dans l’eau chaude, nous volons en l’air; l’homme peureux est dans les mains des voleurs; 
le joueur tire son bonheur de la roue de fortune; la tendre mère se précipite dans les 
flammes pour sauver son enfant. L’illusion des sens n’a-t-elle pas inventé les apparitions, 
les visions, les esprits et les sorciers ? L’homme aliéné entend les chœurs célestes ; il a 
peur du diable qui le poursuit à pas précipités ; il combat des légions entières, meurt 
• cent fois sur la roue pour des crimes imaginaires, cherche sa tête sur le tronc d’un autre 
individu, et éloigne soigneusement tout ce qui s’approche de lui, afin de ne pas endom¬ 
mager son nez long de plusieurs aunes qu’il est obligé de traîner à terre. Ne devroit-on 
pas induire dë tous ces phénomènes, que la nature de l’homme est plutôt portée à se 
répandre dans un monde extérieur de sa propre création, qu’à transporter et concentrer 
en soi le véritable monde extérieur, et, de cette manière, excuser en quelque sorte les 
rêveries des idéalistes ? 

Les philosophes ne s’en sont pas tenus à attribuer au toucher exclusivement la connois¬ 
sance du monde extérieur. 

■Idéologie, Partiel, p. n4- 

i. 38 


!5 0 anatomie et physiologie 

Condillac dérive du toucher, de même que de tout autre sens, 1 attention, la mémoire ■ 
le jugement et l’imagination. Il en fait en outre le correcteur des autres sens, la source 
de la curiosité et des idées abstraites, de tous les désirs et de toutes les passions. Mais il 
a inventé un roman si fabuleux sur la peine et le plaisir, présentés par lui comme les seuls 
mobiles de toutes les actions de l’homme, que nous ne pouvons entreprendre la tache 
fastidieuse de le rectifier. 

M. Ackermann 1 pense que le toucher représente les impressions par des séries plus 
distinctes ; il le regarde aussi comme le correcteur des autres sens. Suivant lui, la main 
non développée des animaux est cachée dans les ongles ou dans les sabots des pattes 
de devant ; c’est pourquoi ils manquent du sens le plus lent, à la vérité, mais aussi le 
plus sûr. 

Buffon 1 dit : « C’est par le toucher seul que nous pouvons acquérir des connoissances 
complètes et réelles ; c’est ce sens qui rectifie tous les autres sens dont les effets ne seroient 
que des illusions et ne produiroient que des erreurs dans notre esprit, si le toucher ne 
nous apprenoit à juger ». 


Ce naturaliste est tellement prévenu en faveur des avantages qui résultent du toucher, 
qu’en parlant de l’usage d’emmailloter les bras des enfans, il s’exprime ainsi 3 : « Un 
homme n’a peut-être beaucoup plus d’esprit qu’un autre que pour avoir fait, dès sa pre¬ 
mière enfance, un plus grand usage et un plus prompt usage de ce sens ; et l’on feroit 
bien de laisser à l’enfant le libre usage de ses mains dès le moment de sa naissance ». 
« Les animaux, dit-il ailleurs 4 , qui ont des mains paroissent être les plus spirituels; les 
singes font des choses si semblables aux actions mécaniques des hommes, qu’il semble 
qu’elles aient pour cause la même suite de sensations corporelles. Tous les autres animaux 
qui sont privés de cet organe ne peuvent avoir aucune connoissance assez distincte de la 

forme des choses. On peut aussi conjecturer que les animaux qui, comme les seiches, 

les polypes et d’autres insectes, ont un grand nombre de bras ou de pattes qu’ils peu- * 
vent réunir et joindre, et avec lesquels ils peuvent saisir par différens endroits les corps 
étrangers; que ces animaux, dis-je, ont de l’avantage sur les autres et qu’ils connoissent 
et choisissent beaucoup mieux les choses qui leur conviennent, et que si' la main étoit 
divisée en une infinité de parties toutes également sensibles et flexibles, un pareil organe 
seroit une espèce de géométrie universelle ». 

Cuvier 5 pense aussi que « le toucher sert à vérifier et à compléter les impressions,, 



DU SÏSTÈME NERVEUX. i5i 

surtout celles de la vue;.et comme c’est, dit-il ', le plus important de tous les sens, 

ses degrés de pèrfeqtion ont une influence prodigieuse sur la nature des divers animaux ”• 

Herder 1 prétend que le toucher nous a donné les commodités de la vie, les inven¬ 
tions, les arts, et qu’il contribue, peut-être plus que nous ne pensons, à la nature de 
nos idées. . 

Selon Richerand 3 , « la perfection de l’organe du toucher assure aux éléphans et aux 
castors un degré d’intelligence qui n’est départi à nul autre quadrupède et devient peut- 

être lé principe de leur sociabilité. Si les oiseaux , malgré la prodigieuse activité de 

leur vie nutritive, ont néanmoins une intelligence si bornée, sont si peu susceptibles 
d’un attachement durable et se montrent si rebelles à l’éducation, n’en trouve-t-on pas 
la cause dans l’imperfection de leur toucher ? ” 

Suivant Vicq-d’Azyr et plusieurs professeurs actuellement existans, la différence entre 
les facultés intellectuelles de l’homme et du singe s’explique par la différence de leurs 
mains, « parce que la main du singe n’a ni extenseur ni fléchisseur; puisque en outre le 
pouce est plus court et ne peut être opposé aussi aisément aux autres doigts ". 

C’est ainsi que, grâces à la crédulité et à la tendance à l’imitation, l’ancienne doctrine 
d’Anaxagoras et de Galien *, qui enseignoient que la main étoit la cause de la raison 
humaine, s’est propagée sans altération jusqu’à notre siècle qui se prétend si éclairé. Pour¬ 
quoi donc, ô philosophes, n’avez-vous pas encore dressé un temple à votre idole ? Où 
seroient les jouissances et la sagesse de votre vie sans les mains d’un Homère, d’un Solon, 
d’un Euclide, d’un Raphaël, etc. ? Que seroient vos bibliothèques sans les mains des 
copistes ét des compilateurs? Tout ce qu’il y a de merveilleux dans l’histoire des animaux, 
c’est à leurs trompes, à leurs queues, à leurs antennes que vous en êtes redevables. Il ne 
vous reste plus qu’à placer leurs âmes à l’extrémité de toutes ces mains, de ces trompes, 
de ces queues, et à lés faire agir d’après les instructions de Lecat, de Buffon, de Con- 
dillac, etc.; alors vous aurez établi le principe de la sagesse des animaux et des hommes, 
et vous aurez raison de soutenir que chercher d’autres organes ou une physiologie du 
cerveau, ne peut être que l’amusement futile des hommes oisifs, qu’un dessein peu philo¬ 
sophique 5 , et une sorte de vésanie scientifique qu’on n’a point encore renvoyée aux 
petites maisons 6 ! ' , 

Mais revenons à des considérations sérieuses pour déterminer les services réels du 
toucher. 

■L.c.p.538. 

“ L. c. Tom. II, p. i3i. 

3 Phys. tom. II, p. 87. 

4 De usu part. liv. I, p. 367. 

5 Dumas, 1. c.Tom. IV, p. 81. 

3 Pinel, sur l’aliénation mentale , p. i32. 




ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

L’on peut, si l’on y fait attention, exercer plus ou moins le sens du toucher avec 
toutes les parties du corps Cependant cette faculté est plus parfaite dans la main, 
parce que les doigts sont autant d’instrumens séparés, souples, et mobiles; maison 
ne peut pas avancer qu’ils soient doués du tact le plus délicat. Les pieds, les orteils, l a 
langue, les lèvres surtout, par exemple- chez le cheval, servent aussi à tâter chez pl u _ 
sieurs animaux. La queue d’un grand nombre de singes, du castor, du fourmillier, etc., 
la trompe de l’éléphant, le groin du cochon et de la taupe, le bec des oiseaux, les an¬ 
tennes des insectes, les barbillons des poissons, les moustaches des mammifères leur 
servent au même usage. Au moyen de ces instrumens, les hommes et les animaux peu¬ 
vent donc acquérir des idées plus ou moins distinctes de la distance, de la forme, de la 
grandeur, du repos ou du mouvement, de la solidité, de la chaleur et du froid, de l’hu¬ 
midité et de la siccité, de la pesanteur, et de la résistance des objets. 

Mais les idées acquises par le moyen du toucher sont-elles suffisantes par elles-mêmes 
pour établir un meilleur ordre dans la pensée ? Peuvent-elles rectifier les erreurs de l’es¬ 
prit, donner naissance à l’industrie, aux arts et aux inventions ? Le degré de perfection 
de la nature des animaux est-il une suite d’un toucher plus délicat ? Nos facultés intellec¬ 
tuelles ou celles des animaux sont-elles d’autant plus nombreuses que les organes du 
toucher sont plus nombreux et plus fins? Un toucher plus parfait donne-t-il des connois- 
sances plus précises et plus étendues ? et les animaux choisissent-ils les choses propres à 
leur conservation avec d’autant plus de sûreté, que leurs organes du toucher sont plus 
souples ? Le toucher peut-il produire l’attention, la mémoire, le jugement, l’imagination, 
les idées, abstraites, la curiosité, l’envie de s’instruire, les désirs et les passions ? Peut-on 
le regarder comme l’origine première de toutes ces facultés ? ou doit-on plutôt le consi¬ 
dérer comme un instrument, comme un moyen, qui a été créé pour le service des 
facultés d’un ordre supérieur, et mis en relation réciproque avec elles ? 

Par une conséquence naturelle des opinions des divers écrivains que nous avons citées 
plus haut, neseroit-on pas tenté de croire que les polypes, qui, suivant l’expression de 
quelques naturalistes, palpent la lumière, doivent avoir les connoissances les plus pré¬ 
cises et les plus étendues ? Leurs organes du toucher si nombreux et si flexibles, ne doi¬ 
vent-ils pas nous faire espérer que nous reconnoîtrons un jour leurs découvertes géomé¬ 
triques ? L’écrevisse, le papillon, le capricorne qui ont des antennes si compliquées, 
est-ce par une modestie philosophique qu’ils nous cachent leur sagesse ? Il est fâcheux que 
la plupart des insectes exercent leurs facultés à l’époque cfù ils sont imparfaits, et où 
leurs antennes ne sont pas encore développées ; et que ceux qui font usage de leurs facultés 
dans leur état de développement complet, tels que les abeilles, les guêpes, le cèdent aux 
premiers pour la beauté de leurs antennes. Est-il vrai que plus les animaux ont les organes 
du toucher parfaits, plus ils peuvent'pourvoir avec sûreté à la conservation de leur exis¬ 
tence ? Pourquoi les naturalistes ne s’emparent-ils pas de cette observation si lumineuse 
pour expliquer l’extinction de plusieurs espèces d’animaux du monde primitif? Nous 
sommes probablement re evables de l’existence des huîtres, des poissons et [des chevaux 


Dü SYSTEME NERVEUX. x55 

actuels au soin qu’a pris la nature dans le monde présent de changer sa marche en im¬ 
posant à l’ensemble du règne animal la condition de consulter l’odorat dans le choix 
des alimens. Si la queue du castor et la trompe de l’éléphant sont la cause de leur socia¬ 
bilité et de leur disposition à se laisser apprivoiser; si le toucher imparfait des oiseaux 
est la cause de leur inaptitude à recevoir de l’éducation et de leur manque d’attache¬ 
ment, on peut douter que les chiens, les brebis, les poules et les oies soient des animaux 
privés et sociables ; on peut douter aussi que le bouvreuil et le merle, le perroquet et 
le corbeau puissent apprendre les uns à chanter, les autres à parler; et il faudra même 
oublier la merveilleuse construction des nids des oiseaux. Si la marche de la pensée est 
tellement mécanique, que ce soit le toucher qui range les idées dans un meilleur ordre, 
parce qu’il agit lentement, séparément et successivement sur les objets, ce seroit à la vue 
qui dans un coup-d’œil contemple l’univers, qu’il faudroit attribuer l’avantage de donner 
les idées les plus promptes, les plus générales et les plus étendues. Si le toucher possède 
la faculté admirable de corriger les erreurs de l’esprit, qu’on nous montre une erreur 
morale ou physique dont le toucher d’un animal ou d’un homme nous ait délivrés. Que 
le maniaque qui croit sans cesse entendre chuchoter à ses oreilles des voix étrangères, et 
qui est continuellement tourmenté par des insectes imaginaires, se consume perpétuelle¬ 
ment en efforts inutiles pour saisir le bavard insupportable et l’insecte incommode ; que 
dans son délire amoureux il ait mille fois trouvé qu’il n’embrassoit rien, les voix n’en 
continuent pas moins à chuchoter, les insectes à le tracasser, et il embrasse encore mille 
fois le fantôme de son imagination ardente. Si c’est aux mains qu’est due l’origine des 
inventions, des arts, pourquoi les.idiots et les imbéciles n’inventent-ils rien? Pourquoi 
le peintre laisse-t-il tomber le pinceau, le sculpteur le ciseau, et l’architecte le compas , 
aussitôt que leur esprit est dérangé ? Comment au contraire se fait-il que des hommes 
nés sans mains et sans pieds ont des idées très-justes des distances, des formes, etc., et 
que d’autres individus qui ont les mains entièrement estropiées, exécutent avec leurs 
moignons des choses surprenantes ? Pourquoi les artistes n’onl-ils pas jusqu’à présent 
trouvé le secret déjuger le talent dé leurs élèves d’après la conforniiation des mains ? 

Quoiqu ? il soit vrai que quelques muscles de la main manquent aux singes, ils peu¬ 
vent pourtant tenir les plus petits objets entre le pouce et l’index; ils aryachent les che¬ 
veux les plus fins, ils saisissent et portent tout de même que les hommes; ils défont les. 
noeuds les plus entortillés, en se servant comme l’homme de leurs doigts et de leurs 
dents ; ils emploient même leurs pieds de derrière à tous ces usages ; et cependant ont- 
ils jamais inventé un outil ou un art quelconque ? Il ne leur manque pas non plus qu’au 
chien et au chat l’adresse de porter; pourquoi donc ces animaux, malgré tant de'facultés, 
n’ont-ils jamais pu parvenir à l’idée de porter du bois au feu, lors même qu’ils grelottent 
de froid ? 

Tout ce que nous venons d’alléguer prouve que l’homme et l’animal ne font point ce 
qu’ils exécutent par le moyen du toucher, parce qu’ils ont ce sens plus ou moins parfait; 
mais on doit admettre que les organes extérieurs, que les sens sont calculés d’après les 





anatomie et physiologie 

facultés intérieures. N’existeroit-il pas une contradiction perpétuelle entre les penchans 
et les facultés, et les organes extérieurs ; et les facultés intérieures ne seroient-elles pas 
rendues inutiles par l’impuissance des organes extérieurs, si ces organes n étoient pas 
propres à exécuter ce que leur commandent les organes intérieurs ? Donnez au tigre 
altéré de sang les pieds et les dents de la brebis, et donnez à la brebis les griffes et les 
dents meurtrières du tigre, à l’instant, par cet arrangement contradictoire des appareils, 
vous détruisez l’existence de ces deux animaux. 

Le degré d’adresse, d’industrie et d’intelligence dont est doué un animal, n’a donc 
pas pour principe sa trompe ou sa queue qui lui tient lieu de truelle ; l’homme n’invente 
pas parce qu’il a des mains ; mais l’animal et l’homme ont ces organes, parce que leur 
organisation intérieure est douée de facultés qui sont en rapport avec ces organes. Cer¬ 
tains organes peuvent être indispensables pour exécuter certaines choses, cependant on 
ne peut pas leur attribuer la pensée qui fait construire un nid ou une hutte, ou inventer 
l’imprimerie ou la tisseranderie. 

Nous voyons aussi par là qu’une similitude d’industrie existe chez plusieurs animaux, 
quoique leurs organes soient entièrement diftérens, ou que des facultés intérieures sem¬ 
blables obtiennent un même résultat par des organes extérieurs absolument dissemblables. 
La trompe est pour l’éléphant ce qu’est la main pour l’homme et pour le singe; l’hiron¬ 
delle attache son nid et la grive cimente l’intérieur du sien avec de l’argile détrempée 
par le moyen de leur bec, comme le castor en enduit son habitation par le moyen de 
sa queue; l’écureuil et le roitelet, la grive de marais et la souris de roseau construisent 
leur nid d’une manière presque semblable. L’aigle tient sa proie entre ses serres, comme 
le chien tient un os entre ses pattes ; quelque différence qui existe entre les mains du 
singe, et les pieds du perroquet et du remiz ( paruspendulinus , mésange de Pologne), 
tous les trois se servent de ces parties pour tenir en l’air leur nourriture de la même ma¬ 
nière; le cochon fouille la terre avec son groin, le chien la gratte, et le cerf la frappe 
avec ses pieds, pour déterrer les truffes. 

De même aussi des phénomènes entièrement différens résultent d’organes extérieurs 
semblables. De combien de manières diverses et avec quelle variété de toiles les diffé¬ 
rentes espèces d’araignées n’attrapent-elles pas leur proie ? Quelle diversité de structure 
dans les nids des oiseaux ? Ceux même qui en construisent de semblables, et qui appar¬ 
tiennent au même genre, combien ne diffèrent-ils pas dans leur manière de vivre, par 
leur séjour habituel, par leur nourriture, par leur chant et autres particularités distinc¬ 
tives ? La grosse mésange ( parus major), par exemple, fait son nid dans le creux des 
arbres ; la mésange à longue queue ( parus caudatus ) dans les bifurcations et entre 
l’écorce et le tronc; la mésange barbue (parus barbatus ) dans les roseaux, et le remiz 
suspend à une branche mince son nid remarquable par l’art et la délicatesse; tandis 
que le coucou, quoique muni d’un bec et de pieds comme les autres oiseaux, n’en 
construit aucun. 



DU SYSTEME NERVEUX. l55 

Nous défions ceux qui prétendent que les organes extérieurs engendrent les facultés 
intérieures, de deviner une faculté quelconque d’après la forme de ces organes. Qu’est-ce 
qui peut vous faire conclure que le fourmi-lion creusera dans le sable un cône renversé 
pour y faire tomber les fourmis ? Qu’est-ce qui vous révèle la raison pour laquelle le 
lièvre a son gîte au milieu des.champs, tandis que le lapin creuse des terriers ? A quoi 
voyez-vous que la corneille doit vivre en société, tandis que la pie vit par couples isolés? 
Comment distinguez-vous le naturel farouche du coucou et du chamois, de la facilité 
qu’ont , de s’apprivoiser le pigeon et la chèvre ? N’auriez-vous pas plutôt prêté le talent 
de bâtir aux mains du singe curieux, qu’aux pieds foibles et palmés du castor ? Ne ferez- 
vous pas plutôt voyager vers le midi le frêle roitelet que le vautour ? Comment recon- 
noissez-vous que le hamster doit ramasser des fruits pour l’hiver, et que l’outarde, la 
grue, doivent poser des sentinelles, etc. ? 

Ainsi nous avons démontré que ce n’est pas au toucher seul qu’il appartient de nous 
faire connoître un monde au-dehors de nous ; que les sensations ont lieu non-seulement 
par le moyen des sens extérieurs, mais aussi dans l’intérieur de l’organisme ; qu’on ne 
peut pas appeler le toucher le correcteur des autres sens; que les mains, lorsqu’il n’existe 
point de facultés d’un ordre supérieur, ne peuvent inventer ni les arts ni les outils ; que 
tout le service du toucher se borne à procurer des idées de la distance, de l’étendue, 
delà forme, du repos, du mouvement, de l’humidité et de la siccité, ét du degré de 
solidité des objets; que du reste il doit être regardé comme l’instrument de facultés 
supérieures ; que ces facultés supérieures, telles que les inclinations, les penchans, les 
différens modes d’industrie, et les facultés intellectuelles, ne peuvent nullement être 
déterminées, devinées ou expliquées par les organes du toucher. On est donc obligé 
de chercher d’autres conditions organiques comme causes de toutes les qualités de l’ame 
et de l’esprit qu’on ne peut pas dériver de ce sens. 

On allègue pour cause des nombreux avantages du toucher, qu’il suppose une ré¬ 
flexion dans l’animal qui l’exerce, au lieu que les autres n’en exigent aucune *. « La 
lumière, dit-on, les sons viennent frapper leurs organes respectifs, sans que l’animal 
s y attende, tandis qu’il ne touche rien sans aucun préliminaire des fonctions intellec¬ 
tuelles 4 

Mais cette opinion qui n’embrasse qu’un côté des objets, fait abstraction des fonc¬ 
tions actives des autres sens ; et comme elle exclut en même temps le toucher et le choc 
involontaire, par conséquent la fonction passive du toucher, elle ne mérite pas d’être 
plus amplement réfutée. 

On peut ranger dans la même catégorie l’opinion absolument contraire de Dumas 3 , 

■Bichat, anatomie générale, Tomel, p. 117. 

‘ L. c. Tome III, p. 435. , 




!56 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

qui dit : « Que les impressions du toucher ne laissent point apres elles de traces aussi 
nettes, aussi vives et dont la mémoire puisse rappeler aussi facilement 1 image *. 

C’est à quoi peuvent répondre ceux qui sont dans la triste nécessite de se dédommager 
par les seuls plaisirs de l’imagination des jouissances qu ils ont eues précédemment par 
le sens du toucher. 

La sensation et le toucher peuvent, comme toute autre faculté, recevoir, par l’exercice, 
un degré extrême de perfection. Les sourds-muets de l’école de Berlin savent ce qu’on 
leur écrit avec le doigt sur le dos, quoiqu’ils soient revêtus de leurs habits. Lecat 1 parle 
d’un sculpteur, Ganibasius de Volterre, qui, étant aveugle, tâtoit les visages, puis les 
modeloit en argile. L’aveugle-né de Puiseaux estimoit la proximité du feu aux degrés de 
la chaleur, le voisinage des corps à l’action de l’air sur son visage 2 . Saunderson, en par¬ 
courant des mains une suite de médailles, discernoit les vraies d’avec les fausses, quoique 
celles-ci fussent assez bien contrefaites pour tromper un connoisseur qui auroit eu de 
bons, yeux, et il jugeoit de l’exactitude d’un instrument de mathématique en faisant 
passer l’extrémité de ses doigts sur ses divisions. Il avoit de commun avec l’aveugle de 
Puiseaux, d’être affecté de la moindre vicissitude qui survenoit dans l’atmosphère, et 
de s’apercevoir, surtout dans les temps calmes , de la présence des objets dont il n’étoit 
éloigné que de quelques pas 3 A 

On cite même, d’après Boyle, l’exemple d’un musicien aveugle qui palpoit les cou¬ 
leurs. Beaucoup de personnes avoient raconté la même chose de l’aveugle Weissenbourg 
de Manheim. Celui-ci avoit environ trente petits morceaux de draps dont il déterminoit 
la couleur avec précision. Mais il lui arrivoit fréquemment de se tromper au drap des 
habits des étrangers; ce qui donne lieu de soupçonner qu’il avoit d’autres marques de 
reconnoissance. Les cartes dont il avoit coutume de se servir pour jouer étoient mar¬ 
quées par des piqûres d’épingle; les personnes qui n’étoient pas au fait, croyoient qu’il 
distinguoit par le tact la couleur des cartes. C’est sans doute aussi le moyen qu’employoit 
l’aveugle dont parle Lecat. Au moins plusieurs aveugles-nés qui avoient perfectionné 
avec beaucoup de soin leurs facultés intellectuelles et leur toucher, nous ont assuré qu’ils 
regardoient comme une chose impossible qu’on pût palper les couleurs. Il n’y en a qu’un 
petit nombre qui distinguent le blanc parce que la surface leur paroît plus lisse. 


Parlerons-nous aussi du sixième sens , inventé par quelques physiologistes modernes ? 
Ce sens est, suivant eux, présent dans tous les sens ; il veille quand ceux-ci dorment, 
et il est la faculté générale de perception des somnambules; il prévoit les changemens 
de température, et présage les événemens futurs; il juge de la beauté et de l’harmonie; 

•L.c.p.11. 

* Diderot, 1. c. p. 123. 

* Diderot, 1. c. p. 147. 


SYSTEME 


:rveux. 


il est l’instinct des animaux qui leur fait pressentir les dangers prochains ; c’est par lui 
que le chercheur de sources et de mines connoît le voisinage de ces objets ; il a son 
état d 'amaurose et d’obscurité; il réside dans les os et dans les parties molles, dans la 
peau, dans les viscères, dans la région épigastrique où sont situés les plexus rétiformes 
des innombrables ganglions nerveux '. 

C’est vraisemblablement aussi par le moyen de ce sixième sens que ces philosophes 
ont trouvé que l’ouïe et la vue, comme étant des sens supérieurs, affectent le voisinage 
du visage, et qu’entendre n’est autre chose que toucher avec les parties dures du corps. 
Nous savons anatomiquement que le nerf olfactif est le plus haut et le plus rapproché 
de l’organe de l’intelligence, et qu’au contraire le sens de l’ouïe est placé au-dessous de 
la protubérance annulaire. Mais ce n’est pas l’unique fois où le meilleur des mondes 
existe plutôt en métaphysique que dans la nature même. 

Comme on a remarqué que beaucoup d’animaux reconnoissent d’une manière inex¬ 
plicable les rapports de lieux et de régions, l’on a supposé que cette faculté ayoit son 
principe dans un sixième sens. D’autres auteurs ont, avec Buffon, placé le sixième sens 
dans le désir de se reproduire. Nous traiterons plus tard de ces deux objets, 

Existe-t-il encore dans le règne animal d’autres sens extérieurs au moyen desquels 
plusieurs animaux sont instruits de choses qui, par le manque du sens convenable, 
seront toujours inconnues pour nous ? ou bien tous les sens nè sont-ils essentiellement 
que des proportions et des modifications différentes des cinq sens que nous connoissons? 

Il est difficile de décider ces deux questions avec quelque certitude. Comme dans les 
autres êtres organisés vivans on trouve tant d’appareils dont on ne découvre pas la moin¬ 
dre trace chez l’homfme, les animaux ne peuvent pas être considérés comme de simples 
fragmens de l’homme, et l’homme ne peut pas non plus être regardé comme l’ensemble 
de tous les organes et de toutes les facultés des animaux. 

Des fonctions des sens en général . 

Les impressions,' soit qu’elles viennent du monde extérieur par les sens, ou de l’inté¬ 
rieur par les organes généraux de la sensation, doivent donc être considérées comme 
des conditions indispensables sans lesquelles aucune perception et aucune pensée ne 
peuvent avoir lieu. Mais aucune impression du dehors, et aucune irritation de l’intérieur 
ne peuvent devenir une sensation ou une idée sans le concours du cerveau. La faculté 
de percevoir les impressions, de retenir, de comparer les idées e’t d’en faire l’application, 
n’est nullement en proportion avec le sens dans l’homme ni dans les animaux, comme le 
prouvent les idiots et les imbéciles. Ainsi quand même on eût pu démontrer que 
l’homme de tous les animaux est celui qui a les sens les plus parfaits, on n’eût pas encore 


‘ Walther, Phys. Tom. II. S. a56. 


4 < 




1 gg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

expliqué par là pourquoi il les surpasse tous en facultés intellectuelles. Aussi Condillac' 
a-t-il été obligé de dire, que « les sens ne suffisent point pour connoître les objets de 
la nature : car les mêmes sens nous sont communs à tous, et cependant nous n’ayons 
pas tous les mêmes coiinoissances ”. 

L’auteur du traité des sens a donc tort de dire 2 : « Tous les sens ont de même en¬ 
fanté des arts pour se satisfaire, ou se perfectionner, ou se garantir des impressions 
fâcheuses. Quels arts n’a pas produits le sens du toucher ? Ces habits, ces palais, ces 
voitures commodes sont les enfans de sa délicatesse *. Nous lui opposons une observa¬ 
tion béaucoup plus judicieuse d’Helvétius. « L’expérience, dit-il 3 , ne démontre point 
que l’esprit soit toujours en nous proportionné à la finesse plus ou moins grande de ces 
mêmes sens. Les femmes, par exemple, dont la peau plus délicate que celle des hommes, 
leur donne plus de finesse dans le sens du toucher, n’ont pas plus d’esprit qu’un Vol¬ 
taire, etc. Homère et Milton furent aveugles de bonne heure, cependant quelle imagi¬ 
nation plus forte et plus brillante ! Parmi ceux dont le sens de l’ouïe est le plus fin , en 
est-il supérieurs aux St. Lamber, aux Saurins, aux Nivernois, etc. Ceux dont le sens 
du goût de l’odorat sont les plus exquis, ont-ils plus de génie que Diderot, Rousseau, 
Marmontel, Duclos, etc. ? De quelle manière qu’on interroge l’expérience, elle répond 
toujours que la plus ou moins grande supériorité des esprits est indépendante de la plus 
ou moins grande perfection des organes des sens *. 

. Pour prouver encore plus amplement que toutes nos idées viennent des sens, on dit 
avec Locke 4 , que les expressions mêmes pour les fonctions particulières de l’entende¬ 
ment sont empruntées des objets matériels. « Les mots imaginer, comprendre, s’atta¬ 
cher, concevoir, instiller, dégoûter, troubler, tranquillité, etc., sont tous empruntés des 
opérations des choses sensibles, et appliqués à certains modes de penser * ; et on prétend 
avec lui que dans toutes les langues les mots que l’on emploie pour signifier des choses 
qui ne tombent pas sous les sens, ont tiré leur première origine d’idées sensibles. C’est 
pourquoi l’on répète sans cesse l’adage d’Aristote que rien n arrive à l’entendement qui 
n’ait d’abord passé par les sens. 

Nous sommes nous-mêmes persuadés que beaucoup d’expressions qui servent à dési¬ 
gner des actes intérieurs sont empruntées du monde extérieur. Mais si l’on établit une 
comparaison entre deux sensations, s’ensuit-il que les impressions extérieures produisent 
les sensations intérieures semblables ? Il nous semble plutôt que, dans un grand nombre 
de cas, il est difficile de décider si une certaine expression a d’abord été inventée pour 
une sensation intérieure ou pour une impression extérieure ; car l’homme vit d’aussi 
bonne heure avec lui-même qu’avec le monde extérieur , et il acquiert des sensations et 

■ Oeuvr. compl. Tom. III, p. 6. 

* Lccat, p. 69. 

5 De l’homme, de ses facultés intellectuelles, et de son éducation. Lond. 1786. Tom I n i85 

* L. c. Tom. III, p. 4o. ‘ 


DU SYSTÈME NERVEUX. 5ig 

des idées du dedans et du dehors en même temps. Il falloit désigner le mouvement et le 
repos des yeux, de la langue, aussi bien que le mouvement et le repos d’un animal ; 
le cœur bat de même qu’un marteau; une pierre n’oppresse pas plus qu’un aliment 
lourd non digéré ne pèse dans l’estomac; les sentimens douloureux de malaise, de 
picotement, de tiraillement, de déchirement, de distorsion peuvent nous affecter à l’in¬ 
térieur aussi fortement que quand ils sont le résultat d’impressions extérieures; qui 
osera donc affirmer que les expressions à!étroit, froid, chaud, frisson, palpitation, trem¬ 
blement, etc., aient été employées pour désigner plutôt des qualités des choses exté¬ 
rieures , que des sensations intérieures ? 

Il existe aussi dans chaque langue Une quantité d’expressions qu’il seroit difficile de 
dériver d’objets matériels. D’ou viennent les mots de faim, soif, vérité, fausseté, erreur, 
ami, ennemi, haine, amour, orgueil, honneur, péché, mal, bien, vouloir, penser, 
joie, douleur, crainte, espérance , etc. ? Ils servent à retracer nôs sensations intérieures, 
et nous les employons fréquemment pour peindre cè qui ise passe dans- le mondé exté¬ 
rieur. Nous disons qu’un pays est triste, qu’une ffiaison menace ruine, que l’excessive 
chaleur fait du mal aux arbres, etc. 

D’où viennent les mots qui désignent, non pas précisément dès idées déterminées , 
mais simplement le mode de penser, les prépositions, conjonctions, interjections, ad¬ 
verbes d’interrogation et d’exclamation , etc., tels que mais, et, pourtant, cependant, 
car, si, néanmoins, conséquemment, aussi, donc, ainsi, hélas, oui, non ? e te. 

Les sourds-muets doués de raison, mais privés de la faculté de s’exprimer par la lan¬ 
gue articulée, ne peindront-ils pas leur sensation intérieures par des gestes qui n’ont 
absolument rien de commun avec le monde extérieur ? 

Si toutes nos idées venoient des sens, que seroient les idées générales et purement 
intellectuelles, dont la signification est entièrement indépendante du monde matériel, 
par exemple : il n’y a pas d’effet sans cause; rien ne se fait de rien ; la matière ne peut 
recevoir ni augmentation ni diminution; une qualité contraire à un sujet ne peut lui 
appartenir; une chose ne peut en même temps être et n’étre pas. 

Enfin nous avons déjà démontré, en parlant de l’ouïe, que la faculté de trouver de 
l’analogie entre les impressions du dehors et les impressions de l’intérieur suppose une 
propriété d’un degré supérieur à celle d’articuler des mots. 

Le langage prouve donc aussi sous tous les rapports qu’il n’est pas seulement l’oü- 
vrage des inipressions des sens, mais qu’il suppose une source intérieure et extérieure 
de nos sensations et de nos idées et en même temps une faculté intellectuelle bien 
supérieure. 



1 


1 g Q ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Quelques auteurs, persuadés que les impressions des sens ne suffisent pas pour expli¬ 
quer toutes les facultés des animaux et de l’homme, admettent une source intérieure 
et une source extérieure de nos idées, et disent avec Cabanis, Richerand, etc., <( q Ue 
nos idées nous viennent des deux sources très-distinctes, savoir des sens extérieurs et 
des organes intérieurs ; que l’instinct naît des impressions reçues par les organes inté¬ 
rieurs, tandis que le raisonnement est le produit des sensations extérieures ». Ils ajou¬ 
tent encore : « Que dans les animaux les sens extérieurs plus grossiers laissent prédo¬ 
miner l’instinct, et que dans l’homme la perfection de ses sens donne au raisonnement 
une prépondérance marquée, en même temps quelle affoiblit l’instinct ». 

Mais cette manière de s’exprimer suppose encore à tort que l’homme a les sens pl us 
parfaits que les animaux; et comme d’un autre, côté on attribue en général aux peuples 
sauvages des sens plus fins, ce seroit d’eux qu’on devroit attendre la philosophie la plus 
profonde et l’instinct le plus foible; c’est cependant ce que l’on croira difficilement. 
On devroit d’abord s’accorder sur ce qu’est proprement l’instinct. Si, mu par des prin¬ 
cipes différens, l’homme est plus que les animaux en état de dominer ses penchans, 
il ne s’ensuit nullement qu’il ait des penchans ou des instincts plus foibles. Enfin les 
penchans, les inclinations, les passions sont aussi bien des objets de considération pour 
la raison, que les impressions des sens ; celles-ci ont aussi besoin d’organes intérieurs 
lorsqu’elles ne restent pas de simples impressions matérielles, et qu’elles doivent être 
employées par l’entendement à de plus hautes fonctions ; l’œil et le toucher seuls for¬ 
ment le géomètre aussi peu que la femelle ne crée dans le mâle l’instinct de la géné¬ 
ration , et que la brebis n’est la cause primitive de l’instinct carnassier du loup. 

On prétend avoir remarqué chez l’aveugle-né de Puiseaux que le merveilleux de la 
nature et le cours des astres ne le faisoient pas croire à Dieu, parce qu’il ne les pouvoit 
pas remarquer ; et que ce même aveugle n’avoit peut-être de l’aversion pour le vol qu’à 
cause de la facilité qu’on avoit de le voler Sans qu’il s’en aperçût, et plus encore de celle 
qu’on avoit de l’apercevoir quand il voloit; qu'il ne faisoit pas grand cas de la pudeur; 
et enfin qu’il ne sentoit point de commisération pour un homme qui versoit du sang? 

On voudroit, par de semblables exemples, faire naître l’idée que nous avons obliga¬ 
tion même de nos facultés morales aux sens \ 

Les animaux qui ont tous les mêmes sens que les nôtres, tels que le babouin et 
l’orang-outang, ont-ils donc plus de pudeur, et sont-ils plus émus en voyant répandre 
du sang, que les autres animaux? Les idiots qui ont leur cinq sens en bon état, sont- 
ils plus vertueux qu’un aveugle-né ? Chaque lecteur ne doit-il pas s’apercevoir que c’est 
l’intérieur seul qui modifie les impressions des sens, et qui en fait ce que, par un juge¬ 
ment précipite et borne, on croit leur ouvrage immédiat ? C’est pourquoi les mêmes 


' Diderot, 1. c.p. 126 


DU SYSTEME NERVEUX. l6l 

objets extérieurs agissent tout différemment sur l’homme et sur les animaux ; tout diffé¬ 
remment sur le lièvre et sur le renard, sur tel ou tel individu, etc. 

La différence des sexes, des âges et des saisons, ne produit pas une altération essen¬ 
tielle dans le nombre et la nature des sens ; pourquoi donc les facultés intellectuelles 
et les inclinations sont-elles si différentes chez l’enfant et chez l’homme; chez le jeune 
homme et chez la jeune fille ? Pourquoi chez les animaux est-ce tantôt le penchant à 
se réunir en société et à voyager, tantôt celui de propager son espèce qui agit ? Pour¬ 
quoi le même oiseau se nourrit-il de préférence de grains dans une saison, et de vers 
dans une autre ? 

Il ne nous reste plus qu’à présenter en abrégé les observations suivantes relatives à 
tous les nerfs des sens. 

Sous le rapport anatomique. 

i°. Chaque nerf des sens a son origine particulière. Aucun ne naît du cerveau, ni 
d’un autre nerf ; mais les filamens de chacun sortent d’amas particuliers de substance 
grise. 

3°. Chaque nerf des sens diffère des autres en grosseur, structure, couleur et consis¬ 
tance. 

3 °. Les appareils du même nerf sont plus ou moins compliqués, sont plus ou moins 
nombreux dans les différentes espèces d’animaux. 

4 °. Il n’xiste pas de proportion soit directe, soit constamment uniforme, entre la 
grosseur du cerveau et celle des nerfs. 

5 °. Il n’existe pas non plus dans les diverses espèces d’animaux et dans les individus 
de la même espèce une proportion déterminée entre les nerfs des sens; tantôt tel nerf, 
tantôt tel autre est plus développé. 

6°. On ne peut pas dire que le sexe féminin ait les nerfs des sens plus grands ou 
plus petits que le sexe masculin. 

7°. Dans les différentes espèces d’animaux, et dans les individus de la même espèce, 
les nerfs des sens se développent et s’affoiblissent à des époques très-différentes. 

8°. Jusqu’à présent on ne connoît d’entrecroisement des nerfs des sens que celui du 
nerf optique, et cet entrecroisement n’a même pas lieu dans toutes les espèces d’animaux. 

i. 4 1 


t g 2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

9 °. Les nerfs congénères des sens de chaque côté communiquent entre eux par leurs 
jonctions , réunions, ( commissures) et avec les parties voisines par des branches com¬ 
muniquantes. 

Sous le rapport physiologique. 

i°. Les fonctions des sens ne sont rendues possibles que par des instrumens matériels. 

2 °. Les nerfs des sens ne servent qu’à communiquer les diverses impressions du monde 
extérieur au cerveau, pour qu il les modifie. 

3°. Chaque nerf des sens ne peut recevoir que des impressions déterminées, et aucune 
fonction d’un sens ne peut être remplie par un autre nerf de sens. 

4°. La faculté de chaque sens est, sous le rapport de sa finesse, dans l’état ordi¬ 
naire, en raison directe avec la perfection et le développement des appareils et vraisem¬ 
blablement avec le plus ou moins grand nombre d’appareils. 

5°. Les fonctions particulières des sens n’ont pas le même degré de force dans les di¬ 
verses espèces d’animaux, ni dans les individus de la même espèce ; celui qui se dis¬ 
tingue par la finesse de la vue peut avoir l’odorat émoussé, etc. 

6.° Les systèmes nerveux des sens peuvent, comme les autres systèmes, acquérir un 
plus grand degré d’activité par des irritans extraordinaires, par la fièvre, les inflam¬ 
mations, etc. 

7 °. Les dérangemens des fonctions des sens qui sont la suite des lésions du cerveau, 
ne se portent pas sur le côté opposé, non plus que les lésions des systèmes nerveux de 
la colonne vertébrale. C’est ainsi au moins que jusqu’à présent nous l’avons toujours 
observé. Nous reviendrons sur cet objet dans la suite. 

8°. La faculté des fonctions des divers sens se manifeste à des périodes différentes, 
d’après le développement de leurs organes. On demande par quelle cause et dans quel 
but quelques animaux naissent avec des sens parfaitement développés, ou du moins 
avec les oreilles et les yeux ouverts, tandis que d’autres naissent les oreilles et les yeux 
fermés ? Cette particularité n’est pas toujours en rapport avec la faculté de se servir plus 
ou moins promptement des extrémités ; car l’enfant nouveau-né est aussi incapable de se 
mouvoir de sa place, que le chien qui vient de naître. 

9 °. Toutes les fonctions des sens s’affoiblissent graduellement dans la vieillesse. Suivant 
quelques physiologistes, cela vient de ce que les sens se sont habitués aux impressions 
extérieures et de ce que celles-ci produisent des irritations successivement moins fortes. 


DU SYSTÈME NERVEUX. *63 

On veut même expliquer par cette habitude pourquoi nous avons si peu le sentiment 
de ce qui se passe en nous dans la vie organique ou automatique. Il nous semble plutôt 
que c’est à dessein que la nature nous a enlevé le sentiment de la vie automatique; et 
elle a vraisemblablement atteint ce but par la ténuité des filets de communication des 
sysèmes nerveux de la poitrine et du bas-ventre avec les systèmes nerveux de la colonne 
vertébrale, des sens et du cerveau. Mais dans la vieillesse les fonctions des sens s’afFoi- 
blissent, parce que les organes eux-mêmes des sens diminuent. Les filets nerveux et leur 
substance nourricière s’amaigrissent, ainsi que la substance grise en général ; et tous les 
nerfs commencent à s’atrophier. C’est pourquoi Pinel n’a plus trouvé dans le labyrinthe 
des vieillards qui étoient devenus sourds, la substance pulpeuse qui existe chez les 
hommes qui entendent. C’est aussi pourquoi les nerfs des personnes âgées sont beaucoup 
plus petits que ceux des personnes dans la force de l’âge. Cette diminution n’ayant 
pas lieu en même temps dans tous les systèmes nerveux, il en résulte que toutes les 
fonctions ne diminuent pas également en même temps ; ce qui devroit arriver , si 
elles ne devenoient successivement plus foibles , que par suite de l’habitude des im¬ 
pressions. 

io°. La duplicité de chaque sens n’empêche pas que le sentiment qu’on a des objets 
ne soit simple ; de même aussi la conscience de lame est simple, malgré les cinq fonc¬ 
tions différentes des sens. 

Bacon, Locke, Hume, Helvétius, Condîllac se sont vus obligés, pour comprendre 
en quelque sorte la possibilité des fonctions de l’entendement, de recourir non-seulement 
aux sens que quelques-uns de ces auteurs avoient si fort élevés, mais encore tantôt à 
une connoissance des rapports des sensations, tantôt à l’attention, tantôt à l’expérience, 
à la réflexion, à l’induction. Quoiqu’ils fussent quelquefois bien en contradiction avec 
eux-mêmes , ils s’apercevoient cependant qu’aucune des facultés que nous venons d’énu¬ 
mérer, ne pouvoit appartenir à aucun des sens. Mais si, dans cette vie, une faculté 
quelconque ne peut s’exercer sans condition matérielle, ainsi que nous l’exposerons plus 
tard d’une manière incontestable, il faut aussi nécessairement supposer une organisation 
matérielle pour l’exercice des facultés intellectuelles. On a dans tous les temps regardé 
comme très-importantes les recherches qui avoient pour but de faire connoître les organes 
par lesquels les animaux et l’homme reçoivent les impressions matérielles du monde 
extérieur; serat-il moins intéressant, moins noble, de tâcher de découvrir les organes des 
facultés supérieures de l’esprit ? 

Enfin nous demanderons si les cinq sens et les propriétés dont nous venons de parler, 
peuvent servir à expliquer les divers penchans, et les différentes industries instinctives 
des animaux, ainsi que tous les penchans et toutes les facultés de l’homme ? Comment 
par ce moyen nous expliquera-t-on pourquoi le phoque, le chamois et l’oie sauvage posent 
des sentinelles ? Pourquoi l’oiseau, le castor, le lapin, la fourmi construisent leur de¬ 
meure avec tant d’artifice ? Pourquoi la caille et la cicogne émigrent et reviennent aux 


l64 anatomie et physiologie 

mêmes lieux ? Qui nous explique l’amour des femelles pour leurs petits, et l’insou¬ 
ciance des mâles de plusieurs espèces d’animaux , tandis que dans d’autres espèces les 
mâles partagent avec les femelles le soin des petits ? Qui nous explique la sociabilité de 
la corneille et l’inclination de la pie à vivre en solitude ; la jalousie exclusive du coq 
et du taureau , et la compatibilité réciproque des poules et des vaches ? Qui nous ex¬ 
plique ce que nous appelons finesse, courage, fierté, rectitude, morale? Est-ce l’expé¬ 
rience ? mais tous ces sentimens précèdent l’expérience : l’araignée file, le castor bâtit, 
le rossignol voyage, avant d’avoir de l’expérience. Est-ce l’attention, la réflexion, l’induc¬ 
tion ? mais pourquoi chaque espèce d’animal porte-t-elle son attention sur un objet 
différent et particulier ? pourquoi tous les individus de la même espèce fixent - ils la 
leur toujours sur le même objet ? pourquoi même ne dépend-il pas de l’homme d’ac¬ 
quérir un haut degré d’attention ou de faculté d’induction pour certains objets ? Ne 
voyons-nous pas qu’il en est, pour ainsi dire, dans toute la nature comme dans l’exem¬ 
ple du singe qui a l’attention de remplir ses abajoues de fruits et ne sait pas entretenir 
du feu ? 

Avant de nous livrer au traité physiologique des organes dont toutes ces facultés par¬ 
ticulières dépendent, nous allons en examiner la structure anatomique. 



DD SYSTEME NERVEUX. 


i65 


SECTION VII. 

De la méthode d’examiner et de décrire le cerveau* 

A-près avoir traité des systèmes nerveux des viscères du bas-ventre et de la poitrine, 
de la colonne vertébrale et des sens, l’ordre naturel nous conduit à parler du cervèau. 
Jusqu’à présent on a eu des idées très-vagues sur ce qu’on doit proprement appeler 
cerveau. On regardoit généralement le cerveau comme l’origine première du système 
nerveux, et en conséquence les anatomistes qui voyoient des nerfs prendre naissance dans 
les ganglions, appeloient ces parties de petits cerveaux. D’autres restreignoient l’idée de 
cerveau à l’ensemble de la substance nerveuse renfermée dans le crâne, et comprenoient 
ainsi, sous cette dénomination, la moelle allongée, et tous les nerfs qui y naissent 
et ceux qui sortent plus haut. Les auteurs qui pensoient que la moelle allongée et la 
moelle épinière sont une prolongation ou une continuation du cerveau, appeloient 
toutes ces parties d’un nom commun masse encéphalique. 

De la marche que nous avons suivie dans nos recherches, il résulte que, pour éviter 
toute confusion d’idées, et pour poser des limites plus marquées, nous devons considérer 
les systèmes de la vie automatique, ceux du mouvement volontaire et ceux des sens , 
comme entièrement distincts, et ne comprendre dans le cerveau que les systèmes nerveux 
qui, au moins chez les animaux plus parfaits, sont les organes spéciaux delà conscience, 
des industries instinctives, des penchans, et des facultés de l’esprit et de l’ame. Par consé¬ 
quent le cerveau, de même que tout autre système, est un système particulier et indé¬ 
pendant, mis en communication et en action ht réaction réciproques avec l’ensemble 
des autres systèmes des nerfs, immédiatement, ou médiatement par des branches com¬ 
muniquantes ; il ne naît pas plus de la masse nerveuse de la colonne vertébrale quecelle- 
ci ne lui donne naissance. De même qu’on trouve quelquefois la masse des nerfs de 
l’épine du dos sans cerveau, de même aussi il est possible que le cerveau existe sans 
moelle épinière. C’est sans doute ce qui a eu lieu dans l’enfant qui naquit avec une 
seconde tête placée en position inversé au-dessus de la première '. Il est fâcheux qu’on 
n’ait pas convenablement examiné ce monstre. Tous les argumens par lesquels nous 
avons combattu 1 l’opinion qui fait naître du cerveau les nerfs des sens, la moelle allon¬ 
gée, et la masse des nerfs de la colonne vertébrale, militent aussi contre l’opinion qui 
fait dériver le cerveau de la masse des nerfs de l’épine du dos. 

Le cerveau, de même que les autres systèmes nerveux, consiste essentiellement en 
deux substances différentes : la substance grise et la substance blanche. 


1 Transactions philosophiques, vol. LXXX, p. 296. 
‘ Voy. notre Mémoire, p. 25. 


t 


4 * 



j gg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

La substance grise est pulpeuse, gélatineuse, tantôt plus molle, tantôt plus ferme, 
plus ou moins blanchâtre, rougeâtre, noirâtre, jaunâtre, probablement suivant qu’elle 
est plus ou moins traversée par des vaisseaux plus fermes et plus mous , et qu elle est 
plus ou moins mêlée de tissu cellulaire. Cette substance doit être très-diversement mo¬ 
difiée, parce qu’en plusieurs points elle engendre des filets nerveux dont la destination 
est différente. 

Depuis Vesale et Piccoluomini qui fixèrent principalement l’attention sur la différence 
des deux substances, on a beaucoup varié sur la destination de la substance grise. 
Malpighi, Glisson, Lecat et d’autres auteurs disent quelle est entièrement composée 
de glandes destinées à sécréter le fluide nerveux. Mais cette opinion n’a qu’un petit 
nombre de partisans, parce quelle ne peut être prouvée par aucune démonstration 
anatomique. 

Quelques-uns, par exemple Portai, sans rien prononcer sur la structure de cette subs¬ 
tance , la font pourtant sécréter le fluide nerveux. 

Ruysch, Schellhammer, Leuwenhoek, Valisneri, Vieussens, Schwedenborg et presque 
tous les contemporains de Haller, ne regardoient cette substance que comme un tissu 
de vaisseaux très-fins. MM. les professeurs Walter et Ackermann pensent que la subs¬ 
tance grise est une prolongation très-atténuée des vaisseaux sanguins qui, rendus encore 
plus fins et plus épurés , passent dans la substance même des nerfs. Boyer 1 tient cette 
opinion pour vraisemblable. Il est vrai que cette substance renferme une,, très - grande 
quantité de vaisseaux très-fins; mais Albin, et depuis, Sœmmerring, ont prouvé, par 
l’injection, qu’outre les vaisseaux il y existe encore une substance propre qui probable¬ 
ment est sécrétée par ces vaisseaux. . 

Les opinions sur la structure de la substance blanche sont aussi très-nombreuses. Quel¬ 
ques auteurs ont dit quelle étoit absolument dépourvue de vaisseaux, d’autres ont avancé 
quelle en étoit entièrement composée; les uns ont enseigné quelle étoit solide; d’au¬ 
tres ont prétendu que c’étoit une masse tubuleuse. Un grand nombre n’y ont trouvé, de 
même que dans la substance grise, que des globules. Leuwenhoek, Yieussens, Stenon 
ont dit quelle étoit fibreuse. Cette structure parut à la plupart des philosophes si propre 
à expliquer les opérations de l’entendement, qu’ils s’empressèrent de l’adopter à l’exem¬ 
ple de Bonnet et de Herder. Les auteurs qui, avec Sœmmerring, Cuvier, reconnoissent 
la structure fibreuse du cerveau dans plusieurs de ses parties, n’ont cependant pas en¬ 
core osé dire qu’elle est partout fibreuse. Plusieurs anatomistes et physiologistes modernes, 
tels que les frères Wenzel, ont avancé que des expériences réitérées et faites avec le 
plus grand soin, les ont convaincus jusqu’à l’évidence, que le cerveau n’est en général 
qu’une masse également pulpeuse partout, et quelle n’est nullement fibreuse. Walter, 




ipl. Tom. IV, p. ao. 



DO SYSTÈME NERVEUX. 167 

Ackermann, Bichat, etc., nient également la structure fibreuse du cerveau, et ne parlent 
de sa subtance blanche que comme d’une substance médullaire. 

La seule preuve que l’on oppose à la structure fibreuse du cerveau, c’est que lors¬ 
qu’on coupe sa masse, on n’y aperçoit aucune fibre ; elle n’a, dit-on, paru fibreuse à 
quelques anatomistes qui l’ont déchirée, que par une conséquence de la traction et du 
tiraillement opérés sur une masse un peu coriace ; et quand même les filamens se se- 
roient réellement montrés d’une autre manière, ce n’auroit été que par suite d’une pré¬ 
paration chimique, ou d’une altération survenue après la mort. 

Nous répondrons à ces assertions arbitraires par les argumens que nous avons pré¬ 
sentées en détail dans notre mémoire '. Il est impossible, par des coupes nettes et lisses, 
de découvrir la véritable structure d’une masse extrêmement fine et molle. Ôn n’y réussit 
même pas de cette manière dans les parties où elle est évidemment fibreuse ; par exem¬ 
ple dans les pyramides, dans la protubérance annulaire ou dans le pont, ckms les pédon¬ 
cules, dans la grande commissure, dans la région postérieure et antérieure des cavités 
des hémisphères. 


On pourroit reprocher à ceux qui attribuent à l’impression des vaisseaux sanguins 
l’apparence fibreuse de toutes ces parties, qu’ils ont mal comparé la direction des^vais- 
seaux sanguins à celle des filamens nerveux. En effet, quoique les filets nerveux soient 
accompagnés de vaisseaux sanguins très-minces, les gros vaisseaux qui produisent des 
sillons, ont souvent une direction entièrement différente. 

Dans l’hydropisie du cerveau les fibres se montrent très-distinctement. Si, en souf¬ 
flant de l’air ou en injectant de l’eau, on sépare, les unes des autres, les couches formées 
par les fibres, on aperçoit ces fibres dans tout leur épanouissement. On obtient le même 
résultat, lorsqu’on fait bouillir dans l’huile le cerveau entier ou quelqu’une de ses 
parties , ou qu’on les fait macérer dans de l’acide nitrique ou muriatique étendus d’eau 
ou d’esprit de vin. Si l’on racle la substance blanche dans là direction des fibres, on peut 
les suivre avec l’œil nu, jusque dans la substance grise des circonvolutions du cerveau; 
mais si l’on racle en travers ou obliquement, les fibres se dérangent de leur direction 
naturelle, et se rompent visiblement. Si les fibres sont le produit d’une coagulation qui 
auroit lieu après la mort, comment arrive-t-il que des agens aussi opposés que le sont 
l’eau dans l’hydropisie du cerveau, l’esprit de vin, le vinaigre, la liqueur de Monro, les 
acides minéraux, l’huile chaude et même la gelée, agissent tous d’une manière uniforme? 
Pourquoi la substance blanche se coagule-t-elle dans les circonvolutions en fibres qui s’y 
tiennent dans une position droite et perpendiculaire du fond au sommet ? pourquoi dans 
d’autres parties se coagule-t-elle en fibres horizontales, circulaires, disposées en éventail, 
ou entrecroisées ? pourquoi les fibres, dans toutes les circonstances, se forment - elles 


P. 1 i3. 


jgg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

toujours de la même manière dans la même partie ? Chaque portion de cette substance 
est-elle donc soumise à des lois d’affinités chimiques différentes ? Comme il sera difficile 
de réfuter les expériences citées, et de répondre aux questions que nous venons de faire, 
nous espérons qu’à l’avenir la structure entièrement fibreuse de la substance blanche du 
cerveau sera reconnue comme une chose demontree. 

Quoique dans le cerveau les filets soient réunis en couches molles et épaisses, nous 
aimons mieux les appeler fibres nerveuses que fibres médullaires; car l’expression de 
moëlle conduiroit toujours à une idée inexacte. Au reste on est convenu depuis long¬ 
temps que le degré plus ou moins grand de consistance n’est pas essentiel pour constituer 
un nerf. Les fibres du nerf olfactif ne sont pas plus fermes dans tout leur cours, que 
celles des différentes parties du cerveau. On peut en général admettre que les fibres de 
tous les nerfs sont, à leur naissance et ordinairement encore dans leur épanouissement 
périphérique, aussi molles que le cerveau; par exemples les origines de tous les nerfs 
de la colonne vertébrale , des nerfs des sens, du nerf tri-jumeau ou de la paire mixte. 
Cependant quel anatomiste consentiroit à appeler les mêmes fibres qui composent un nerf, 
tantôt fibres médullaires , tantôt fibres nerveuses ? Il n’y a donc pas de motif raisonnable 
qui puisse faire donner aux fibres du cerveau un nom différent de celui des fibres de 
tout le reste du système nerveux, d’autant plus que les unes et les autres naissent d’une 
manière semblable. 

La substance grise et la substance blanche varient par leur forme et par leur arran¬ 
gement dans le cerveau; tantôt elles sont pour ainsi dire mêlées l’une avec l’autre, tantôt 
elles sont séparées; ici elles forment des masses épaisses, là des couches, ou bien elles 
affectent des conformations particulières. 

Comme le cerveau est la partie la plus importante du système nerveux, comme il 
gouverne tous les autres systèmes, comme il est l’organe de l’ame et le lieu de réunion 
de tous les organes particuliers des facultés spéciales de lame, sa connoissance exacte 
doit être du plus grand intérêt pour l’anatomiste et pour le physiologiste. Mais malgré 
la grande quantité de cerveaux que l’on a coupés depuis des siècles, c’est dans cette con¬ 
noissance que l’on est le plus arriéré par les causes que nous avons rapportées dans 
notre introduction. Nous avons cité comme obstacles principaux la méthode défectueuse 
en usage et le manque de connoissances physiologiques. Cependant il est à craindre que 
les anatomistes ne croient encore long-temps avoir raison de suivre l’ancienne coutume 
ou au moins leur fantaisie. C’est pourquoi dans la description de chaque partie, nous 
indiquerons avec exactitude notre manière de procéder; nous allons préalablement 
présenter quelques observations sur les opinions de nos prédécesseurs, et sur les motifs 
qui nous ont déterminés à nous en écarter. 

Les différens systèmes nerveux, dit-on, et toutes les parties du cerveau ont été formées 
à la même époque et à la fois, par conséquent aucun système nerveux et aucune partie 




DU SYSTEME NERVEUX. ! 6y 

du cerveau ne peut plutôt que tout autre système ou toute autre partie être regardé 
comme le commencement et comme la fin ; il est donc indifférent que l’on commence 
et que l’on finisse l’examen et la description de toutes ces parties dans tel ou tel endroit; 
c’est un point qu’il faut laisser à la volonté de chacun, pourvu qu’on en retire l’avan¬ 
tage de connoître et de présenter exactement l’arrangement des différentes parties. Les 
expressions de naître, donner des racines, se prolonger, se terminer, aller à tel ou tel 
point, monter ou descendre, se diriger, s’épanouir, se ramifier, se replier, s’entortiller, 
entrer, sortir, etc., ne sont, continue-t-on, que des métaphores qui, seulement sous le 
rapport mécanique, et suivant que chacun considère l’objet d’un point de vue différent, 
ont une signification entièrement arbitraire. Dire, ce chemin mène de Vienne à Paris 
ou de Paris à Vienne, n’est-ce pas la même chose ? et ne doit-on pas vivement désirer , 
ajoute-t-on, que l’on ne considère tous les objets que dans leur existence actuelle, et que 
l’on s’abstienne de toutes les expressions métaphoriques qui font naître si aisément des 
idées erronées -? 

Peut-être n’y aura-t-il rien à opposer à ce raisonnement, aussi long-temps que dans 
les recherches sur les systèmes nerveux et sur le cerveau, l’on n’aura d’autre but que 
d’apprendre à connoître la forme de leurs parties, leur couleur, le degré de leur consis¬ 
tance et leur connexion. Cependant même en ne suivant que ce but, aucun anatomiste 
n’a réussi à renoncer à l’inclination naturelle qui dans toutes choses nous fait supposer 
un commencement, une durée et une fin. Ayant regardé le cerveau comme l’origine de 
tous les nerfs, c’est par le cerveau qu’on a commencé la description du système nerveux. 
D’autres auteurs ayant dérivé tout du centre ovale de Vieussens, et quelques autres de 
la membrane vasculaire (pie-mère), c’est par ces parties qu’ils ont commencé l’anatomie 
du cerveau. Or puisqu’il est si difficile de comprendre dans une seule pensée l’existence 
simultanée de tant de parties, et que nous nous voyons plutôt entraînés à nous les 
représenter se formant et se développant graduellement, ne seroit-il pas à souhaiter que 
nous pussions au moins former notre langage métaphorique d’une manière qui seroit 
fondée sur les lois connues de la nature ? Qui peut s’abstenir de chercher le commen¬ 
cement de la circulation du sang dans le cœur ? Qui peut trouver mauvais que l’on 
commence la description des organes de la nutrition et de- la digestion par ceux qui 
servent à prendre la nourriture, quand même il seroit démontré que le cœur et les 
vaisseaux sanguins, la bouche, l’estomac et le rectum ont été formés et développés en 
même temps ? Si les auteurs , en décrivant les systèmes nerveux et le cerveau, se per¬ 
mettent de choisir arbitrairement, sans motif suffisant, un ordre quelconque, on ne 
sera pas seulement restreint pendant long-temps aux simples considérations mécaniques 
dans l’anatomie de ces parties si importantes, mais aussi à chaque description nouvelle 
le lecteur aura moins de peine à étudier l’organisation du cerveau qu’à entrer dans la 
manière de voir de l’auteur. Quelle confusion en effet dans les ouvrages de Yicq-d’Azyr, 
de Cuvier, de Chaussier, de Portai, de Sabatier, d’Autenrieth, etc. ! Par conséquent les 
anatomistes purement mécaniques ne sauroient qu’y gagner si on pouvoit les déterminer 
par des motifs prépondérans à suivre un procédé uniforme et conforme à la nature des 
choses. 


43 


o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

Mais est-il donc bien certain que dans l’organisme vivant toutes les parties sont réel¬ 
lement formées en même temps, de sorte que l’on puisse parler tout au plus d’un déve¬ 
loppement et d’un accroissement, mais non pas d’une naissance, d une formation., 
d’un perfectionnement et d’un achèvement successifs ? 

Il est vrai que lorsque l’accroissement est arrivé au point où l’on peut faire des re¬ 
cherches avec le scalpel et avec les doigts, on trouve toutes les parties plus ou moins 
formées et développées ; mais qu’est-ce que cela prouve pour le mode de leur origine 
primitive ? Nous ne pouvons nous engager dans les hypothèses de la théorie des germes 
préformés , de leur développement ou évolution, ni de celle de la génération ou pro¬ 
duction toujours renouvelée. En admettant des lois d’après lesquelles une tendance orga¬ 
nisatrice ( nisus formativus ) est inhérente à tous les êtres, et d’après lesquelles toutes les 
parties tendent à former un tout, nous n’avons plus besoin de recourir aux germes 
généralement répandus, plus propres à alimenter l’imagination que la raison, et qu’on 
ne peut concilier avec les phénomènes qui nous entourent. On se complaît dans l’idée 
que l’organisme des plantes et des animaux n’est qu’une espèce de cristallisation d’un 
ordre plus élevé; or toutes les particules des vapeurs qui concourent à former un cristal 
de neige, sont-elles effectivement des cristaux de neige? Les cristaux des sels, des pierres, 
des métaux sont-ils entièrement formés tous à la fois, ou bien naissent-ils graduelle¬ 
ment? Le bouton, la fleur, la poussière séminale, la fructification*, le fruit, la semence 
des arbres sont-ils formés en même temps ? ou bien chacune de ces parties naît-elle d’une 
autre et l’une après l’autre ? Si le tilleul et le chêne poussent de toutes parts des branches ; 
si le lézard aquatique reproduit sa queue, ses pattes, et ses yeux; si le limaçon repro¬ 
duit sa tête, et l’écrevisse ses pinces, qui nous persuadera que dans ces cas les germes 
étoient enchaînés, et attendoient leur délivrance ? Comment se fait-il que, suivant le 
plus ou moins de nourriture que l’on donne à ces germes, on parvienne à les modifier, 
et à les faire pousser à volonté en feuilles, en branches, en fleurs et en fruits ? Comment 
les étamines se transforment-elles en pétales, les pistils et la capsule en tiges, et le calyce 
en feuilles ? Comment la larve de l’abeille ouvrière peut-elle, par la seule modification 
des circonstances environnantes, devenir une reine abeille ? la même substance, en ser¬ 
vant d’aliment à la plante, au poisson, à l’oiseau, au chien et à l’homme, se changer 
en parties constituantes de tous ces êtres et se transformer en semence par laquelle chacun 
propage son semblable ? les germes achevés de tous ces êtres et de toutes leurs parties 
constituantes sont-ils contenus dans cette substance alimentaire ? L’oeuf couvé a ses diffé¬ 
rentes périodes de formation. On doit supposer que la formation des vaisseaux est anté¬ 
rieure à toute autre formation. La tête et le tronc sont long-temps visibles dans le 
foetus, avant que les extrémités commencent à se développer; le canal intestinal acquiert 
peu à peu sa longueur et son développement *. Si la substance osseuse est engendrée 
et sécrétée si tard , si les dents ne poussent qu’à une époque si reculée, qu’est-ce qui 
empêche la génération et la naissance successive d’autres parties ? Dans un foetus h uma in 


■ Meckel, sur l’anatomie comparée. 


DD SYSTÈME NERVEUX. 171 

d’environ six mois les nerfs de la colonne vertébrale, des muscles de l’œil, le nerf 
tri-jumeau sont plutôt.formés que le nerf olfactif, et celui-ci l’est plutôt que le nerf 
auditif, le nerf optique , les pyramides et la protubérance annulaire, dans laquelle l’on 
découvre à peine des traces de filamens nerveux. Les pédoncules du cerveau sur la 
surface desquels les faisceaux de filamens sont si visibles par la suite, paroissent ne con¬ 
sister alors que dans un amas de substance grise; les couches optiques, les corps striés 
et les hémisphères ne contiennent encore aucun filament distinct; on les découvre plutôt 
dans les lobes postérieurs et moyens, que dans les antérieurs. 

L’état irrégulier ou malade de l’organisme nous donne aussi à chaque instant des 
exemples de nouvelles productions. Lorsqu’une particule de virus de la petite vérole, de 
la rougeole, de la scarlatine, de la rage, de la peste, du cancer, de la maladie véné¬ 
rienne , communique à chaque partie, et à des systèmes entiers les mêmes affections , 
celles-ci ne sont-elles pas autant de nouvelles productions ? que sont les pseudo-mem¬ 
branes dans les inflammations, et en général toutes les excroissances contre nature ? Ne 
voit-on pas aussi se produire de nouvelles dispositions à de nouvelles maladies qui, avec 
la semence, passent des pères aux enfans ? 

Ces observations peuvent suffire pour faire révoquer en doute l’opinion d’après laquelle 
dans l’organisme vivant tout est formé simultanément. Par conséquent quoique nous 
n’alléguions pas l’inégalité des époques de la croissance et du développement, qui ne sont 
dans le fond que des productions èt des transformations nouvelles, les anatomistes ne 
doivent pas moins abandonner les prétextes auxquels ils ont coutume d’avoir recours 
pour justifier leur méthode arbitraire. Les observations suivantes leur persuaderont quelle 
est la méthode qu’ils doivent préférer en se conformant aux lois de la raison et de 
l’organisme, s’ils désirent acquérir quelque chose de plus qu’une connoissance grossière, 
mécanique et confuse des parties du cerveau. 

Nous avons prouvé que la substance grise et les filets nerveux sont les parties qui 
constituent essentiellement tous les systèmes nerveux; nous avons démontré que par¬ 
tout les filets nerveux naissent de la substance grise ; que par conséquent elle est la subs¬ 
tance primitive et nutritive des nerfs; pourquoi auroit-elle dans le cerveau une desti¬ 
nation différente de celle quelle a dans les autres systèmes nerveux ? Or si l’on convient 
que la substance grise du cerveau engendre aussi les filets nerveux, on doit de même en 
dériver leur origine, leur commencement. Si l’on a raison de faire commencer les sys¬ 
tèmes particuliers de la poitrine et du bas-ventre de leurs ganglions, ceux de la colonne 
vertébrale de la couche de substance grise contenue dans l’intérieur de la masse nerveuse, 
et les nerfs des sens dans la masse grise et dans les ganglions d’où ils sortent, pourquoi 
ne veut-on pas placer le commencement des fibres du cerveau dans la masse grise où on 
les voit distinctement naître ? Ainsi partout où il y a de la substance grise, nous devons 
penser qu’il y a commencement de nerfs ; et quiconque commence ses recherches et ses 




a ANATOMIE ET PHTSIOEOGIE 

descriptions par des nerfs ou des faisceaux nerveux déjà formés, agit d une manière con¬ 
traire aux lois de la nature. 

« Nous avons en outre prouvé dans le plus grand détail, que les difTérens systèmes 
nerveux ne sont ni formés, ni perfectionnés à la fois ; que souvent ils sont très-peu con¬ 
sidérables dans leur origine, mais que dans leur cours ils acquièrent continuellement 
un nouvel accroissement par la substance grise et par les ganglions, et que de cette 
manière, ils parviennent à leur perfectionnement et enfin à leur achèvement. Qu’y a-t-il 
donc de plus conforme à la marche de la nature, et à la raison, que de commencer 
ses recherches par le même point où la nature commence son ouvrage; de les continuer 
en suivant les degrés de formation et de perfectionnement, et de les terminer là où 
l’organe se présente à nous dans son état d’entier achèvement ? Peut-on espérer que, 
par une marche contraire ou par le morcellement des parties, on arrivera à la connois- 
sance exacte des. appareils par lesquels la nature s’est proposé d’atteindre à un but com¬ 
mun ? A-t-on quelque exemple d’une partie qui diminue à mesure que l’appareil qui sert 
à la produire, devient plus complique? 

Voyons également la marche que suit la nature dans la formation des plantes. Com¬ 
ment cet arbre qui s’offre à' nous dans toute sa perfection, est-il parvenu à cet état de 
développement ? 

Le germe reçoit sa première nourriture des cotylédons, auxquels il est intimement 
uni. Lorsque, dans le cours ultérieur de sa croissance, une nouvelle pousse a lieu, elle ne 
peut être effectuée que par une addition préalable de substance mucilagineuse. C’est dans 
cette substance que prennent naissance les radicules et les rudimens de nouvelles bran¬ 
ches; il se forme des yeux ou des boutons, de nouveaux germes. Lorsque ces germes se 
développent, leurs fibres inférieures se dirigent en bas, et s’ifnissent intimement à la tige 
et aux racines ; les fibres supérieures se dirigent en haut et forment des feuilles et des 
branches. Chaque branche, chaque addition nouvelle que reçoit l’arbre, n’a lieu que par 
cet appareil. Voilà pourquoi le diamètre de toutes les branches de la couronne surpasse 
de beaucoup le diamètre de la tige. La couronne n’est pas simplement une division et 
une prolongation de la tige. Chaque branche est une addition nouvelle, un supplément 
nouveau, un appareil nouveau pour le perfectionnement de l’arbre, et toutes ces bran¬ 
ches sont, comme les systèmes nerveux et leurs parties, mises en communication et en 
action réciproque avec la tige et les racines. C’est ainsi qu’un nerf devient toujours plus 
gros , se ramifie toujours davantage, et enfin prend une extension beaucoup plus consi¬ 
dérable que sa première origine n’auroit pu effectuer. De même que les systèmes nerveux 
sont perfectionnés par de nouveaux ganglions, de même aussi de nouveaux amas de 
substance mucilagineuse précèdent les changement qui ont lieu dans les boutons. A pro¬ 
portion que cette substance s’accumule par le retardement de la circulation de la sève, 
les simples boutons à feuilles sont transformés en boutons à fruit, et enfin en bourses 
à fruit. 



DU SYSTÈME NERVEUX. i^3 

Cette marche uniforme dans le règne animal et dans le règne végétal n’indique-t-elle 
pas de la manière la plus évidente le point d’où il faut dériver le commencement du 
système nerveux, et par conséquent commencer les recherches sur ce système ? Ne 
pourroit-on pas soupçonner que ceux qui regardent cette comparaison tout au plus comme 
une chose accessoire, méconnoissent l’universalité des lois de la nature, et la force de 
arguinens appuyés sur cette universalité ? 

Quiconque veut porter quelque chose de plus qu’un esprit purement mécanique dans 
les recherches qui ont pour objet le système nerveux, et principalement le cerveau, doit 
d’abord chercher à en connoître les lois organiques; et celui qui convient que le cer¬ 
veau est l’organe de l’ame, qu’il donne la mesure et le terme de toutes les facultés 
morales et intellectuelles, doit y chercher la raison suffisante de la différence qui existe 
entre les facultés de l’homme et celles des animaux : or nous avons vu que dans les 
systèmes du nerf sympathique, de la colonne vertébrale et des sens, on ne remarque 
pas de différence essentielle qui puisse expliquer la diversité des facultés des diverses 
classes d’animaux et la distance de l’animal à l’homme; souvent même plusieurs de 
ces systèmes sont plus parfaits dans l’animal que dans l’homme. C’est dans le cerveau 
seul que nous observons cette différence essentielle. Nous trouvons à la vérité dans les 
animaux, et surtout dans les mammifères, presque toutes les parties fondamentales du 
cerveau plus ou moins ébauchées. Cependant ces mêmes parties sont tantôt plus simples, 
tantôt plus composées, et la diversité de leur configuration annonce que dans les diffé¬ 
rentes classes elles résultent de parties intégrantes différentes. 

Mais il est impossible de connoître ces différences et leurs diverses significations, si 
l’on ne suit point la marche de la nature pas à pas et avec un esprit philosophique ; 
si l’on ne remarque pas que les organes matériels dans le cerveau des différentes espèces 
d’animaux surviennent dans le même ordre graduel que leurs différentes facultés se 
manifestent. Par conséquent, quoique l’on trouve dcfhs le cerveau des mammifères un 
cervelet, un pont, les tubercules quadri-jumeaux, les hémisphères, les cavités, et en 
général toutes les parties principales dont les anatomistes ont coutume de parler, il 
n’est cependant nullement démontré encore, que l’on y ait trouvé toutes les parties spé¬ 
cifiques du cerveau de l’homme. D’après cela peut-on croire avec Willis 1 que le cerveau 
d’un imbécile qui égaloit à peine le tiers de la grosseur d’un cerveau ordinaire, contînt 
toutes les parties que renferme le cerveau d’un homme doué de sa raison ? Cuvier 3 et 
plusieurs autres auteurs sont tombés dans la même erreur en disant que le cerveau des 
mammifères contenoit en général les mêmes parties que le cerveau de l’homme, et qu’elles 
y conservoient à peu près le même arrangement. D’après une semblable manière de voir, 
il n’est pas surprenant que les anatomistes, quoique persuadés que le cerveau est l’organe 
de l’ame, ne puissent ni concevoir ni supporter l’idée d’une physiologie du cerveau, 
et d’organes spéciaux et distincts pour chaque faculté spéciale et fondamentale de 


' Anatomie du cerveau. Amsterd. 1667. in-12. p. 3o. 
* L. c. p. r4 7 . 


/ 44 


/ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

H résulte évidemment de toutes ces considérations, que toute méthode qui s’oppose 
à la découverte des parties qui perfectionnent graduellement le cerveau, qui morcelle 
les organes avant leur achèvement ou qui commence par tronquer les organes parfaits 
en les tranchant et les coupant de haut en bas, etc., est contraire à la nature, et au 
but de l’organisation cérébrale. Ainsi que peut-on dire aux professeurs actuels d’ana¬ 
tomie qui, malgré nos principes incontestables, continuent à protéger cette misérable 
méthode de Vesale ? Que doit-on dire de ceux qui, tout en reconnoissant publiquement 
les désavantages de cette méthode, ne laissent pas de la conserver ? Peut-être veut-on 
imiter fidèlement ses prédécesseurs, et n’adopter, commè eux, des améliorations recon¬ 
nues , qu’après une période de cinquante ans ? 

En suivant notre méthode, et en commençant l’examen de chaque partie par sa pre¬ 
mière origine, il n’est pas difficile, en raclant, de suivre leurs cours et leur direction, 
de reconnoître les renforcemens successifs, les additions de nouvelles parties et leur con¬ 
nexion naturelle, et enfin d’arriver aux lois de l’organisation du cerveau. Yieussens est 
redevable de la plupart des découvertes qu’il a faites dans le cerveau, au soin qu’il a 
eu de racler les fibres dans leur direction. 

De tout ce que nous avons publié sur notre méthode et nos principes, on n’a rien 
saisi, sinon que nous commençons la dissection du cerveau par en bas, tandis que 
depuis Yesale on avoit dans toutes les écoles l’habitude de commencer cette opération 
par en haut. Mais déjà Varole, Yieussens, Monro, Vicq - d’Azyr et quelques autres 
anatomistes ayant fait leurs coupes par en bas ou par la base, et nos adversaires ne 
connoissant guères mieux les principes de ces anatomistes que les nôtres, ils préten- 
doient que notre méthode n’étoit que celle de Varole et de Vieussens r . Peu importe 
à la science quel est celui qui a le premier introduit une meilleure manière de voir. 
Cependant notre réponse au rapport des commissaires de l’Institut, contient un détail 
très-étendu sur les diverses méthode's de dissection du cerveau, et nous y avons prouvé, 
par l’histoire de l’anatomie et par les passages des auteurs que nous y avons cités, 
combien avant nous l’on étoit éloigné de nos principes et de notre méthode. Au reste 
il n’est que trop connu qu’avant nous on a presque généralement négligé, soit par 
ignorance, soit par timidité, de faire l’application des vues physiologiques et philoso¬ 
phiques à l’anatomie du cerveau. 

Lorsque nous nous occuperons d’examiner, jusqu’à quel point le crâne est l’expres¬ 
sion de la forme du cerveau, on séntira combien il est important pour le physiolo¬ 
giste de connoître avec exactitude la position de chaque partie cérébrale ; et comme 
nos dessins anatomiques doivent être consultés également pour la physiologie, nous y 
a*™, autant que cela a été possible, représenté le cerveau dans sa position naturelle 
\ cr ^ ne ' ® on homme a déjà fait voir dans le crâne le cerveau coupé perpendicu- 

’ Voy. nok^moire, p . 3 2 . : 


DU SYSTÈME NERVEUX. iy5 

lairement suivant la ligne médiane, et couvert de la dure-mère. On trouve aussi 
dans Tarin 1 la même coupe montrée de ' la même manière, et une autre où la dure- 
mère est enlevée. La position est en général bien gardée ; mais les dessins sont mauvais, 
et il n’est pas possible de reconnoître chaque partie séparément. 

Vicq-d’Azyr reconnut en quelque sorte l’importance de cette manière de représenter 
le cerveau ; mais il n’a pas, dans l’exécution, surmonté toutes les difficultés. D’après sa 
planche XXXIV, on se feroit une idée très-inexacte de la position lies parties. Il est 
vraisemblable qu’après avoir retiré du crâne le cerveau avec la dure-mère, il l’a placé 
sur la partie inférieure du même crâne ou d’un autre, mais, dans cette opération, il 
n’a pas remis avec assez d’attention chaque partie dans sa position convenable. Nous sai¬ 
sirons plus tard l’occasion de justifier nos soupçons, afin que les anatomistes et les phy¬ 
siologistes ne soient pas tentés de faire usage des planches de Vicq-d’Azyr, en étudiant 
nos principes physiologiques sur la position de chaque partie du cerveau. 

■ Advers. anat. Paris, 1750. Tab. XIV et II. 




7 6 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 


SECTION VIII. 

De l’anatomie du cervelet en particulier. 

On divise la masse du cerveau en deux parties principales; l’une supérieure et anté¬ 
rieure, composée elle-même de deux hémisphères; l’autre inférieure, et postérieure 
contiguë au grand renflement de la masse nerveuse d’où nous avons dérivé la plupart 
des nerfs dits cérébraux. Cette partie dans les animaux plus parfaits, étant en général 
plus petite que les deux hémisphères supérieurs, on lui a donné le nom de cervelet, 
les deux hémisphères supérieurs, pris ensemble, ont été appelés cerveau. 

Depuis que l’on s’est formé des idées assez justes sur la noblesse des fonctions du 
cerveau, quelques anatomistes se sont particulièrement occupés de l’examen du cervelet. 
Malacarne, et plus récemment Chaussier, ont principalement fixé leur attention sur 
sa structure mécanique, et ont décrit ses différentes parties avec une scrupuleuse exac¬ 
titude. Mais cette description doit être vague, incohérente, et même inutile; cardia¬ 
que partie isolée, d’après l’aveu de Malacarne lui-même, est soumise à des modifications 
nombreuses ; au surplus ces anatomistes n’ont porté dans leur travail aucune vue élevée ; 
ils n’ont pas cherché les lois de l’organisme vivant, ni distingué convenablement ce qui 
est essentiel de ce qui n’est qu’accidentel et individuel. 

Meckel, le fils, a des vues bien plus étendues en suivant l’accroissement successif du 
cervelet et de ses parties dans les fœtus des différentes espèces d’animaux. Il n’est point 
à cet égard de notion précise qui ne fournisse des matériaux précieux pour compléter 
l’histoire du développement du système nerveux. 

Reil joint à cette manière de voir un travail physiologique du plus grand intérêt. 
Il suit pas à pas la nature dans la marche qu’elle a tenue pour rendre graduellement 
le cervelet plus compliqué. Ces recherches doivent indubitablement procurer des éclair- 
cissemens très-importans sur l’organisation et les fonctions du cervelet. Avec quelle 
promptitude le système nerveux, cette partie si noble de l’anatomie et de la physiologie 
dont la connoissance a pendant trop long-temps fait si peu de progrès, ne seroit-il 
pas rendu à sa dignité, si chez toutes les nations des hommes comme Reil, animés de 
l’amour de la vérité, et doués d’un esprit observateur et profond, suivoient son exemple ! 
Nous nous enorgueillissons de ce que les découvertes qu’a faites dans le cervelet cet 
habile naturaliste en suivant une toute autre marche que nous, s’accordent entièrement 
avec les nôtres. 


Le cervelet suivant immédiatement les systèmes de l’épine du dos et des 





DU SYSTÈME NERVEUX. j yy 

étant par conséquent la première et la plus essentielle des parties intégrantes de la masse 
cérébrale, c’est par lui que nous commencerons la description du cerveau. Nous nous 
en tiendrons également à un coup-d’œil général, sans nous engager dans la description 
minutieuse de chaque partie. Si l’on veut lire quelque chose de plus détaillé sur les bran¬ 
ches , les ramifications et les feuillets du cervelet, on pourra consulter les ouvrages de 
Malacarne et de Chaussier. Nous bornerons notre travail sur cet objet, de même que 
sur les autres systèmes nerveux dont nous avons déjà traité, à trouver ce qui est essen¬ 
tiel , général et immuable, et à démontrer dans le cervelet l’existence des mêmes lois 
universelles qui se trouvent dans les systèmes nerveux inférieurs. 

De même que la plupart des nerfs des sens, le nerf facial, le nerf du muscle supé¬ 
rieur oblique de l’œil, le mixte, ont leur première origine visible dans la substance 
grise placée dans l’intérieur du grand renflement au-dessus des nerfs cervicaux , de 
même c’est de cette substance grise que naissent aussi les premières racines visibles du 
cervelet. Ces racines forment en dehors , des deux côtés du renflement, un faisceau 
fibreux plus ou moins fort, mais très-gros chez l’homme. Les anatomistes l’ont jusqu a 
présent connu sous le nom de corps restiforme, corpus restiforme, crus cercbelli ad 
medullam oblongatam, suivant qu’ils l’ont comparé simplement à un cordon, ou consi¬ 
déré comme une continuation de la substance blanche du cervelet. Ce faisceau grossit 
continuellement en montant. Près du cervelet, le nerf auditif et sa substance grise, ce , 
qu’on appelle le ruban gris, ou,selon nous, son ganglion, sont couchés sur ce faisceau. 
Si l’on enlève le nerf auditif et le ganglion, en raclant avec précaution ou en se servant 
du manche du scalpel, et si l’on suit la direction des fibres, on voit distinctement le 
faisceau entier de chaque côté entrer dans l’intérieur de chaque hémisphère du cervelet. 
A peine y est-il pénétré de quelques lignes, qu’il rencontre un amas de substance grise, 
avec laquelle il forme un tissu assez ferme, de sorte qu’il est impossible d’y poursuivre 
la direction des filamens nerveux. Ce tissu offrant un corps dentelé et irrégulier, les 
anatomistes l’ont appelé le corps dentelé, le corps ciliaire , le corps frangé, le zigzag, 
corpus dentatum, corpus ciliare, corpus rhomboïdeum. D’autres anatomistes ayant re¬ 
gardé cette partie comme la réunion de toute la substance blanche du cervelet, lui ont 
donné le nom de noyau du cervelet. ■ Ces dénominations prouvent qu’avant nous on 
n’avoit sur ce corps aucune autre idée que celle de sa forme. 

Cependant la substance grise qu’il contient est, de même que toute celle des autres 
systèmes nerveux, un appareil préparatoire destiné à renforcer les filamens nerveux qui 
y entrent, par de nouveaux filets qui s’y engendrent. C’est par conséquent un point de 
naissance et de renforcement d’une grande partie de la masse nerveuse du cervelet, et 
son véritable ganglion. En effet plusieurs nouveaux faisceaux nerveux y prennent nais¬ 
sance , et continuant leurs cours, se ramifient en branches, en couches et en sous- 
divisions multipliées. Dans chaque point d’où sort une de ces branches principales, on 
voit une masse plus abondante de substance grise former une éminence. Il résulte ainsi 
un nombre de franges, de dents ou de proéminences de cette substance, égal à celui 
des branches principales nerveuses. 


45 




t y8 anatomie et physiologie 

Ce corps étant l’origine principale du cervelët, sa grosseur doit etre en raison directe 
de celle de cette partie. La plupart des mammifères, tels que le cheval, le bœuf, l e 
cochon , le chien, ayant le cervelet beaucoup plus petit que l’homme, ont aussi ce gan¬ 
glion plus petit et moins visible. C’est pourquoi les anatomistes qui s’en sont tenus à 
l’étude mécanique de sa forme, ont cru que les animaux en étoient totalement 
dépourvus. 

De même le faisceau qui monte à côté du grand renflement, est, pour ses dimensions, 
en raison directe avec ce ganglion dans lèquel il entre. Voilà pourquoi ce faisceau est 
beaucoup plus petit chez les animaux que chez l’homme, quoique chez les premiers 
d’autres faisceaux, par exemple la paire mixte, soient plus gros. 

Sur le bord extérieur des franges de ce ganglion , on peut suivre les filets nerveux en 
raclant, et les rendre visibles par les procédés décrits plus haut. 

Un des principaux faisceaux qui sortent de ce ganglion , se porte vers la ligne 
médiane, et contribue, avec son faisceau congénère du côté opposé, à former la partie 
médiane du cervelet ( le processus vermiformis ). Ce faisceau se partage ordinairement 
en sept branches principales ( PI. VI, XI, XVII ), qui sont très - distinctement repré¬ 
sentées par une coupe perpendiculaire effectuée dans le milieu de cette partie. La struc¬ 
ture essentielle est toujours la même. Mais si l’on compare les trois planches que nous 
venons de citer, on verra que les branches principales se divisent en rameaux ou feuillets 
qui diffèrent en nombre et en longueur, et que ces parties sont tantôt plus, tantôt 
moins développées. 

Les filets nerveux de toutes ces divisions et sous-divisions sont recouverts de substance 
grise à leur extrémité périphérique. Comme la surface extérieure représente des sillons 
et des anneaux semi-circulaires, les anatomistes ont comparé cette partie à un ver, et 
l’ont appelée éminence vermiculaire ( processus vermiformis). Il est encore évident qu’en 
considérant les choses sous un point de vue plus étendu, l’on ne peut conserver cette 
dénomination. 

Cette partie est la partie primitive ou fondamentale du cervelet. Tous les animaux, 
quel que soit d’ailleurs leur cerveau, en sont pourvus; quoiqu’elle soit tantôt plus grosse, 
tantôt plus simple ou plus composée. « En comparant ensemble, dit Cuvier 1 , tous les 
systèmes nerveux, on trouve qu’ils n’ont qu’une seule partie commune : c’est un tuber¬ 
cule impair située à l’extrémité antérieure du système, et produisant constamment deux 
faisceaux latéraux et transverses, ou deux jambes qui l’unissent au reste du système. 
Cette partie paroît toujours correspondre à celle qu’on nomme cervelet dans l’homme ». 


• L. c. P . 


DU SYSTÈME NERVEUX. j rjg 

C’est cette partie qui, dans les animaux d’un ordre inférieur, et même dans les 
oiseaux, compose presqu’entièrement le cervelet. Chez les poissons et les amphibies, elle 
forme presque toujours une poche lisse, tantôt arrondie, tantôt terminée en pointe, ou 
conique, ou bien renversée sur elle-même. Cuvier observe que la surface de cette poche 
est sillonnée chez les raies et les squales, et que l’on ne trouve dans son intérieur que 
quelques lignes blanchâtres et peu marquées, et que l’on n’y voit aucune des divisions 
qui, dans sa coupe perpendiculaire, présentent l’arbre de vie. 

Chez les oiseaux les anneaux obliques sont très-visibles, et par le moyen de la coupe 
perpendiculaire on aperçoit déjà chez eux une espèce d 'arbre de vie. Cette conformation 
du cervelet se retrouve chez tous les animaux dont l’organisation est plus parfaite. 

Chez les mammifères la nature a ajouté à cette partie primitive et fondamentale de 
nouvelles parties collatérales, de sorte quelle devient la partie médiane ; c’est pourquoi 
Reil 1 lui a donné le nom de pièce médiane. Mais cette dénomination rappelant toujours 
l’idée de parties latérales, qui cependant n’existe pas dans le cervelet des poissons, des 
amphibies et des oiseaux, on devroit peut-être préférer celle de partie fondamentale , 
partie primitive du cervelet, dénomination qui pourroit être employée dans tous les 
cas. 

Les parties latérales sont composées de masses différentes dans les diverses classes 
d’animaux mammifères ; c’est par le moyen des travaux de Reil, Meckel, et de nos 
recherches physiologiques, qu’on pourra un jour décider si elles sont en rapport avec la 
perfection de l’organisme en général, ou avec la fonction spéciale du cervelet, ou avec 
ces deux choses à la fois. 

Il est au reste bien certain que la nature, dans la formation du cervelet, suit cons¬ 
tamment le même type. C’est pourquoi, dans le cervelet de l’homme si compliqué et si 
parfait, on retrouve toujours l’idée première, et la forme élémentaire de sa composi¬ 
tion , ainsi que Reil 2 l’observe également. 

Les autres faisceaux qui sortent du ganglion, se dirigent en arrière, en haut, en bas, 
et en dehors, s’épanouissant en couches très-minces disposées horizontalement ; celles 
du milieu sont les plus longues, et les autres d’autant plus courtes qu’elles se rapprochent 
plus de l’endroit où le faisceau originaire entre dans le ganglion. Les extrémités péri¬ 
phériques de toutes les couches fibreuses sont, de même que dans la partie fondamen¬ 
tale , recouvertes de substance grise. Comme les couches filamenteuses sont d’abord réu¬ 
nies en troncs assez gros, et s’épanouissent ensuite en couches larges et en feuillets, il 
s’ensuit que dans la coupe verticale, on doit rencontrer la même figure que l’on observe 


‘ Archiv für Phys. B. 8, St. i, S. 26. 
• L. c. p. 33. 



1 g Q ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

dans la même coupe de la partie fondamentale du cervelet; cette figure ayant beau¬ 
coup de ressemblance avec le feuillage du thuya ou arbre de vie, lui en a fait donner 
le nom. PL Y. A. 

Si l’on fait passer la coupe verticale par le milieu du ganglion, l’on y trouve ordi¬ 
nairement onze branches principales. Mais plus la coupe se rapproche de l’intérieur, 
ou plus elle s’en éloigne, plus le nombre de divisions que l’on aperçoit augmente ou 
diminue. Souvent deux branches sont intimement unies à la base, ou près de la sortie 
du ganglion; elles y forment dans un petit intervalle une tige commune qui d’autres 
fois est, dès le commencement, partagée en deux. Il règne encore une plus grande va¬ 
riété dans les divisions et sous-divisions ultérieures. 

La coupe transversale de ces branches, rameaux et feuillets, n’offre qu’une surface 
horizontale blanche, une couche de fibres blanches, PL VIII. B. 65 , comme Lieutaud 
l’a déjà établi avec beaucoup de précision. « On conçoit assez, dit-il 1 , qu’on ne décou¬ 
vrira pas de grandes lames lorsque l’on coupera le cervelet transversalement, et qu’une 
section verticale présentera au contraire des espèces de ramifications tenant en une tige ; 
on leur donne le nom $ arbre de vie ». 

Mais les anatomistes se trompent quand ils croient que les couches fibreuses ont 
toutes une position parallèle, et forment sur la face extérieure des sillons parallèles. 
Les branches et les rameaux forment plutôt, chacun en particulier, des groupes séparés 
de feuilles et de sillons ; ceux-ci, à la vérité, sont parallèles entre eux, mais leur 
direction relativement aux autres groupes est oblique. Sœmmerring a déjà fixé l’atten¬ 
tion sur ces inexactitudes qui se rencontrent dans la plupart des dessins anatomiques. 

De même les anatomistes sont dans l’erreur, lorsqu’ils croient avec Sabatier 1 , que 
« la partie externe du cervelet présente un grand nombre de sillons qui pénètrent fort 
profondément dans son épaisseur ». Ce sont les seuls sillons existant entre les divisions 
principales qui pénètrent fort profondément dans l’épaisseur du cervelet ; mais il n’en 
est pas de même des sillons qui se trouvent entre les rameaux et les feuilles. 

L’idée que les anatomistes ont eue jusqu’à présent de la structure intérieure du 
cervelet, est entièrement opposée à notre description. Ils croyoient. que la substance mé¬ 
dullaire du cervelet se ramassoit dans le corps dentelé ou dans le ganglion, et contri- 
buoit à former par en bas ce qu’ils appellent la moelle allongée. De là viennent les noms 
de prolongement du cervelet, portion descendante des bras du cervelet; processus cere- 
belh ad medullam oblongatam ( Haller ); ad medullam spinalem (Vieussens ), etc., que 
l’on a donnés aux faisceaux primitifs du cervelet. Ceux qui n’ont pas oublié les lois des 

' Essais anatomiques. Paris, 1743, p. 398. . ' 

* Traité complet d’anatomie. Tom.II, p. 40. 



NERVEUX. 


autres systèmes nerveux et qui se rappellent surtout que les filets nerveux deviennent 
coniques à mesure qu’ils prolongent leurs cours et qii’ils sont augmentés et renforcés 
par de nouveaux ganglions, reconnoîtront facilement combien les idées ordinaires sont 
en contradiction avec la marche générale et régulière de la nature. 

Lieutaud voyant que les deux faisceaux ( les corps restiformes ) s’aplatissent en lames 
transversales, qui se divisent en un grand nombre de feuillets et se distribuent dans le 
même sens à toute la masse du cervelet, donne aux deux jambes qui lient le cervelet 
avec la prétendue moelle allongée, le nom de racines du cervelet. Mais il avoit proba¬ 
blement voulu par cette dénomination indiquer plutôt une ressemblance qu’exprimer 
une idée conforme à la nature des choses. Car il dit dans la même page 1 : « On peut 
dire que c’est la réunion de toutes les fibres qui composent la substance médullaire du 
cerveau et du cervelet, qui se confondent pour former la moelle de l’épine dont la 
moelle allongée est le principe ?, 

Pour pouvoir embrasser d’un coup-d’œil le cours entier du faisceau nerveux du cer¬ 
velet, la manière dont il est renforcé dans le ganglion, et ses divisions en rameaux et 
en feuilles, il faut placer la pointe du scalpel sur le faisceau primitif, à peu près dans 
le voisinage du nerf auditif, et faire une coupe verticale exactement dans la même direc¬ 
tion que suit ce faisceau, en pénétrant dans un des hémisphères du cervelet. De cette 
manière, la coupe ne passe pas précisément par le milieu d’un hémisphère, mais se rap¬ 
proche beaucoup de la ligne médiane, de sorte qu’il en reste à peu près les deux tiers 
en dehors. PI. Y. P. 92. Cette coupe partage le ganglion en deux parties égales. Si on 
fait la coupe plus vers le dehors , on ne rencontre le ganglion qu’en partie, ou même 
on le manque entièrement. 

Dans plusieurs figures des planches XXVIII, XXIX, XXX et XXXI, de son ou¬ 
vrage , Vicq-d’Azyr a cherché à représenter la face postérieure de la moelle allongée, le 
quatrième ventricule du cerveau, les stries médullaires blanches dans ce ventricule, la 
valvule de Vieussens, et principalement le cervelet, ainsi que la connexion avec les 
parties voisines. Mais ces figures ne peuvent satisfaire le connoisseur : non-seulement 
elles sont en général inexactes et roides, mais encore imparfaites dans bien des détails , 
et certaines parties n’y sont nullement indiquées. La connexion du cervelet avec les 
parties voisines et la ramification de ses filamens nerveux, sont surtout représentées d’une 
manière défectueuse et inexacte. Nous allons indiquer quelques défauts des figures les 
moins mauvaises. 

Il est impossible de se faire, par la figure II, 18, 1 g de la planche XXVIII, une 
idée de la valvule de Vieussens, des cuisses du cerveau qui y sont contiguës, et du qua¬ 
trième ventricule. La paire postérieure des tubercules quadri-jumeaux, 16, est trop 
grosse, relativement à la paire antérieure i5. La connexion de cette paire, 15, avec le 


-L.c. P . 398. 


46 


102 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

corpus geniculatum externum , 12, i3, et la connexion de la paire postérieure, 16, 
avec le corpus geniculatum internum , 14> ne sont nullement visibles. Nous ne parlerons 
pas de la glande pinéale qui a été à dessein mise hors de sa position naturelle. Mais 
personne ne pourra reconnoître le prolongement de la voûte entre les couches optiques 
et au-dessous de la réunion des tubercules quadri-jumeaux. 

On peut comparer avec ces figures notre planche XV, où les mêmes objets sont 
représentés. 

Dans la figure III, de la planche XXIX, la paire postérieure des tubercules quadri¬ 
jumeaux, 3, est plus grande que l’antérieure, 1; les stries blanches,^, 8,9, 10; la 
plume à écrire, 12; tout le quatrième ventricule, et la face postérieure de la moelle 
allongée, 29, 3o, sont très-inexactes. Dans lia moelle allongée on n’a pas même"indiqué 
la fissure médiane; la ramification des filets nerveux du cervelet n’y est pas mieux que 
dans les autres figures. 

Comparez à cela notre planche VI. 

Dans les figures des planches XXX et XXXI on ne recônnoît nullement la face pos¬ 
térieure de la moelle allongée, ni la structure du cervelet. On n’aperçoit nulle part la 
fissure médiane de la moelle allongée, et encore moins les faisceaux particuliers. Il y 
a un défaut capital dans la figure HT, 20, de la planche XXXI, où le ganglion du 
cervelet est dessiné beaucoup trop en dehors, trop près du bord antérieur, et trop loin 
de la moelle allongée. 

Des filamens nerveux rentrons ou convergeas , ou de la réunion ( commissure ) du cervelet 

Nous avons vu jusqu’à présent que les filets nerveux du cervelet, avant d’entrer dans 
le ganglion et après en être sortis, s’écartent toujours davantage les uns des autres, et 
s’épanouissent graduellement en couches et en feuilles; que par conséquent ils occupent 
une .circonférence toujours plus grande. Mais il y a encore un autre ordre de fibres 
nerveuses qui n’ont pas de connexion immédiate avec le faisceau primitif, ni avec le 
ganglion ou l’appareil de renforcement. Ces filets sortent de la substance grise de la 
surface, se portent dans diverses directions, entre les filets divergens, vers le bord 
externe antérieur, et forment ainsi une couche fibreuse, large et épaisse. Considérés 
dans la station droite de l’homme, les filamens transversaux postérieurs et médians 
passent transversalement par des faisceaux longitudinaux, placés dans l’intérieur de ce 
gros renflement ; les filamens antérieurs se placent en avant de ces faisceaux longitudi¬ 
naux, comme une couche fibreuse, et tous se réunissent dans la ligne médiane avec les 
faisceaux congénères qui sortent de la même manière de l’autre hémisphère du cervelet. 
Par conséquent cet arrangement unit les deux hémisphères du cervelet ; c’est pourquoi 
nous appelons l’ensemble de ces faisceaux transversaux , la commissure ou la réunion 


DU SYSTÈME NERVEUX. l83 

du cervelet. Varole l’a désignée sous le nom impropre et mécanique d epont ; parce que 
lorsque le cerveau retiré du crâne est placé sur sa face supérieure, l’ensemble de • ces 
fibres présente la figure d’un arc ( PL IV, b , b ), qui passe d’un hémisphère à l’autre. 
D’autres auteurs l’ont appelée la protubérance annulaire, quoiqu’elle ne forme qu’un anneau 
semi-circulaire; et comme on croyoit qu’il s’opéroit en cet endroit une mixtion intime 
de la substance médullaire du cervelet et du cerveau, on donnoit à tout cet appareil le 
nom de nœud cérébral ( nodus cerebri ). M. Chaussier, en le considérant comme un 
point d’union,‘oü un centre formé par le concours des différentes parties de l’organe 
encéphalique, l’a appelé mésocéphale. 

La grandeur de cette commissure est en raison directe de celle des deux hémisphères 
du cervelet; ainsi que le faisceau primitif, le ganglion et le cervelet sont dans les mêmes 
rapports entre eux. Le cervelet de la plupart des mammifères étant beaucoup plus petit 
que celui de l’homme, les filets de la commissure ne sont pas aussi nombreux, et par 
conséquent cette commissure ou cette couche transversale doit être plus petite. Il en 
résulte que chez tous ces mammifères, par exemple chez le cheval, chez le bœuf, chez 
lé chien , dans toute la famille des chats, etc., la moitié inférieure de la grande com¬ 
missure du cervelet manque entièrement; or cette moitié inférieure couvrant chez 
l’homme le nerf abducteur, le nerf du muscle supérieur oblique de l’œil, le mixte et 
le facial, ces paires de nerfs doivent nécessairement être à nu dans ces espèces de mam¬ 
mifères, et ne pas sortir, comme chez l’homme, du milieu des faisceaux transversaux de 
cette grande réunion, mais immédiatement derrière elle. C’est par la même raison qu’on 
observe chez ces animaux une bande transversale qui s’étend d’un nerf auditif à l’autre, 
et qui chez l’homme est recouverte par les filets transversaux du cervelet. 

On voit clairement à présent pourquoi les anatomistes n’ont pas trouvé le pont chez 
les poissons, les amphibies et les oiseaux; car ces animaux n’ayant point les parties laté¬ 
rales du cervelet, les fibres nerveuses convergentes qui forment la commissure, man¬ 
quent nécessairement chez eux. 

Il existe au contraire chez tous les animaux une commissure' de la partie primitive, 
indépendamment dé la commissure des parties latérales. Cette première commissure est 
formée par les couches fibreuses molles et minces de la partie supérieure et inférieure 
de cette partie primitive ou fondamentale. Les faisceaux fibreux qui réunissent la partie 
supérieure des pyramides postérieures avec la partie inférieure de la partie fondamen¬ 
tale, et la partie supérieure de cette dernière avec la masse nerveuse voisine des tuber¬ 
cules quadri-jumeaux, n’ayant pas été considérés jusqu’à présent comme entièrement 
distincts et séparés des fibres de réunion ; et toutes ces fibres passant au-dessus de la 
partie supérieure et inférieure de la quatrième cavité, on a très-improprement donné à 
ces épanouissemens fibreux le nom de valvules supérieure et inférieure, ou bien de 
processus cerebelli ad medullam oblongatam , et de processus cerebelli ad testes. Reil les 
appelle voiles médullaires, et il se demande à quoi ils peuvent servir ? « Tous deux , 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

dit-il 1 » sont adhérens aux mêmes parties, ont une structure pareille, et doivent par 
conséquent avoir la même destination. Ce ne sont point des valvules, car il ny a dans 
cet endroit rien à fermer, et leur substance pulpeuse les rend très-peu propres à rem¬ 
plir l’emploi de valvules. Ce qui est certain, c’est que le voile médullaire postérieur est 
proportionné au développemennt de la face postérieure et inferieure du cervelet. En effet 
dans le cerveau des oiseaux la place de ce voile est à peine marquée par une ligne en 
forme de bourrelet très-mince; dans le cerveau des moutons et des bœufs, cette ligne 
forme déjà une saillie membraneuse, et enfin dans le cerveau du cheval, la partie du 
milieu , adhérente au tubercule ( du processus vermiformis ) , est surtout parfaitement 

développée. Ces deux voiles sont-ils les commissures des quatre bras du cervelet avec 

le cerveau et la moelle épinière ? Ces bras sont tous situés dans la quatrième cavité 
du cerveau, et composent une grande partie de sa surface intérieure ; on y voit les 
deux bras antérieurs unis par le voile antérieur, les bras postérieurs le sont par le voile 
postérieur, et en outre les deux voiles médullaires sont unis entre eux dans la pointe de 
la tente ( l’intérieur de la quatrième cavité du cerveau ) ”. 

Ce passage prouve évidemment que Reil, cet observateur profond, attribue deux des¬ 
tinations différentes à ses voiles médullaires. Aussi distinguons-nous toujours avec le 
plus grand soin ce qui compose proprement les réunions ou les commissures d’un côté 
avec les parties congénères du côté opposé, comme ici les fibres transversales, de ce qui 
unit les parties du même côté, par exemple les filamens nerveux qui se prolongent de 
la partie supérieure des pyramides postérieures au cervelet, et ceux qui du cervelet vont 
gagner les tubercules quadri-jumeaux. 

L’espace situé entre les faisceaux ascendans, les pyramides postérieures, la connexion 
de ces faisceaux avec la partie fondamentale du cervelet, et entre la partie fondamentale 
et ses filets communiquans avec les tubercules quadri-jumeaux, a reçu le nom de qua¬ 
trième ventricule. Une partie de sa structure a été connue d’Hérophile, qui donna le 
nom de plume à la partie inférieure terminée en pointe a . Auranzi en parle aussi 
comme d’une découverte qui lui appartient, sous le nom de cisterna cerebelli. Nous 
avons déjà parlé de la substance grise qui tapisse toute la paroi antérieure, du ruban 
gris ou du ganglion du nerf auditif, ainsi que des filets nerveux blancs plus ou moins 
forts et plus ou moins nombreux qui sortent de la ligne médiane de cette cavité, et 
dont quelquefois les uns se joignent au nerf auditif, d’autres pénètrent dans l’intérieur 
du cervelet, et d’autres s’unissent à son plus petit lobule antérieur. 

Observations générales, sur le cervelet. 

Il est certain que les filets nerveux du faisceau primitif du cervelet ( corps resti- ‘ 
forme), prennent naissance dans la substance grise; que ce faisceau est renforcé dans 

* Galenus de usu part. lib. VIH, p. 459. 



DU SYSTÈME NERVEUX. l85 

le corps frangé par l’adjonction de nouveaux faisceaux nerveux qui naissent dans la 
substance grise de ce corps ; qu’ainsi le corps frangé est le véritable ganglion du cer¬ 
velet. 

Il est certain que tous ces faisceaux se ramifient dans leur cours ultérieur en couches 
plus ou moins fortes, en rameaux et en feuilles. 

Nous avons vu en outre que les diverses parties de chaque hémisphère du cervelet 
communiquent avec les systèmes nerveux de la colonne vertébrale, avec le cerveau, 
et enfin entre elles. 

Par conséquent nous retrouvons dans le cervelet les mêmes lois de naissance, de 
renforcement, de ramification, d’épanouissement et de communication, que nous avons 
démontrées dans les systèmes nerveux du bas-ventre, de la poitrine, de la colonne verté¬ 
brale et des seps. 

Il est encore certain que les parties congénères de chaque hémisphère du cervelet 
sont unies, et mises en action réciproque par des couches transversales formées par 
leurs filets nerveux respectifs, de même que nous l’avons vu dans les systèmes de l’épine 
du dos et des sens. 

Ces couches de réunion étant formées par des filets nerveux qui viennent de l’extré¬ 
mité périphérique de chaque couche, en se dirigeant en dedans et passant dans des direc¬ 
tions différentes par dessus les faisceaux qui partent du ganglion et se rendent en dehors, 
on pèut, sous le rapport anatomique, appeler les filets du premier ordre filets nerveux 
sortans ou divergeas, et le second ordre, filets rentrons ou convergens. Mais en exami¬ 
nant la chose sous un point de vue plus physiologique, le premier ordre renferme les 
appareils deformation , et le second les appareils de reunion. 

MM. les Commissaires de l’Institut ont dans leur rapport énoncé le soupçon que ifous 
avions adopté sans motifs suffisans la loi du renforcement graduel du faisceau originaire 
du cervelet. « Le corps frangé, disent-ils, est enveloppé et cornue noyé dans la ma¬ 
tière médullaire, au lieu de lui donner passage, et l’on ne voit poifit qu’il lui fournisse 
de filets *. 

Pour réfuter cette objection, nous emprunterons de la réponse détaillée contenue 
dans nos observations sur le rapport 1 , les réflexions suivantes. Le corps frangé est en 
raison directe avec le faisceau originaire et avec chaque hémisphère du cervelet, de 
même que les couches optiques et les corps striés avec les pyramides et les hémisphères. 
Il contient, de même que tous les appareils de renforcement du cerveau reconnus par 


■ P. 126. 


47 


1 


tgg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

MM. les Commissaires, une grande quantité de substance grise et des vaisseaux nom¬ 
breux; Vieussens l’avoit déjà regardé comme un corps composé en partie dune substance 
grise; Yicq-d’Azyr dit expressément qu’il est composé d’une substance grise semblable à 
la substance corticale, mais que son tissu est plus ferme à cause du grand nombre de 
vaisseaux; on peut suivre en raclant les filets nerveux du faisceau-originaire jusques dans 
le corps frangé; mais comme dans l’intérieur de cette partie ils sont intimement unis 
à la substance grise, on ne peut plus les faire paroître jusqu’à ce que renforcés ils en 
sortent en faisceaux plus gros ; de là on peut les suivre jusques dans la substance grise 
placée à l’extrémité extérieure. 

Si l’on n’adopte pas ces appareils de renforcement, on se trouve de nouveau obligé 
d’avancer que la masse nerveuse du cervelet prend naissance à sa partie supérieure, 
que l’ensemble de sa masse se ramasse dans le petit corps frangé, et que la nature, lors¬ 
qu’elle s’occupe de la formation de ses instrumens, commence par les mutiler. Partout 
l’on aperçoit des renforcemens graduels, partout les filets nerveux deviennent d’au¬ 
tant plus gros que leur cours se prolonge davantage, partout à leur épanouissement final, 
ils occupent un espace infiniment plus étendu qu’à leur naissance, etc. : pourquoi le con¬ 
traire auroit-il lieu dans le cervelet ? 

MM. les Commissaires ont aussi pensé que nous avions adopté pour le cervelet les 
appareils de réunion rentrans ou convergens plutôt par analogie, parce que cet état de 
choses existe dans le cerveau, que pour les y avoir réellement vus ; et qu’il n’étoit pas 
aussi facile de démontrer leur présence dans le cervelet que dans le cerveau. Mais nous 
avons de même prouvé dans nos observations que c’est précisément dans le cervelet que 
nous avons découvert les deux différens ordres de faisceaux nerveux, et que cette décou¬ 
verte nous a conduits à les chercher dans le cerveau oû nous les avons retrouvés. C’est 
en observant la direction évidemment différente de ces deux ordres de fibres qui sou¬ 
vent s’entrecroisent, et la facilité de suivre, en raclant, les filets du faisceau originaire 
jusques dans le ganglion, et les fibres de la grande commissure jusques dans les hémis¬ 
phères du cervelet, ou les fibres des bords extérieurs de chaque hémisphère jusque dans 
la grande commissure, que nous avons fixé notre attention sur la différence de ces deux 
ordres de fibres. Reil.qui a fait ses recherches d’une manière entièrement dissemblable 
de la nôtre, a trouyé cette double direction des fibres du cervelet confirmée. Yoici cé 
qu’il dit', à l’occasion d’une préparation très-ingénieuse : « Quelques faisceaux et paquets 
sortent, lors de la rupture du noyau du fond, se replient de dedans en dehors, et d’autres 
faisceaux en ligne droite par-dessus les premiers. Plus en bas vers le pont, de forts cor¬ 
dons disposés deux à deux se croisent de chaque côté dans les deux segmens en largeur, 
ce qui produit une ligne transversale ondulée. Chacun de ces cordons se divise encore 
en faisceaux plus fins qui s’entrecroisent de nouveau dans le fond, de sorte que leur 
superficie paroit sillonnée. Le développement- de ces cordons et leur entrecroisement 


ï L. c. St. 2, S. 296. 


DD SYSTÈME NERVEUX. 1 8y 

correspondent plus ou moins à l’organisation des cuisses ( crus cerebelli ) du cervelet qui, 
en cet endroit, se joignent en avant, en arrière et des deux, côtés ». 

L’accord parfait qui règne entre les observations de Reil et les nôtres doit faire con¬ 
clure que ceux qui nient les deux différens ordres de filets nerveux dans le cervelet, 
manquent ou d’application ou du degré d’adresse nécessaire pour chercher la direction 
de ces filets. 

On croit encore généralement que le cervelet contient proportionnellement plus de 
substance grise que le cerveau. Cette erreur vient probablement de ce que l’on faisoit 
toujours des coupes verticales dans le cervelet, tandis que l’on n’en faisoit que d’hori¬ 
zontales dans le cerveau. Que l’on suive un procédé entièrement opposé*que l’on coupe 
horizontalement les couches du cervelet, et le cerveau verticalement dans la direction 
des pyramides, en passant par les cuisses, les couches optiques et les corps striés, et 
l’on croira trouver plus de substance grise dans le cerveau. En conséquence l’opinion 
de quelques anatomistes, tel que Chaussier, qui pensoient qu’à raison de la plus grande 
quantité de substance grise, le cervelet devoit être, dans son état naturel, plus mou 
que le cerveau, tombe entièrement. Galien, Bauhin et d’autres auteurs, particulière¬ 
ment Willis, ont regardé le cervelet comme étant plus ferme que le cerveau. Malacarne 
a 1 , ainsi que nous, trouvé tantôt l’un, tantôt l’autre plus ferme ; mais cette particu¬ 
larité ne nous paroît devoir être attribuée qu’à des causes purement accidentelles, par 
exemple à une maladie locale, etc. Les circonvolutions du cerveau peuvent, à raison 
de la masse épaisse de leurs filets nerveux, paroître plus fermes que les feuillets du 
cervelet; les cuisses du cerveau et les couches optiques sont effectivement plus fermes 
que les feuilles du cervelet, mais elles n’ont pas un plus grand degré de consistance 
que son ganglion. Celui-ci est décidément plus ferme que les corps striés. Nos expériences 
réitérées nous ont appris que, dans le cerveau et le cervelet, les parties analogues ont 
un degré de consistance à peu près égal. 

On se demande si des nerfs prennent naissance dans le cervelet ? Galien en faisoit 
dériver les nerfs dont la consistance est la plus considérable. Bérengar 2 avança le premier 
que le cervelet n’engendroit aucun nerf, et que tous, sans exception, tiroient leur ori¬ 
gine du cerveau et de la moelle allongée. Columbus 3 appuya cette assertion. Varole 4 
enseigna que les prolongemens descendant du cervelet contribuoient à former la moelle 
épinière, et que les nerfs acoustiques venoient dupont, partie importante du cervelet. 
La même érreur fut tacitement partagée par tous ceux qui dérivèrent des nerfs des 
cuisses du cervelet qui vont au pont ; car ces parties appartiennent réellement au cer¬ 
velet , et y ont été généralement comprises depuis Varole. 

■L. c. P . u8. 

* Comment, in Mond. p. 434- 

* Anat. lib. VIII. c. i. 

* De nerv. opt. p. 26. 



t gg anatomie et physiologie 

D’après la description que nous avons donnée du cervelet, il est évident que toutes 
ses parties sont doubles ou divisées par paires ; ainsi que nous l’avons déjà observé dans 
les systèmes de l’épine du dos et des sens. La partie fondamentale ne peut meme p as 
être regardée comme simple, car chez les poissons, les amphibies et les oiseaux elle 
est formée de deux faisceaux primitifs, et de deux branches de ces faisceaux chez les 
mammifères. 

Quelques anatomistes ont voulu combattre la duplicité des parties du cervelet, parce 
que ces deux hémisphères ne sont pas toujours parfaitement semblables, comme Mala- 
carne 1 en a déjà fait la remarque. Mais la même disparité existe dans les yeux, les 
oreilles, les mains et les pieds, et nous avons vu qu’elle a lieu aussi dans les systèmes 
nerveux doubles de l’épine du dos et des sens; personne n’a pourtant révoqué en doute 
la duplicité de ces systèmes. 

Les mêmes parties ne sont pas non plus toujours parfaitement semblables chez les 
divers individus; c’est encore ce que Malacarne a exposé avec beaucoup de justesse, Reil 
dit aussi avec raison : « Les ramifications de la tige médullaire en longueur et en lar¬ 
geur, qui donnent naissance aux sous-divisions des lobes, et le nombre, la forme et la 
direction des feuillets dans lesquels les lobules se terminent, n’ont point de loi de con¬ 
formation bien fixe, mais varient infiniment suivant les divers individus. L’essence doit 
être la même dans toutes les parties, mais l’aggrégation ou la configuration de ces 
parties ne constitue par leur essence, et par conséquent est peu constante. ». Reil en 
conclut, conformément à notre opinion , qu’il suffit d’avoir bien saisi le type de la 
forme intérieure. Quant à la description minutieuse des contours extérieurs des lobules 
et des feuillets, telle que Malacarne et Chaussier l’ont donnée, elle induit en erreur, 
et devient même inintelligible, parce qu’elle ne se retrouve jamais exactement dans la 
nature. 

Mais si, à l’exemple de Reil, on décrit chaque partie pour montrer comment dans 
le cerveau des animaux elles augmentent toujours graduellement en volume et en 
nombre, on arrive alors à un point de vue infiniment plus étendu et plus riche en 
résultats. Cependant nous sommes persuadés que cette espèce de recherches est sujette 
à beaucoup plus de difficultés, et qu’elle peut faire commettre plus d’erreurs qu’on n’est 
porté à le croire. Quelquefois les parties analogues ont une configuration différente, 
par exemple, les corps mammillaires, chez les hommes et chez les animaux. Souvent elles 
sont seulement plus petites ou un peu plus enfoncées dans les parties voisines ; par 
exemple, chez les mammifères les corps olivaires et les corps frangés, chez l’homme la 
bande transversale qui va d’un nerf acoustique à l’autre, etc. Par conséquent on ne 
peut être assez sur ses gardes quand on veut énoncer quelque chose de positif sur l’exis¬ 
tence ou l’absence d’une partie quelconque dans les cerveaux de divers an ima ux. 


IU SYSTÈME N] 


ERVEÜX. 189 

On croit assez généralement qu’il existe une proportion déterminée entre le cervelet 
et le cerveau. Les auteurs qui ont traité de l’anatomictomparée, et qui ont espéré fixer 
la proportion du cerveau avec le corps, ont aussi dressé des tables particulières sur la 
proportion du cervelet avec le cerveau. « Il est facile, dit Cuvier ', d’obtenir avec jus¬ 
tesse la proportion du poids du cerveau avec celui du cervelet, parce qu’aucune varia¬ 
tion dans la santé, ni la graisse des individus ne peut avoir d’influence ici », 

Mais nous avons fait voir qu’il n’existe même pas une proportion toujours égale entre 
les paires de nerfs du même système chez divers individus, par exemple entre les paires 
de l’épine du dos, entre les paires de nerfs des sens. Il existe encore moins une pro¬ 
portion toujours égale entre les systèmes diflërens , tels que les systèmes sympathiques, 
de l’épine du dos et des sens. C’est ainsi que l’on rencontre assez souvent un cervelet 
peu considérable, tandis que le cerveau est par#nu à un haut degré de développement; 
et nous trouvons fréquemment un cervelet extraordinairement gros, avec un cerveau 
très-petit. Malacarne et M. Chaussier ont exposé ce fait avec beaucoup de justesse. Voici 
ce que dit 2 ce dernier : « Son volume , son poids diffèrent beaucoup suivant l’âge et 
dans les divers animaux, mais toujours il es,t moins considérable que le cerveau. D’après 
un grand nombre de recherches comparatives faites dans notre laboratoire et dont nous 
espérons publier bientôt les détails, nous avons trouvé quelquefois dans l’homme adulte 
que le cervelet étoit la sixième, la septième, d’autres fois, mais rarement, la dixième ou 
la onzième partie du poids du cerveau. 

« Dans l’enfant naissant nous l’avons trouvé la treizième, la quatorzième, la dix- 
septième, et même une fois la trente-troisième partie du poids total du cerveau ». 

Nous avons aussi observé et enseigné depuis long-temps ce développement plus tardif 
du cervelet. M. Ackermann, il est vrai, avance 3 , qu’à l’âge de deux ans la proportion 
du cervelet avec le cerveau est la même qu’elle sera tout le reste de la vie; mais ce 
professeur a quelque propension à construire le monde plutôt d’après son sentiment in¬ 
térieur que d’après les faits extérieurs. Ceux qui compareront les cerveaux des enfans de 
quatre ans, de sept, de dix et même des jeunes gens jusqu’à seize ans, se convaincront 
au premier coup-d’œil que leur cervelet est proportionnellement plus petit que chez 
les adultes. S’il se rencontre une exception, elle tient à l’organisation particulière de 
l’individu. 

Dans la règle, le cervelet des hommes et celui des animaux est visiblement plus petit 
chez les femelles que chez les mâles. Cette différence suffit presque toujours pour faire 
distinguer les uns des autres les cerveaux des deux sexes, lorsqu’on en compare plusieurs 
en même temps. On ne doit cependant pas oublier que cette différence n’est qu’une 


• L. c. p. 77. 

» L. c. §. i33. 


48 



jg 0 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

règle, letat ordinaire; quelle ne constitue pas une loi immuable ou un phénomène 
constant. 

Pour que nos lecteurs puissent se faire une idée claire de la position et de la structure 
intérieure et extérieure du cervelet, ils feront bien de regarder les planches dans l’ordre 
suivant : la planche VIII représente la position du cervelet dans le crâne, et sa surface 
extérieure latérale; la planche fX fait voir sa position dans?, le crâne, la coupe verticale 
par le milieu de la partie primitive ou fondamentale et les feuilles des hémisphères du 
cervelet, qui entourent cette partie primitive; la planche IV montre la face inférieure, 
et la planche XV la face supérieure. Sur la planche V, A, la coupe fait voir l’accrois¬ 
sement du faisceau e e dans le ganglion s, et la ramification en couches des fibres ner¬ 
veuses. La planche X représente dans le crâne une coupe semblable, mais dirigée 
moins en avant vers l’intérieur. Dans la figure de la préparation B de la planche VI, on 
a enlevé la partie primitive et les feuilles qui sont visibles en A. On voit planche XII 
dans le crâne une coupe plus profonde que celle de B de la planche VI. 

La grande commissure des hémisphères du cervelet est figurée en entier planche IV. 
Cette planche et la planche III font voir la différence ordinaire entre l’homme et les 
animaux mammifères. Les planches VIII et X en indiquent la position dans le crâne. 
Planche V, A, on voit en f comment les filets transversaux de la commissure du cer¬ 
velet se portent à travers et par dessus les filets longitudinaux des pyramides. On recon- 
noît sur la planche XIII la différence d’une coupe verticale A, et d’une coupe horizon¬ 
tale, B. La connexion supérieure ou inférieure de la partie priiùitive ou fondamentale 
et de l’ensemble de la masse des nerfs est figurée planche XVII B. Les planches IV et 
X représentent des cervelets de femmes, et les planches VIII et XI des cervelets d’hom¬ 
mes. En comparant ces planches on reconnoîtra aisément la différence qui existe ordi¬ 
nairement entre les cervelets des deux sexes. 


DU SYSTEME NERVEUX. 


SECTION IX. 

Du cerveau. 

En faisant la description anatomique .du cerveau, nous nous occuperons principale¬ 
ment du cerveau de l’homme. C’est celui dont l’organisation est la plus parfaite, et 
dont les diverses parties peuvent en conséquence être représentées de la manière la plus 
sensible. 

Il n’est pas à la vérité possible de démontrer que tel ou tel animal ne possède quel¬ 
que qualité, et par conséquent quelque partie du xerveau dont on ne rencontre pas la 
moindre trace dans l’homme. Mais la même raison s’oppose à ce que nous puissions nous 
former aucune idée d’une telle qualité. D’après la connoissance que nous avons des 
animaux nous ne découvrons en eux aucune faculté, aucun mode d’action dépendans du 
cerveau dont le type ne se retrouve pas en nous. C’est pourquoi nous sommes fondés, en 
quelque manière, à regarder les cerveaux des animaux comme dès fragmens du cerveau 
de l’homme, et à chercher dans le cerveau humain toutes les parties dispersées dans 
les diverses classes d’animaux. En ôtant et en retranchant (quelques parties du cerveau 
de l’homme, nous le ravalons au niveau du cerveau des animaux, et en ajoutant de nou¬ 
velles parties à celui-ci, on peut l’élever à la perfection du cerveau humain. Ainsi l’exa¬ 
men des cerveaux des animaux ne sera pas difficile à celui qui cônnoît le cerveau humain 
et les lois de son organisation. 

On procéderait conformément à la marche de la nature, en commençant par décrire 
les cerveaux les plus simples, suivant les progrès du perfectionnement graduel, et finis¬ 
sant par le cerveau humain. Ce mode de recherches anatomiques serait certainement le 
plus fécond sous le rapport philosophique et physiologique, si l’on pouvoit déterminer 
la fonction de chaque nouvelle addition de parties cérébrales. Mais tant que ce champ 
immense ne sera pas exploité, le tableau du cerveau et de ses fonctions restera impar¬ 
fait. Peut-être le temps et les circonstances nous mettront dans la possibilité de faire 
plus à cet égard que nous n’avons fait dans cet ouvrage. Quoique cet objet soit toujours 
présent à nos regards, on ne peut considérer notre travail que comme une base et un 
essai d’un travail plus palrfait. Quelle vaste perspective pour un Sœmmerring, pour un 
Reil et pour tous ceux qui auront le courage de suivre leurs traces et les nôtres ! 

Le cerveau consistant en plusieufs divisions dont les fonctions sont totalement diffé¬ 
rentes, il existe plusieurs faisceaux primitifs qui, par leur développement, contribuent 
à le produire, conformément aux lois auxquelles obéissent les autres systèmes. Tous ces 
faisceaux sont composés graduellement de fibres produites dans la substance grise du 
grand renflement. On doit donc les considérer comme les premiers rudimens ou au 



|g 3 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

moins le commencement visible du cerveau; quoiqu’ils soient de même que les autres 
systèmes nerveux, mis en communication et en action réciproque avec les systèmes 
nerveux situés au-dessous d’eux. D’après nos connoissances actuelles, nous rangeons 
parmi ces faisceaux les pyramides antérieures, PI. IV, î-c, et postérieures, PI. VI, i- C) 
les faisceaux qui sortent immédiatement des ganglions olivaires, PL V, a, les faisceaux 
nerveux longitudinaux qui aident à former en partie la quatrième cavité, PL VI, m, m, 
et encore quelques autres qui sont cachés dans l’intérieur du grand renflement. 

Tous ces faisceaux ne naissent pas d’une manière uniforme. Le côté où ils naissent**' 
tous ( si l’on en excepte .ceux des pyramides antérieures ) est celui où ils doivent devenir 
des parties du cerveau. Il en est tout autrement des fibres nerveuses des pyramides, 
celles qui naissent du côté droit dès le commencement du grand renflement à peu près 
à quinze lignes au-dessous de la protubérance annulaire, se réunissent ordinairement en 
deux à cinq petits cordons, et se rendent au côté gauche en suivant une direction oblique. 
De même les petits cordons du côté gauche se rendent au côté droit. Mais toujours un 
faisceau passe par-dessus un autre et par-dessous un troisième, de sorte qu’il en résulte 
un entrelacement semblable à une natte de paille, Pl. V, i. Cet entrelacement occupe 
un espace de trois à quatre lignes. Ensuite les faisceaux montent sur la face antérieure 
du grand renflement, en se renforçant graduellement dans leur trajet, PL V, î-c; con¬ 
séquemment ils sont plus larges à leur partie supérieure vers la protubérance annulaire 
qu’à leur extrémité inférieure, ce qui leur a fait donner le nom de pyramides. 

Cette direction obliqué des faisceaux des pyramides qui, dans des cas très-rares, passent 
en deux couches l’un par-dessus l’autre , est le seul entrecroisement réel que l’on trouve 
soit dans le grand renflement, soit dans toute sa longueur de la colonne vertébrale. Cet 
objet étant d’une grande importance pour la physiologie, ainsi que pour la pathologie, 
nous allons en traiter avec quelque détail, avant de nous occuper essentiellement de la 
description du cerveau. 

On avoit observé de très-bonne heure que les symptômes fâcheux qui suivent les 
lésions à la tête, attaquent ordinairement le côté opposé du corps. Hippocrate ’, en 
divers endroits, fait mention de ce phénomène. 

Aretæus a fut le premier qui expliqua la cause d’une hémiplégie du côté opposé à 
celui de la lésion, par l’entrecroisement des nerfs. Il dérivoit tous les nerfs de la tête, 
et croyoit qu’à leur origine ils s’entrecroisoient tous. 

Cassius 3 parle d’un entrecroisement des nerfs du cerveau et de la moelle épinière. 
On négligea par la suite cet objet jusqu’à Fabricius de Hilden qui, en i58i, fixa de 

‘ De vuln. capitis c. 19 ; Epid. lib. VII. num. 19. 

* De caus. et sign. morb. diutur. lib. I. c. 7. p. 34 - 

* Quæstiones natur. et medic. quæst. 41. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 1q3 

nouveau l’attention sur ce phénomène pathologique. Enfin ce véritable entrecroisement 
fut décrit d’une'manière si précise par Mistichelli 1 en 1709, par Petit 2 en 1710, et 
plus tard par Lieutaud 3 , Santorini 4 , et Winslow 5 , que l’on ne peut pas reprocher à 
ces anatomistes de l’avoir confondu avec les simples couches de fibres nerveuses trans¬ 
verses. Ils disoient cependant, mais probablement par pure supposition, qu’il existoit 
en plusieurs endroits de pareils entrecroisemens. 

Les anatomistes modernes sont partagés sur ce point. Les uns admettent la pluralité 
des entrecroisemens, sans désigner où ils se trouvent, d’autres confondent manifestement 
les simples couches transverses ou les commissures des deux moitiés de la colonne verté¬ 
brale et du grand renflement avec l’entrecroisement des pyramides dont l’arrangement 
toutefois est entièrement dissemblable. Parmi ces derniers on compte MM. Yicq-d’Azyr, 
Cuvier, etc.; quant à MM. Prochaska, Barthez, Sabatier, Boyer, Chaussier, Dumas, 
Bichat, ils nient expressément l’entrecroisement, et ont même écrit contre son existence, 
ainsi que nous l’avons amplement établi 6 dans nos observations sur le rapport de MM. les 
Commissaires de l’Institut. 

Pour faire voir distinctement le véritable entrecroisement, il n’est pas besoin de ma¬ 
cération ou de toute autre préparation, ainsi que le croyoit Santorini. Il suffit d’enle¬ 
ver avec précaution la membrane vasculaire au commencement du grand renflement, ou 
immédiatement en bas de l’extrémité inférieure des pyramides. Pour cela on fait à cette 
«membrane une incision si légère que les cordons nerveux qui se trouvent au-dessous ne 
soient pas offensés. Puis on écarte tout doucement les deux bords de la ligne médiane, 
sans les tirailler ni les déchirer. A peine les deux bords sont-ils un peu éloignés l’un de 
l’autre, que l’entrecroisement frappe les yeux. Les petits cordons des pyramides ne for¬ 
ment pas un véritable entrecroisement ; ils s’entrecoupent et passent les uns sur les autres, 
seulement dans une direction oblique. Si l’on écarte davantage les deux bords au-dessus et 
en bas de l’endroit indiqué, on trouve la couche transversale que nous avons décrite en 
traitant des systèmes de la colonne vertébrale, et qu’on a souvent prise pour l’entre¬ 
croisement réel. C’est donc avec beaucoup de raison que des phénomènes observés dans 
les lésions de la tête, les médecins pathologistes ont conclu qu’il existoit un entrecroise¬ 
ment ; et qu’au lieu de négliger les phénomènes de l’état de maladie, on doit en cher¬ 
cher la cause dans l’organisation. 

On a consigné d’un autre côté plusieurs exemples où la lésion d’un hémisphère du cer¬ 
veau a produit des symptômes de maladie sur le même côté du corps. C’est ce qui fait 
dire à Haller 7 : « Quoique la paralysie du corps produite par les lésions du cerveau se 

• Trattato dell’ apoplessia. Roma 1709. 

• Lettre d’un médecin des hôpitaux du roi. Namur, 1710. p. 12. 

* Anat. p. i5g. 

4 Observ. anat. §. Xü. 

* Anatomie, traité de la tête. Num. 110. 

Pag. i 32 et 2i3. 

» Phys. Tom.IV,p. 333. 


49 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

manifeste ordinairement du côté opposé, il arrive cependant assez souvent que les déran- 
gemens du cerveau ou du cervelet affectent le même côté du corps >) . Il cite à ce sujet 
Monro 1 , de Haen % Schlichting 3 , Rumler, Morgagni, etc. Prochaska 4 suppose q Ue , 
lorsque le côté opposé du corps souffre, c’est que les corps stries ont principalement été 
comprimés, ou attaqués d’une maladie quelconque. 

Il est réellement très-difficile de toujours déterminer avec certitude si les fibres du 
cerveau, dont la finesse est si grande, sont malades ou saines. Lorsqu’on les trouve non- 
lésées en apparence, on ne peut pas toujours en conclure avec raison quelles ne le sont 
réellement point, et qu’en conséquence les accidens qui ont frappé tel ou tel côté du 
corps, n’en sont pas le résultat. Nous ne pouvons donc tirer une conclusion certaine, 
que lorsqu’un hémisphère du cerveau ou du cervelet étant manifestement lésé, il n’y a 
pas de dérangement dans le côté opposé du corps, mais bien dans le même côté. Si l’exac¬ 
titude de sembables observations ne peut pas être révoquée en doute,' il faut en cher¬ 
cher la cause dans l’organisation du cerveau. 

Suivant nos recherches anatomiques , les faisceaux des pyramides sont les seuls qui 
s’entrecroisent; conséquemment les lésions des parties du cerveau, qui sont une conti¬ 
nuation des pyramides, doivent seules communiquer leurs effets au côté opposé du 
corps. Les faisceaux du cervelet, les faisceaux des lobes postérieurs et d’une grande 
partie des circonvolutions médianes du cerveau ne s’entrecroisent pas ; par conséquent 
les effets des dérangemens de ces parties ne peuvent pas s’entrecroiser dans le corps. , | 

Au reste cet objet exige encore des travaux nombreux et assidus, avant qu’on puisse 
prononcer sur tous les phénomènes d’une manière satisfaisante. La connexion de toutes 
les parties et leur influence réciproque qui en résulte, rendront les observations toujours 
difficiles et plus ou moins vagues. 

Dans une attaque d’apoplexie, où la paralysie totale du côté gauche se joignit au dé¬ 
sordre continuel de la tête, l’œil droit fut renversé et détourné, moitié fermé, et insen¬ 
sible à l’impression de la lumière. Chez une autre personne frappée d’apoplexie, qui resta 
aussi quelques mois absolument engourdie, et dont le côté gauche étoit entièrement 
paralysé, l’œil droit s’oblitéra long-temps avant la mort, et se ferma. Nous trouvâmes 
beaucoup d’eau dans les cavités du cerveau , et surtout dans celles du côté droit. L’hé¬ 
misphère droit du cervelet et le lobe droit moyen, étoient ulcérés en plusieurs endroits. 
Un autre individu qui n’avoit que de légères attaques d’engourdissement et de vertige, 
eut pendant plusieurs jours tout le côté droit du visage un peu rouge et gonflé; la lèvre 
supérieure droite étoit tirée en haut, et, en parlant, le coin droit de la bouche se reti- 

■ On nerves. pT345. . 

' Rat. med. Tom. IV, p. 199. 

'< Traumatolog. p. 108. 

•* Op. minor. Pars II. p. 3i a. 



DU SYSTÈME NERVEUX. ig5 

roit beaucoup en arrière. Tout le côté droit, les mains et les pieds, étoient froids, foibles 
et peu sensibles; mais l’œil gauche étoit un peu trouble, tandis que l’œil droit conservoit 
son degré de force ordinaire. 

Comment expliquer ces phénomènes, puisque les nerfs optiques s’entrecroisent ? Pour¬ 
quoi l’œil est-il dérangé du même côté que le cerveau ? Qu’est-ce qui arrive dans ce cas 
à l’odorat et à l’ouïe ? L’ouïe paroît rarement souffrir des lésions du cerveau. L’effet des 
lésions du cerveau ne pourroit-il pas varier aussi bien d’après leur intensité que d’après 
leur siège ? Ce n’est que par la comparaison d’un grand nombre de blessures et de mala¬ 
dies du cerveau et de leurs suites, dans l’observation desquelles on joindroit à la plus 
grande attention de véritables connoissânces anatomiques, qu’il seroit possible de déter¬ 
miner les faits dont le physiologiste doit chercher l’explication. 

Continuons maintenant à suivre un des faisceaux primitifs du cerveau, c’est-à-dire les 
pyramides. 

Dans le cours des pyramides vers la protubérance annulaire, on voit souvent des 
fibres s’en détacher, et se contourner autour des corps olivaires; PL XIII, 66. Les pyra¬ 
mides semblent se mettre par-là en communication avec d’autres faisceaux, de même que 
les paires de nerfs de la colonne vertébrale communiquent entre#elles par le moyen des 
filamens qui vont des uns aux autres. 

Immédiatement avant que les faisceaux pyramidaux entrent dans la protubérance 
annulaire, ils sont un peu étranglés, PL Y, c; mais à peine y ont-ils pénétré, qu’ils se 
partagent en plusieurs faisceaux, PL V, et XII, f. Tous ces faisceaux sont placés dans une 
grande quantité de substance grise, d’où il sort beaucoup de nouveaux faisceaux qui se 
joignent aux premiers, et les renforcent durant leur trajet dans ce véritable ganglion. 
Ils se prolongent en montant. Quelques-uns sont disposés en couche, d’autre s’entrecou¬ 
pent à angle droit avec les faisceaux transversaux de lâ grande commissure du cervelet, 
ou s’entrecroisent selon le sens propre du mot; ils en sortent enfin si renforcés et si 
élargis, qu’ils forment en avant et en dehors au moins les deux tiers des gros faisceaux 
fibreux ( crura cerebri ) des hémisphères, PL V, X, g. 

Il résulte évidemment de ceci que le pont ou la protubérance annulaire, PL IY, b, b, 
est un véritable ganglion où les faisceaux primitifs pyramidaux sont renforcés, et devien¬ 
nent les gros faisceaux fibreux. Les couches transversales qui traversent les faisceaux 
longitudinaux, sont, comme nous l’avons vu plus haut, les commissures du cervelet. 

Pour voir distinctement la marche des faisceaux longitudinaux et transversaux, on fait 
dans la couche transversale antérieure de la commissure une incision verticale d’environ 
une ligne de profondeur. Mais il ne faut pas la faire en ligne droite du haut en bas ; 


jgg ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

car si elle pénétroit trop profondément, elle couperoit les faisceaux longitudinaux dont 
la direction est courbe ; il faut suivre la direction des pyramidaux vers le gros faisceau 
fibreux, et décrire un arc peu prononcé dont la convexité soit tournée vers la ligne mé¬ 
diane. Alors on écarte avec le scalpel, que l’on tient droit, la couche transversale, partie 
en dehors, et partie vers la ligne médiane. 

En procédant de cette manière, on voit très-distinctement non-seulement les faisceaux 
fibreux transversaux de la commissure des deux hémisphères du cervelet, mais aussi les 
faisceaux longitudinaux des pyramides qui se renforcent, et s’écartent graduellement 
l’un de l’autre. 

Si l’on ne veut voir que les faisceaux longitudinaux, il suffit d’enfoncer au bord inférieur 
du ganglion le manche aplati du scalpel au-dessous de la couche transversale, et d’enlever 
celle-ci peu à peu. 

On voit combien étoit imparfaite sur cette partie la connoissance de ceux qui avec 
Lieutaud, Sabatier, et autres anatomistes, pensoient que les deux cuisses du cerveau se 
confondent en une, qui regardoient la protubérance annulaire comme un mélange de la 
substance médullaire du cervelet et du cerveau, et avançoient en outre que la substance 
médullaire étoit intimement unie à la substance grise. Il n’y avoit que le manque de 
saines idées physiologiques, et l’opiniâtreté malheureuse à vouloir défigurer par des 
coupes la substance si fine du cerveau, qui pussent engendrer et entretenir cette erreur 
grossière. v 

Vieussens avoit, il est vrai, trouvé en raclant les deux ordres de couches de la pro¬ 
tubérance annulaire ; mais son coup-d’œil n’embrasse rien au-delà de la partie mécani¬ 
que ; il dériva toute la substance médullaire de son centrum ovale; il n’imagina pas que 
la formation des fibres avoit lieu de bas en haut, ne soupçonna rien des lois du renfor¬ 
cement des faisceaux nerveux par l’addition de nouvelles fibres nerveuses produites par 
la substance grise. 

Vicq-d’Azyr voulut imiter la préparation anatomique de Vieussens. Mais comme il 
étoit pareillement dépourvu de principes physiologiques; qu’il dérivoit de haut en bas 
toute là masse médullaire; qu’il ne racloit pas les fibres, et qu’il espéroit faire des décou¬ 
vertes dans le cerveau en multipliant les coupes, il coupa toutes les fibres, et ses pré- 
paiations, telles quon les voit PI. XXII et XXIII, n offrent que des fragmens informes 
de l’ensemble de l’organisation. 

Les gros faisceaux fibreux des deux hémisphères sont donc en partie une continua¬ 
tion et un perfectionnement successif des faisceaux primitifs pyramidaux- ils contiennent 
intérieurement dans toute leur longueur une grande quantité de substance grise; ils 
acquièrent par-là un renforcement continuel, parce qu’il se joint toujours à eux de noü- 


DU SYSTÈME NERVEUX. !gy 

velles fibres. C’est à leur extrémité supérieure qu’ils reçoivent le plus grand accroisement, 


dans l’endroit où le nerf optique se contourne autour de leur surface extérieure. 


Les filets nerveux et les faisceaux qui en sont formés, s’écartent du gros faisceau fibreux 
au bord antérieur du nerf optique au point où ce nerf est attaché par une couche molle 
aux faisceaux nerveux ; ils se prolongent en filets de longueur inégale qui s’épanouissent en 
couches, dont les extrémités sont couvertes de substance grise, et forment de cette manière 
plusieurs parties séparées, connues jusqu a présent sous le nom de circonvolutions. 

C’est ainsi, par exemple, que les circonvolutions inférieures et intérieures du lobe 
moyen sont formées par les filets nerveux les plus extérieurs, Planche V. B. entre q. t. u. 
et w. w. w. Si l’on enlève le lobe moyen du reste de la masse nerveuse, ce qui est très- 
aisé à effectuer, parce qu’il est séparé du lobe antérieur par la fissure de Sylvius, on 
voit d’abord, PL Y. A. entre 3 g. 3 g. 4 - 0 ., la profondeur et l’étendue en arrière de cette 
fissure ; secondement on aperçoit ( 4-2-4- 2 ) des circonvolutions qui par leur peu de lon¬ 
gueur, et par leur situation enfoncée et intérieure, sont cachées entre le lobe moyen et 
les hémisphères, et auxquelles jusqu’à présent on n’a pas fait attention. Les fibres des 
circonvolutions du lobe moyen sont coupées en h. h. h. On voit en troisième lieu, après 
avoir enlevé le lobe moyen, comment les fibres nerveuses qui sortent de dessous le 
corpus geniculatum externum , et appartiennent à la partie q du gros faisceau fibreux 
forment la partie du lobe postérieur entre 4 ° et 4 1 • Enfin cette préparation montre que 
les circonvolutions situées au fond de la fissure de Sylvius, sont les mêmes-filets ner¬ 
veux qui sortent du grand amas de substance grise L. L. ( la partie extérieure du corps 
strié. ) . v 


Si l’on enlève dans le crâne la couche entière PL Y. A. entre 37, S, VII, 4 °, 4 1 et II, 
il en résulte la préparation que l’on voit pi. XI, et qui montre comment les circonvolu¬ 
tions situées le long de la région médiane.de chaque hémisphère, depuis la tempe jus¬ 
qu’au milieu de la fosse supérieure de l’os occipital, naissent de faisceaux situés plus avant 
dans l’intérieur. Cependant il est à remarquer que cette préparation ne montre pas seu¬ 
lement la continuation des fibres des pyramides, mais aussi l’épanouissement de quel¬ 
ques autres faisceaux primitifs. 

Ainsi les pyramides, depuis le point de leur naissance dans la substance grise, sont 
continuellement renforcées par cette même substance, jusqu’à ce qu’ayant atteint leur 
perfectionnement complet, elles s’épanouissent dans les circonvolutions inférieures, an¬ 
térieures et extérieures des lobes antérieurs et moyens. 

Les faisceaux primitifs de ces circonvolutions ( les pyramides ) sont en proportion 
directe en partie avec les grands faisceaux , en partie avec leurs circonvolutions respec¬ 
tives , et en partie avec le ganglion- où ils sont tellement renforcés, qu’ils forment les deux 
tiers des gros faisceaux fibreux. Or ces circonvolutions manquant, ou étant plus petites 


g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

chez les mammifères ( comparez-les pl. III et XIV avec la IV et autres ), les pyramides, 
le ganglion, et les grands faisceaux fibreux, sont aussi beaucoup plus petits chez eux. 

Nous arrivons à présent à la formation du lobe postérieur et des circonvolutions situées 
au bord supérieur de chaque hémisphère, vers la ligne médiane du cerveau. 

Les corps olivaires ne sont qu’un ganglion, de même que le corps frangé du cervelet. 
Si on les coupe, on y voit la substance grise et la substance blanche distribuées de la même 
manière, Pl. XII. a. Il sort de ce ganglion un fort faisceau qui monte avec les faisceaux 
postérieurs du grand renflement, Pl. XII, 70, derrière le ganglion (f) du gros faisceau 
fibreux (g). Tous les faisceaux montent, comme les faisceaux des pyramides, entre les 
fibres transversales de la commissure du cervelet. Dans ce trajet ils acquièrent un renfor¬ 
cement qui est bien moins considérable que celui des pyramides (70. 70. 70.). Au-dessus 
du ganglion ils forment la partie postérieure et intérieure du gros faisceau fibreux. Ils 
acquièrent leur plus grand accroissement à leur entrée dans le grand faisceau fibreux par 
la masse épaisse de substance grise qui s’y trouve, et qui, avec les filets nerveux qu’elle 
produit, forme un ganglion assez dur, aplati dans le milieu, et inégal en haut et posté¬ 
rieurement. 

Ce ganglion a jusqu’à présent été connu sous le nom de couches optiques. Les lois d’or- 1 
ganisation dont nous avons prouvé l’uniformité constante, et ce que nous avons dit à 
l’occasion du nerf visuel, démontrent suffisamment que ce ganglion n’a rien de commun 
avec les couches optiques. La couche nerveuse du nerf visuel, après avoir pris naissance 
dans la paire antérieure des corps quadri-jumeaux, qui est son ganglion, est seulement 
attachée à la surface postérieure externe de ce ganglion, et il ne lui arrive de nouveaux 
filets que du corpus geniculatum extèrnum , situé sur le côté extérieur de ce ganglion. 

Mais ce même ganglion est en raison directe avec les circonvolutions qui y naissent5 
ainsi les parties latérales et antérieures du cerveau sont très-peu considérables chez la 
plupart des animaux, parce que les circonvolutions latérales antérieures n’ont chez eux 
qu’un très-petit volume. Au contraire la partie interne des couches optiques est beaucoup 
plus grande chez les animaux que la partie externe ; c’est pourquoi les circonvolutions du 
bord supérieur et postérieur de chaque hémisphère sont chez eux plus considérables et 
plus nombreuses. 

On trouve dans toute la substance grise de l’intérieur de ce ganglion une grande quan¬ 
tité de filets nerveux très-fins qui tous vont en montant, Pl. XII. p. p. p., et qui, à leur 
sortie au bord supérieur de ce ganglion, se réunissent en faisceaux nerveux, divergensen 
manière de flammes ou de rayons, Pl. XII. S. S. S. 

Les deux divisions de la masse nerveuse ascendante que nous venons d’apprendre à 
connoître, c’est-à-dire la partie antérieure extérieure, et la partie postérieure intérieure, 


DU SYSTÈME NERVEUX. igg 

se laissent séparer, soit en y soufflant de l’air, soit en y injectant de l’eau. C’est entre 
ces deux divisions que se prolongent les deux canaux ci-dessus mentionnés des systèmes 
nerveux de la colonne vertébrale. Comme les faisceaux changent dè direction dans leur 
cours, de sorte que les postérieurs deviennent les intérieurs, et les antérieurs les exté¬ 
rieurs, il en résulte que la direction du canal produit par le souffle ou par l’injection 
dans la masse cérébrale ascendante, est conforme à la position de ces parties. Dans la 
partie supérieure la ligne de séparation est courbe ; sa partie concave est tournée vers la 
ligne médiane, et sa partie convexe l’est vers l’extérieur. Dans l’endroit où les faisceaux 
nerveux sortent en rayons des couches optiques pour entrer dans les corps striés, PI. Y. 
X. XII. 37 , leur ensemble est réuni si solidement par le tissu transversal 37, que toute 
séparation ultérieure de ces deux divisions de la masse ascendante est impossible. 

Les faisceaux radiés, à leur sortie de leur ganglion ( couches optiques ), traversent 
un gros amas de substance grise, dont une moitié est placée dans les cavités du cerveau , 
et l’autre à l’extérieur. Celle-ci est entourée par lës courtes circonvolutions du cerveau , 
indiquées plus haut, PI. Y. ^2. l\2. Les faisceaux fibreux prennent un nouvel accroisse¬ 
ment dans cet amas, de sorte qu’ils suffisent pour former les circonvolutions postérieures, 
et toutes celles qui sont situées au bord supérieur de chaque hémisphère vers la ligne 
médiane du cerveau. 

Chez la plupart des animaux, la partie externe de cet amas de substance grise ( du 
corps strié ) est proportionnellement plus petite que la partie externe des prétendues 
couches optiques, ce qui s’accorde avec'le petit nombre des circonvolutions extérieures 
du lobe antérieur. 

L’on a appelé corps stries ce gros amas et les faisceaux divergens en rayons ou plutôt 
en flammes, parce qu’en mutilant ces parties d’après la méthode usitée, on croyoit voir 
des stries alternatives blanches et grises. Si l’on racle l’amas de substance grise avec ses 
innombrables filets nerveux jusqu’au point où les faisceaux nerveux deviennent plus gros, 
on voit à la vérité de deux en deux faisceaux une strie de substance grise. Mais cette 
substance n’est pas disposée en stries ou en faisceaux ; lés faisceaux divergens traversent 
seulement le milieu de cet amas de substance grise ; c’est pourquoi on l’aperçoit nécessai¬ 
rement dans l’intervalle qui se trouve entre deux faisceaux. 

Les prétendues couches optiques et les corps striés sont donc aussi de vrais ganglions 
où les filets nerveux déjà formés reçoivent un degré considérable de renforcement et 
d’augmentation, et se préparent 1 par degrés à atteindre leur entier perfectionnement pour 
former leurs circonvolutiôns respectives. 

Yieüssens a suivi en raclant, et représenté avec assez de justesse par un dessin grossier, 
les faisceaux divergens en éventail, et leur connexion avec les faisceaux primitifs pyra¬ 
midaux. Mais il dérivoit ces faisceaux, comme nous l’avons déjà dit, du centrum ovale ; 


200 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

il ne savoit rien de leur destination qui est de former les circonvolutions, et il les réu- 
nissoit tous avec les faisceaux primitifs ou les pyramides. 

Vicq-.d’Azyr voulut aussi imiter cette, préparation importante; mais l’amas de subs¬ 
tance grise et les faisceaux nerveux qui la traversent et qui en partie y prennent nais¬ 
sance ayant une position oblique, il lui fut impossible d’atteindre son but par le moyen 
des coupes horizontales. Ses planches XXII et XXIII ont, il est vrai, obtenu de grands 
éloges de MM. Ackermann, Cuvier et autres anatomistes qui, jusqu’à présent, ne se 
sont pas fait une idée exacte de l’organisation véritable de ces parties; Vicq-d’Azyr ne 
voyoit dans les corps striés que des stries alternatives blanches et grises; il les faisoit aller 
de haut en bas dans les pyramides, et passer réuni en un seul faisceau à travers le pont ; 
il ne distinguoit pas plusieurs faisceaux primitifs, et regardoit les stries des parties supé¬ 
rieures comme étant plus courtes que celles des parties inférieures, parce qu’il les avoit 
coupées les premières, et qu’il ne connoissoit pas leur prolongement dans les circonvo¬ 
lutions. Il les faisoit simplement aller en avant, et ne montroit pas leur direction par le 
côtç et en arrière; aussi n’a-t-il ici, de même que dàns la plupart de ses préparations, 
présenté que des fragmens mutilés, figurés en outre d’une manière très-défectueuse. Telles 
sont les planches XXVI et XXVII destinées à faire voir la structure des couches opti¬ 
ques ; elles ont été faites d’après la supposition erronée que le nerf visuel reçoit successi¬ 
vement ses fibres de l’intérieur des couches optiques. Si les planches XXII et XXIII sont 
mauvaises et inexactes relativement à la partie extérieure et à la structure des. corps striés, 
les planches VIII, fig. i et IX, X, XI et XII, sont encore pires : elles présentent l’inté¬ 
rieur des corps striés, mais on n’y peut reconnoître ni leur position, ni leur structure 
intérieure, ni leur connexion avec les parties voisines. 

Tous les faisceaux divergens en manière de flammes, après être sortis du dernier appa¬ 
reil de renforcement, s’épanouissent en couches, et forment également des circonvolu¬ 
tions. Il en résulte que les circonvolutions ne sont que le perfectionnement de tous les 
appareils précédens; et l’on ne doit regarder ces appareils que comme des préparations 
destinées à former un tout. C’est ainsi, par exemple, que tous les appareils du nerf ol¬ 
factif situés dans l’intérieur du crâne, ne sont que préparatoires pour former le sens 
de l’odorat. Tous nos lecteurs ne reconnoissent-ils pas actuellement la défectuosité des 
procédés des anatomistes qui commencent leur examen du cerveau par la mutilation de 
cette partie parvenue à son degré de perfection ? Chacun ne sera-t-il pas frappé de l’inexac¬ 
titude totale de l’opinion qui veut que les circonvolutions doivent leur naissance à ce 
que la membrane vasculaire s’enfonce entre les diverses parties de la substance du cerveau, 
afin de les pourvoir de vaisseaux sanguins dans une plus grande profondeur. 

En examinant sous un point de vue général comment la nature procède à la première 
formation des deux hémisphères du cerveau , nous voyons que les faisceaux originaires 
y sont produits par la substance grise du grand renflement, et renforcés en différens en¬ 
droits par des masses particulières de substance grise; que par conséquent tout y est 


* 


DO SYSTÈME NERVEUX. 2Q1 

soumis aux mêmes lois que les systèmes nerveux du bas-ventre et de la poitrine, de la 
colonne vertébrale, des nerfs de la tête, et le système du cervelet. Comme tous les pré- 
cédens systèmes s’épanouissent graduellement dans les organes intérieurs et extérieurs de 
leurs fonctions, et atteignent ainsi leur destination finale, de même aussi nous voyons 
les faisceaux du cerveau s’épanouir successivement pour arriver au but de leur formation 
et devenir les organes des fonctions les plus nobles et les plus importantes de l’organisme 
animal. 


Des appareils de réunion ( commissures ) ou de la masse nerveuse du cerveau, rentrante 
ou convergente. 

Nous avons fait voir que les diverses parties des systèmes nerveux de la colonne verté¬ 
brale , des nerfs de la tête et du cervelet sont non-seulement en connexion entre elles et 
avec les systèmes voisins par des branches communiquantes, mais encore que les sys¬ 
tèmes congénères des deux côtés sont joints ensemble et mis en action réciproque par 
des couches fibreuses transversales ( commissures ). Nous appelons cette organisation 
appareils de réunion ou de jonction, quoique nous ne doutions pas qu’ils ne contribuent, 
comme les appareils deformation, à composer l’ensemble. 

Toutes les parties du cerveau sont unies par un appareil semblable avec les parties ana¬ 
logues de l’autre hémisphère, et réunies ainsi pour s’influencer réciproquement et tendre 
à une fin commune. Quelques-unes de ces parties étant beaucoup plus grandes et plus 
distinctes que dans les autres systèmes, elles n’ont pas échappé aux regards des plus an¬ 
ciens anatomistes. Galien 1 décrit le corps calleux. Depuis long-temps on donnoit à cette 
partie le nom de commissure, et même l’on pensoit qu’il en résultoit une communica¬ 
tion et une action réciproque. « Les commissures, dit Yicq-d’Azyr a , semblent être des¬ 
tinées à établir des communications sympathiques entre les diverses parties cérébrales ». 

Cependant on s’en tint généralement aux aperçus mécaniques. On ne songea pas à 
chercher quel étoit avec les parties du cerveau le rapport de chacune des commissures, 
ni d’où l’on devoit dériver celle-ci; on n’examina pas si toutes les parties cérébrales 
étoient unies les unes aux autres de la même manière; ni pourquoi les jonctions des 
mêmes parties différoient tant entre elles chez les divers animaux. Enfin, à l’exception 
de quelques idées vagues sur les commissures de la moelle épinière, l’on n’avoit pas établi 
que ces jonctions étoient soumises à une loi générale; aussi n’en supposoit-on aucune 
dans les systèmes nerveux dont nous avons parlé. Nos recherches nous ont procuré sur cet 
objet les éclaircissemens les plus précis et les plus satisfaisans. 

Nous avons précédemment suivi les appareils de formation ou les filets nerveux sortans 
» Animad. anat. lib. IX. p. 196. 

* Mémoires de l’Académie des sciences, année 1781. p. 535 . 

I. 


5 : 


OQ3 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

ou divergens, jusques dans la substance grise à la surface*exterieure des circonvolutions. 
On reconnoît très-distinctement que toutes les extrémités des filets nerveux pénètrent 
dans la substance grise, qui, par cette raison, est plus blanche en dedans qu’en dehors. 
Mais nous n’avons pu encore déterminer ce qui se passe ultérieurement avec ses fibres ; 
nous ignorons si elles se terminent dans cet endroit, ou si elles retournent et prennent 
leurs cours vers l’intérieur. Cependant il est très-vraisemblable, d’après les lois générales, 
qu’il s’engendre de nouveaux filets nerveux dans cette couche grise, de même que cela a 
lieu partout où se trouve de la substance grise ; et qu’il en résulte la production d’un 
système nerveux qui renforce le précédent avec lequel il est en connexion intime. 

Il est certain que l’on peut démontrer évidemment l’existence de deux systèmes dans 
le cerveau, et que le système rentrant contient des fibres plus nombreuses et des fais¬ 
ceaux plus forts que le système sortant. En effet, on remarque dans les circonvolutions 
formées de deux couches nerveuses du système sortant, des filets plus mous et plus fins; 
mais on ne peut les suivre comme fibres distinctes et visibles que dans les circonvolutions 
postérieures du lobe moyen. On voit ces fibres au fond de toutes les circonvolutions, 
s’avancer entre les fibres du système sortant, et s’entrelacer avec elles. De cette manière 
les deux systèmes forment, sur le contour externe des cavités ou bien au fond des appen¬ 
dices ou des circonvolutions, un tissu assez ferme. 

Les filamens du système rentrant se réunissent au-delà du tissu en filets plus gros, et 
à mesure qu’ils se portent vers l’intérieur, ils forment des faisceaux et des couches qui se 
rapprochent de la ligne médiane entre les deux hémisphères, sortent par le bord interne 
de l’hémisphère en couches nerveuses blanches, se joignent aux faisceaux et aux couches 
des systèmes congénères de l’hémisphère opposé, et forment ainsi les différentes réunions, 
jonctions, commissures. 

Ces filets et faisceaux nerveux s’entrecroisent partout avec les autres en directions dif¬ 
férentes et même opposées ; ils forment des couches particulières et séparées qui tapis¬ 
sent l’intérieur des cavités ; ils sont plus mous et plus blancs que les filets et les faisceaux 
du système sortant. Ces particularités servent donc à nous justifier envers ceux qui ont 
prononcé que les deux ordres de fibres dans le cerveau étoient une chimère. 

Mais sommes-nous fondés à dériver de là substance grise du contour extérieur ces 
appareils de jonction, et à les considérer comme rentrans ? 

Nous avons prouvé jusqu’à présent que partout les systèmes nerveux sont produits par 
la substance grise. Or la couleur blanche de tous les faisceaux de jonction nous apprend, 
qu’ils ne contiennent pas de substance grise, ou du moins n’en contiennent que très- 
peu. Les réunions sont même situées hors des hémisphères, où elles parcourent pendant 
un certain intervalle un espace, pour ainsi dire, vide. La longue jonction antérieure ou 
la commissure antérieure qui traverse la masse épaisse de substance grise des corps striés, 


DD SYSTÈME NERVEUX. 20 3 

n’est pas non plus en communication avec cette substance, ainsi que nous le démontre¬ 
rons bientôt. Par conséquent on ne peut pas dériver l’origine de ce système du point de 
sa réunion ou jonction. Ce n’est que, suivant notre manière de voir, qu’on peut attri¬ 
buer aux réunions un but qui est de produire l’action et la réaction réciproques et l’unité 
d’action des mêmes parties des deux hémisphères. Enfin ce second système qui est ajouté 
au système divergent sert à expliquer parfaitement, pourquoi les deux hémisphères con¬ 
tiennent une masse de nerfs plus grande que celle qui leur arrive par les corps striés, 
dont plusieurs anatomistes, avec Cuvier ', les ont regardés comme de simples appen¬ 
dices. L’opinion de Vicq-d’Azyr selon laquelle la substance grise des filets nerveux seroit 
une enveloppe qui les mettroit à l’abri des impressions extérieures, tombant d’elle-même, 
on ne peut plus se dispenser de considérer la substance corticale ou la substance grise 
de toute la surface du cervelet et du cerveau , comme l’origine des appareils de 
réunion. 

On a jusqu’à présent parlé en anatomie de trois commissures, savoir : la grande 
commissure, commissura cerebri maxima, corpus callosum, corps calleux ; la commis¬ 
sure antérieure et la postérieure ; quelques auteurs font aussi mention d’une quatrième 
commissure, la médiane entre l’antérieure et la postérieure, mais d’autres ont nié son 
existence. 

On a donné le nom de grande commissure du cerveau, de poutre, de corps calleux, 
corpus callosum , à la masse nerveuse que l’on aperçoit dans le fond de l’intervalle lon¬ 
gitudinal entre les deux hémisphères, lorsqu’on les écarte par en haut. On décrit géné¬ 
ralement assez bien ses conditions mécaniques, par exemple sa forme arquée, son sillon 
longitudinal dans le milieu, ses stries longitudinales et transversales, sa plus grande 
épaisseur à ses bords postérieur et antérieur; on a aussi observé qu’elle est plus mince dans 
le milieu, quelle se recourbe par le bas en avant et en arrière, et qu’elle forme des re¬ 
plis, etc. PI. XI. a ,11, a, mais on n’a donné aucune attention au principe de tous ces 
phénomènes, ni à la manière dont ils sont produits. Conformément aux idées que l’on 
avoit des parties qui sont en connexion avec cette grande commissure , on leur donna 
des noms entièrement mécaniques. On appela arc médullaire, fornix, voûte à trois 
piliers, le prolongement postérieur du corps calleux, comme on avoit coutume de s’ex¬ 
primer; cette voûte est proprement le prolongement du repli postérieur, et s’enfonce 
en avant entre les deux prétendues couches optiques. PI. XY, 73, 75, 77, 60. Les 
piliers de cette voûte sont les endroits où la voûte est adhérente aux autres parties. 
PL XV, 73. On donna le nom de bourrelet roulé, de pied d’hippocampe, pes hippo- 
campi, corne d’Ammon, à une autre partie du cerveau qui se joint au bord postérieur 
des corps calleux, et qui en a été regardée comme un prolongement. Elle est située sur 
ses côtés et plus bas, PI. XV, A. 70-J, face extérieure, PI. XV,B. 70-J, face intérieure ; 
son bord blanc reçut de la forme qu’il présente, le nom de tcenia hippocampi, bande- 


* L. c. p. i35. 


30 ^ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

lette d’hippocampe, ou de landefestonnée, bande dentelée, PL XV, A. 72-73, face exté¬ 
rieure; PL XV, B. 72-73, face intérieure. On appela ongles quelques élévations qui se 
trouvent à l’extrémité extérieure du pied d’hippocampe, Pl. XV, B. 71. On décrivit au 
bord antérieur du corps calleux outre le repli, sous le nom de cloison transparente, ( sep¬ 
tum lucidum ) deux lames médullaires minces et verticales qui, selon les anatomistes , 
descendent de la ligne médiane du corps calleux, aboutissent à la voûte ( fornix ), en 
arrière et par-dessous, et s’y réunissent, PL XI, 57, 58 , 5 g. 


Les anatomistes connoissent sous le nom de commissure antérieure, Pl. V, XIII, 6i, 
un cordon nerveux qui est en avant entre les couches optiques, et sous le nom de com¬ 
missure postérieure, PL VI, 44 > une bandelette nerveuse transversale qui est en arrière 
au-dessous du corps pinéal. PL VI, E. On n’a pas jusqu’à présent apporté assez d’exactitude 
dans la description de ces commissures, car on se contentoit de dire que c’étoient deux 
poutres médullaires transversales ou deux bandelettes médullaires, qui unissoient les 
couches optiques, et par conséquent les deux hémisphères. Nous ferons voir bientôt 
quelles diffèrent considérablement l’une de l’autre par leur situation, leur forme et leurs 
dimensions. 


Quelques anatomistes appelèrent commissure médiane, PL VI, 46 , la masse trans¬ 
versale composée de filamens fins et mous qui va entre les commissures antérieure et 
postérieure d’une couche optique à l’autre. Ces fibres transversales sont presque toujours 
déchirées lorsqu’on sépare les hémisphères ; c’est pourquoi leur existence a été connue 
par un très-petit nombre d’anatomistes, et par d’autres révoquée en doute, entièrement 
niée, ou passée sous silence. Vicq-d’Azyr a fait dessiner cette partie, PL XXIII. Nous 
l’avons représentée, PL VI, 46 , d’après un cerveau où les filets transversaux et les vais¬ 
seaux sanguins qui passent entre eux étoient très-distincts. Lorsqu’on les déchire, sa 
rupture offre une petite éminence sur la paroi interne du grand ganglion inférieur, 
Pl. XI, 46 . 

Nous abandonnons les expressions de grande commissure, et de commissure anté¬ 
rieure, postérieure et médiane et nous souhaitons qu’on bannisse entièrement de l’en¬ 
seignement du système nerveux tous les noms mécaniques, tels que poutres, replis, 
arc, ruban, dentelé, bourrelet, etc. Nous nous en tenons à la notion générale que toutes 
les parties ont leurs réunions, et nous cherchons à découvrir à quelles parties chaque 
réunion appartient. 

Jonctions ou réunions des circonvolutions à la base du cerveau. 

Les filets de réunions des circonvolutions postérieures du lobe moyen, PL XV, A. 70. 
C. D. 27. D. J., et de toutes les circonvolutions du lobe postérieur, PL XV, 27-28, se 
replient derrière les gros faisceaux fibreux, crura cerebri, Pl. XV, g, et derrière le 
grand ganglion inférieur ( couche optique ), PL XV, p, en allant de chaque côté 


DU SYSTÈME NERVEUX. 20 5 

vers l’intérieur, et se rencontrent en direction oblique. PI. XV, 73, 75, 76, 
77, 60. 

Les circonvolutions postérieures du lobe moyen, PL XY, A. entre 70. C. D, et 7$.. 
J. D., donnent principalement les filets de réunion que l’on appelle la voûte (fornix ) 
B. 60, 75 et 77; les circonvolutions postérieures internes, B. chez F, et entre j et a8, 
ont leurs filets de jonction dans le prétendu repli postérieur de la grande commissure, 
entre 75, 76 et 77. La partie que les anatomistes appellent la lyre , la harpe , psalte¬ 
rium, est 1 ensemble des filets de jonction des deux côtés de la voûte. 

Les filets de réunion des circonvolutions antérieures du lobe moyen et de quelque cir¬ 
convolutions situées au fond de la fissure de Sylvius, PL XIII. w. w. w. se dirigent de 
dehors en dedans, et se réunissent vers la partie la plus antérieure des circonvolutions 
les plus internes du lobe moyen, PL XIII. 74. Ils forment un cordon nerveux qui, chez 
les adultes, est presque de la grosseur d’un tuyau de plume, traverse en avant et infé¬ 
rieurement la moitié extérieure du ganglion supérieur 4 ( corps strié ), sans cependant y 
être adhérent, et se joint dans la ligne médiane avec le cordon congénère*du côté op¬ 
posé. De cette manière les deux cordons forment un arc dont la partie convexe est dirigée 
en avant, PL XIII. 61. Chez le cheval au contraire, ainsi que chez le bœuf, le cochon, 
le mouton, PL XIY, 61 , le chien, le chat, etc., les fibres ne viennent que des circon¬ 
volutions antérieures inférieures; c’est pourquoi elles vont d’avant en arrière, en se réu¬ 
nissant , et forment un arc dont la partie convexe est dirigée en arrière. Les anatomistes 
donnent à cette jonction le nom de commissure anterieure. M. Chaussier 1 pense que ses 
fibres se confondent avec les gros faisceaux fibreux ( pédoncules du cerveau ), et avec la 
grande réunion ( nommée par lui, mésolobe ) ; mais aucune de ces suppositions n’est 
fondée en réalité. Varoli en a parlé le premier d’une manière positive. Yieussens, Santo- 
rini, Sabatier, Vicq-d’Azyr, Sœmmerring l’ont décrite avec exactitude, à l’exception du 
mode de sa naissance. Sabatier a, en la raclant, reconnu le premier la structure fibreuse 
de cette réunion. 

On ne peut pas suivre la commissure postérieure, PL VI. 44 > jusques aux circonvo¬ 
lutions. Elle ne se prolonge que durant un court intervalle dans le grand ganglion infé¬ 
rieur du cerveau (couche optique). Elle forme ordinairement, au point de sa jonction, 
une bandelette plate, et non point un cordon rond, PL XI. 44 ; elle est beaucoup plus 
petite que la commissure antérieure, PL XI. 6i ; Vicq-d’Azyr, dans sa coupe verticale, 
l’a fait représenter trop grosse et trop ronde. Il suit de tout ceci que les anatomistes 
ont tort de regarder les commissures antérieure et postérieure, comme étant de forme 
semblable. 

Les circonvolutions inférieures du lobe antérieur ont leur réunion en avant du gan- 


ao 6 anatomie et physiologie 

glion supérieur ( corps strié ), au point que l’on a appelé jusqu a présent le repli anté¬ 
rieur du corps calleux, PL XIII- B ; PL XVII. A. 68-68. 

Les animaux chez qui les circonvolutions inférieures du lobe antérieur sont fort 
petites, doivent naturellement avoir cet appareil de réunion très-petit, PL XIV, XVI. 68. 

' Réunions des circonvolutions supérieures. 

Toutes les circonvolutions supérieures des deux hémisphères ont leurs filets de jonc¬ 
tion dans la grande commissure, PL VII. A. et PL XI, a,/*,a; PL XVI. XVII. 79, 80, 
81,82, 83 . 

Cette commissure doit, de même que toutes les autres, avoir une grosseur propor¬ 
tionnée à celle des parties par lesquelles elle est formée. C’est pourquoi elle est beaucoup 
plus petite chez le mouton, PL VII, a, a, que chez l’homme, Pl. XI. a, «*, a. 

Comme Hideux hémisphères sont séparés en arrière et en avant, les filets de réunion 
des circonvolutions placées le plus en arrière et le plus en avant, ne peuvent pas, pour 
se joindre, suivre une ligne droite; mais les circonvolutions inférieures du lobe posté¬ 
rieur, PL XIV, XV, F, se dirigent en avant et intérieurement, et les circonvolutions 
inférieures antérieures du lobe antérieur, PL XIV, XVI, XVII, g 3 , se dirigent en ar¬ 
rière, et intérieurement, afin de se réunir dans le repli de la grande commissure. 

C’est par la même raison que les filets de réunion des circonvolutions supérieures des 
hémisphères se dirigent par derrière, PL XVI, XVII, A. 81, en avant et intérieurement, 
et par-devant 83 , en arrière et intérieurement; ce n’est que dans la région médiane, 
82 , que les fibres suivent une direction transversale. 

De cette manière le nombre des faisceaux qui se réunissent est plus considérable dans 
l’extrémité antérieure et postérieure que dans le milieu de la grande commissure ■ c’est 
pourquoi elle est plus épaisse dans ses parties antérieure et postérieure, et l’est encore 
davantage dans la partie postérieure que dans la partie antérieure, parce que les lobes 
postérieurs sont plus considérables. 

Les cavités se prolongeant dans les parties postérieures et antérieures des hémisphères, 
entre les masses de réunion des circonvolutions supérieures et inférieures, les anatomistes 
qui regardoient la grande commissure principalement d’en haut, et dans le sens de sa 
longueur, s’imaginèrent qu’en arrière et en avant elle se replioit par en bas. 

Vicq-d’Azyr a représenté la grande commissure du cerveau dans toute sa longueur 
par en haut, Pl. IV, par en bas, PL XXIV; mais son origine lui étoit aussi peu connue 
qu’aux autres anatomistes. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 20 rj 

Nous répétons que les réunions dès parties du cerveau sont toujours en proportion 
directe avec les parties auxquelles elles appartiennent. Ainsi certaines parties du cerveau 
étant très-petites chez les oiseaux, leurs réunions doivent l’être également. Cette petitesse 
est cause que dans l’anatomie comparée on n’a pas vu jusqu’à présent chez les oiseaux 
diverses commissures , ni même le corps calleux, la voûte, et leurs dépendances; et on 
regardoit ces parties comme les signes caractéristiques du cerveau des mammifères Mais 
le type primitif est le même chez tous les animaux. Dès qu’il existe une partie du cerveau, 
elle est double, et chacune est mise en action réciproque avec la partie analogue, par des 
filets ou faisceaux de réunion. Les différences de forme, de grosseur et de direction des 
filets de réunion, ne sont que de simples modifications du même appareil. 

Le cerveau est donc, de même que tous les autres systèmes nerveux, mis en connexion 
et en action et réaction réciproques avec les systèmes antécédens, par des branches com¬ 
muniquantes. De même que les diverses parties de chaque système sont unies entre elles 
et avec elles les parties voisines, de même les diverses parties de chaque hémisphère sont 
unies entre elles, et avec les systèmes voisins. Toutes les parties du cerveau sont engen¬ 
drées , formées, et perfectionnées de la même manière que les autres systèmes nerveux. 
Les parties analogues des deux hémisphères ont, de même que les systèmes nerveux 
analogues de chaque côté du corps, leurs réunions dans la ligne médiane. Qui, dans la 
conformité de ces lois, peut méconnoître le caractère de la vérité ? Peut-on encore pré¬ 
férer la méthode arbitraire, confuse et incohérente d’étudier le cerveau, à notre méthode 
simple, sûre, et si bien suivie ? 

Des cavités du cerveau. 

Plusieurs masses nerveuses du cervelet et du cerveau sont séparées en divers endroits 
par des intervalles, connus sous le nom de ventricules ou cavités du cerveau. On en 
compte cinq; mais c’est mal à propos que l’on admet dans ce nombre le cinquième ven¬ 
tricule, ou l’intervalle compris entre les deux lames de la cloison transparente. On pour¬ 
rait, avec autant de raison, donner le nom de ventricule à la grande fissure de Sylvius , 
qui se trouve entre les lobes antérieur et moyen, et à l’intervalle situé entre les deux 
hémisphèrës du cerveau, ou à chaque enfoncement que l’on voit de deux en deux cir¬ 
convolutions. Les quatre autres cavités étant en communication, on ne peut pas, à pro¬ 
prement parler, les regarder comme des cavités séparées. C’est pourquoi, rejetant les dé¬ 
nominations prises de leur ordre numérique, telles que premier, second ventricule, etc., 
nous nommons ces intervalles d’après les endroits où ils se trouvent. 

De l’intervalle situé devant la partie fondamentale du cervelet , ou de la quatrième cavité 
du cerveau , considérée dans la position verticale du cerveau dans le crâne. 

Nous avons déjà vu que l’intervalle connu sous le nom de quatrième ventricule, PL VI, 

’ Cuvier, 1. c. p. 173. 


20 g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

XI, XYII, m , est compris d’un côté entre la masse PL XVII, B, H qui met en commu¬ 
nication le grand renflement, PL XVII, 86, avec la partie fondamentale, 62, du cer¬ 
velet, celle qui unit, PL VI, XI, XVII, y-z, cette partie fondamentale, 62, avec les 
corps quadri-jumeaux o, n, et de l’autre côte entre la masse nerveuse ascendante, PL XI, 
XVII, 87, du cerveau. Nous avons aussi traité de tout ce que l’on y observe, et nous n’en 
parlons ici que pour le considérer relativement à sa connexion avec les autres intervalles. 

Du canal situé devant les tubercules quadri-jumeaux (aqueduc de Sylviusj. 

L’intervalle, PL VI, XI, XVII, m, situé devant la partie fondamentale du cervelet se 
prolonge en haut entre la commissure, PL VI, XVII, x, des tubercules quadri-jumeaux 
n, o, et les gros faisceaux fibreux, PL XVII, g, forme un canal, PL XI,XVII, <p, qui 
porte le nom d ’aqueduc de Sylvius , quoiqu’il fût connu des anatomistes plus anciens, 
par exemple de Bérengar. 

De l’intervalle situé entre les deux grands ganglions inférieurs du cerveau ( couches 
optiques ) ou de la troisième cavité. 

Le canal, PL XI, XVII, <p, situé devant les tubercules quadri-jumeaux, n, 0, s’ouvre 
entre les deux ganglions inférieurs , PL XVII, p. p. du cerveau. Les deux côtés de la 
masse nerveuse ascendante qui est plus basse que ce canal, étant joints par une couche 
intermédiaire horizontale, PL XI, 86, 87,90 , et les deux ganglions inférieurs du cer¬ 
veau ( couches optiques ), n’étant que placés l’un près de l’autre, on a aussi appelé cet 
intervalle un ventricule, PL VI, XI, XVII, M. 

De l’intervalle situé dans l’intérieur des hémisphères du cerveau, ou des grandes cavités 
latérales, ou des ventricules tricornes. 

De l’intervalle, PL VI , XI, M, situé entre les grands ganglions inférieurs du cerveau, 
on arrive des deux côtés entre le bord supérieur interne, PL XVIII, B. 43 , de ce gan¬ 
glion (couche optique), et la voûte (fomix )PL XI, XVII, y, 60 , au grand intervalle, 
Pl. XVII, B. N., de chaque hémisphère du cerveau. Ces cavités s’étendent en avant, en 
arrière, et par côté dans le lobe moyen. 

Pour se former quelque idée des grandes cavités du cerveau, on doit consulter les plan¬ 
ches XI, XV, XVII. La cavité que l’on voit indiquée PL XVII, B. N., entre p. p. et 60,7 8, 
se prolonge au-dessus de la masse nerveuse, Pl. XVII, B. PL XI, 5q ,58, 5 q, et au-dessous 
des circonvolutions, 93, 93. Cette même cavité se prolonge aussi par derrière, PL XVII, 
au-dessous de 60, 77 , 73, 75, et au-dessous des circonvolutions, dans le voisinage de 
J et de F, comme on le voit PL XV, A. 81, et PL XVII, A. 8 1, 80, 79 5 elle continue 
sans interruption, PL XV, au-dessous des circonvolutions, J. D. D. C. 70 , des deux 
côtés, jusques dans le lobe moyen. 

Il sera plus difficile au lecteur qui ne peut pas voir les objets, PL XV, B. N. N. N, 


DU SYSTÈME NERVEUX. OQQ 

'dans la nature, de se représenter la conformation des parois des grandes cavités que leur 
étendue et leur situation. Les parties postérieures et latérales sont tapissées entièrement 
de filets nerveux convergens. On voit en bas de la partie moyenne le grand ganglion 
inférieur du cerveau ( couche optique)5 vers la partie externe une portion du grand 
ganglion supérieur (corps strié); en dessus une portion de la grande commissure (corps 
calleux), et vers la partie interne une portion de la voûte. Les parois des cavités anté¬ 
rieures sont principalement formées du côté externe par la partie la plus épaisse du 
grand ganglion supérieur ( corps strié ) ; en haut par une partie de la grande commis¬ 
sure du cerveau ; du côté interne par la cloison transparente, et en bas par les filets de 
réunion des circonvolutions inférieures du lobe antérieur du cerveau ( repli antérieur 
du corps calleux ). 

D’après cette structure des grandes cavités du cerveau, l’hydrocéphale peut-elle avoir 
lieu dans un seul hémisphère ? On peut à la vérité se figurer comment une petite quan¬ 
tité de fluide s’amassera dans un seul côté des parties postérieures et latérales de ces 
cavités ; mais une hydrocéphale considérable d’un seul côté ne nous paroît guères pos¬ 
sible ; et surtout lorsque l’accumulation a lieu dans les parties moyenne et antérieure 
de la cavité. Quoique nous n’ayons jamais observé le trou de Monro ( foramen Monroi ) 
dans la cloison transparente, les grandes cavités de chaque côté communiquant pourtant 
avec l’intervalle situé entre les grands ganglions inférieurs, il s’établit un libre passage 
entre les intervalles des deux hémisphères, aussitôt que la voûte a été ün peu écartée et 
soulevée par une quantité considérable de fluide. 

Nos expériences s’accordent parfaitement avec cette conformation. Nous avons quelque¬ 
fois observé dans un seul côté des amas d’eau peu considérables ; mais jamais .de grands 
hydrocéphales. Tous les crânes de fortes hydrocéphales que nous avons eu occasion d’ob¬ 
server dans différens cabinets, prouvent que toujours les deux hémisphères avoient pris 
de l’extension. Nous reviendrons à cet objet dans la physiologie. 

De la structure des circonvolutions du cerveau, et de leur déploiement ou déplissement. 

Après, tout ce que nous venons de dire sur le système nerveux en général, et sur le 
cerveau en particulier , nous pensons qu’il est superflu de répondre aux adversaires qui 
voudroient restreindre le mérite de nos découvertes anatomiques au seul déploiement 
des circonvolutions du cerveau. On s’est, par la même raison, principalement attaché à 
combattre la possibilité de cette opération. Il est vrai que, pour comprendre cette possi¬ 
bilité , il faut avoir une idée exacte de la structure des circonvolutions, et cette notion 
exige la connoissance la plus profonde de l’organisation du cerveau. Aussi regardons-nous 
ce fait comme de la plus grande importance, et avec d’autant plus de raison, que les 
circonvolutions nous paroissent être le complément et le but de l’organisation du cer¬ 
veau, et que cette structure nous fournit un grand nombre d’éclaircissemens intéressans 
pour la philosophie et la physiologie. C’est pourquoi nous l’avons traité avec le plus grand 


21Q ANATOMIE ET rhmutuuiû 

détail dans notre réponse au rapport des Commissaires de 1 Institut, depuis la page 1 65 
jusqua la page 206, et nous avons cherché par le moyen de figures à le rendre plus 
facile à saisir. Nous allons nous en occuper encore, et répondre succinctement à toutes les 
objections faites à cet égard. 

Jusqu’à présent on s’étoit figuré, ainsi que nous l’avons déjà dit, que la membrane 
vasculaire s’enfoncoit en di flore ns points dans la substance médullaire du cerveau, pour 
y faire pénétrer le sang à une plus grande profondeur, et que de là provenoient les iné¬ 
galités, les enfoncemens ou les anfractuosités et les circonvolutions. 

Mais la structure du cerveau n’est pas aussi mécanique ni aussi accidentelle ; les cir¬ 
convolutions sont le résultat d’un arrangement plus important et mieux calculé. Dès que 
les faisceaux nerveux sortans ou divergens se sont entrecroisés au bord externe des grandes 
cavités avec les filets rentrans, en y formant le tissu dont nous avons parlé, ils s’écartent 
toujours davantage les uns des autres, se prolongent et forment, comme tous les autres 
systèmes nerveux, une expansion fibreuse. Les fibres de chaque faisceau n’ont pas toutes 
la même longueur, ainsi que nous l’avons remarqué. Un grand nombre, surtout 
celles qui sont situées des deux côtés, se terminent immédiatement au-delà des parois 
extérieures des cavités; les autres continuent à se prolonger, mais à des distances iné¬ 
gales, les unes à côté des autres; celles qui sont situées en dedans, s’étendent le plus loin. 
C’est ainsi que sê forment à l’extérieur les prolongemens de chaque faisceau, et de deux 
en deux faisceaux, des intervalles, enfoncemens ou sinuosités. Toutes ces fibres sont re¬ 
couvertes à leur extrémité périphérique de substance grise qui doit affecter la forme de 
l’expansion nerveuse. La plupart de ces prolongemens ont une position un peu courbe 
ou inclinée, PI. X en XXV, et sont rarement placés verticalement sur le fond des ven¬ 
tricules; très-souvent leur bord supérieur est déprimé, PI. XenX, ce qui leur donne 
une figure semblable à celle que prend un pli d’étoffe ou de papier, quand on presse un 
peu en dedans sa sommité extérieure. 

Lorsque loft coupe perpendiculairement' et en travers un de ces prolongemens, on 
voit que la substance blanche fibreuse est plus large à la base des circonvolutions, et de¬ 
vient toujours plus étroite en allant vers la partie supérieure. Cela vient de ce que les 
fibres nerveuses de chaque côté se perdent successivement dans la substance grise, tandis 
que celles du milieu se prolongent seules jusqu’à l’extrémité. Cette coupe ne fait voir à 
la vérité la substance fibreuse que comme une simple masse médullaire homogène ; nulle 
part l’œil n’y découvre de ligne de démarcation ; même après une légère traction on ne 
peut apercevoir des deux côtés aucune séparation des fibres. 

Cependant les fibres de chaque prolongement ne se réunissent pas en un seul faisceau, 
comme les fibres des nerfs optiques et acoustiques ; mais elles forment deux couches 
particulières, qui se touchent dans la ligne médiane de chaque prolongement ou circon¬ 
volution , et sont légèrement agglutinées, l’une contre l’autre, par le moyen d’un nevri- 
lème muqueux ou d’un tissu cellulaire très-fin. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 211 

Par conséquent chaque circonvolution ou prolongement consiste en deux couches 
fibreuses qui sont recouvertes entièrement d’une épaisseur presque égale de substance 
grise; c’est de la mêmé manière que sont formés les feuillets ou prolongemens du cer¬ 
velet, avec cette différence, que dans le cerveau les couches sont beaucoup plus con¬ 
sidérables , et qu elles ne se subdivisent qu’en branches secondaires , et non point en 
rameaux et en feuilles , comme dans le cervelet. 

Les deux couches fibreuses formées par les faisceaux ascendans et divergens, sont ac¬ 
compagnées aussi par les fibres qui naissent de la substance grise des circonvolutions ; de 
sorte que chaque circonvolution est composée, i°. de fibres nerveuses très-fines rentrantes ; 
2°. des fibres des faisceaux divergens ; 3 °. de l’enveloppe extérieure de substance grise. 

C’est sur cet arrangement qu’est fondée la possibilité de séparer l’une de l’autre les 
deux couches de fibres sans les endommager, et d’étendre en une surface, ou de déployer 
chaque circonvolution ou duplicature. Il suit évidemment de ceci qu’il ne peut pas être 
question d’un déplissement du cerveau tout entier, par exemple des gros faisceaux fibreux 
( crura cerehri ) , des divers ganglions cérébraux, etc. Il en résulte en outre que l’on 
travestit notre idée quand on nous fait dire que chaque circonvolution est un canal ou 
une espèce de petite bourse '. Enfin ni ceux qui ont écrit d’après nos idées, ni nous , 
n’avons jamais avancé que les deux couches des circonvolutions ne sont maintenues dans 
leur état de contiguïté que par le tissu que forme l’entrecroisement des fibres des deux 
ordres; et qu’une fois ce tissu détruit, elles se séparent comme les plis d’un falbala qu’on 
auroit détaché a . Ne nous auroit-on imputé ces expressions erronées qu’afin d’y trouver 
des motifs pour nous adresser des objections fondées ? 

Ce sont les phénomènes anatomiques, physiologiques , pathologiques que l’on ob¬ 
serve dans les hydrocéphales, qui nous ont d’abord mis sur la voie pour arriver par 
degrés à une connoissance exacte des circonvolutions du cerveau. Nous allons exposer 
sommairement l’histoire de la découverte de la structure et du déploiement des circon¬ 
volutions. 

On a cru jusqu’ici que, dans les hydropisies du cerveau, celui-ci étoit plus ou moins 
désorganisé et détruit. Si, comme il arrive presque toujours, toutes les hydrocéphales, 
surtout lorsqu’elles sont considérables, étoient accompagnées d’une grande foiblesse d’es¬ 
prit, ou d’un engourdissement complet des sens extérieurs et intérieurs, nous eussions 
difficilement présumé le contraire. Mais nous avions eu pendant six ans sous les yeux 
une femme qui, attaquée d’une hydropisie du cerveau considérable depuis sa plus tendre 
enfance jusqu’à sa cinquante-quatrième année, n’avoit que le corps un peu grêle, et 
d’ailleurs étoit aussi active et aussi intelligente que les femmes de sa classe. Comme nous 


* Rapport, p. 16. 

* Rapport, p. 40. 


31a ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

étions convaincus depuis long-temps que le cerveau est, l’organe indispensable de l’ame, 
ce phénomène dut nous induire à penser que , dans les hydrocéphales, il se passoit autre 
chose que ce que l’on avoit cru jusqu’alors. Durant la vie de cette femme nous exami¬ 
nâmes plusieurs hydrocéphales considérables, accompagnées de la paralysie de la plupart 
des parties du corps et d’une imbécillité complète. Nous trouvâmes constamment que 
l’eau accumulée dans le cerveau étoit claire, et ne contenoit aucun vestige de dissolu¬ 
tion de cet organe, Nous remarquâmes que la masse du cerveau étoit étendue en une 
grande vessie, ce qui avoit causé la disparition totale ou partielle de presque toutes les 
circonvolutions. Lorsqu’elles avoient disparu entièrement, nous vîmes que l’enveloppe 
de substance grise étoit presque partout d’épaisseur égale. Toute la surface intérieure des 
cavités agrandies étoit parfaitement blanche; et dans la plupart des points on aperce- 
voit très-distinctement non-seulement les fibres nerveuses, mais encore les vaisseaux 
sanguins qui les accompagnent. C’est ce qui servit à nous convaincre davantage que dans 
les hydrocéphales très-fortes, les fibres du cerveau n’éprouvoient aucune espèce de disso¬ 
lution ni de destruction. 

La femme dont nous venons de parler, mourut d’une inflammation des intestins, à 
l’âge de cinquante-quatre ans. Les cavités du cerveau contenoient environ quatre livres 
d’une eau pure et limpide. Les circonvolutions à la partie supérieure du front et au 
sommet de la tête étoient entièrement disparues; plus bas, elles se montroient encore, 
plus ou moins sensiblement. Nous vîmes aussi que la structure fibreuse et les vaisseaux 
sanguins n’avoient nulle part souffert d’altération. Alors nous pûmes comprendre pour¬ 
quoi , dans des cas semblables, les fonctions intellectuelles conservoient souvent; leur 
force. Mais nous n’avions pas encore d’idée nette de la manière dont les cavités du cer¬ 
veau s’étoient agrandies; comment les circonvolutions étoient disparues; comment enfin 
la substance grise se présentoit sur la surface comme une enveloppe d’épaisseur cons¬ 
tamment égale. 

Nous examinâmes les circonvolutions dans l’état naturel, et nous reconnûmes que 
toutes les fibres y étoient dans une position verticale de la base au sommet ; or ces mêmes 
fibres ayant pris, dans l’hydrocéphale, une position horizontale, relativement au contour 
entier des cavités agrandies, nous dûmes en inférer que les circonvolutions qui sont 
droites dans l’état de santé, avoient été divisées en deux parties, et avoient pris une 
position horizontale dans l’hydrocéphale ; que par conséquent elles avoient été déployées. 
Cela nous parut d’autant plus vraisemblable que la couche grise extérieure qui s’enfonce 
dans les intervalles des circonvolutions, a , dans l’hydrocéphale, été trouvée étendue sur 
la couche blanche fibreuse, dans la même proportion que la position de celîe-ci a été 
réduite de verticale en horizontale. 

Alors nous osâmes essayer d’imiter par l’art l’état du cerveau dans les hydrocéphales. 
Nous enlevâmes d’abord la membrane vasculaire et l’arachnoïde. La membrane vascu¬ 
laire n’opfoseroit pas un grand obstacle au déploiement, parce quelle s’enfonce et se 


DU SYSTÈME NERVEUX. 21 5 

double dans les intervalles des circonvolutions, et peut, en conséquence, être séparée 
comme leurs duplicatures. Mais quelquefois des vaisseaux plus forts passent immédiate¬ 
ment d’une, circonvolution pardessus une autre, ce qui rendrait le déploiement plus 
difficile. Alors nous portons les doigts entre le gros faisceau fibreux et la bandelette 
festonnée pour pénétrer dans les cavités postérieure et latérale, et nous les pressons dou¬ 
cement contre leur contour externe. En faisant cette opération, on éprouve dans toute ' 
l’étendue des cavités et à la hase des circonvolutions , une légère résistance produite 
par le tissu, dans l’endroit où les fibres sortantes et rentrantes s’entrecroisent. Cet entre¬ 
croisement des deux ordres de fibres est aisé à démontrer; cependant on ne peut pas les 
détacher les unes des autres sans en déchirer le tissu. On conçoit »pourtant sans peine 
comment cela peut être effectué par la pression lente , douce et constante de l’eau 
augmentée graduellement dans les cavités du cerveau. 

Lorsque l’on a rompu ce tissu les circonvolutions ou duplicatures se séparent facile¬ 
ment et sans destruction des fibres, et se laissent déployer en une expansion membra¬ 
neuse. Toute la face intérieure de cette expansion consiste uniquement, comme dans les 
hydrocéphales, en fibres nerveuses; elle est entièrement blanche, lisse et intacte; la 
surface extérieure est recouverte de substance grise. 

Quand on coupe verticalement et en travers une circonvolution jusqu’à la base, on 
peut, par une pression continue mais douce, séparer avec les doigts les deux couches 
fibreuses des circonvolutions ; et les parois intérieures restent de même lisses dans cette 
manière d’opérer. 

Si l’on met dans la main une portion des hémisphères avec la partie convexe, et que 
l’on détruise le tissu dans la base des duplicatures, on peut, par un léger effort, déta¬ 
cher les deux couches des circonvolutions, parce qu’elles sont légèrement collées l’une fc 
l’autre. Pendant qu’on les détache en passant légèrement les doigts par-dessus, on aper¬ 
çoit toujours au point où la séparation s’effectue, un petit sillon, et en même temps la 
direction perpendiculaire des fibres nerveuses et des vaisseaux sanguins. Toutes ces choses 
ne pourraient pas se présenter de cette manière, si les circonvolutions ne consistaient 
pas réellement en deux couches fibreuses qui ne soht pas adhérentes ni réunies par des 
fibres transversales, mais simplement attachées par un tissu cellulaire ou gélatineux, fin 
et lâche. 

Si l’on coupe les circonvolutions dans le contour extérieur des cavités, conséquemment 
en dehors du tissu, elles se laissent étendre aussi en une surface plane, sans aucune 
destruction. . 

Si l’on fait durcir, dans l’alcohol ou dans l’acide nitrique ou muriatique étendu 
d’alcohol, des tranches de circonvolutions, ou si on les fait bouillir dans de l’huile, les 
deux couches se séparent très-aisément, et uniquement dans la ligne médiane; on 

i. . 54 1 


I 


31 ^ anatomie et physiologie 

n’aperçoit sur les deux faces intérieures aucun vestige de fibres nerveuses déchirées, 
quoique l’on voie très-distinctement l’expansion fibreuse. 

L’on nous a objecté que la séparation des fibres est possible dans tous les points, et 
4à côté de la ligne médiane Cela doit être ainsi, parce que chaque couche est composée 
de fibres qui suivent la même direction. On peut aussi séparer de cette manière les 
fibres de chaque faisceau musculaire; mais la séparation des muscles placés les uns à côté 
des autres, s’opère bien plus aisément. De même les fibres sur les côtés de la ligne mé¬ 
diane se raccourcissant toujours de plus en plus, et s’enfonçant de chaque côté dans la 
substance grise, elles^doivent, dans la séparation, s’arracher de chaque côté d’autant plus 
'vite qu’on l’a commencée plus en dehors sur les côtés. 

Les expériences suivantes prouvent incontestablement que chaque circonvolution est 
une duplicature de deux couches fibreuses, et que ces deux couches ne sont pas adhé¬ 
rentes, mais simplement attachées très-légèrement l’une à l’autre. 

Si avec un tube on souffle sur la coupe transversale d’une circonvolution, on peut 
bien finir par détruire la substance grise et la substance blanche, mais on n’opère pas la 
séparation des fibres, ni des deux substances. Mais lorsque l’on souffle sur la ligne mé- 
diane, la circonvolution ou la duplicature se fend de la base au sommet, PI. X. en II. 
i- 3 . Si l’on essaye la même expérience sur une circonvolution un peu déprimée par le 
sommet, elle s’entr’ouvre à la base par une fente simple, PL X. en II. 1 ; et dans la partie 
supérieure déprimée la fente se prolonge vers les deux coins, PI. X. en II. 2. 2. On 
produit le même effet avec le pli d’une étoffe, lorsqu’on en déprime un peu la partie 
supérieure. 

^ Quand au lieu de souffler on jette avec une seringue de l’eau sur la coupe transversale 
d’une circonvolution, la séparation se fait dans le milieu de la même manière, et avec 
tant de facilité que l’injection de quelques filets d’eau la propage à trois ou quatre pouces 
dans l’intérieur des circonvolutions; lors même qu’elles ont des sinuosités ou des sub¬ 
divisions latérales, l’eau passe par toutes les courbures, et toujours dans la ligne mé¬ 
diane. Si après cela on coupe longitudinalement le bord supérieur des circonvolutions, 
et si l’on en enlève l’épaisseur d’environ deux lignes avec le scalpel ou avec les ciseaux, 
on trouve toute la circonvolution divisée en deux parties égales, et l’on voit encore très- 
distinctement comment les fibres s’épanouissent et pénètrent de chaque côté dans la 
substance grise. 

Mais bien plus, si l’on jette de l’eau sur le côté extérieur d’une circonvolution, jusqu’à 
ce que la substance grise et la moitié de la subtance blanche soient détruites ; ou bien si 
l’on ouvre latéralement une circonvolution jusqu’à la ligne médiane, et si l’on injecte 


* Rapport, p. 42* 


DU SYSTÈME NERVEUX. 21 5 

l’eau avec la même force dans l’ouverture, l’eau, arrivée à la ligne médiane se porte à 
droite et à gauche, et sépare la duplicature dans une étendue d’un à deux pouces, de 
même que dans les expériences précédentes. Les substances blanche et grise, placées vis- 
à-vis de l’ouverture, ne sont nullement endommagées, et les fibres nerveuses, ainsi que 
leur direction, sont aussi visibles que dans les autres expériences. 

• • « 

Malgré tant de démonstrations qui prouvent évidemment que les circonvolutions ne 
sont que deux couches de fibres nerveuses adossées les unes aux autres, et entourées 
de substance grise, on continue cependant à parler d’une substance blanche, pulpeuse et , 
molle dans les circonvolutions. Au lieu d’admettre les couches fibreuses contre lesquelles 
on a cru devoir se déclarer, parce qu’elles avoient fait trop de bruit, on aima mieux 
supposer que la matière blanche qui se trouve dans les circonvolutions , est formée de deux 
parties qui adhèrent entre elles plus faiblement, que les molécules de chacune en parti¬ 
culier \ On compare ces deux partiel avec les deux lames de la dure-mère, mais on 
ne veut pas adopter de duplicature a . Or, la dure-mère étant formée de deux lames, qui 
en plusieurs endroits ont une adhérence si foible qu’on peut facilement les faire glisser 
l’une sur l’autre en les frottant un peu entre les doigts, cette comparaison parle plus évi¬ 
demment pour deux couches séparées que pour une matière médullaire à laquelle on 
suppose gratuitement une adhésion bien foible dans la ligne médiane. 

Au reste l’idée d’une matière pulpeuse contredit tous les phénomènes anatomiques et 
physiologiques que nous avons allégués. Sans répéter toutes les expériences rapportées 
plus haut, et les preuves qui établissent la structure fibreuse de la substance blanche, on 
doit reconnoître que cette prétendue matière molle seroit détruite ou emportée, lors¬ 
qu’on y souffle de l’air, ou qu’on y jette de l’eau. Avec cette matière molle comment 
expliquer pourquoi, dans toutes les expériences, la séparation se fait toujours dans le 
milieu ? Comment concevoir la raison pour laquelle la face irftérieure des deux couches 
qui viennent d’être séparées, présente toujours une apparence fibreuse et entièrement 
lisse ? * 

Ce seroit vraiment incompréhensible, si ce qu’on a aussi avancé se trouvoit vrai, 
savoir que dans le déplissement des circonvolutions les vaisseaux sanguins ne se rompent 
pas, parce qu’ils se laissent tirer comme des filets qui traverseroient de la pommade ou 
de la gelée 3 . Dans ce cas, la face intérieure; n’auroit-elle pas une apparence inégale et 
grumeleuse ? Lorsque les circonvolutions ont été durcies dans de l’esprit-de-vin, dans 
les acidesunuriatique ou nitrique afïoiblis, ou bouillis dans l’hyple, cette matière qu’on 
prétend être plus molle dans le milieu 4 , devroit également acquérir plus de consis¬ 
tance, et la séparation, au lieu de se faire plus facilement, comme cela a lieu, devroit 

“ Rapport, p. 43 . 

* Rapp. p. 44. 

’ Rapp. p. 41. 

4 Rapp. p. 44. 


, 


21 g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

s’opérer avec plus de difficulté; car après que les circonvolutions ont subi toutes ces 
préparations, la séparation par les parties latérales n’est pas possible, sans déchirer beau¬ 
coup de fibres. L’on a avoué ‘ que, dans le déplissement des circonvolutions, l’on ne 
pouvoit découvrir aucun vestige de fibres qui passent d’un côté à l’autre; ce qui s’ac¬ 
corde très-bien avec la direction des fibres qui vont perpendiculairement de la base au 
sommet, mais aucunement avec l’existence d’une matière molle. 

Ceux quj ont cru, avec MM. Walter et Ackermann, à une substance médullaire dans 
le cerveau, ont dû aussi soutenir que dans les hydrocéphales considérables il y a des¬ 
truction complète de l’organisation, et que par conséquent tout exercice des fonctions 
intellectuelles devient absolument impossible. Or c’est ce qui arriveroit bien plus faci¬ 
lement avec une matière pulpeuse. 

En admettant cette matière molle, il devient-même impossible de supposer l’exis¬ 
tence d’une hydrocéphale considérable. Car alors aussitôt qu’une expansion se seroit 
effectuée plus fortement dans une portion du cerveau que dans une autre, la matière 
médullaire se romproit, l’hydrocéphale ne pourroit plus prendre d’accroissement, et 
l’individu cesserôît de vivre. Mais nous voyons que lors même que plusieurs portions 
considérables sont complètement déplissées, et se sont étendues dans une membrane 
dont l’épaisseur est à peine de deux lignes, elles résistent jusqu’à ce que le même chan¬ 
gement ait eu lieu dans toutes les circonvolutions. 

Quelques anatomistes semblent avoir pressenti cette difficulté, et, pour se tirer d’em¬ 
barras , ils ont eu recours à une autre idée erronée. Ils ont prétendu que la substance 
grise étoit très-tenace, et beaucoup plus que la substance blanche ; ce qui la mettroit à 
même de résister à la rupture de cette dernière, à qui elle permettroit l’extension qu’on 
.observe dans les hydrocéphales considérables. MM. les Commissaires de l’Institut, dans 
leur rapport 2 sur notre mémoire, parlent même, avec M. le professeur Ackermann 3 , 
de la substance grise, comme étant la cause spéciale de la possibilité du déplissement.. 
Mais comme la substance grise est évidemment plus molle que la blanche, vérité qui 
jusqu’à présent a été reconnue par tous les anatomistes ; comme cette substance n’est 
disposée en couches que dans les points où les filamens nerveux forment des couches, et 
. que dans les autres endroits elle se trouve réunie en gros amas ; comme dans lès endroits 
même où elle est disposée en couches, elle tombe en grumeaux aussitôt qu’on l’enlève 
avec violence de dessus les fibres nerveuses, cette erreur qui n’est qu’un subterfuge, ne 
mérite pas une plus ample réfutation. 

41 * - 

On se servoit encore d’une autre supposition erronée pour expliquer le déplissement. 
<( La matière médullaire qui remplit les circonvolutions est si molle, disoit-on 4 , quelle 

* Rapport, p. 43. 

•Pag. i& 

’L. c. §.5. 

♦ Rapp. p. 41 . 


DU SYSTÈME NERVEUX. 217 

s’affaisse sur elle-même par son propre poids, et que, pour peu qu’on soutienne du 
doigt la convexité ou le dos d’une de ces circonvolutions, ses deux côtés s’écartent hori¬ 
zontalement, et emportent chacun une partie de la matière blanche qui occupoit leur 
intervalle ”. Nous invitons tous les anatomistes à se convaincre par leur propre expé¬ 
rience de ^inexactitude de cette assertion. La substance blanche ne s’affaisse pas d’elle- 
même; les circonvolutions ne (l se développent point d’elles-mêmes, et par conséquent 
n’emportent pas des deux côtés une partie de la substance blanche. Si la séparation étoit 
une déchirure, les duplicatures se déchireroient irrégulièrement en couêhes tantôt plus 
minces, tantôt plus épaisses, et on n’apercevroit pas le sillon dont nous avons parlé, 
dans le point de la séparation. La matière blanche et molle, au lieu d’être uniformé¬ 
ment répartie de chaque côté, resteroit alors attachée en grumeaux ou en flocons irré- 
gqliérs aux vaisseaux dont on la dit traversée. 

On retrouve les mêmes inexactitudes et les mêmes suppositions arbitraires dans les 
raisonnemens dë M. Ackertnann. Se fondant sur de prétendues expériences, il dit 1 ïpje, 
« dans un cerveau frais, et même dans ceux que l’on a gardés quelque temps, lorsque 
la membrane vasculaire a été enlevée, les plis ( gyri ) gris de 1 st superficie se déta¬ 
chent les uns des autres par un tiraillement violent, et présentent en effet, d’une 
manière décevante, un cerveau transformé en une expansion membraneuse ®. Une im¬ 
putation aussi grossière ne peut nous être faite que par ceux qui, avec M. Ackermann, 
regardent la substance fibreuse du cerveau comme une masse médullaire, une matière 
médullaire , Manche , pulpeuse., molle , ou comme de la pommade ou de la gelée . 

Quelques anatomistes n’ont vu dans l’hydrocéphale qu’une simple extension des ca¬ 
vités du cerveau *. Mais comment expliquer par cette supposition la disparition totale 
des circonvolutions ? Si les cavités n’éprouvoient qu’une simple extension, les circonvo¬ 
lutions s’écarteroient toujours plus les unes des autres, mais ne seroient pas déplissées, 
et leurs couches ne deviendroient pas v ,horizontales, de verticales qu’elles étoient aupa¬ 
ravant. 

D’autres anatomistes pensent que, dans l’hydrocéphale, la pression du crâne est la 
cause de l’extension du cerveau en un sac membraneùx. Mais cette pression n’explique 
pas pourquoi les sinuosités qui pénètrent si avant disparoissent peu à peu dans les hydro¬ 
céphales complètes, à moins qu’on ne suppose d’avance que la substance grise par la 
suite d’une prétendue ténacité, est l’unique cause du déplissement. Si l’on n’admet pas 
cette idée erronée, le crâne ne pourra nullement empecher que les substances molles, 
grises et blanches n’éprouvent une rupture dans les points où elles ont d’abord éjé éten¬ 
dues et amincies. L’on avoit aussi pressenti cette difficulté, car on se vit forcé à prétendre 
que dans les hydrocéphales on trouvoit encore les 'circonvolutions remplies de matière 


■L.c.§. 5. 
a Rapport, p. 42. 


55 


blanche Il est vrai que, dans les hydrocéphales peu considérables, quelques circonvo¬ 
lutions ne sont effacées qu’en partie, et d’autres ne le sont pas du tout, parce quelles 
ne disparoissent qu’à mesure que l’eau les sépare, et les place dans une position hori¬ 
zontale. Mais que dira-t-on des hydrocéphales où presque toutes les circonvolutions sont 
effacées; où toute la prétendue matière médullaire est réduite à Une couche mince, et 
où toute apparence de circonvolution est disparue ? Peut-on concevoir comment de tels 
malades supportent, souvent durant de longues années, toutes sortes de mouvement et 
de secousses ? * 

Enfin, dit-on a , l’exemple fréquent d’hydrocéphales considérables où les facultés 
intellectuelles restent intactes, ne prouve rien, parce que l’on ne sait pas de quellè 
partie du cerveau, ni de quel arrangement dans l’organisation du cerveau dépendent les 
facultés intèllectuelles. Cette objection fait présumer que l’on veut encore une fois res¬ 
treindre le siège de l’ame à un point unique du cerveau. Or dans les hydrocéphales, .les 
gros 1 faisceaux fibreux, les prétendues glandes pinéale et pituitaire, les couches optiques 
et les corp striés n’éprouvent aucune altération considérable ; on gagneroit donc beau¬ 
coup; si l’on pouvoit confiner l’ame dans l’une de ces parties. 

Mais comme nous avons démontré que tous ces appareils produisent ou renforcent les 
filets nerveux, et ne sont que des appareils préparatoires, que dans tous les autres sys¬ 
tèmes nerveux l’organe n’est complètement formé qu’après leur expansion finale, et qu’en 
conséquence les circonvolutions doivent être considérées comme le complément des or¬ 
ganes des facultés intellectuelles, on doit au moins nous accorder que les circonvolu¬ 
tions sont des conditions essentielles et nécessaires pour les fonctions intellectuelles. Or 
les circonvolutions éprouvant dans l’hydrocéphale les changemens les plus extraordinaires, 
il devroit résulter de cet état une cessation des fonctions intellectuelles, si le changement 
effectué dans l’hydrocéphale avoit pour cause la désorganisation ou la destruction des 
circonvolutions. 

Au contraire si la substance blanche est fibreuse, et si les circonvolutions sont des 
duplicatures de couches fibreuses (nous avons démontré jusqu’à la satiété la vérité de cette 
assertion), alors on conçoit qu’il peut exister un développement considérable des hémis¬ 
phères du cerveau, sans que les parties qui le composent éprouvent une désorganisation; 
les fonctions des fibres du cerveau ne tenant pas à leur position verticale, mais plutôt 
à leur structure intime, peuvent se maintenir sans trouble lorsque la position des fibres 
vient à changer; l’on conçoit même que s’il survenoit une extension de ces fibres, elle 
ne produiroit pas-nécessairement le dérangement de l’organisation intime; la vision 
persiste dans un nerf optique allongé et non désorganisé. 

On convient au reste assez généralement que l’ensemble de la masse du cerveau est 


DU SYSTÈME NERVEUX. 21 g 

l’organe de lame; par conséquent si, lorsqu’on voit que les facultés intellectuelles n’é¬ 
prouvent aucune altération dans les hydrocéphales, on veut restreindre ces facultés à 
une seule partie, il faut considérer les autres parties comme des masses superflues ; il 
faut les appeler avec Bichat tout au plus une simple enveloppe; avec Malpighi un paquet 
d’intestins difformes et impurs; avec Mistichelli une masse confuse inorganisée; avec tant 
d’autres le lieu sécrétoire des fluides impurs, ou un simple organe sécrétoire et excrétoire; 
il faut démontrer que les hémisphères du cerveau, suivant qu’ils sont plus ou moins 
compliqués, et suivant que leurs parties sont plus ou moins développées, n’ont aucune 
influence sur les penchans ni sur les facultés des hommes et des animaux ; enfin il faut 
renoncer à tout examen des phénomènes physiologiques, parce que, dans tous les systèmes 
et dans toutes leurs parties, nous ignorons le principe de leur action. 

Ainsi la formation des circonvolutions et leur déplissement tant naturel qu’artificiel, 
ont une concordance parfaite avec la structure fibreuse delà substance blanche du cerveau 
et avec les lois des autres systèmes nerveux, et servent à expliquer les phénomènes phy¬ 
siologiques et pathologiques des hydrocéphales. Les expériences mécaniques et chimiques 
les plus variées et les plus opposées prouvent la justesse de notre doctrine sur la struc¬ 
ture des circonvolutions; tandis que les autres hypothèses sont en contradiction avec ces 
mêmes faits. Nous croyons donc qu’il est difficile d’administrer, pour toute autre opi¬ 
nion anatomique ou physiologique, des preuves aussi concluantes et aussi multipliées 
que celles qui établissent la possibilité du déplissement des circonvolutions, formées par 
deux couches fibreuses contiguës et légèrement attachées l’une à l’autre. 


220 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 


SECTION X. 

Objets divers. 

Nous avons décrit jusqu’ici la structure du cervelet et du cerveau suivant l’ordre que 
nous prescrivoient les phénomènes physiologiques et les lois de l’organisme. Mais cette 
organisation la plus noble et la plus parfaite de toutes celles qui ont été créées, est si 
Féconde en mystères, la texture de ses parties se dérobe tellement aux sens , et ses par¬ 
ties sont tellement entremêlées, et pour ainsi dire fondues les unes dans les autres, que 
l’on ne peut pas se flatter d’avoir saisi la nature dans sa véritable essence. Nous allons 
présenter quelques objets qui tiennent à la structure du cerveau, mais dont la connexion 
et le but nous sont encore trop peu connus, pour que nous ayons pu en traiter dans 
le lieu convenable. 

Des couches intermédiaires dans la ligne médiane des réunions ou des jonctions. 

On ne peut pas avancer comme une chose certaine que les filets et les faisceaux ner¬ 
veux des parties congénères de chaque côté se fondent les uns dans les autres, et s’unis¬ 
sent ainsi intimement. Car si les faisceaux transversaux des systèmes nerveux de la colonne 
vertébrale, du grand renflement {moelle allongée), du cervelet et du cerveau sont séparés 
dans le milieu par une coupe perpendiculaire, il reste sur chacune des parois intérieures 
une coudie de filets nerveux accompagnés de vaisseaux sanguins qui suivent la même 
direction, comme Bonhomme, Tarin, Yicq-d’Azyr, Sœmmerring et d’autres anato¬ 
mistes l’ont déjà représentée. Les fibres de ces couches médianes ont toujours une direc¬ 
tion opposée à celles des fibres qu’elles semblent séparer. Dans les points vantérieurs et 
postérieurs où la grande commissure du cerveau est la plus épaisse, elles viennent de la 
face extérieure et vont vers le milieu de l’intérieur, en direction^onvergente, ou plutôt 
elles partent du milieu, et se dirigent vers la face extérieure en forme de rayons divergens, 
PI. XI, dans la partie médiane de cette commissure la direction des fibres inter¬ 
médiaires est verticale, PL XI. ^ j entre lès faisceaux ascendans du cerveau, et entre les 
filamens de réunion du cervelet, ces fibres se dirigent horizontalement, lorsqu’on se 
représente toutes les parties dans leur position naturelle. Ces couches interrompent-elles 
entièrement les faisceaux transversaux, ou bien les lierit-elles en les traversant ? Ce qui 
est certain, c’est quelles donnent naissance à une espèce de couture double, appelée le 
Raphé, qui unit plus fermement les filets nerveux. 

De la cloison, appelée transparente. 

Personne n’a encore décrit les véritables rapports de ces deux lamelles fibreuses, 
quoiqu’on les connoisse depuis Galien. On les appelle improprement transparentes. 



DU SYSTÈME NERVEUX. 22 X 

Au bout antérieur de la circonvolution la plus interne de chacun des lobes moyens, 
il sort un faisceau fibreux qui a plus d’une ligne de large, et qui forme souvent comme 
une bandelette à la partie antérieure interne de la grande fissure entre les lobes anté¬ 
rieur et moyen. Ce faisceau se dirige vers la ligne médiane, monte en avant, au-dessus 
de la réunion des nerfs optiques, immédiatement au-devant de la commissure, dite 
antérieure, semble recevoir encore quelques filets de la couche grise, située à la jonction 
des nerfs optiques, se ramifie et s’épanouit, sur le bord intérieur des hémisphères, en 
une membrane mince, et forme avec celle du côté opposé la cloison ( septum lucidum). 
Les filamens de cette membrane nerveuse suivent de bas en haut une direction diver¬ 
gente, et aboutissent aux filets intermédiaires dans la ligne médiane de la grande com¬ 
missure. 

Monro, et plusieurs autres anatomistes, admettent dans cette cloison une ouverture 
particulière par laquelle les deux cavités latérales communiqueroient entre elles. Malgré 
l’attention la plus soutenue, nous n’avons pu trouver cette ouverture, pas même dans 
les hydrocéphales où cette cloison est très-distendue. 

Des entrelacemens transversaux dans les appareils de renforcement. 

Dans le règne végétal ce n’est pas seulement par de nouveaux amas de substance 
corticale que les fibres ligneuses reçoivent du renforcement ; il existe aussi dans ces amas 
particuliers des couches et des anneaux transversaux,: de même on trouve dans le cer¬ 
veau des entrelacemens transversaux partout où il y a un fort renflement, ou un grand 
appareil de renforcement. Cet arrangement semble jouer un rôle important dans le 
cerveau. Souvent on aperçoit, un pareil entrelacement transversal au bas des corps oli- 
vaires, où, dans des cas très-rares, il est vraiment frappant, PL XIII, 66. De pareils 
entrelacemens transversaux sont visibles dans tous les»cerveaux qui ont de la consistance: 
i°. au bord supérieur de la grande commissure du cervelet ( pont), PL V, A. 33; a 0 , au 
milieu du gros faisceau fibreux, Pl. III, IY, V, 34; 3°. au-dessous du nerf optique, à 
son bord extérieur supérieur, PL V, A, PL X. 35; 4°- à l’endroit du renforcement des 
filamens nerveux qui forment les circonvolutions supérieures du lobe moyen, PL V, A. 
36; 5°. on en voit un considérable entre les grands ganglions inférieur et supérieur du 
cerveau {couche optique et corps strié ) ; dans les cavités il est connu sous le nom de ban¬ 
delette semi-circulaire {tcenia sem-circularis) , PL Y, A.; PL VI. X. 37. 6°. au bord exté¬ 
rieur du grand ganglion supérieur du cerveau ( corps strié), PL V, A. ; PL X, 38. Ces 
entrelacemens transversaux n’existent pas seulement sur les contours extérieurs, ils pé¬ 
nètrent aussi dans l’intérieur de tout le ganglion auquel ils appartiennent. Ceux qui sont 
désignés par les chiffres 34? 35,36, 3y, se voient très-distinctement dans la grande 
cavité de chaque hémisphère, PL YI. 34, 35, 36 et 37. , 

Nous ne pouvons hasarder aucune supposition sur la destination de ces entrelace¬ 
mens. Il n’est pas vraisemblable qu’ils n’ont que l’usage mécanique de maintenir ensem- 
1. 56 


323 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

les filamens nerveux qui sont encore si minces et si molles à l’instant de leur naissance 
dans la substance grise. 

Vicq-d’Azyr ne regardoit nullement ces entrelacemens transversaux comme un appa¬ 
reil particulier du système nerveux, et cest à tort quon lui attribue cetteconnoissance 
Il considère ceux qu’il a fait très-mal dessiner, comme des parties des corps striés, et il 
les appelle : « des arcades qui appartiennent aux corps striés. Les unes, ajoute-t-il, sont 
composées de substance blanche, les autres le sont de substance cendrée 2 n . 

Des corps appelés mammillaires. 

On voit chez l’homme à la face inferieure du cerveau, entre les gros faisceaux fibreux, 
derrière la couche de substance grise, située à la jonction du nerf optique, deux élé¬ 
vations arrondies, blanches en dehors, grises en dedans, et de la grosseur d’un pois. Ces 
tubercules sont adhérens à cette substance grise. Chez les animaux ils sont légèrement 
adhérens dans la ligne médiane, et ne semblent former qu’une éminence simple, PI. III. 
16. De chaque tubercule sortent trois cordons nerveux, deux internes et un externe. Ce 
dernier se joint, au bord extérieur du ganglion cérébral inférieur ( couche optique), 
avec l’entrelacement transversal situé au-dessous du nerf optique, PI. V. A; PL XIII, 
B. 35. Le cordon interne postérieur se prolonge vers l’intérieur, dans la masse du grand 
ganglion cérébral inférieur, jusqu’à l’entrelacement transversal intérieur dont nous ve¬ 
nons de parler, PL XVII. 84* Le cordon interne antérieur passe à travers la couche 
grise, placée derrière la jonction du nerf optique, et se prolonge dans le pilier antérieur 
de la voûte, PL XVII. B. y. 

Ces tubercules que l’on appelle corps mammillaires ( corpora mammillaria ) semblent 
être de véritables ganglions, et engendrer des filets nerveux particuliers, qui communiquent 
avec les entrelacemens transversaux, et avec les filets de réunion que l’on appelle la voûte. 

Des prétendues glandes pinéale et pituitaire. 

On convient aujourd’hui assez généralement que ces deux parties ne sont pas des 
glandes. On regarde leurs particules intégrantes comme analogues à toutes celles de la 
masse du cerveau, et on croit qu’elles sont composées, ainsi que le cerveau, de subs¬ 
tance grise et de substance blanche. Conformément aux principes que nous avons établis, 
ces deux parties doivent être considérées comme dé véritables ganglions, où prennent 
naissance des cordons nerveux particuliers. 

Le corps pinéal est gris, rougeâtre, tantôt cordiforme, tantôt arrondi, tantôt en forme 
de pomme de pin; il est situé entre la paire antérieure des tubercules quadri-jumeaux, 

1 Rapport sur notre mémoire, p. 35. 

■ Vicq-d’Azyr, Anat. et phys. PL XXII, pag. 74, et PI. XXIII, p. j5. 



DU SYSTÈME NERVEUX. 22 3 

de sorte que son extrémité obtuse est tournée en arrière, PI. VI, VII. E. Quatre filets 
nerveux y prennerlt naissance ; deux dans chacune de ces moitiés. L’un se dirige en 
avant au-dessus du bord supérieur interne du grand ganglion cérébral inférieur, PL VI, 
VII, XI, XIV, XVII, 43, et vît jusqu’à l’entrelacement transversal 35. Le second se 
dirige en arrière, et en bas, et est adhérent à la masse de réunion des tubercules quadri¬ 
jumeaux, PL XI, XIV, XVII, 45. 

C’est à la partie antérieure du corps pinéal que l’on trouve des concrétions graveleuses, 
ücervulus de Sœmmerring; mais elles n’entrent pas dans l’ordre de nos recherches, 

Galien comparoit la glande pinéale au pylore de l’estomac, et disoit quelle servoit à 
faire passer le pneuma du ventricule moyen du cerveau dans le ventricule du cervelet. 
Il faut que Descartes eût des idées bien rétrécies de la structure du cerveau et des fonctions 
de l’ame, pour croire qu’elle avoit son siège dans une partie si insignifiante. Aujourd’hui 
ce seroit prendre une peine superflue de citer les argumens que Sténon 1 opposa auüc 
Cartésiens pour réfuter une opinion qui ne compte plus de partisans. 

La prétendue glande pituitaire est un amas de substance grise situé derrière la jonction 
des nerfs optiques. Elle est visiblement traversée par des filamens blancs qui y prennent 
naissance. Elle se prolonge au-dessous de l’entrecroisement des nerfs optiques , dans la 
partie qu’on appelle l’entonnoir. Ce corps doit donc être considéré comme la partie 
moyenne de la couche de substance grise, où de nouveaux filamens nerveux prennent 
naissance. 


Ce qui nous reste à dire sur le cerveau peut être placé plus convenablement sous le 
point de vue physiologique que sous le point de vue anatomique ; par exemple les diffé- 
rens rapports des cerveaux des divers animaux ; les rapports du cerveau avec l’ensemble du 
corps, ou avec quelques-unes de ses parties, comme le visage, etc. ; le rapport des parties 
du cerveau entre elles ; la marche du développement et de la diminution graduelle des 
parties du cerveau ; la différence du cerveau chez les différentes nations et les divers indi¬ 
vidus ; sa différence dans les deux sexes ; les maladies des diverses parties du cerveau, etc. 
Ainsi nous remettons l’éclaircissement de tous ces objets à l’instant où nous nous occupe¬ 
rons de la physiologie du cerveau pour en faire l’application à des idées plus élevées. 

Thèses générales anatomiques. 

Le cervelet et le cerveau sont composés de substance grise et de substance blanche, 
de même que le système nerveux du bas-ventre, de la poitrine, de la colonne vertébrale 
et des sens. 

■* Discours sur l’anatomie du cerveau, inséré dans l’Anatomie humaine deWinslow, pag. 645 et suiv. 




ANATOMIE ET I 

II 


La substance blanche du cerveau ne peut, sous aucun rapport, être comparée à une 
substance médullaire; elle est, ainsi que les autres nerfs , entièrement fibreuse. 


La substance blanche du cerveau , comme celle de tous les autres systèmes nerveux , 
prend naissance dans la substance grise. 

IV. 

Ces deux substances sont dans le cerveau, de même que dans les autres systèmes 
nerveux, en raison directe de leur quantité. 

V. 

Les systèmes particuliers du cerveau sont, de même que les autres, renforcés et 
perfectionnés graduellement. 

VI. 

Dans ces appareils de renforcement et de perfectionnement, les fibres cérébrales sont 
juxtaposées ou entrelacées en forme de ganglions, de même que les autres systèmes ner¬ 
veux prennent leur renforcement tantôt dans des plexus, tantôt dans des ganglions. 

VII. • 

Les systèmes particuliers du cerveau se terminent par un épanouissement fibreux, dis¬ 
posé en couches, de même que les autres systèmes nerveux s’épanouissent en fibres à 
leur extrémité périphérique. 

VIII. 


Aucun système particulier du cerveau ne peut être dérivé d’un autre système cérébral; 
de même que dans les autres systèmes nerveux, aucun ne peut être dérivé d’un autre. 


IX. 

Tous les systèmes particuliers du cerveau sont mis en communication avec les systèmes 
voisins par des branches communiquantes, ainsi que les autres systèmes nerveux le sont 
entre eux. 


DU SYSTÈME NERVEUX. 

X. 


225 


Tous les systèmes particuliers du cerveau sont doubles , comme ceux de la colonne 
vertébrale et des sens.. 

XI. 

Les parties doubles du cervelet et du cerveau sont, de même que celles de la colonne 
vertébrale et des sens, réunies entre elles par des appareils de réunion. 

XII. 

Les systèmes du cerveau, qui sont, un prolongement ou un renforcement des fais¬ 
ceaux pyramidaux , sont séuls en communication par entrecroisement avec les systèmes 
nerveux de la colonne vertébrale. 

XIII. 

De même que les systèmes nerveux du bas-ventre, de la poitrine et de la colonne ver¬ 
tébrale , sont plus où moins nombreux dans les différens animaux, et de même que les 
animaux sont doués d ? un nombre plus ou moins considérable de sens, de même aussi 
les diverses parties du cerveau sont plus ou moins nombreuses dans les différentes espèces. 

x’iv. 

Il n’existe et il ne peut éxister aucun point de réunion de tous les systèmes nerveux. 

XV. 

De même que les autres systèmes nerveux sont tantôt plus gros, tantôt plus petits, 
tantôt plus simples, tantôt plus composés dans les différentes espèces d’animaux, de 
même aussi les systèmes cérébraux analogues entre eux sont plus gros ou plus petits, plus 
simples ou plus composés dans les diverses espèces d’animaux. 

XVI. 

De même que dans les diverses espèces d’animaux les systèmes nerveuxdu bas-ventre, 
de la poitrine, de la colonne vertébrale, et les systèmes particuliers des sens diffèrent 
entre eux en grosseur, en forme, en couleur, en contexture et en consistance, de 
même aussi les systèmes partiels du cerveau varient entre eux , suivant les espèces et les 
individus, par la grosseur, la forme, la couleur, la contexture et la consistance. 

XVII. 

De même que chaque système en particulier et les systèmes analogues diffèrent dans les 

z. . 4 s 7 




22 g ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

divers individus de la même espèce, et que nul de tous ces systèmes n’est constamment 
en raison directe avec les autres systèmes nerveux, de même aussi chaque système céré¬ 
bral partiel, et les systèmes cérébraux analogues ne sont pas constamment, dans les divers 
individus de la même espèce, en raison directe avec les autres systèmes cérébraux. 

XVIII. 

De même que les systèmes partiels du même individu, par exemple les systèmes des 
sens, diffèrent en grosseur, de même aussi les systèmes cérébraux varient en grosseur 
chez le même individu. 

XIX. 

Tantôt l’une, tantôt l’autre des parties intégrantes du même système, tant dans le 
cerveau que dans les autres systèmes nerveux, sont plus ou moins développées chez les 
différens individus de la même espèce. 

XX. 

De même que dans les différentes espèces d’animaux, et dans les individus de la même 
espèce, les divers systèmes nerveux du bas-ventre, de la poitrine, des sens se dévelop¬ 
pent à des époques inégales, de même aussi les systèmes partiels du cerveau se déve¬ 
loppent , et diminuent à des époques différentes dans les diverses espèces d’animaux et 
dans les individus de la même espèce. 

XXI. 

Le développement et la diminution des divers systèmes nerveux, tant dans le reste 
du corps que dans le cerveau, suivent, il est vrai, assez généralement un ordre déter¬ 
miné; ces phénomènes sont cependant' souvent soumis dans certains individus à des chan- 
gemens inverses frappans. 

XXII. 

Chacun des divers systèmes cérébraux, comme chacun des autres systèmes nerveux, 
peut quelquefois seul être attaqué de maladie , tandis que les autres restent intacts. 

XXIII. 

Et de même que dans les autres systèmes une moitié du système peut être seule ma- * 

lade, de même aussi des altérations et des maladies n’attaquent souvent qu’un seul côté 
des divers systèmes, ou une seule moitié du cerveau. 


DU SYSTEME NERVEUX. 


OBSERVATIONS 

SDR LES PLANCHES ANATOMIQUES, 

ET 

EXPLICATION DE CES PLANCHES. 


Supposant que nos lecteurs ont étudié la description anatomique des divers systèmes 
nerveux dans le mêmè esprit que nous l’avons écrite, nous allons présenter en abrégé ce 
que chaque planche contient de remarquable, afin qu’on puisse le saisir avec plus de 
facilité. Nous exposerons en même temps les procédés et les méthodes que nous mettons 
en pratique dans les dissections ; et pour être utiles à ceux qui voudront faire une 
étude approfondie du système nerveux, nous indiquerons les planches dans un ordre 
propre â faire connoître toutes les parties du cerveau dans leur suite et leur position 
naturelles, ainsi que nous l’avons déjà fait pour le cervelet. Pour faciliter les recherches 
et aider à reconnoître d’abord, dans chaque planche des préparations du cerveau, la 
partie dont il est question, nous ajouterons une table explicative des signes et des chif¬ 
fres. Nous ne donnerons point actuellement l’explication des chiffres romains ; ce ne sera 
qu’en traitant de la physiologie que nous en ferons usage. 

PLANCHE I. 


Fig. I. 

1-2. Système nerveux d’une chenille réprésenté suivant la longueur du corps. i.Téte. 2. Queue. 
3 . 3 . Ganglions d’où sortent les nerfs. 

4- 4 . Segmens du corps. 


Quand on veut examiner des chenilles , on doit préalablement les faire mourir dans 
l’esprit de vin, ou dans quelqu’autre liqueur. Ces animaux, lorsqu’ils sont en vie, se 
tordent; lorsqu’on les coupe, quelques anneaux se resserrent tellement que les viscères 
sortent par l’ouverture qu’on a faite, et il est très-difficile d’atteindre son but. 

Fig. II. 

Cerveau, cervelet, et système nerveux de la colonne vertébrale d’une poule. Ces par¬ 
ties sont vues de la face dorsale ou supérieure. 

c-d. Fissure médiane de la masse nerveuse de la colonne vertébrale. 

1-2. Origine de la masse nerveuse des extrémités postérieures. 



228 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

3- 4- Origine de la masse nerveuse des extrémités antérieures. 

4- 5. Nerfs cervicaux. 

6 . Ganglion du nerf optique (couche optique). 

7 . Cervelet. 

8 . Cerveau. 

Afin de voir distinctemént les renflemens et les étranglemens de la masse nerveuse de 
l’épine du dos chez les petits mammifères, les poules et les autres oiseaux, il faut l es 
faire cuire. Après la coction on sépare avec précaution les vertèbres, et on obtient assez 
facilement la masse nerveuse de ce système. 

Fig. III et IV. 

Masse nerveuse de la colonne vertébrale d’un veau, vue de la face abdominale ou 
inférieure ; la dure-mère et l’arachnoïde sont coupées sur les deux faces dans le sens de 
la longueur, et rangées sur les côtés, de sorte que l’on peut voir la manière dont les 
filets nerveux sortent de la masse nerveuse commune, leurs différentes directions, et le 
passage des faisceaux nerveux à travers la dure-mère. Le commencement des ganglions 
des paires de nerfs de la colonne vertébrale est couvert par les membranes rejetées 
sur les côtés. On voit entre ces paires de nerfs les dentelures des ligamens dentelés; 
ceux-ci des deux côtés de la masse nerveuse de l’épine du dos séparent les racines pos¬ 
térieures et antérieures les unes des autres et sont attachés à la dure-mère par le moyen 
des dentelures. La grandeur inégale de ces dentelures, et leurs différentes positions sont 
dessinées exactement d’après nature. La membrane vasculaire et le vaisseau sanguin qui 
se prolonge au milieu de la masse nerveuse, dans toute sa longueur, n’ont pas été en¬ 
levés , afin de ne pas déranger la direction dans laquelle les filets nerveux s’écartent. On 
aperçoit à l’origine de chaque paire de nerfs des renflemens très-distincts, les uns plus 
gros, les autres plus petits, suivant la dimension des nerfs qui en sortent. 

Fig. III. 

k-1. Paires de nerfs qui prennent leur direction entièrement en bas ou en arrière. 

c- 2 . Six paires de nerfs lombaires. 

2 - fig. IV, 3. Treize paires de nerfs dorsaux. 

Fig. IV. 

3- 4- Commencement des nerfs des extrémités antérieures. 

g, g. Direction des filets nerveux d’arrière en avant. 

h, h. Direction des filets nerveux d’avant en arrière. 

c-d. Ligne médiane de la masse nerveuse de la colonne vertébrale. Dans la partie supérieure on voit de 
chaque côté, derrière les racines antérieures des paires de nerfs, et derrière le ligament dentelé, 
depuis f, un filet nerveux qui se dirige en haut, nerf accessoire. 

PLANCHE II. 


Fîg. I. Face antérieure; Fig. II. Face postérieure de la masse nerveuse de la colonne 
vertébrale de l’homme. Les membranes, le ligament dentelé, le nerf accessoire, f, les 


DU SYSTÈME NERVEUX. 2 2 g 

renflemens et les étranglemens de la masse nerveuse sont absolument les mêmes que chez 
le veau , PI. I, Fig. III et IY. Les nerfs lombaires ont les plus gros ganglions, les nerfs 
dorsaux les plus petits. On a dessiné, conformément à l’original, six paires de nerfs 
sacrés , mais on n’en a marqué que cinq par des chiffres, parce qu’il ne s’en présente 
ordinairement que ce nombre. 

Fig. I. 

1-10. Les paires de nerfs sacrés,et lombaires sont démêlées, et juxta-posées. Dans leurs 
positions naturelles elles sont réunies , les unes sont placées en dessus, les autres en des¬ 
sous, comme les crins de la queue d’un cheval. On peut s’en faire une idée par la fig. II. 
1-10, en imaginant que tous les nerfs sont rapprochés, et couverts par les membranes. 

Fig. I et II. 

i-5. Cinq paires de nerfs sacrés. 

6-io. Cinq paires de nerfs lombaires. 

^-22. Douze paires de nerfs dorsaux. 
sff-25. Commencement des nerfs brachiaux. 

23-3 o. Huit paires de nerfs cervioaux. 

a. Place du petit nœud inféjjeur de la masse nerveuse de la colonne vertébrale. 

b. Place du petit nœud supérieur. 

c-d. Ligne médiane du système nerveux de l’épine du dos. 
f. Nerf accessoire. * 

Fig. II. 

e-e. Sillons latéraux de la face postérieure de la masse nerveuse du cou. 

On voit entre 21 et 22, 22 et 23,24 et 25, a5 et 26, 26 et 27 des filets de communication d’une paire 
de nerfs à l’autre. 

Fig. III. 

t-2. Face antérieure de la masse nerveuse de l’épine du dos, vue de profil. 

3-4- Face postérieure, vue aussi de profil. 

a. Petit nœud inférieur de la masse nerveuse de la colonne vertébrale. 

b. Petit nOeud supérieur. 

Fig. IY, V, YI. 

Coupes de la masse des nerfs cervicaux d’un enfant de quatre ans, faites dans la 
région des vingt-deuxième, vingt-troisième et vingt-quatrième paires de nerfs de la colonne 
vertébrale , en commençant de bas en haut. La proportion des parties est plus petite que 
dans les autres figures. 

Fig. IV. Fissure antérieure séparée et déployée. 

1. 1. 1. 1. Bords latéraux. 

a. a. Couches de réunion des deux moitiés, situées au fond de la fissure 


antérieure. 


3 5o anatomie et physiologie 

Fig. V. Fissure postérieure séparée et déployée. 

i. i. i. i. Bords latéraux. ] 

a. a. Couches de réunion des deux moitiés, situées au fond de la fissure postérieure. 

Fig. VI. Coupe transversale de la* masse nerveuse cervicale. 

a. a. Les deux moitiés de la masse nerveuse, 
b. Fissure médiane postérieure. 

,c. Fissure médiane antérieure., 

1-2, 1-2. Situation de la masse grise dans chaque moitié de la masse nerveuse de la colonne vertébrale. 

1. Sortie et écartement des racines antérieures des paires de nerfs. 

2. Sortie et écartement des racines postérieures des paires de nerfs. 

Qter la masse nerveuse de la colonne vertébrale, et la préparer, paroissent aux ana¬ 
tomistes des opérations si désagréables et si difficiles, qu’ils en conçoivent ordinairement 
de la répugnance pour examiner cette partie importante du système nerveux. Certains 
procédés nous mettent à même de terminer - promptement ces opérations, et nous font 
trouver l’examen de cette partie beaucoup plus aisé qu’on ne le croit communément. 

M. Chaussier, après avoir parlé de sa manière d’opérer pour les enfans nouveaux-nés, 
continue ainsi 1 : « La préparation est plus longue et plus difficile sur le cadavre d’un 
adulte : après avoir enlevé les muscles qui sont sur la face spinale du rachis, avec une 
scie que l’on conduit de bas en haut, c’est-à-dire du sacrum à l’os occipital, on coupe 
d’abord d’un côté la portion annulaire de la vertèbre : on la coupe ensuite de l’autre ; puis 
on enlève la série des apophyses épineuses qui restent unies entre elles par quelques por¬ 
tions de ligamens. Si, comme il arrive souvent, l’ouverture n’est pas suffisante pour bien 
découvrir la gaine méningienne, on l’agrandit en prenant un tronçon de lame de sabre, 
que l’on appuie sur les parties saillantes des vertèbres , et sur lequel on frappe avec un 
marteau. La préparation se fera plus commodément en plaçant le cadavre sur une table 
peu large, de manière que la tête soit un peu pendantè, ainsi que les membres inférieurs. 
On doit toujours commencer la section avec la scie dans la région lombaire, et enlever 
de même la série des apophyses épineuses, en se dirigeant de bas en haut M . 

Notre méthode est beaucoup plus simple. Nous ne faisons pas usage de scie, de ciseau, 
de lame d’épée, de marteau, etc. Nous ne nous servons que de tenailles tranchantes. 
Pour les grands animaux, tels que le veau, le mouton, le cheval, nous faisons couper 
et enlever toute l’épine du dos. On peut, dans les amphithéâtres anatomiques , làire la 
même chose pour les cadavres humains, afin de faciliter l’opération. Après cela nous sai¬ 
sissons avec les tenailles les apophyses obliques des vertèbres. Nous aimons mieux com¬ 
mencer par le haut vers le cou ; car lorsque la tête est coupée, on peut aisément, avec 
une branche des tenailles, pénétrer en dehors de la dure-mère dans la cavité des vertè¬ 
bres , pour saisir et détacher les apophyses. Quand on dissèque des cadavres dont il n’est 


■ L. c. p. i55. 


DD SYSTÈME NERVEUX. 2$! 

pas possible de couper et d’enlever l’épine du dos, ou ceux des enfans, et des petits ani¬ 
maux mammifères, nous coupons les muscles des deux côtés de la longueur de l’épine 
du dos, et nous détachons les apophyses. Peu importe où l’on commence. Dès qu’on a 
enlevé l’anneau semi-circulaire postérieur d’une vertèbre , on trouve partout la même 
facilité à saisir les autres apophyses. 

Si l’on veut simplement enlever la masse des nerfs de la colonne vertébrale avec la 
dure-mère, on peut se borner à ôter la partie postérieure des vertèbres dans le point 
des apophyses obliques, et couper les paires de nerfs en dehors de la dure-mère; puis 
on enlève le tout. Si 1 on veut connoître le cours des nerfs au-delà de la dure-mère, il 
faut briser entièrement les apophyses. Si l’on veut examiner tout à-la-fois la grosseur des 
racines postérieure et antérieure, la position de l’ensemble de la masse nerveuse, le cours 
des fdets, les fdets de communication des paires de nerfs, les renflemens et les étran- 
glemens, la queue de cheval, la situation des petits nœuds, et les rapports des ganglions, 
on détache et on enlève toutes les apophyses, on sépare la dure-mère et l’arachnoïde 
dans toute la longueur, et on les coupe en deux dans les points où les faisceaux ner¬ 
veux les traversent. 

Quand on a enlevé la masse nerveuse avec les membranes, il est à propos, pour con¬ 
tinuer ses recherches, de fixer des deux côtés les membranes coupées, sur les bords d’une 
latte creusée dans le milieu, pour que la masse des nerfs puisse avoir du jeu dans cet 
intervalle. L’examen détaillé de chaque partie de ce système nerveux, tant dans la colonne 
vertébrale que dans le creux de la latte, se fait, comme dans toutes les préparations 
délicates de cette espèce, de la manière la plus sûre et la plus commode dans l’eau ou 
dans l’esprit de vin. 

PLANCHE III. 

Base du cerveau d’un veau plus petit que celui dont on a dessiné la masse nerveuse 
de l’épine du dos. La fissure médiane ,91, correspond à d, PI. I, fig. IV. Le nerf cervical, 
3o, est la paire supérieure de la PI. I, fig. IY. Les deux côtés sont répresentés intacts, 
afin de faire voir que les nerfs et les parties cérébrales sont doubles, et qu’il n’existe pas 
de symétrie parfaite dans lés systèmes congénères des deux côtés. Lorsque l’on ajoute la 

PI. I, fig. III, IY, à la PL III, et qu’on les regarde ensemble, on voit la connexion de 
toute la face inférieure des systèmes nerveux , depuis l’extrémité inférieure de la colonne 
vertébrale jusques dans le crâne. 

PLANCHE IV. 

Base d’un cerveau de fémme. Toutes les parties sont doubles, mais elles ne sont pas 
exactement symétriques. La fissure 91 correspond à PL II, fig. I. Le nerf cervical 3o est 
la paire supérieure, 3o, de la PL II, fig. I- En regardant en même temps la PL IV et 



2 3 2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

la PL II, fig. I, on reconnoît toute la face antérieure du système nerveux de la colonne 
vertébrale et de la tête chez l’homme. 

La base du cerveau a souvent été dessinée, mais nous n’avons été contens d’aucun de 
ces dessins, pas même de ceux de M. Spamerring, les meilleurs de tous. Nous regardons 
celui de Vicq-d’Azyr, PL XVII, comme très-défectueux. Les faisceaux pyramidaux ne 
sont pas distincts, et semblent être plus élevés que la grande commissure du cervelet 
(pont). Les corps olivaires et le faisceau originaire du cervelet ne sont presque pas sé¬ 
parés; le grand renflement ( moelle allongée ) est arrondi vers les nerfs vocal et facial, 
tandis que dans la nature il s’élargit toujours davantage vers le haut. On croiroit que 
la paire mixte (cinquième) prend sa direction vers les côtés ; le nerf abducteur de l’œil 
est figuré plus gros que fë nerf facial; le nerf oculo-moteur commun sort de la ligne 
médiane, ici, de même que dans les PL XV, XXI et XXV, comme si les origines de 
ces nerfs de chaque côté se touchoient ; la bandelette blanche , en avant des nerfs opti¬ 
ques vers la cloison transparente, manque, et les circonvolutions de l’ensemble de la 
face sont trop peu distinctes. 

La manière la plus simple et la plus prompte d’enlever du crâne le cerveau de l’homme 
est celle-ci. Nous faisons d’abord l’incision cruciale ordinaire depuis le front jusqu’à 
l’occiput, et d’une oreille à l’autre, sur les tégumens communs du crâne; nous séparons 
les lambeaux, et nous les renversons; puis nous attaquons avec le scalpel les muscles 
dans la région des tempes, et nous les détachons du crâne. Quand nous voulons ménager 
le crâne, nous le scions, comme on fait communément, au-dessus du front, de la région 
des tempes, et du milieu de l’os occipital ; mais quand nous ne faisons aucune attention 
au crâne, nous venons, à l’exemple de Bichat, beaucoup plus aisément et plus prompte¬ 
ment à bout en le cassant circulairement avec le côté tranchant d’un marteau, dans la 
direction que nous venons d’indiquer, pour en enlever la calotte. On court beaucoup 
moins de risque d’endommager les membranes cérébrales et les circonvolutions , en ou¬ 
vrant à coups de marteau qu’en faisant usage de la scie. Nous n’avons pas remarqué 
non plus qu’il en fût résulté quelqu’altération F dans l’organisation intérieure. Il n’y a 
ordinairement que les fluides qui, par suite de cet ébranlement, s’écoulent en plus 
grande quantité entre les membranes, et par les vaisseaux du cou, lorsque la tête a été 
coupée ; la masse du cerveau s’affaisse davantage, et la dure-mère n’est pas aussi tendue 
sur les circonvolutions. 

Lorsque la calotte a été enlevée, nous coupons la dure-mère de chaque côté du sinus 
longitudinal d’avant en arrière, et transversalement depuis le milieu de la partie supé¬ 
rieure jusqu’aux oreilles; nous rabattons les lambeaux; nous détachons la faulx dans la 
région frontale, et nous la renversons en arrière. Alors nous retournons la tête de ma¬ 
nière que la partie inférieure soit en haut ; nous la prenons ayec la main dans la région 
occipitale, de sorte que le cerveau repose sur le plat de la main. Par suite de cette opé¬ 
ration les lobes antérieurs et moyens , entraînés par leurs poids, se dégagent presque 


DU SYSTÈME NERVEUX. t ~ 

toujours de leur position. Il n’est plus besoin ensuite que de s’aider un peu avec les 
doigts. Le bulbe du nerf olfactif se détache presque toujours de lui-même de l’os ethmoï- 
dal, ou bien nous facilitons cette opération avec le manche du scalpel. Ensuite nous cou¬ 
pons les nerfs optiques, l’appendice cérébral ( infundibulum ), les nerfs oculo- moteurs' 
communs de 1 œil, 1 abducteur, le nerf du musclé supérieur oblique de l’œil et le mixte- 
nous inclinons la tete sur la main, d’abord d’un côté, puis de l’autre, et nous écartons 
à chaque fois les hémisphères «I la tente pour, couper en deux cette dernière partie. 
Après quoi nous séparons les paires de nerfs et les vaisseaux sanguins situés au-dessous 
de la commissure du cervelet ( pont ), et nous coupons la masse nerveuse cervicale au- 
dessous du grand trou occipital, afin de ne pas endommager l’entrecroisement. Enfin 
nous prenons le cervelet avec les doigts, et nous enlevons du crâne toute la masse céré¬ 
brale. Nous ne recommandons qu’une seule précaution, c’est de bien soutenir les hémis¬ 
phères avec le plat de la main, afin que les gros faisceaux fibreux (cuisses) ne se rompent 
pas avant que l’on ait coupé la tente; et qu’une fois cette opération faite, le même 
accident n’arrive pas au grand renflement, au-dessous de la commissure du cervelet 
(pont). 

On peut effectuer toute cette opération avec un marteau et deux scalpels, l’un moins 
bon pour séparer les tégumens et les muscles, et l’autre mieux affilé pour couper les 
membranes et les nerfs. Nous employons toujours un scalpel à long manche, afin de 
faire le plus bas qu’il est possible l’abscission des filets nerveux et de la masse nerveuse 
du cou. 

PLANCHE V. 

Représentation du cervelet et d’une partie de la base du cerveau. 

B. L’hémisphère du cervelet en entier, I. On voit comment le faisceau primitif, e, e, 
du cervelet, I, s’enfoncent entre le nerf facial, 11, et le nerf acoustique, g. La paire 
mixte, 12, est encore recouverte en entier par les fibres transversales du cervelet; le 
ganglion olivaire, a, se prolonge au-dessous des filets transversaux du cervelet; une partie 
des fibres transversales du cervelet est enlevée, afin que l’on voie la continuation du fais¬ 
ceau pyramidal, î-c, qui commence à diverger et à être renforcé. En dehors du nerf 
optique, q. t. u, on voit l’épanouissement des faisceaux nerveux dans les circonvolutions 
inférieures, w. w. w, du lobe moyen, 26-27. 

A. Coupe verticale du cervelet, dirigée par l’entrée de son faisceau originaire, e. e, et 
par le milieu de son ganglion, s, dans la direction 92-28, B, afin d’apercevoir le ren¬ 
forcement du faisceau originaire dans le ganglion, et les ramifications et subdivisions des 
cordons nerveux. Toutes les fibres transversales du cervelet qui couvrent la paire mixte, 
k-i, et le prolongement, f, du faisceau pyramidal, i-c, sont enlevés. Le prolongement 
du ganglion olivaire, a, est encore couvert par les fibres transversales. Le nerf optique 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

est enlevé du gros faisceau fibreux, g, et coupé en q. On voit ainsi le faisceau pyramidal 
se prolonger depuis l’entrecroisement, 1, jusqu’à l’entrelacement transversal, 35, au- 
dessous du nerf optique. La masse grise B, 17, a été otée en raclant, afin de montrer les 
deux cordons des corps mamillaires, 16, 1 un vers 1 entrelacement transversal 35, et 1 au¬ 
tre, y, vers la masse commune de communication ( voûte ). Les filets nerveux qui s’épa¬ 
nouissent dans les circonvolutions du lobe moyen, et ^oncourent à sa formation, sont 
coupés en h. h. h. entre 35 et 37, au niveau de la commissure antérieure, et le lobe 
moyen est entièrement enlevé. L’amas de substance grise du gros ganglion supérieur du 
cerveau, et une partie des circonvolutions, situées au fond de la grande fissure, entre les 
lobes moyen et antérieur, sont coupés dans la même direction. On voit par là comment 
cet amas de substance grise est divisé par les faisceaux nerveux, S, en la partie interne, 1, 
et en la partie externe, L, L; comment les filamens les plus fins sont implantés dans la 
masse grise; comment les circonvolutions 4°'4 1 sont formées par les cordons postérieurs 
du gros faisceau fibreux (cuisse) placés en avant de q, et quelles sont la profondeur et 
la longueur de la grande fissure, 39-39, entre les lobes antérieur et moyen. Par l’abscis¬ 
sion du lobe moyen, le côté postérieur delà grande cavité cérébrale, N, N, est devenu 
visible. Cette cavité se prolonge en arrière, en dedans, et en avant, au-dessous du gros 
faisceau fibreux (cuisse), g. Entre 4° et VII on aperçoit les circonvolutions, situées 
au-dessus de la grande fissure entre les lobes antérieur et moyen. Le lobe antérieur 
n’est qu’entamé. 

Nous avons donné, avec la description de quelques-unes de ces parties, le mode de 
leur préparation ; par exemple : du faisceau originaire du cervelet ( pag. 181); de la 
paire mixte ( pag. 77) ; de l’entrecroisement ( pag. 193 ); et du trajet des faisceaux 
pyramidaux, au-dessous des fibres transversales de la commissure du cervelet (pag. 195). 
Nous détachons du gros faisceau fibreux, avec le manche du scalpel, les nerfs optiques, 
et nous enlevons de la même manière des cordons des corps mammillaires la masse 
grise, 175 nous raclons les circonvolutions du lobe moyen pour examiner leur structure. 
On exécute aisément le reste de la préparation B : on enlève les membranes des circon¬ 
volutions , on passe les doigts dans la grande fissure entre les lobes moyen et antérieur- 
on saisit le lobe moyen, on enfonce le scalpel en 35, vers le fond de la grande fissure, 
on coupe dans cette direction le lobe moyen en avant et sur les côtés ; puis on le sépare 
du lobe postérieur par une coupe transversale, poussée jusques dans la grande cavité, et 
suivant la direction de q-27, A; on racle enfin les filets nerveux des circonvolutions, 
4°'4 1 ? depuis le gros faisceau jusqu’à leur extrémité périphérique. 

PLANCHE VI. 

Cerveau posé sur sa base; la coupé, faite d’en haut, passe par le milieu de la grande 
commissure x,*,x, jusqu’à l’appendice cérébral, 22, situé au-dessous de la commissure 
antérieure, 61 , et jusqu’aux tubercules quadri-jumeaux, n, n; 0,0; puis parle milieu 
de la partie fondamentale du cervelet, et par une partie de sa masse de communication, 



DU SYSTÈME NERVEUX. 5 2 5 

y-z, avec les tulercule» quadrijumeaux. Les deux hémisphères sont séparés et déployés. 
Quand on regarde cette planche avec la PI. II. II, on voit la masse nerveuse de l’épine 
du dos et du cerveau par les faces postérieure et supérieure. Les sillons 4.7 47 PI VI 
se rapportent aux sillons latéraux e. e, PL II, fig. II • et 89 avec la fissure médiane d. 
L’intervalle, m, situé devant la partie fondamentale du cervelet est ouvert; il est en 
connexion, par le moyen d’un canal au-dessous de la masse de communication, y, y, 
au-dessous de x, E, et de 44 , avec l’intervalle, M, M, au milieu du grand ganglion 
cérébral inférieur, p. p. La cloison et la masse commune de communication sont cou¬ 
pées en 57, des deux côtés, et otées en entier, afin de montrer à découvert les deux 
grands ganglions cérébraux, p. p. et 1, 1, 1 , 1 . A, on voit toute la face intérieure du cer¬ 
velet coupé verticalement par le milieu ; B on a ôté du cervelet, par une coupé horizon¬ 
tale de dedans en dehors, et d’avant en arrière, au niveau des fibres branches, 3i, situées 
dans la quatrième cavité, la partie fondamentale, et ce que l’on voit A de la face inté¬ 
rieure, On a, par une coupe verticale, dans la direction de 57 à 54 , A, enlevé la partie 
antérieure interne de l’hémisphère B, afin de faire voir la direction divergente du fais¬ 
ceau nerveux au-dessus du gros ganglion inférieur; les filets extrêmement fins de la masse 
grise; les grands faisceaux, S, dans le milieu; la division de cet*amas de substance grise 
dans la partie interne, 1 , et dans l’externe, L, e.t la grandeur proportionnelle de chacune 
de ces divisions. 

Quand on veut voir par une seule coupe perpendiculaire les différées renflemens, les 
expansions, et la grandeur proportionnelle des faisceaux nerveux du cerveau, il faut faire 
passer cette coupe, suivant la direction des fibres, par le milieu des faisceaux nerveux, 
par exemple, PI. Y, B, par le milieu des faiseeaux pyramidaux, î-c; par la commissure, 
b, du cervelet; par le gros faiseeaux fibreux, g, et en suivant la,direction de t à 26. Ou 
bien lorsque le cerveau est entier, PL IY, on coupe un des deux hémisphères verticale¬ 
ment par le milieu du faisceau pyramidal, et de la moitié de la commissure du cervelet, 
puis par le gros faisceau fibreux, g, en suivant la direction de 34 à VII, 

Nous n’avons pas commencé plus en arrière la coupe verticale de la planche VI , afin 
de ne pas déranger les réunions des parties dans la ligne médiane. Les anatomistes pour¬ 
ront , d’après notre indication, la faire passer aisément par foute la masse du cerveau, 

PLANCHE VIL 

Cerveau de mouton posé sur sa base. La grande commissure du cerveau, a, est 
coupée dans le milieu, et suivant le sens de sa longueur. L’hémisphère gauche, A, est, 
comme dans la planche VI , placé sur le côté; la cloison, et la masse commune de corn- 
munication (fornix , voûte ) sont également enlevées comme dans la PL VI. Une circon¬ 
volution, derrière la grande commissure du cerveau, est coupée transversalement, afin 
que l’on voie le prolongement de la grande cavité cérébrale, N. B, la face supérieure est 
représentée dans toute son extension; U n’y a que les circonvolutions postérieures qui 


2 36 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

soient un peu rejetées en dehors, pour montrer la connexion des tubercules quadri¬ 
jumeaux , leurs réunions, et la prétendue glande pineale. Le cervelet et la connexion 
de sa partie fondamentale avec les tubercules quadri-jumeaux sont fendus dans le milieu, 
le côté droit est rabattu en dehors , pour que l’on aperçoive le ganglion, s, du cerve¬ 
let, et l’intervalle situé en avant de cette partie. Son hémisphère gauche est entièrement 
coupé, pour donner la facilité de voir le ganglion du nerf auditif ( ruban gris ). 


Les cinq planches qui suivent sont principalement destinées à donner à nos lecteurs 
une idée de la position naturelle des parties du cerveau, et dé la direction des faisceaux 
nerveux dans la tête. Nous verrons plus tard que cet objet est de la plus haute impor¬ 
tance pour la partie physiologique de notre doctrine. 

Nous avons déjà dit. que l’on seroit induit en erreur, si l’on vouloit étudier, d’après 
la XXXIV e . planche de Vicq-d’Azyr, la position des parties du cerveau. Cet anatomiste, 
il est vrai, dit 1 « que ce dessin a été fait pour montrer en place la faulx du cerveau, la 
tente du cervelet, le sinus longitudinal supérieur entier et sans être ouvert, le sinus 

latéral, le sinus longitudinal inférieur et le sinus droit.Cette préparation, ajoute-t-il, 

est une de celles qui nous#ont offert le plus de difficultés à vaincre 

Mais l’ensemble de cette figure ne s’accorde nullement avec la nature : la tente, et 
par conséquent le cervelet y sont représentés au-dessus de l’oreille, tandis que le cervelet 
est toujours placé derrière l’oreille, et au bas de l’occiput. Dans cette planche les lobes 
postérieurs du cerveau sont placés plus haut que les antérieurs, tandis que dans la nature 
les lobes antérieurs sont placés plus haut que les postérieurs. Si l’on en juge par l’arc 
superciliaire, la partie supérieure du crâne a été sciée un peu vers le milieu du front ; 
en conséquence on ne devroit pas voir la crête de coq (crista galli) qui est placée, dans 
la nature, quelques lignes au-dessus de l’os nasal, et à laquelle la faulx est attachée ; ce¬ 
pendant elle y est indiquée en 35. La grande commissure cérébrale (corps calleux) est 
placée plus haut que la coupe transversale du front, tandis que cette commissure devroit 
être au niveau de cette coupe. Quel anatomiste a jamais vu le nerf optique de la longueur 
qu’il a dans cette figure, depuis l’entrecroisement jusqu’à l’œil ? L’hémisphère droit est 
enlevé, et les nerfs optiques sont coupés à leur jonction. Néanmoins on voit le nerf optique 
du côté gauche coupé au point où il entre dans l’œil, tandis que les nerfs optiques, 
après leur entrecroisement, se dirigent chacun vers un côté; on ne devroit donc voir 
que la coupe par le milieu de leur jonction. Toutes les parties du cerveau sont trop 
hautes et trop en arrière dans la même proportion que le nerf optique est trop long. 
Il est impossible de se tromper plus grossièrement sur la position naturelle des parties du 
cerveau qu’en dessinant la coupe de la protubérance annulaire, 5 , comme étant trois 
pouces plus haut que l’oreille extérieure. Les planches IV et XXXV de Vicq-d’Azyr 



DU SYSTÈME NERVEUX. 2 3y 

contredisent même sa planche XXXIV. Dans la quatrième, la partie supérieur du crâne 
est enlevée à une hauteur à peu près égale au-dessus' des sourcils ; afin d’arriver à une 
direction horizontale au-dessus de la grande commissure du cerveau, qui dans la plan¬ 
che XXXIV est représentée beaucoup plus élevée. Dans la planche XXXV les fosses des 
lobes postérieurs du cerveau sont représentées plus profondes que celles des lobes anté¬ 
rieurs ; dans la PI. XXXIV on voit précisément le contraire. 

PLANCHE VIII. 

Crâne scié verticalement par le milieu du front, du sommet et de l’occiput, pour que 
l’on voyela face extérieure du côté droit du cerveau, du cervelet, de la commissure du 
cervelet, b, et du grand renflement, suivant leur position naturelle dans la tête. Le cer¬ 
velet et toutes les circonvolutions latérales du cerveau , surtout celles du lobe moyen, 
26-27, étoient très-développées chez cet individu mâle. 

PLANCHE IX. 

Crâne scié horizontalement au-dessus des sourcils, et par le milieu des tempes et de 
la partie supérieure de l’os occipital. Les membranes sont enlevées; et on voit d’en haut 
les deux hémisphères dans la tête. 

PLANCHE X. 

Crâne scié du côté gauche; la coupe passe verticalement par le milieu des hémisphères 
du cerveau et du cervelet, et par l’orbite de l’œil gauche. La commissure, b , du cervelet 
est coupée transversalement en i4, derrière la sortie de la paire mixte, et la partie ex¬ 
terne du cervelet, PL VIII, 95, 95,95, est ôtée. Les parties qui dans la PI. V, sont 
situées entre l’entrelacement transversal, 35, et les faisceaux nerveux, S, suivant leur 
direction marquée en XVIII, et par derrière jusqu’à II, sont enlevées pour que l’on 
aperçoive la divergence des faisceaux dans toutes les directions. 

On fera bien, au reste, de comparer cette planche avec la V e ., afin de se faire une 
idée de la manière différente dont les parties se présentent lorsqu’on les prépare dans le 
crâne, ou hors du crâne. 

planche XI. 

Cr|ne, cervelet et cerveau séparés verticalement dans la ligne médiane, et présentés 
dans leur position naturelle de l’ensemble du cerveau. Plusieurs anatomistes modernes 
ont présenté cette coupe dü cerveau hors du crâne, par exemple Vicq-d’Azyr dans sa 
planche XXV. Cette préparation ne lui a pas réussi, car l’ensemble est déprimé sur sa 



2 38 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

planche ; les parties ont perdu leurs formes, et quelques-unes sont entièrement déplacées 
de leur position naturelle. Dans la nature on ne voit pas la partie supérieure du grand 
ganglion inférieur du cerveau ( couche optique ), car elle est recouverte par la voûte ; 
celle-ci devroit, d’après la nature, s’enfoncer vers le repli postérieur au-dessous de la 
grande commissure du cerveau; la bandelette qui est située en avant du nerf optique, et 
qui se dirige vers la cloison, n’est pas indiquée ; la partie antérieure de la commissure du 
cerveau est représentée plus basse que la postérieure; le filet blanc du corps pinéal, indi¬ 
qué au-dessus du grand ganglion cérébral inférieur ( couche optique), n’existe pas dans 
la nature; il n’y a que celui du bord supérieur interne du grand ganglion inférieur; le 
filet postérieur du corps pinéal qui communique avec les tubercules quadri-jumeaux 
manque; l’on a, à tort, représenté le corps pinéal comme étant blanc en dehors ; la coupe 
de la réunion des tubercules quadri-jumeaux est trop épaisse; la commissure postérieure 
est trop grande; le canal en avant des tubercules quadri-jumeaux (aquéduc de Sylvius), 
la masse de communication de ces tubercules avec la partie fondamentale du cervelet 
( valvule de Vieussens), la quatrième cavité, la ramification des filets nerveux du cervelet, 
ainsi que leurs subdivisions en feuilles, et leur épanouissement jusques dans la substance 
grise, sont dessinés d’une manière peu distincte ou inexacte. 

PLANCHE XII. 

Crâne scié par le milieu de l’os frontal, suivant la longueur de la tête, et par der¬ 
rière, en 49 jusqu’à 47 » un peu plus en dehors. Toutes les parties du cei^eau et du cer¬ 
velet que l’on voit PL XI, jusqu’aux circonvolutions désignées par des chiffres romains, 
sont enlevées soit parce qu’on les a coupées, soit parce qu’on les a raclées, pour que 
l’on voie le trajet, f, du faisceau pyramidal, î-c, à travers la commissure du cervelet; 
le prolongement des faisceaux postérieurs , 70-70 ; le renforcement que leur procure le 
ganglion cérébral inférieur, p, p, p, et le cours des faisceaux nerveux , S. S. S , qui en 
sortent. 

Cette planche sert principalement à montrer comment les circonvolutions internes et 
postérieures sont formées par les fibres nerveuses des prétendues couches optiques ; de 
même que la planche X fait surtout connoître le cours du faisceau pyramidal, et la for¬ 
mation des circonvolutions externes et antérieures. 


Les cinq planches qui suivent, sont particulièrement destinées à faire connoître les 
réunions ou commissures du cervelet et du cerveau. 

PLANCHE XIII. 

Cette planche représente la grande réunion du cervelet, b, b; la réunion des 


DD SYSTEME NERVEUX. z $g 

circonvolutions antérieures du lobe moyen , et de quelques circonvolutions dans la 
grande fissure, ainsi que la masse de réunion des circonvolutions inférieures du lobe 

antérieur. 

A. Le bord antérieur du cervelet est enlevé par une coupe verticale de dedans en 
dehors, pour que 1 on aperçoive la convergence des filets de réunion de toutes les lamelles 
vers la ligne médiane; les lobes moyen et antérieur du cerveau sont entiers; le nerf 
optique est renverse, afin de montrer l’accroissement qu’il a tiré de la masse grise placée 
à son entrecroisement ; la direction ascendante des fibres blanches , 63 , 63 , en ava^ 
du nerf optique et en avant de la commissure antérieure, 6i, vers la cloison, et la con¬ 
nexion de la racine antérieure du nerf olfactif par le moyen de la masse nerveuse 

67, avec les faisceaux de réunion des circonvolutions inférieures du lobe antérieur, 68, 

68, (repli antérieur), 

B. La partie inférieure du cervelet est enlevée par une coupe horizontale qui passe 
par le sillon profond qu’on voit en 65 , A, afin de faire connoître la différence des 
formes qu’opèrent dans le cervelet une coupe verticale et une coupe horizontale. 

En suivant la réunion des circonvolutions antérieures du lobe moyen, nous coupons 
le nerf optique à sa jonction ; nous le renversons, avec le manche du scalpel, du gros 
faisceau fibreux, et nous commençons depuis le milieu de la réunion à enlever de même 
avec le manche du scalpel toutes les parties qui la recouvrent, sans endommager les 
fibres de la commissure; une partie de la circonvolution 70, qu’on appelle ordinaire¬ 
ment pes hippocampi , et les circonvolutions antérieures internes du lobe moyen, sont 
coupées. 

Pour préparer l’autre partie antérieure, on coupe les filets de réunion, 63 , de la 
cloison, et ceux, 67, qui se trouvent entre la racine intérieure, 21, du nerf olfactif, 
et la réunion des circonvolutions inférieures antérieures du cerveau, 68 ; puis on enlève 
soit en raclant, soit en coupant, les filets nerveux des circonvolutions inférieures pos¬ 
térieures du lobe antérieur, au niveau des réunions du lobe moyen, et des circonvolu¬ 
tions inférieures du lobe antérieur. 

Le cerveau a été laissé dans sa position dans la partie supérieure du crâne, mais 
comme celui-ci a été enlevé au-dessus du cervelet et de la partie inférieure du lobe pos¬ 
térieur du cerveau, ces parties sont sorties de leur position naturelle. B, les circonvolu¬ 
tions du lobe moyen ont été poussées en dehors, parce qu’on a préparé leur réunion de 
dedans en dehors. 

PLANCHE XIV. 


Cerveau de mouton posé sur sa face supérieure. Les parties cérébrales, situées en 


2 4o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

arrière de la grande commissure du cervelet, sont coupées; la jonction du nerf optique ; 
la masse grise qui se trouve derrière ce nerf; le corps pinéal, et la réunion des tuber¬ 
cules quadri-jumeaux sont séparées dans le milieu, et les deux côtes sont écartés pou r 
que l’on voye comment les circonvolutions D. F. de la face inférieure sont réunies 
en 7 3 - 7 4 . 

A. Il n’y a rien de coupé. 

B. La bandelette blanche, 63 , située en avant du nerf optique , et qui se dirige vers 
la cloison, est coupée ainsi que la masse entière qui recouvre la commissure des circon¬ 
volutions antérieures du lobe moyen, afin que l’on aperçoive le cours de cette réunion, 
et sa différence chez les hommes et chez les animaux. Les autres parties sont intactes. 

PLANCHE XV. 

Cerveau humain posé sur sa face supérieure. Le cervelet est renversé sur les lobes an¬ 
térieurs du cerveau , afin de montrer la face supérieure du cervelet. En ce cas la masse 
de communication, z-y, entre la partie fondamentale du cervelet et les tubercules 
quadri-jumeaux, se déchire ordinairement; c’est pourquoi on en a représenté une partie 
déchirée ; Cette masse de communication est fendue dans toute la longueur, pour faire 
voir l’intervalle devant la partie fondamentale du cervelet ( quatrième ventricule ), m. 
m. On voit en oütre les tubercules quadri-jumeaux, leur réunion, et leur connexion 
avec les parties voisines, les éminences interne, T, et externe, q, ( corpus geniculatum 
internum et externum ) ; la partie postérieure du grand ganglion cérébral inférieur 
( couche optique), p, et l’ensemble de la masse de réunion de toutes les circonvolutions 
postérieures du lobe moyen, et de toutes les circonvolutions inférieures du lobe pos¬ 
térieur. 

PLANCHE XVI. 

Cerveau de mouton posé sur la face supérieure. Les parties cérébrales en arrière de la 
grande commissure du cervelet sont coupées des deux côtés. Le reste de la masse ner¬ 
veuse du cerveau est fendu dans la ligne médiane jusqu’à la grande commissure ( corps 
calleux), et déployés des deux côtés. Les parties qui, dans la planche XIV, sont placées 
en 19, 21, 6 7 , 63 , 7 4 ,. jusqu’à 77 , sont enlevées dans celle-ci; la circonvolution 
roulée ( pes hippocampi ) est coupée en 7 o, et ce que l’on en voit planche XIV entre 
7 3 , 7 6et 77 , dans sa position naturelle, est renversé. De cette manière l’on aperçoit 
toute la paroi supérieure de la grande cavité cérébrale, N. N. N. On y remarque aussi 
comment .les filamens nerveux convergens vont de derrière en devant vers l’intérieur, 
7 9 et 81, de devant en arrière vers l’intérieur, 83 , et ne se dirigent en ligne droite trans¬ 
versale que dans la région médiane, 82. 


B. La face intérieure, M, et la postérieure, p, du grand ganglion cérébral inférieur 


DU SYSTÈME NERVEUX. / 

( couche optique ), et la partie interne du grand ganglion cérébral supérieur ( corps strié/ 
j 1. 1.1., sont entières. v " '* 

A. Une partie du grand ganglion cérébral inférieur et la partie interne du grand 
ganglion cérébral supérieur, jusqu’aux grands faisceaux, sont enlevées, pour faire voir 
la structure intérieure de cette partie, et la différence de direction des fibres divergentes 
et convergentes. 

PLANCHE XVII. 

Cerveau placé sur sa face supérieure. B représente l’ensemble de la masse nerveuse du 
cervelet et du cerveau, fendu dans la ligne médiane , depuis le grand renflement jus¬ 
qu’à la masse commune de réunion ( voûte), et mis sur le côté. On a simplement en¬ 
levé en 84 la masse grise, 17, derrière la jonction des nerfs optiques, et une petite 
partie du grand ganglion cérébral inférieur, pour que l’on découvre les deux cordons 
internes des corps mammillaires ,16, dont l’un se prolonge en y vers la partie antérieure 
de la masse commune de communication, et l’autre en 84 dans l’intérieur du grand 
ganglion cérébral inférieur. Dans la ligne médiane, 76, 77, 5 g, 58 , 68, 68, les fibres 
de réunion sont séparées en deux divisions par une couche fibreuse verticale ; mais elles 
sont tellement adhérentes que les commissures des circonvolutions inférieures du cer¬ 
veau sont réunies aux commissures des circonvolutions supérieures, et que les deux 
grandes cavités du cerveau ne communiquent pas immédiatement l’une à l’autre. 

En comparant B avec la planche XI, on voit également combien l’aspect des parties 
diffère quand on les examine dans le crâne ou hors du crâne. Peu de lecteurs pourront, 
à l’inspection de cette figure B, se faire une idée juste de la situation des parties dans 
la tête, quoique la connexion des unes avec les autres soit indiquée. Il leur auroit été 
encore plus difficile par le moyen des planches des anatomistes , qui n’ont fait dessiner 
que des fragmens informes et mutilés. 

Vicq-d’Azyr ne connoissoit pas la bandelette blanche en avant du nerf optique, et sa 
connexion avec la cloison et la voûte et le repli antérieur. Au moins les dessins de son 
ouvrage qui ont rapport à ces parties, par exemple, PI. VIII, fig. II ; PI. IX , X et XI, 
en donnent une idée fausse. On seroit tenté de prendre les coupes de la voûte pour 
des corps arrondis \ et on croiroit que la masse de réunions dont nous venons de parler 
est un prolongement de la voûte 2 . 

A. Le grand renflement et le cervelet sont coupés. Une partie de la couche médiane, 
90, est enlevée en 3o, pour que l’on voie la continuation du nerf oculo-moteur com- 


1 Voy. notre planche XVII, A. y- 
* Voy. notre planche XVII, B. et PI. XIII, 67 et 63. 


61 


t ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

mun; une partie de la face intérieure, M, du grand ganglion cérébral inférieur est 
entière ; la partie antérieure est ôtée, pour faire voir le prolongement du cordon interne 
postérieur, 84 , des corps mammillaires, 16, avec l’entrelacement transversal, 36 ; l e 
cordon antérieur interne y de ces corps mammillaires, 16, et la bandelette bldnche, 63 , 
en avant du nerf optique sont coupées dans le voisinage de la jonction, 6i, des circon¬ 
volutions antérieures du lobe moyen; la cloison, la masse de réunion dés circonvolu¬ 
tions inférieures , postérieures et antérieures; lamas interne de substance grise du grand 
ganglion cérébral supérieur; les circonvolutions situées en J. et en F, B, et les filets de 
réunion convergens , situés entre la face postérieure du gros ganglion cérébral inférieur, 
p, elles points marqués 79 et g4 sont enlevés, pour montrer la grande réunion de 
toutes les circonvolutions supérieures et la direction des filets de réunion, c’est-à-dire de 
derrière 81,80, en avant en dedans; de devant, 83 , en arrière en dedans, et dans 
le milieu en travers, 82 ; pour faire voir en outre comment les faisceaux nerveux diver- 
gens, S. S. S, ont une direction opposée à celle des filets de réunion , et comment ils 
sont entrelacés les uns dans les autres. 

Nous croyons que cette explication des planches suffira pour donner la facilité de sui¬ 
vre les procédés dont nous n’avons pas fait une mention particulière. 

Ordre dans lequel on doit considérer les planches pour avoir une idée juste de la suite , 
de la position et de la structure des parties du cerveau. 

Appareils de formation ou fibres nerveuses divergentes du cerveau. 

La PI. VIII représente le côté droit du cerveau ; la PI. IX toute la face supérieure des 
deux hémisphères ; la PI. IY la face inférieure ; la PL XI la ligne médiane de l’ensemble 
de la masse cérébrale; la V e . et la XII e . le trajet du faisceau pyramidal au travers de la 
grande commissure du cervelet; la V e , B, en dehors du bord extérieur, q. t. u, du nerf 
optique, la ramification du faisceau nerveux dans les circonvolutions du lobe moyen; 
la PI. Y. A. et la PI. X, entre 35 et 37, les faisceaux des circonvolutions du lobe moyen 
coupés; et la PI. VIII. 39. 39 la formation des circonvolutions situées au-dessus de la 
grande fissure entre les lobes moyen et antérieur. 

Pour se faire une idée de la manière dont les grands ganglions cérébraux inférieur et 
supérieur sont placés dans l’intérieur des grandes cavités, il faut comparer la PI. XI 
avec la PL VI, A., et se figurer que dans la Pl. XI, la cloison 57, 58,59, et les fibres 
blanches, y , sont enlevées jusqu’en 60 , afin que l’on voie les deux grands ganglions, 
PL VI, p. p. et 1 . 1 . 1 . 1 . ; on aperçoit Pl. XII la structure intérieure du grand ganglion 
cérébral inférieur ( couche optique ) et la formation des circonvolutions internes, et de 
celles qui sont situées au-dessus du milieu de toute la longueur; on voit PL VI, B, dans 
la coupe verticale la structure du grand ganglion cérébral supérieur ( corps strié ). Pour 
connoître la position de ce ganglion dans le crâne, on peut comparer avec cette planche la 


DU SYSTÈME NEHVEUX. 2^3 

PL XIII, B, où le grand ganglion et la partie supérieure du cerveau sont placés dans le 
crâne, quoique le cervelet et le gros renflement s’y trouvent hors de leur position natu- 
re lle, faute d’être soutenus. 

Des appareils de réunion oujihres convergentes du cerveau. 

La PL XIII, B, représente les réunions des circonvolutions inférieures du lobe anté¬ 
rieur et des circonvolutions inférieures antérieures du lobe moyen; PI. XV, B, les réu¬ 
nions des circonvolutions postérieures du lobe moyen, et des circonvolutions inférieures 
du lobe postérieur; PL XIV, A et PL XVII, B, la masse commune de réunion (voûte); 
PL XVI, la réunion de toutes les circonvolutions supérieures du cerveau d’un veau, et 
PL XVII, A, celles du cerveau d’un homme. 

Pour saisir la différence qui existe ordinairement entre les cerveaux des deux sexes, 
il faut comparer les divers cerveaux d’hommes et de femmes qui n’ont pas été choisis 
exprès, mais que nous avons fait dessiner comme le hasard nous les a prpcurés. PL IV, 
IX, X et XIII sont des cerveaux de femmes , et PL V, VI, VIII, XI, XII, XV et XVII 
des cerveaux d’hommes. 

Il est important aussi en comparant les cerveaux de fixer son attention sur le différent 
développement des mêmes parties qui toutes ont été mesurées au compas, et représentées 
fidèlement d’après la nature. Pour faciliter cette comparaison, nous joignons la table in¬ 
dicative qui suit; nous y avons ajouté entre parenthèse les noms usités jusqu’à présent. 



TABLE EXPLICATIVE 


DES SIGNES ET DES CHIFFRES DES PRÉPARATIONS 

DU CERVEAU 1 . 


A. 

B. 

C. 

D. 
F. 
J. 


| Côtés des préparations. 

| Ciconvolutions du cerveau. 


E. ( Corps pinéal, glande pinéale). 

G. Partie fondamentale ( le ver ou appendice vermiculaire ; et suivant Reil, la partie médiane ) du cervelet. 

L. L’amas externe de substance grise du grand ganglion cérébral supérieur ( corps strié). 

M. L’intervalle entre les grands ganglions cérébraux inférieurs ( troisième ventricule ). 

N. Les grandes cavités du cerveau ( ventricules tricornes ou latéraux du cerveau ). 

S. Les faisceaux du grand ganglion cérébral supérieur ( les stries blanches des corps striés ). 

T. ( Le tubercule interne, corpusgeniculatum internum). 

a. Le ganglion ovale du grand renflement ( corps olivaire de la moélle allongée ). 

b. La grande réunion du cervelet ( la protubérance annulaire ou semi-circulaire , ou le pont de Farole). 

•c. Entrée du grand faisceau originaire du cerveau au-dessous de la réunion du cervelet ( entrée des pyramides 
au-dessous du pont ). 

d. Réunion des nerfs auditifs ou bandelette transversale derrière la réunion du cervelet. 

e. Faisceau-originaire du cervelet ( corps restiforme , prolongement du cervelet vers la moelle allongée). 

f. Trajet et renforcement du grand faisceau originaire du cerveau entre la réunion du cervelet ( trajet des 

pyramides à travers le pont J. 

g- Les gros faisceaux fibreux du cerveau ( cuisses du cerveau ). 

h. Les coupes des faisceaux nerveux qui forment les circonvolutions du lobe moyen. 

i. Origine de la paire mixte. 

k. Sortie de la paire mixte. 

l. Partie interne du grand ganglion cérébral supérieur ( corps strié). 

m. L’intervalle situé devant la partie fondamentale du cervelet ( quatrième ventricule ). 

n. Paire antérieure des tubercules quadri-jumeaux. 

o. Paire postérieure des tubercules quadri-jumeaux. 

p. Le grand ganglion cérébral inférieur ( couche optique ). 

q. (Le tubercule externe, corpus geniculatum externum). 

r. Le faisceau originaire de la paire mixte dans les mammifères. 

s- Ganglion du cervelet ( corps frangé ou dentelé , zigzag, noyau ou corpus rhomboïdeum du cervelet), 
t, u. Bord extérieur du nerf optique. 

v. La partie du nerf optique avant l’entrecroisement. 

w. Circonvolutions du lobe moyen. 

x. Commissure ou masse de réunion des tubercules quadri-jumeaux. 

y-z. Masse de connexion de la partie primitive du cervelet avec les tubercules quadri-jumeaux {valvule de Fieus- 
sensj voile médullaire supérieur de Reil). 
a. Ligne médiane de la masse cérébrale. 

g. Masse de connexion de la partie primitive du cervelet avec la masse nerveuse inférieure (voile médullaire 
inférieur de Reil ). 

‘ L’explication des chiffres romains sera donnée avec la physiologie, à laquelle ils se rapportent. 


DD SYSTÈME NERVED*. , „ 

y. Prolongement, ou cordon interne des éminences blanches vers Li , 2 4-5 

des éminences médullaires ou des corps mammillaires ) comi “«ne de communication ( cuisses 

*• Partie p0 ?f ie T et ant “ :e ure de la grande commissure cérébrale. 

'p\ Partie médiane de la grande commissure cérébrale, 
f• Canal situé devant les l “bercules quadri-jumeaux f aauéduc de Srlrius 1 

4- Nerf hypoglosse ( douzième paire de Sœmmerring ). 

5. L’écartement des racines divisées du nerf accessoire. 

6. Nerf vocal (dixième paire). 

7. Nerf glossopharyngien (neuvième paire). 

8 . Ganglion du nerf auditif ( le ruban gris ) 

10. Ecartement du nerf abducteur de l’œil [sixièmepaire ) 

“\“ P ‘ üme * f*-”**' “ *» * *■ ,»*. —. 

12. Paire mixte ( nerf tri-jumeau, ou cinquième paire ) 

13. Nerf du muscle supérieur oblique de l’œil (la quatrième paire ou le nerf pathétique ). 

4- Coupe de la commissure du cervelet. ' ' 

15. Nerf oculo-moteur commun ( troisième paire). 

16. (Les éminences blanches, corps mammillaires). 

1? ‘ La "endlTy Située derrière «'entrecroisement des nerfs optiques ( glande pituitaire et tubercule 

18. Racine externe du nerf olfactif. 

19. Racine moyenne du nerf olfactif. 

20. Nerf optique ( seconde paire ). 

21. Racine interne du nerf olfactif. 

22. Prolongement de la masse grise située derrière l’entrecroisement des nerfs optiques f entonnoir ). 

23. Ganglion du nerf olfactif ( bulbe du nerf olfactif). ‘ 

24. Creux du ganglion du nerf olfactif chez le veau. 

25- 26. Lobe antérieur du cerveau. 

26- 27. Lobe moyen du cerveau. 

27- 28. Lobe postérieur du cerveau. 

29. Renforcement des nerfs optiques à l’endroit de leur entrecroisement. 

30. Substance noirâtre du cerveau. 

31. Filets nerveux dans l’intervalle situé devant la partie fondamentale du cervelet (stries médullaires dans le 

quatrième ventricule). 

32. Entrecroisement des nerfs optiques. 

33. Entrelacement transversal au bord supérieur de la grande commissure du cervelet. 

34. Entrelacement transversal du gros faisceau fibreux. 

35. Entrelacement transversal couvert par le nerf optique. 

36. Entrelacement transversal des faisceaux nerveux du lobe moyen. 

37. Entrelacement transversal du grand ganglion, cérébral supérieur. 

38. Endroit du tissu des deux ordres de filamens nerveux. 

39. Grande scissure entre les lobes antérieur et moyen du cerveau ( scissure de Sylvius ). 

4o-4i. Circonvolutions situées derrière la grande scissure cérébrale. 

42 . Circonvolutions au fond de la grande scissure cérébrale. 

43. Cordon supérieur de connexion du corps pinéal avec le grand ganglion cérébral inférieur. 

44- Commissure postérieure du grand ganglion cérébral inférieur ( commissure postérieure ). 

45. Cordon inférieur de communication du corps pinéal avec les tubercules quadri-jumeaux. 

46. La réunion molle du grand ganglion cérébral inférieur ( commissure médiane ). 

47- Continuation des sillons collatéraux delà masse ru 
48. Epaisseur de la crête cruciforme de l’os occipital. 

48- 49. Place de l’organe II. 

49 _ 5o. Place de l’organe IV. 

50- 5i. Place de l’organe XII. 

51- 52. Place de l’organe XIII. 


62 


3/ ^6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU SYSTEME NERVEUX. 

5a-53. Place de l’organe. XXVII. 

53- 54- Place de l’organe XIV. 

54- 55. Place de l’organe XXII. 

55- 56. Place de l’organe XXI. 

57-58-59. ( La cloison transparente, septum lucidum). 

60. Partie de la masse commune de communication (voûte, fornix.) 

61. Réunion des circonvolutions antérieures du lobe moyen ( commissure antérieure). 

62. Milieu de la masse nerveuse de la partie fondamentale du cervelet. 

63. Bandelette de fibres transversales en avant du nerf optique. 

64. Fibres nerveuses convergentes du cervelet. 

65. Coupe horizontale du cervelet. 

66. Bande transversale derrière le ganglion olivaire. 

67. Communication de la racine interne du nerf olfactif avec la masse de réunion' des circonvolutions inférieures 

.du lobe antérieur. 

68. Masse de réunion des circonvolutions inférieures du lobe antérieur (repli du corps calleux). 

69. Epaisseur de la partie antérieure inférieure de l’os frontal dans la ligne médiane. 

(70. Commencement antérieur du bourrelet roulé J. 

(71. Les ongles-'du pied de l’hippocampe ). 

( 72-73. La bandelette festonnée du pied de l’hippocampe). 

73, 60 , 75, 76 et 77. Masse de communication commune du cerveau ( voûte a trois piliers). 

79, 80, 81, 82 et 83. Filets nerveux convergens de la grande commissure cérébrale. 

84. Cordon des éminences blanches se dirigant vers l’entrelacement transversal couvert par le nerf optique. 

85. Ligne de séparation entre les parties antérieure et postérieure de la masse cérébrale ascendante. 

86. Couche intermédiaire entre les parties primitives de la masse cérébrale, ou entre les deux moitiés du 

grand renflement. 

87. Couche intermédiaire entre les parties postérieures de la masse cérébrale ascendante. 

88. Couche intermédiaire dans la grande commissure du cervelet. 

8g. Continuation de la fissure médiane postérieure de la masse nerveuse de la colonne vertébrale. 

90. Couche intermédiaire des gros faisceaux fibreux. 

91. Continuation de la fissure médiane antérieure de la masse nerveuse de la colonne vertébrale. 

92-28. Direction de la coupe pour trouver le ganglion du cervelet. 

g3. Circonvolutions internes postérieures du lobe antérieur du cerveau. 

94. Bord inférieur de l’intervalle entre le grand ganglion cérébral inférieur. 
g5. Face latérale extérieure du cervelet. 


TABLE DES MATIÈRES 

CONTENUES DANS CE VOLUME. 


Introduction;. . 

Section I. Des systèmes nerveux du bas-ventre et de la poitrine J,', 'r i ' ‘ •* 

Section II. Des systèmes nerveux de la colonne vertébrale ’ r f intercostal. . 

Corollaires anatomiques du système nerveux en général. 

Corollaires physiologiques du système nerveux en général. 

Section III. Différence de lu vie automatique et de la vie animale . 

Section IV. Des nerfs de la tête. ... . 

Du nerf accessoire ..... .• 

Du nerf hypoglosse. . 

Du nerf vocal. ...... . 

Du nerf glossopharyngien. ... 

Du nerf abducteur de l’œil. . 

Du nerf facial. ' . 

Du nerf auditif. . 

Du nerf tri-jumeau ou mixte. . 

Du nerf du muscle oblique de l’œil.. 

Du nerf oculo- moteur commun. ’ ’ ’ ' 

Du nerf optique. 

Du nerf olfactif.. 

Des tubercules quadri-jumeaux. 

Section V. De la différence des nerfs . 

Section VI. Fonctions des sens extérieurs. . 

Du goût . .. 

De l’odorat. .. 

De l’ouïe. 

De la vue. !!.... 

Du toucher. 

Des fonctions des sens en général.. 

Corollaires anatomiques et physiologiques sur les sens extérieurs . . . . 

Section VII. De la méthode dexaminer et de décrire le cerveau . 

Section VIII. De l’anatomie du cervelet en particulier .. . 

Des appareils de réunion du cervelet. . . 

Observations générales sur le cervelet. 

Section IX. De l’anatomie du cerveau . $ 

Des appareils de réunion du cerveau.. 

De la structure des circonvolutions du cerveau et de leur déplissement. 

Section X. Objets divers . 

De la cloison appelée transparente. 

Des entrelacemens transversaux. 

Des corps mammillaires.. 

Des prétendues glandes pinéale et pituitaire .. 

Thèses générales anatomiques du cerveau et du cervelet. 

Observations sur les planches anatomiques et explication de ces planches .. . 227 

Ordre dans lequel on doit considérer les planches pour avoir une idée juste de la suite, Je’la position 

et de la structure des parties du cerveau./ . . 243 

Des appareils de réunion ou fibres convergentes du cerveau.. 243 

Table explicative des signes et des chiffres des préparations du cerveau.. 244 


: 7 6 





































ANATOMIE 

ET 

PHYSIOLOGIE 

DU 

SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL, 
ET DU CERVEAU EN PARTICULIER. 


DE L’IMPRIMERIE DE L. HAUSSMANN ET D’HAUTEL. 


ANATOMIE 


PHYSIOLOGIE 

DU 

SYSTÈME NERVEUX EN GÉNÉRAL, 

ET DU CERVEAU EN PARTICULIER, 

AVEC 

DES OBSERVATIONS 

6UR LA POSSIBILITÉ DE RECONNOITRE PLUSIEURS DISPOSITIONS INTELLECTUELLES ET MORALES 
DE L’HOMME ET DES ANIMAUX, 

PAR LA CONFIGURATION UE LEURS TÈTES, 

PAR F. J. GALL ET G. SPURZHEIM. 


ATLAS. 


PARIS, 

CHEZ F. SCHOELL, RUE DES FOSSÉS S. GERMAIN-T ,’AUXERROIS, N". 29. 




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PL XIV 



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